Je vais pas mentir, j'ai très hâte que cette partie de l'histoire se finisse, histoire que je puisse commencer à écrire le reste. J'ai relu le début de cette fic et oh god
The cringinobfiozebgness
(voilà)


St James's Park, situé à Londres, était un endroit où James n'avait jamais vraiment traîné. D'abord parce qu'il n'avait pas le temps, ensuite parce que ça faisait beaucoup de James en une phrase. De toute façon, ce n'était pas les activités qui allaient lui manquer. Nourrir des canards ? Manger une glace ? Traîner sur un banc ?

Par un curieux hasard qui pouvait possiblement s'appeler Alisha, il se retrouva à faire les trois à la fois.

Par "repas", l'attrapeuse entendait apparemment «plus grosse glace que l'on puisse avaler sans se coller une indigestion», et voilà la raison pour laquelle, en temps de crise dans le monde des sorciers, James et Amandine la regardaient en train de lécher son cône pour récupérer la glace qui avait fondu. De la glace en automne. Le monde ne cessait de l'étonner.

Alisha avait été stratégiquement placée entre eux deux, ce qui ne les empêcha pas de s'envoyer divers regards noirs par-dessus sa tête. Elle était vraiment petite, excusez le terme, et James pensait que si ils ne commençaient pas maintenant à parler, il allait finir par jeter ce qui lui restait de cône alimentaire et juste, partir. Alisha lui avait dit «C'est important» avec son air sérieux qui ne manquait jamais de le surprendre à chaque fois, mais maintenant elle était retombée en enfance, quelque chose du genre, et «C'est important» s'était transformé en «Cela saura attendre que j'ai fini ma glace».

L'Auror ne savait toujours pas pourquoi il avait accepté d'être ici, et vu la tête d'Amandine, elle se posait une question à peu près similaire. Surtout si c'est pour t'aider, ajouta son cerveau et, bon, certes. Mais il aimait penser que la batteuse en avait quelque chose à faire, du meurtre de sa coach.

« Alisha, commença finalement Amandine. Est-ce que tu peux nous dire ce qu'on fiche ici ? »

De sa main, elle détacha un morceau de son cône, qu'elle lança dans l'eau ; les canards s'y précipitèrent.

James se retrouva une nouvelle fois à relativiser et à réfléchir sur ses choix de vie. Quelque chose qui lui arrivait beaucoup ces derniers. Il était certain que, quelque part, il l'avait déjà dit.

« En fait, répondit l'attrapeuse entre deux bouchées, c'est extrêmement simple. »

Une pause, alors qu'elle léchait une goutte de glace fondue.

« Je disais— Oh, attendez. »

Merlin me sauve.

« Bref, je disais, c'est extrêmement simple. James a reçu ça. »

Alisha se contorsionna et sortit de la poche arrière de son pantalon le papier plié qu'il avait eu du centre d'essai de transplanage. Amandine jeta tout ce qui restait de son cône aux canards et le prit à deux mains, le dépliant pour le lire.

« Et du coup, il faudrait—

- Laisse-moi lire. », claqua la voix agacée de Amandine, et Alisha se tut.

Deux minutes passèrent, durant lesquelles James décida que ces canards avaient l'air bien sympathiques et qu'ils avaient plus besoin de nourriture que lui en cet instant précis. Leur petit groupe était en train de se transformer en garde-manger pour volatiles.

« Ok, finit par dire la batteuse, et qu'est-ce que je suis censée faire, en fait ? »

Alisha lui tendit sa glace et sa main ; Amandine prit l'une et lui rendit la lettre de l'autre.

« Tu t'y connais en transplanage et barrières et autres ?

- Pas plus qu'un Auror mais oui, j'ai des connaissances. »

James ignora la pique avec classe, mais Amandine ne le regardait même pas tandis qu'elle disait ça.

« Bien, du coup est-ce que tu pourrais... confirmer ce qu'ils disent ? Est-ce que c'est possible ? »

La batteuse ferma les yeux, inspira quelques secondes, puis les rouvrit avec toute la patience du monde. James, qui savourait un bien beau spectacle, appuya son coude sur le siège en bois qu'était le banc et juste, contempla.

« Alisha, je ne suis pas le ministère.

