Il ne devait pas être plus de vingt-deux heures et pourtant la lumière dans l'appartement des deux soeurs Auror était déjà éteinte et les volets, fermés. En fait, toute la façade de l'immeuble avait les volets fermés, mais ceci n'était qu'un détail. Tout cela ne présageait qu'une Marie qu'il allait falloir tirer du lit, une perspective qui n'enchantait guère James, et qui allait encore moins enchanter la seconde des Aurors. Pourtant, ils n'eurent d'autres choix que de sonner à l'interphone pendant de longues, longues secondes, jusqu'à ce que la voix irritée de Marie ne crache à travers le micro de mauvaise qualité :
« C'est pour quoi ? »
Les trois se regardèrent mais James se décida vite de répondre avant que l'autre ne décide qu'elle en avait assez et qu'elle retourne se coucher, ou bien alors leur envoyer un sort depuis sa fenêtre ; dans les deux cas, les deux options n'étaient pas les bienvenues, pas maintenant en tout cas.
« C'est James. James Potter. »
Marie jura en français. Son accent pointait dans sa voix quand elle reprit en anglais :
« Vous êtes censés être en congé, Potter, non ? Qu'est-ce que vous fichez là ?
- C'est urgent. Est-ce qu'on peut monter, s'il vous plaît ?
- On ? »
James se demanda comment il pourrait donner la nouvelle, c'est-à-dire dire qu'il était flanqué de deux joueuses de Quidditch qui l'aidait depuis le début de son enquête personnelle, autorisée par sa soeur, mais il décida, encore une fois, de couper court à la discussion et d'être le plus direct possible.
« En fait, on est trois. »
Marie, qui semblait avoir emprunté ses manières à sa soeur tandis que cette dernière était à l'hôpital, jura de nouveau.
« Je vous ouvre. », décida-t-elle néanmoins, coupa la communication et leur ouvrit la porte. James ne se fit pas prier et la poussa, laissant passer ses deux camarades.
« C'est à quel étage ?, demanda Alisha, sa voix se réverbérant dans le immense hall d'immeuble et la cage d'escalier.
- Regarde sur les boîtes aux lettres. Nom de famille Reynard. »
Il y eut un petit silence, puis Amandine déclara catégoriquement :
« Quatrième.
- Super, grommela la capitaine. En plus y a pas d'ascenseur. »
Elle leur emboita néanmoins le pas lorsqu'il fallut s'engager dans l'escalier, et ils ne l'entendirent pas protester tandis qu'ils grimpaient les marches. James, particulièrement, les engloutissait deux par deux. Les étages étaient hauts et pourtant, il ne tint pas compte de son souffle rapidement devenu court, ou de ses cuisses brûlantes. Il fallait délivrer les informations à Marie au plus vite.
La porte, lorsqu'ils arrivèrent, était ouverte. Ils rentrèrent dans l'appartement et furent accueillis par la lumière du plafonnier et le bruit de la bouilloire qui chauffait. Marie surgit tout à coup d'une porte, en chemise de nuit, et avec ce qui semblait être une tasse vide à la main.
« Il est vingt-deux heures, James. »
Elle était si différente de la Marie qu'il avait aperçu la dernière fois qu'il en fut un instant étonné. Celle-ci semblait en avoir eu marre de toute la merde dans laquelle elle s'était fourrée, ou alors celle qui se passait autour d'elle, qu'elle avait juste décidé de dire «Fuck it» et de faire un 180° dans sa personnalité. Cette Marie semblait grandie, mais d'une manière qui allumait des petites loupiotes dans sa tête qui criaient «Danger danger danger». Mais Marie était sa supérieure hiérarchique, maintenant, et elle était également celle la plus habilitée à l'aider, alors il s'excusa et enchaîna :
« Il faut qu'on vous dise quelque chose d'important. »
Marie jeta à peine un regard derrière lui, analysant rapidement Alisha et Amandine avant de décider qu'elles n'étaient pas importantes pour l'instant.
« J'ai cru comprendre, mais si c'était important vous auriez déjà commencé à parler. »
Puis Marie sembla regarder une deuxième fois Alisha et il y eut une lueur de reconnaissance dans ses yeux qui ne présageait rien de bon.
« Et flanqué de... l'agitatrice de Saint-Mangouste. »
Alisha grimaça mais refusa de se laisser démonter.
« Excusez-moi mais j'ai fini par le retrouver, cette nuit-là.
