J'étais à l'hôpital ! J'ai un chapitre d'avance. Je bénis l'époque où j'en avais cinq et où j'avais le loisir de me reposer.
« Tu ne dormais pas. », lança simplement Millie dès qu'ils furent rentrés dans la pièce. Constance allait pour répondre mais fut interrompue par Alisha et Amandine, qui poussèrent la porte si fortement que James crut qu'elle allait sortir de ses gonds. Même sans voir la tête de sa patronne, l'Auror put imaginer l'expression de surprise polie qu'elle devait arborer. Mais au final, et avant que Alisha ne puisse se lancer dans une de ses tirades dont elle seule avait le secret, Constance expliqua posément :
« Non, je ne dormais pas. Peut-être avant, certes, mais tout à coup un perroquet est arrivé— »
Constance fit un geste désabusé de la main droite, comme si un perroquet dans un hôpital était la dernière chose qui devait l'étonner.
« — le patronus de ma soeur, donc. Oh, et ta sortie, aussi discrète que Ilyes en train de flatter Marie – sans vouloir te vexer, bien entendu. Et puis le patronus est resté. Et s'est répété. Encore, et encore, et encore. J'ai bien peur d'avoir perdu le contrôle de ma magie, mais ce sont des choses qui arrivent, n'est-ce pas ? »
La question était rhétorique, et aussi dite sur un ton si léger ; c'est bien simple, James avait l'impression de l'avoir interrompue en plein thé plutôt qu'en pleine nuit. Millie, pour sa part, évalua les dégâts d'un oeil critique. Sans les indications de Constance, les voir aurait été une tâche difficile ; mais on pouvait discerner, sur le mur opposé, ce qui ressemblait à une grande trace de brûlure.
« Enfin. Prenez des sièges. »
Millie soupira et, tenant toujours James par le poignet, le traîna jusque dans le rayon de lumière qui éclairait tant bien que mal la chambre d'hôpital, et le fit s'asseoir de force sur une chaise en plastique qui se trouvait devant le lit de Constance. Cette dernière ne les regarda pas ; elle examinait plutôt les deux joueuses de Quidditch, qui faisaient leur chemin en silence, une fois n'est pas coutume. Il y avait une atmosphère tranquille qui régnait dans la pièce. À vrai dire, c'était bien la première fois que James ne voyait pas sa patronne frémir d'énergie à peine contenue. Ici, Constance était calme, une main posée sur les genoux recouverts par un drap fin malgré la saison automnale, et des yeux qui jugeaient et jaugeaient.
Elle était comme son oncle Ron devant une partie d'échecs moldus.
« Mesdames, fit soudainement Constance en tendant vers Amandine et Alisha son bras droit. Je n'ai que celle-ci à vous offrir, mais j'imagine que je suis enchantée. »
James regarda, avec une sorte d'horreur grandissante, Alisha serrer la main de sa patronne, suivie par Amandine, et le tout d'une manière civilisée. Sitôt que l'attrapeuse lâcha le membre de Constance, elle secoua sa main ; l'ancienne cheffe des Aurors avait encore de la poigne, malgré son hospitalisation.
Presque pudiquement, personne ne mentionna l'absence de bras gauche, et l'endroit où la manche flottait, ne recouvrant que du vide et aucune peau.
Puis Alisha brisa l'étrange atmosphère en lâchant, comme si elle ne pouvait se l'en empêcher :
« Wow, vous avez une de ces empreintes magiques. »
Constance leva un sourcil, un léger sourire sur les lèvres. Le visage tournée vers l'attrapeuse, James put voir la peau brûlée qui lui recouvrait désormais le bas de la mâchoire et une partie de la joue gauche, en plus des cheveux coupés à la va-vite. Ses blessures avaient dû être sérieuses ; qu'elle puisse, un jour et demi plus tard, leur parler et rester éveillée, eh bien, cela devait être le résultat de beaucoup de potions et de beaucoup de magie. Et Constance l'utilisait pour être amusée.
« Nous ne sommes pas là pour parler de ça, coupa Millie d'une voix qui ne souffrait d'aucune discussion. Nous sommes là parce qu'il (et ce disant, elle le désigna du pouce) a bien merdé, ce coup-ci. »
L'ancienne cheffe des Aurors tourna de nouveau la tête. Toujours étrangement calme. Autant de maîtrise de soi devait vouloir dire plusieurs choses : soit qu'elle planait (et dans le style moldu qui a trop fumé, si vous voyez ce qu'il voulait dire), ou alors juste que ce calme cachait une immense tempête.
Et James, comme dit auparavant, ne pariait pas trop sur sa chance.