- Merlin en soit loué, ou alors je me poserais quelques questions.

- Ce que je veux dire, c'est que je n'ai pas leurs moyens. Et la maison des Potter a été interdite d'accès. Je ne peux pas aller me promener et juste faire "Mais c'est bien sûr ! Ils ont totalement raison !"

- Mais je ne te demande pas de faire ça ! »

Alisha agita la lettre de manière frénétique, et Amandine loucha quasiment dessus. Du coin de l'oeil, James vit qu'ils commençaient à attirer les regards, et donna un léger coup de pied à l'attrapeuse pour lui faire cesser ses gestes.

« Je veux juste demander— est-ce qu'il y a des exceptions aux barrières ? Un dysfonctionnement possible ? Quelque chose ? »

Amandine prit le même air qu'avait sa tante Hermione quand son oncle Ron lui demandait quelque chose et qu'elle s'apprêtait à répliquer «je ne suis pas ta bibliothèque ambulante, Ronald», sauf que la batteuse avait plus de scrupule à s'exécuter alors elle finit par relâcher la tension qui s'était installée dans ses épaules et soupira de résignation.

« Comme pour tout sortilège, bien sûr que quelque chose peut mal se passer et louper. Mais les barrières nécessitent du doigté, du talent, et si on en foire une, il y a de grandes chances qu'on puisse détruire sa maison dans le processus. »

La batteuse croisa les bras sur sa poitrine, s'installant dans le fond du banc. Ses yeux perdus au loin indiquaient qu'elle était actuellement en train de leur donner un cours et que si on l'interrompait, il y aurait des conséquences pour tout le monde impliqués.

« Mais Harry et Ginny Potter étaient des sorciers d'excellence, Alisha. Ils n'ont pas pu se louper. Non, ce qu'il peut y avoir, ce sont des conditions. Et ça, le centre d'essai transplanage ne le remarque pas forcément.

- Des conditions, comme quoi ? », l'interrompit James tout à coup.

Amandine lui lança un regard qui promettait un meurtre mais la tête d'Alisha s'interposa entre eux presque au même moment. L'Auror ne put voir l'échange silencieux que les deux femmes eurent, mais la batteuse détourna finalement le regard et répondit :

« C'est trop long à lister, mais par exemple, qui peut être immunisé contre la barrière. De la famille, des amis, des sortilèges. »

Une idée parut lui venir à l'esprit, et elle la leur confia après quelques secondes de silence :

« Les Animagus ne peuvent pas être détectés par les barrières. Sous cette forme, ils sont considérés comme des animaux, sauf que les barrières détectent les sorciers ou êtres humains uniquement. »

James fit un plan rapide dans sa tête et jura.

« Le registre des Animagus est disponible à Poudlard ou au ministère, avec une autorisation spéciale.

- Et tous les Animagus ne sont pas répertoriés. Il y en a beaucoup plus que ce que l'on croit réellement.

- Tu es Animagi, Amandine ?, demanda Alisha, curieuse.

- Non. Je n'ai pas les aptitudes nécessaires, je t'ai déjà dit. »

La voix d'Amandine avait pris un ton hostile ; Alisha lâcha l'affaire et se tourna vers lui.

« Tu ne peux pas demander à ton frère, pour l'autorisation ? »

Le journal de ce matin lui revint aussitôt en mémoire, et James fit une grimace.

« Je pense que tous les membres de la famille qui travaillent au ministère sont occupés. Et Albus est capable de refuser de me la donner. »

Celle qui aurait été très utile actuellement était Constance sauf que, surprise, elle était à Saint-Mangouste, sous investigation, probablement encore dans les vapes, et si James voulait garder profil bas, il avait intérêt à ne pas approcher de sa chambre d'hôpital, à moins d'être armé d'un balai de dix mètres et d'une solide raison.

Quand tout à coup, un Eurêka se fit.

« Les Aurors seniors, lança-t-il tout haut.

- Les quoi ?, fit aussitôt Alisha d'une manière qu'il ne pouvait qualifier que de prévisible.

- Les Aurors seniors ! Ils ont le droit d'aller consulter le registre des Animagus !

- Sauf que tu n'es pas Auror senior. », interrompit Amandine avec le ton de quelqu'un qui voulait vous ramener sur Terre le plus vite et le plus violemment possible.