- Millie m'a retrouvée, objecta James à mi-voix.
- Millie ?, fit écho Marie, qui malgré l'heure tardive semblait maintenant prête à les tuer avec son regard si elle n'obtenait pas rapidement des réponses.
- Millie ? », interrogea Amandine, mais c'était peut-être lié au fait qu'elle était totalement paumée.
Puis James fit une nouvelle découverte logique dans sa tête et bondit presque sur place en s'exclamant :
« Millie ! Il faudrait ramener Millie ici. S'il vous plaît. Parce qu'elle risque de nous être plutôt utile.
- Millie est mise à pied et honnêtement, je doute qu'elle quitte le chevet de ma soeur.
- J'insiste avec... insistance. »
Marie passa sa main libre sur ses yeux et souffla fort. Mais au final, elle hocha imperceptiblement la tête, et leur indiqua la pièce derrière eux.
« Allez au salon pendant que je l'appelle, et ne vous attendez pas à trop de sa part. »
Sans attendre leur réponse, la sorcière les dépassa et s'engouffra dans le couloir qui devait mener aux chambres. La bouilloire bouillait toujours mais James ne voulut pas provoquer encore plus la colère de la sorcière en se rendant dans la cuisine pour aller l'éteindre ; après tout, il n'était pas rare que certains objets prennent la personnalité de leur propriétaire, et cette bouilloire avait apparemment hérité de la mauvaise humeur constante qui entourait Marie en cet instant là. Il suivit donc ses deux camarades au salon, où aucune lumière ne régnait. Ce ne fut que grâce à celle qui émanait du couloir qu'ils purent dénicher un interrupteur, qui alluma une petite lampe qui se déplaça d'elle-même, du rebord de la cheminée au milieu de cette dernière. Alisha la regarda pensivement avant de déclarer d'une voix lointaine :
« Ok, ça m'a rappelé quelque chose. »
Amandine la coupa avant qu'elle ne puisse ajouter autre chose :
« Si c'est pour nous parler du logo de Pixar, ça ira. »
James, qui était un sorcier et très peu au fait de la culture moldue, interrogea tout naturellement :
« Qu'est-ce que "Pixar" ? »
Mais Alisha (qui, à la question, rayonna littéralement) n'eut pas le temps de lui répondre (il semblait que, ces derniers temps, tout cherchait à interrompre à Alisha) : des pas se firent entendre, revenant des chambres, et quelques secondes plus tard Marie flanquée de Millie réapparaissait. Le plus ridicule était que la sorcière se baladait toujours avec sa tasse vide dans la main, et la bouilloire, dont le bruit s'était atténué quand ils étaient passés du couloir au salon, bouillait toujours. Mise à part cette joyeuse cacophonie, la tension aurait pu être coupée au couteau tant elle était perceptible.
Millie, dans tous les cas, n'avait pas l'air fraîche. C'était même peu de le dire : ses vêtements étaient les mêmes que ceux de la dernière fois, ses cheveux semblaient ternes comparés à leur brillance habituelle, et elle portait sur son visage un air qui était à mi-chemin entre le chien battu et, eh bien, l'abattement.
« Très bien. Millie est là, il est toujours vingt-deux heures et j'ai une journée de travail demain. Maintenant, parlez. »
James extirpa de sous son bras le dossier de Thorin et le déposa sur le fauteuil le plus proche de la cheminée ; il émit un grincement et le sorcier crut un instant avoir cassé un des ressorts. Oh, bon. Après tout, ce n'était pas son problème si leurs meubles étaient en mauvais état. Tous debout, avec seulement la lumière de la cheminée pour seul éclairage, l'atmosphère était trop lourde pour qu'il ne parle pas. Pourtant, ce fut Amandine qui prit la parole et les devants en première :
« Nous avons des raisons de penser que Thorin Oaken, un de vos Aurors, est celui qui a tué Harry et Ginny Potter. »
James lui envoya un regard rond qui voulait dire Meuf, sérieusement ?, mais Amandine ne le regardait même pas. Elle avait les yeux rivés sur Marie, qui avait croisé les bras et s'était figée contre l'embrasure de la porte. Millie, à côté d'elle, qui n'avait pas esquissé l'ombre d'un mot depuis son arrivée rapide, avait une expression qui miroitait celle de James, à la différence près qu'elle serrait les mains en deux poings et qu'elle n'avait pas les sourcils froncés.