Constance cligna lentement des yeux, et ce devait être une sorte de signal entre les deux femmes, puisque Millie déballa immédiatement tout ce qui venait de se passer dans son appartement avec Marie :
« Ta soeur m'a appelé, et j'étais à peine réveillée et honnêtement, un peu—
- Abattue, oui, coupa Constance. Va directement au point, s'il te plaît. »
Millie fronça les sourcils mais reprit :
« Ces trois là se sont mis en tête que Thorin a tué le couple Potter, et ont réussi à mettre la main sur son dossier, son profil d'Animagus, et aussi, sont parvenus à le trouver alors qu'il était en mission. Au Hibou Alerte. En pleine... réunion. »
Il y eut un sourire qui commença à faire son chemin sur les lèvres de Constance. James sentit son coeur, peu à peu, s'accélérer.
« Thorin, répéta doucement l'alitée.
- Ils ont aussi élaboré une théorie très intéressante—
- Eh, on a des preuves—, se sentit obligée d'intervenir Alisha.
- Et, parla encore plus fort Millie, se sont donc mis en tête que Lia est devenue une terroriste avec Thorin, ont organisé l'attaque à Washington Tyne and Wear, ont tenté de gagner la confiance de James, quelque chose comme ça, quand je suis allée le chercher au QG. Ils ont balancé le QG, d'ailleurs, mais je pense qu'il a déjà été vidé depuis belle lurette.
- En conclusion ?
- Thorin est en fuite. Lia aussi, Marie l'a assez vue pour savoir à quoi elle ressemble. L'affaire est bouclée. Et eux... »
Constance enfouit son visage dans sa main et se baissa, presque assez pour que son front touche le drap. Ses épaules étaient secouées de soubresaut, et en tendant l'oreille, James put reconnaître des rires étranglés. Dans d'autres circonstances, il aurait été impressionné par tant de souplesse, mais l'étrangeté de la situation fit qu'il préféra échanger quelques regards avec ses deux comparses. Et ne fut pas déçu, quand il vit qu'elles avaient l'air aussi perdues que lui.
« Treize ans, » leur parvint la voix étouffée de Constance.
Lorsque cette dernière releva la tête, James sut que si elle avait eu une baguette à proximité, ou au moins l'idée de la prendre, il ne serait plus qu'un petit tas de cendre. En attendant, il était au moins pétrifié par la terreur soudaine qui lui étreint le coeur et lui gela toutes les articulations.
Jamais, de sa carrière d'Auror, n'avait-il vu de visage aussi hideusement tordu par la rage. Constance avait les sourcils froncés et les yeux écarquillés, les dents serrées derrière des lèvres mi-ouvertes. Sa cicatrice qui lui barrait le visage était blême, ses cheveux mal coupés ébouriffés par le repos contre des oreillers ; mais ici, encerclant son visage inégalement, ils lui donnaient l'air d'un démon prêt à attaquer.
« Treize ans, répéta Constance d'une voix qui montait peu à peu, treize ans que je supervise la toile, et depuis un an que nous combattons, il a suffit d'un Potter pour tout foutre en l'air ! »
Si elle pouvait se lever, sans nul doute que la femme aurait fait les cent pas dans la pièce, ou alors l'aurait tapé, l'un des deux choix, mais les forces lui manquaient peut-être, ou alors elle pensait sûrement qu'elle n'avait pas de temps et d'énergie à passer sur lui ; alors elle resta assise dans son lit, sa main agrippant le drap dans une poigne de fer.
« Pour ma défense— », commença-t-il faiblement, mais inutile quand Constance se mit tout simplement à hurler :
« IL N'Y A PAS DE DÉFENSE À AVOIR, POTTER ! »
James s'immobilisa en pleine phrase, la bouche encore mi-ouverte, comme un lapin prit entre deux phares.
« J'ai vu des incompétents, j'ai vu des idiots, j'ai vu des incompétents idiots, et vous remplissez à vous tout seul une nouvelle catégorie, Potter : les incompétents, idiots, et qui se prennent pour des héros !
- Oh, excusez-moi, hein ! »
Il se leva tout à coup. C'était peut-être face aux insultes qu'il réagissait enfin ; mais il n'avait pas envie, tout à coup, d'entendre à quel point il était stupide quand il avait mené une enquête logique, efficace, et à la conclusion qui faisait sens.
« Excusez-moi d'enquêter à votre place, pendant que vous vous plaignez que vous recevez trop de courrier, alors que je passe mes journées à courir après des bribes d'informations, et que je prie pour que ça me mène quelque part ! Et devinez quoi ?—
- Je devine que ça ne vous a mené que dans de la me—
- Ça m'a mené à une conclusion logique !
