« Il faut qu'on contacte Isidore. »
En face de lui, Lia souffla du nez. Aucun d'entre eux n'avaient dormi de la nuit, occupés qu'ils étaient de superviser le retrait des opérations de la toile et demander aux agents en action de se «rendormir» jusqu'à nouvel ordre.
Ils faisaient face à la plus grande fuite de leur histoire. En treize ans d'existence, jamais ils n'avaient connu une urgence aussi grande, et tout ça partait du même point : Adélie.
Leur cheffe les avait foutue dans la merde et, autant il détestait l'avouer, mais il était obligé de le reconnaître : sans l'excès de confiance dont elle avait fait preuve, ils n'en seraient pas là.
« Personne ne sait qui est Isidore, Prat. Même pas Roy ne le savait, et ce petit bâtard était en charge des agents de terrain et de soutien.
- Et Créance ?
- Je ne fais pas confiance à Créance et Adélie n'est pas assez stupide pour croire en lui également. »
Mais elle était assez stupide pour filer les plans de tournée du ministre à Roy, entendit-il. Un manque de prudence qui était en train de leur coûter cher.
« Et il faut qu'on détermine si la "source d'informations anonyme" est lui ou l'autre connard. »
Les deux étaient plausibles. Il ne voyait pas encore sa nuit de sommeil arriver.
Il ferma les yeux quelques instants et se détacha les cheveux, les laissant tomber en cascade sur sa nuque. La sensation lui permettait de rester connecté au présent. Il avait besoin de tout son entraînement pour ne pas tomber de fatigue, et la journée serait encore longue.
« Potter était là, hier soir. »
Il rouvrit les yeux. Lia était en train de parcourir la pièce, presque avec nostalgie. En treize ans, ils n'avaient jamais eu besoin de changer de QG. Personne ne savait quand ils allaient pouvoir le réinvestir.
« Lequel ?, demanda-t-il prudemment.
- L'aîné, bien sûr. Ne joue pas l'idiot. »
Il se tendit un peu. Si James était venu, alors est-ce qu'il l'avait éventé ou...
« Il n'était pas là pour toi, ajouta Lia dans une autre pensée. Il voulait parler à Adélie et la suite, tu la connais.
- Des nouvelles d'elle ?
- Millie a dû barricader la porte, pour ce que j'en ai à faire. On a pas besoin d'eux pour l'instant. »
Ses yeux furibonds se fichèrent sur l'édition de la Gazette du Sorcier, que Tom leur avait descendu en même temps que des cafés et des croissants.
« De toute façon, la partie est finie pour elles deux. Tant que le ministère a ses yeux sur elles, il n'y a rien à faire. »
Il haussa les épaules, restant vague.
« Je ne sais pas. Elles sont capables de nous surprendre. Adélie ne va pas rester les bras croisés.
- Oh non, certainement pas. Mais est-ce qu'elle a le choix ? »
Lia se tourna vers lui. Elle n'avait pas l'air heureuse ou en colère, en cet instant-là, mais en train d'exposer des faits.
« Comme dit l'adage, seul l'avenir nous le dira. Mais pour l'instant, l'avenir ne peut rien pour nous. Et Adélie non plus. Nous sommes seuls, Prat. Et personne ne pourra nous aider. »