En y repensant plus tard, James aurait dû se dire que c'était le premier signe que quelque chose clochait, mais dans l'état actuel des choses il attribua cette réaction à la bombe que venait de balancer Amandine dans la pièce, et il ne s'en inquiéta pas plus que ça.
« Je vois, articula lentement Marie comme pour mieux digérer ce qu'elle venait d'entendre. Et vous êtes... ?
- Amandine Dimka, batteuse de l'équipe féminine de Quidditch d'Angleterre. »
Marie dirigea sur lui un regard qui hurlait Sérieusement, Potter ?, pas si différent que celui qu'il avait envoyé à sa camarade quelques secondes plus tôt à peine, mais il refusa de se laisser démonter.
« Elles m'ont été d'une grande aide dans mon enquête, madame—
- Excusez-moi, grinça Marie en se décollant de l'embrasure, apparemment prête à la bataille. Serait-ce le doux son du règlement que j'entends au loin, ou bien les lois ont-elles changé pendant que je dormais ?
- Alors c'est à mon tour de m'excuser mais—
- J'ai reçu une autorisation exceptionnelle de Constance, coupa James, effrayé qu'Alisha et son talent... particulier à l'oral n'aggravent la situation. Attendez qu'elle se réveille et elle vous le dira elle-même. Légalement, tant qu'elle n'était pas inculpée officiellement lorsqu'elle m'a donné son feu vert, elle a encore des droits spéciaux assignés à son statut de cheffe des Aurors. »
Marie se tourna vers Millie, qui avait plus ou moins réussi à arranger son expression en une un peu plus neutre. C'était également, de elle deux, celle qui connaissait le plus les droits et les devoirs de Constance (parce que, il fallait se l'avouer, c'était celle qui lui collait le plus les basques).
« Il n'a pas tort.
- Mais il n'a pas raison non plus ? »
Millie fit un non de la tête puis haussa les épaules, une combinaison d'expressions fort étrange mais qui réussit malgré tout à retranscrire tout ce qu'elle pensait de cette question, c'est-à-dire pas grand chose.
« Elle était encore en poste lorsqu'elle a donné cette soi-disant autorisation. Si c'est le cas, alors il n'est pas, de base, en dehors des règles. C'est autorisé tant qu'on ne regarde pas de trop près ce qui est écrit. »
Suivi d'un nouvel haussement d'épaule. Marie, comme elle l'avait fait avant, se frotta de nouveau les paupières avec un soupir, un mouvement qui traduisait apparemment toute son exaspération du moment. Ou plutôt, si sa figure rigide était une quelconque indication, son énervement.
« Ok. Thorin, donc. Pourquoi Thorin ? »
Tout le monde se tourna vers James, et ce dernier déglutit. Mais il n'était plus le temps d'hésiter, ni même de reculer, alors il prit une grande inspiration et se lança dans les explications. De temps à autre, Alisha les agrémentait d'un rapide hochement de tête, tandis que à sa gauche Amandine restait stoïque, les bras croisés sur sa poitrine et la posture tout sauf décontractée. Millie n'intervint pas à un seul instant : au lieu de considérer cela étrange, James le vit plutôt comme un aveu qu'ils avaient raison. À la mention du réseau de "professionnels" de sa soeur, Marie prit l'air qu'on aurait très bien pu attribuer à quelqu'un qui allait faire un meurtre, et qui comptait d'ailleurs s'y mettre dès leur petite histoire terminée ; mais, et James admira son self-control cette fois-ci, elle se retint et resta sur place jusqu'à la fin. Puis, une fois que l'Auror eut fini, elle se tourna vers sa collègue, qui refusait de regarder vers elle, et lui dit d'une voix qui ne souffrait d'aucune discussion :
« Tu savais quelque chose. »
Millie pressa les lèvres et refusa de répondre ; avec un reniflement dégoûté, Marie se détourna d'elle, et se mit à faire les cent pas dans le salon. La chose n'était pas aisée, en considérant qu'à eux cinq plus des meubles, ils prenaient quasiment toute la place. Il aurait été plus correct d'appeler les cent pas de Marie des zigzags, mais après tout qui étaient-ils pour juger ?
« Ok, donc si je récapitule. », commença la nouvellement cheffe des Aurors avant de procéder à ne rien récapituler du tout.
Une inspiration, puis :
« Si je récapitule bien, ma soeur a fait appel à Harry Potter pour venir l'aider dans... un truc (et là, Marie lança un regard vers Millie, et Millie lança un regard vers le sol), sauf que les deux se sont fait... quoi, trahir ?