- Elle n'est pas logique, c'est la plus stupide que j'ai jamais entendu !
- Monsieur, madame ! »
Une infirmière avait finalement fini par arriver, sans aucun doute alertée par les hurlements qu'ils se jetaient à la figure l'un de l'autre. James pouvait discerner son expression scandalisée.
Il n'en avait plus rien à faire.
« Qu'est-ce que vous faites ici ?! Vous n'avez pas le droit d'être ici ! Les heures de visite sont finies depuis longtemps ! »
Constance fit un mouvement de main, comme si on chassait une mouche.
La porte claqua et se ferma à clé.
« Wow, dit tout bas Alisha, tandis que le silence se faisait de nouveau. De la magie sans baguette. »
Peut-être était-ce la flatterie ; dans tous les cas, Constance ne se remit pas à hurler immédiatement, et Millie profita de l'ouverture pour s'immiscer dans la conversation :
« Il y a beaucoup de choses à dire. Calmement serait le mieux, aussi. »
Elle-même était prudente, et son amie ne la contredit pas. Elle ne lui lança qu'un regard noir qui hurlait «Traîtresse».
« Moi aussi, je suis énervée, Constance, mais leur crier dessus ne servira à rien dans l'état actuel des choses. Maintenant qu'on a perdu notre avance, eh bien. Il faut qu'on la regagne.
- Et la compréhension qu'on a jamais eu, apparemment. », marmotta pour la première fois Amandine. Elle arborait une expression que James avait cru ne pouvoir voir que sur le visage de sa capitaine : c'était presque comme si elle était boudeuse.
Avant que Constance ne puisse redire une remarque cinglante, heureusement, Millie intervint de nouveau :
« Exactement. Alors asseyez-vous. Tous. Et cette fois-ci, ce sera à nous de parler. »
Alisha et Amandine métamorphosèrent toutes les deux un objet quelconque en des chaises de plus ou moins bonnes qualités (disons que l'une des deux avait l'air bien plus confortable, et Amandine s'assit dedans avec un air satisfait. Alisha aussi, mais c'était une autre histoire). Quant à Millie, elle posa ses fesses à côté de Constance et refusa de bouger quand elle lui envoya un autre de ses regards noirs.
« Où est-ce que nous pouvons commencer ? », dit-elle à l'attention de son amie, et Constance eut de nouveau une grimace et murmura :
« Peut-être à il y a quelques semaines, quand j'ai décidé de donner des autorisations à cet a—
- Le vrai commencement. », interrompit Millie avec une voix un peu plus forte que nécessaire.
Constance se pinça l'arête du nez. Ce geste qu'elle faisait pour se calmer, et visiblement cela marcha puisque l'expiration qu'elle relâcha fut maîtrisée, longue et sans hachure.
« Il n'y a pas vraiment de point exact où tout cela débute.
- Il y en a un. Il y a treize ans et demi.
- Il y a treize ans et demi, grogna Constance. Ça revient toujours à il y a treize ans et demi. »
Les deux femmes s'absorbèrent dans des pensées qu'elles semblaient partager, et James n'osa pas les interrompre. Il y avait dans les yeux de chacune un air lointain, un peu brumeux même, tandis qu'elles se remémoraient des souvenirs qui n'avaient rien d'heureux.
« Thorin déteste Harry Potter, intervint Amandine, moins considérante. Le hait, même. Pourquoi ? »
Millie la regarda, la bouche légèrement entre-ouverte.
« Actuellement, c'est... un très bon commencement pour notre histoire. Qu'est-ce que tu en penses ? »
Constance grogna.
« Mieux vaut attaquer par quelque chose. Soit. Asseyez-vous bien, ça risque d'être long. »
Mus par cet ordre, les trois sorciers se redressèrent un peu dans leurs sièges.
« Thorin, commença Constance, a été l'élève de Harry Potter, comme vous, James Potter, avez été celui de Millie. Sauf qu'il y a treize ans, il y avait les Lions d'Or, et c'était une menace complètement nouvelle, surtout depuis la chute de Voldemort. »
La main de l'alitée commençait à jouer négligemment avec le drap du lit, tandis que son ton monocorde ne trahissait aucune émotion, seulement une énonciation de fait.
« À l'époque, le bureau des Aurors était beaucoup plus peuplé qu'actuellement. Nous en avons perdu quelques-uns. D'autres sont partis à la retraite. J'ai mis en place des tests d'entrée plus stricts, pour ne garder que l'élite. Un peu plus que cela, même. Il fallait empêcher un nouveau débordement, une nouvelle panique, et pour ça— Mais je m'égare. »
Les doigts cessèrent de gratter le tissu, mais ce ne fut pas pour autant que Constance releva la tête. Tous étaient suspendus à ses lèvres, et James se sentait tendu d'anticipation, ne sachant pas quand la catastrophe allait arriver mais sachant qu'elle était là, quelque part, et qu'elle n'allait pas tarder.