Sauf que James était tellement excité par son idée qu'il n'en avait, pardonnez-lui l'expression, absolument rien à foutre.

« Et ! Ils peuvent fournir l'autorisation !

- Ok, et du coup...

- Millie est Auror senior ! Elle est aussi auprès de Constance, réalisa-t-il dans la même seconde. Garo ! Sauf que je ne lui parle quasiment jamais. Marie, mais je ne sais pas où la trouver, elle doit être au ministère. Oh ! Thorin ! »

Alisha, qui se souvenait très certainement de Thorin comme étant celui qui n'aimait pas le Quidditch et qui avait refusé de les aider dans leur enquête, malgré la demande au centre d'essai de transplanage, eh bien, Alisha plissa le nez dans une grimace peu convaincue. Mais James était trop parti pour s'en formaliser.

« Je ne sais pas où il est ! Super ! Il va falloir que je le déniche dans tout Londres, peut-être dans toute l'Angleterre, voir la Grande-Bretagne ou le Royaume-Uni si je n'ai pas de chance ! Pas grave ! Il faut juste qu'on le trouve !

- Ou alors, on pénètre dans les archives du ministère par effraction. »

L'Auror crut un instant que la voix d'Alisha avait profondément mué mais, non. C'était bien Amandine qui, flegmatique, venait de proposer ça. Il ne fut pas le seul étonné, puisque l'attrapeuse resta également la bouche entrouverte, estomaquée. Sur la défensive, la batteuse leur adressa à tous les deux un regard noir.

« Moi aussi, je veux trouver celui qui a tué la coach. Le plus tôt et le plus rapidement on s'y prend, le mieux c'est.

- Mais..., commença Alisha, s'arrêta et reprit : Mais les archives du ministère... Est-ce qu'elles ne sont pas bourrées de sortilèges ?

- Certes.

- Et des barrières anti-transplanage ?

- Comme tout le ministère, je crois.

- Et contre les Portoloins ?

- Seulement ceux légaux.

- Il existe des Portoloins illégaux ?

- Il existe encore des réseaux de Portoloins illégaux et connus du public ? », préféra demander James, recouvrant sa voix. Pour toute réponse, Amandine haussa ses épaules, mais il comprit que cela voulait dire oui.

Actuellement, c'était quelque chose que le ministère cherchait à combattre, c'est-à-dire que chaque année il leur balançait sur leurs bureaux un flyer avec marqué «Aujourd'hui encore, le trafic de Portoloins nous a fait perdre trente mille Gallions, alors magnez-vous de trouver une solution, s'il vous plaît, merci», sauf que comme des Portoloins vaguement non homologués étaient potentiellement moins dangereux que des fous furieux armés de baguettes, bon.

Disons qu'ils laissaient couler.

Surtout qu'à la base, c'est le dossier de la brigade magique, ne manquait pas de rouspéter Constance, et à elle d'aller prendre tous les flyers pour les lancer dans les bureaux de ces derniers.

James était quasiment certain que Jonas Prouvaire nourrissait sa haine de son ambition démesurée qu'il avait pour le poste de Constance, et l'autre du fait qu'elle venait chaque année leur rappeler tout ce qu'ils n'avaient pas encore fait.

(l'une des disputes les plus célèbres avait eu lieu après une réunion où Constance avait ramené une liste des tâches effectuées par leurs deux services pendant l'année écoulée, et durant cette dispute l'ascenseur était tombé en panne, bloquant effectivement la moitié du ministère pendant deux heures et quarante-six minutes très exactement)

Mais il savait également que pour trouver des Portoloins illégaux, non acceptés par un officiel du ministère, il fallait soit être très chanceux, ou alors avoir les bons réseaux. Là encore, Lia aurait pu lui être utile, si seulement il n'y avait pas eu cette sympathique petite soirée entre quatre yeux et une douzaine de baguettes pointées sur lui. Et par lui-même, il ne savait pas où commencer à fouiner : son poste d'Auror était connu de tout le public. Si le fils du Survivant se mettait à chercher des Portoloins illégaux, les sorciers étant connus pour leur capacité à raconter n'importe quoi, et surtout ce qu'ils savaient de plus critique et important au bout de deux Biéraubeurres, eh bien. Disons que James pourrait directement rendre son insigne d'Auror. Ça, et le fait qu'il ne pouvait pas en faire un lui-même. Les Portoloins étaient directement reliés au flux magique du ministère de la Magie ; pour les dissimuler, il fallait avoir de l'agilité et de l'expérience. James avait peut-être l'un, mais n'avait certainement pas l'autre.