- Poignarder dans le dos serait plus correct, si on considère les deux morts et demi. »
Alisha reçut un coup de coude dans les côtes, mais James considéra qu'elle ne l'avait pas volé.
« Deux morts et demi, fit écho Marie. Bien. Et du coup, Thorin serait affilié à ces types, et vous l'auriez coincé... totalement par hasard ? »
Vu sous un certain angle, c'était encore plus stupide, mais James décida de ne faire aucun commentaire. Sa chance alternait entre «Indécemment haute» et «affolement basse» et il refusait de voir vers où elle s'orientait actuellement.
« Mais ça fait sens, d'une certaine manière, intervint Amandine de sa voix profonde. Thorin Oaken est un Auror. Il a bien reçu une formation d'Auror, et je ne vois qu'un Auror pour battre un autre Auror.
- Ça, ou un mage noir, grommela Marie, avant d'ajouter : il a été formé par Harry Potter lui-même, et en comptant leur histoire commune... »
Il y eut un temps de silence, avant que Millie ne le perce d'une voix à peine audible par-dessus l'éternel bouilloire bouillonnante :
« C'est plausible. »
Marie hocha la tête, trop dans ses pensées, en train de ressasser ce qu'elle venait d'attendre, pour se permettre un commentaire désobligeant ou vénéneux. Mais une interrogation lui parvint apparemment, puisqu'elle se tourna vers le petit groupe qu'ils formaient tous les trois et, désignant Millie d'un vague geste de la main, leur demanda :
« Et pourquoi vouliez-vous Millie avec vous ?
- On pensait qu'elle pourrait accréditer ce qu'on avait trouvé ? », répondit Alisha, le ton tentant, invitant presque l'autre Auror à intervenir et à approuver à grands cris ce que l'attrapeuse disait.
Mais, comme avant, Millie ne fit rien d'autre qu'hocher la tête et murmura une nouvelle fois :
« C'est plausible.
- Alors c'est tout ? C'est plausible ? Il va me falloir plus que ça, Millie. »
Pour la première fois, la femme tourna la tête vers Marie, mais plus que de la colère il y avait surtout de la lassitude dans ses yeux.
« Qu'est-ce que tu veux que je rajoute, Marie ? C'est toi qui m'a tirée de la chambre d'hôpital. Tu as des preuves, tu as ton coupable. Va l'attraper et l'interroger ; je ne pense pas que tu m'accordes beaucoup de crédit dans tous les cas. »
Comme si son coup d'éclat l'avait vidée de toutes ses forces, Millie baissa de nouveau la tête, refusant de nouveau de regarder quiconque pendant plus de une seconde (voir moins, vu qu'en fait le sol sembla beaucoup plus intéressant que leur compagnie). Et Alisha, qui jusque là avait réussi à mettre son pied dans sa bouche et à se taire, choisit cet instant de silence plus que lourd pour intervenir :
« Vous savez, j'ai aussi un petit talent moi aussi, et encore je reste modeste, mais enfin si ça peut vous être utile je peux lire l'empreinte magique de ce type, si ça peut confirmer nos soupçons. »
Marie eut une expression qui demandait une explication, mais de toute façon elle n'aurait pas eu à la demander à voix haute puisque l'attrapeuse enchaîna en reprenant à peine son souffle :
« Tout le monde a une empreinte magique vous savez, enfin je suppose que vous ne savez pas vu que vous n'avez pas mon don (Alisha sembla gonfler un peu le torse à ce mot), mais ce n'est pas grave, il est plutôt rare voyez-vous.
- Alisha, grogna Amandine.
- Et du coup, je me souviens un peu de l'empreinte magique de ce Thorin, et un peu de celle qu'il y avait chez les Potter — et je ne dis pas qu'elles se ressemblent étrangement beaucoup, mais, bon, elles se ressemblent étrangement beaucoup. Enfin, je n'ai pas eu le temps de vraiment la lire dans l'Allée des Embrumes, mais j'ai une bonne mémoire alors—
- Pourquoi tu ne l'as pas mentionné avant ? », crut s'étrangler James, oubliant totalement Marie et Millie, qui devaient être totalement larguées.
Alisha, en une parfaite mimique de Millie avant, haussa les épaules.
« J'ai oublié, j'étais dans l'instant présent, et de toute façon on avait l'air un peu plus occupé dans les archi— hmpf ! »
Amandine eut l'ingéniosité de lui plaquer une large main sur les lèvres avant qu'Alisha n'achève sa phrase mais d'après le nouveau «je me frotte les yeux et je soupire» de Marie, elle avait capté qu'ils avaient peut-être pénétré dans les archives du ministère de façon peut-être illégale. Mais son esprit était fixé sur une autre tâche que les engueuler, ce qui n'était peut-être pas si mal au final, et finalement Marie lâcha un deuxième soupir, hocha la tête et leur demanda :
« Elle est où, cette "base", alors ?
- En dessous du Chaudron Baveur, intervint Millie à mi-voix. Mais elle ne sera pas accessible. »
Le ton de Millie baissa d'une octave.
« Et même si elle l'était, vous n'y trouverez rien ni personne.
- On verra ça, fit Marie d'un ton décisif. J'ai du pain sur la planche, en attendant. »
Ils prirent tous son avertissement à la lettre et un à un, à la queue-leu-leu, sortir du salon. La bouilloire avait cessé son sifflement, comme si elle s'était calmée en même temps que Marie. En revanche, cette dernière avait toujours une tasse à la main, inutilisée, et ils loupèrent tous le regard un peu perdu qu'elle lui lança avant de s'en désintéresser complètement et de l'abandonner sur le rebord de la cheminée.
L'hôtesse des lieux les reconduisit à la porte. La lampe du salon s'éteignit d'elle-même. À peine eurent-ils quitté l'appartement que la porte de ce dernier claquait derrière eux, les laissant redescendre l'escalier dans un silence de mort. James était soudainement alerte, conscient de la présence de Millie dans son dos, qui avait à peine esquissé un geste et une parole, mais dont il savait qu'elle savait tout.
Il ne comprenait pas pourquoi elle avait gardé la bouche fermée alors qu'elle avait probablement de quoi compromettre entièrement Lia et la toile, que la sorcière semblait contrôler plus habilement que Constance désormais.
Mais dès qu'ils mirent un pied dans Old Compton Street, ce masque de silence se fissura pour voler en éclats. James, Amandine et Alisha la regardèrent, éberlués, faire tout à coup les cent pas, murmurant quelque chose à voix basse, et ce n'est qu'en tendant l'oreille que James comprit qu'elle était en train de les insulter et de les traiter d'idiots.
Puis elle leva les yeux, plus franchement qu'elle ne l'avait jamais fait dans le salon de Marie et Constance, et cette fois-ci le sorcier put discerner une émotion.
C'était de la colère.
« Jamais, siffla Millie. Jamais, de mémoire d'Auror, et la mienne surtout, n'ai-je vu une aussi belle paire d'idiots. »
Cela sous-entendait qu'elle en avait tout de même vu certains, mais James n'eut pas le temps de le lui rétorquer que la main de celle qui l'avait formée agrippait son poignet à la vitesse de l'éclair.
(en même temps, il valait mieux qu'on l'interrompt avant qu'il ne dise quelque chose de stupide, si vous voulez son avis)
« Saint-Mangouste. », annonça Millie du ton le plus vénéneux que James eut jamais entendu, et ils transplanèrent en plein dans le hall de l'hôpital. Lui laissant à peine le temps de regagner ses repères, Millie le tira vers les escaliers qui menaient aux étages supérieurs. Il n'y avait personne au comptoir d'accueil pour le tirer de cette situation mais alors qu'ils montaient les premières marches, il put entendre le craquement familier du transplanage, et il espérait que c'était Alisha et Amandine qui avaient eu l'intelligence de les suivre. Millie semblait être entrée dans une sorte de folie colérique, quelque chose comme ça, et surtout aurait pu le tuer d'un regard si seulement elle, eh bien, le regardait lui, et non pas la volée de marches qui se présentaient à eux. Lorsqu'ils s'immobilisèrent enfin devant une porte, ils avaient gravi trois étages, passés trois portraits de sorciers éberlués, et le numéro de la chambre était le 307.
James savait déjà qui y reposait, et Millie n'eut pas la patience de faire durer le suspens plus longtemps quand elle ouvrit la porte. La chambre n'était pas éclairée, si ce n'est la douce lumière bleutée de la Lune, qui émanait de la fenêtre. Et, sur le lit partiellement éclairé, une silhouette qui tourna la tête vers eux dès que la porte s'ouvrit.
« Millie. Et James Potter, les salua Constance dès qu'elle les vit. Je vous attendais certainement un peu plus tard. »