« Il y en a, avait continué Amandine sans prendre en compte ses réflexions intérieures. Si on sait parler aux bonnes personnes, on peut en trouver sans trop de soucis. Et en échange de quelques pièces, bien sûr. »

Le petit sourire qu'elle avait sur ses lèvres leur indiquait déjà qu'elle savait où aller.

« Du coup, tu nous y conduis quand, à ton dealer ?, demanda Alisha, de nouveau excitée.

- En fait, jamais. »

La batteuse leva les mains pour se protéger du début de protestation qu'émettait sa capitaine.

« Non pas que l'envie me manque, mais les seuls que je connaisse se trouvent en Afrique du Sud. Tu ne veux pas aller en Afrique du Sud. Moi non plus, d'ailleurs, mais disons que c'est pour la bonne cause. »

Amandine se leva et épousseta sa veste bleue marine, qu'elle n'avait pas quitté depuis qu'elle était arrivée ici. Tandis qu'elle les regardait, James pouvait sentir ses réflexions s'agiter derrière son front.

« Si j'y vais maintenant, je pourrai peut-être être de retour en Angleterre ce soir. Vers vingt-heures environ. Retrouvons-nous à l'Allée des Embrumes, ce sera déjà plus discret.

- Je déteste l'Allée des Embrumes, grommela Alisha mais ne protesta pas plus. Quel magasin ?

- Il y a un bar de contrebande qui a l'air fermé, mais ce n'est bien que de l'extérieur. Le Hibou Alerte. Ce sera parfait. »

Si Amandine avait un chapeau, sans doute l'aurait-elle soulevé pour les saluer. En l'état actuel des choses, elle leva une main, la baissa et partit derrière les buissons les plus proches. Le craquement qu'elle fit lorsqu'elle transplana fit tourner la tête de plusieurs moldus, mais ils regardèrent le ciel, à la recherche d'un orage. Pour ne pas se faire repérer, James se tourna de nouveau vers Alisha. Cette dernière lui sourit.

« Du coup, on a jusqu'à vingt heures, statua-t-il. On va explorer l'Allée ? »

L'attrapeuse hésita puis se leva à son tour et, ce faisant, lui tendit une main.

Il l'attrapa.

XxX

Ce ne fut que lorsqu'elle commença à se réveiller qu'elle se rendit compte qu'elle avait été en train de dormir. Elle n'ouvrit pas directement les yeux ; tout cela lui semblait être un effort surhumain qu'elle ne pouvait pas, pour l'instant, fournir. À la place, elle grogna. À ses côtés, elle crut entendre quelqu'un se lever.

Elle avait l'impression d'avoir du plâtre sur son visage, comme si ses traits étaient figés en une grimace qu'elle ne pouvait ôter, et lorsqu'elle tenta de bouger ses doigts, très lentement, elle ne put sentir que ceux de sa main droite.

Doucement, Constance papillonna des yeux, éblouie par la lumière de la pièce. Sans ses lunettes — non pas que ces dernières l'aient jamais un jour vraiment aidée —, la chambre d'hôpital où elle se trouvait n'était qu'un endroit flou où le blanc ne finissait jamais. Si ce n'est la tâche noire qu'elle croyait être une tête, ou tout du moins des cheveux.

Constance tendit le bras droit, autant qu'elle le pouvait, et tout son corps hurla de douleur. Pour la première fois depuis longtemps, elle crut qu'elle allait se mettre à pleurer. La tâche noire s'approcha, son visage se dessina plus précisément. Mais toujours, toujours, toujours aussi flou. Des doigts enserrèrent les siens et ne les lâchèrent plus.

Pendant un instant, elle crut voir un autre visage. Mais non, c'était bien...

« Millie. », appela-t-elle faiblement, et entreprit de fermer à nouveau les yeux.