« Saviez-vous que Thorin a été en couple ?, demanda soudainement Constance en changeant totalement de ton. Un jeune homme charmant, quoique un peu trop gentil pour ce genre de travail. Je pense qu'il a plus suivi Thorin qu'une quelconque passion pour le droit, ce qui est compréhensible lorsqu'on est jeune et plein de vie. Il s'appelait Thomas.
- Tout le monde était débordé, à l'époque, intervint Millie à mi-voix. Occupés à lutter contre les Lions d'Or. Et un jour, nous avons reçu une alerte...
- Une information anonyme. Nous avons décidé d'y aller. Et alors... »
XxXxX
Treize ans et demi plus tôt...
XxXxX
« Un problème, Constance ? »
La jeune sorcière tourna la tête, ses boucles noires frappant ses joues dans le mouvement.
À côté d'elle, Harry Potter lui offrit un sourire tendu mais sincère. Ses cheveux noirs, qui commençaient à tourner blancs ici et là, paraissaient argentés sous la pleine lune.
« Je ne sais pas, répondit-elle finalement. Juste... Une impression... »
Elle secoua la tête.
« C'est rien. Ça doit être l'anxiété. »
Harry Potter ria un temps avant de poser sa main sur son épaule.
« Plus que sept minutes.
- Hmm.
- Une idée de où se trouvent...? »
Il avait à peine commencé à formuler sa question que deux sorciers transplanèrent, les faisant dresser leurs baguettes. En voyant l'identité des arrivants, cependant, ils les abaissèrent bien vite.
Grand, costaud, la peau basanée et les cheveux courts, Thorin tranchait à côté de son petit-ami. Thomas était petit, fin, léger et roux comme un Weasley. Ses taches de rousseur lui mangeaient les joues et le nez, et ses cheveux étaient ordonnés en un frange droite qui tombait délicatement sur son front.
Le jour et la nuit. Et pourtant, Constance ne parvenait pas à les imaginer l'un sans l'autre.
« Thorin, Thomas. Quelle est la situation ?
- Pas un bruit, monsieur, répondit immédiatement le plus petit d'une voix douce.
- C'est presque trop beau pour être vrai. », grommela Constance.
Harry lui donna un coup de coude dans les côtes et elle grogna sous la brève et vive douleur qui s'ensuivit. Mais le geste était joueur, et elle ne s'en formalisa pas.
Depuis un an et quelques qu'ils essayaient d'avoir des preuves concrètes pour avancer dans leur enquête contre les Lions d'Or, et voici que se présentait ce bâtiment délabré, vide selon toutes les apparences. Constance avait refusé d'abord d'y croire : les membres des Lions d'Or étaient fidèles à en mourir. Mais fallait-il croire qu'un avait finalement décidé de cafter. Mais pourtant, l'Auror ne parvenait pas à s'en réjouir, malgré tout ce qui pouvait indiquer la présence d'éléments pertinents pour leur enquête. Le sortilège Repousse-Moldu. La barrière anti-transplanage, qui commençait quelques mètres devant eux (ils étaient actuellement dans une autre masure abandonnée. Tout le village était abandonné). Tout concordait si bien qu'elle ne pouvait que penser qu'il y avait anguille sous roche.
« Bien, fit finalement Harry en se levant. Il est l'heure. Préparez vos baguettes. »
Constance n'aurait pas été contre quelques autres collègues, également. Ne serait-ce que sa soeur, par exemple ; sa présence ne l'aurait pas calmée, mais au moins elle aurait été sûre d'avoir quelqu'un de sûr à ses côtés. Mais non. Quatre pour un bâtiment suspect.
Elle avait insisté, bien sûr, tant et si bien que Harry avait finalement envoyé son Patronus avec une demande de renforts. Trois sorciers aguerris, avait-il dit en la regardant droit dans les yeux, un peu irrité visiblement par son insistance. Et qu'ils fassent vite. Constance voulait également les attendre. Son patron avait cette fois-ci mis son droit de véto : ils attaquaient maintenant, ou jamais. L'Auror n'avait pu que s'incliner. Et les voilà qui étaient prêts à partir à l'attaque.
Ils descendirent silencieusement de l'étage où ils s'étaient tapis, sortirent de la maison dans une formation en losange, les baguettes dressées. La pleine lune leur éclairait les environs, leur permettait de se déplacer sans avoir à recourir à un Lumos. Le point négatif, c'était qu'ils étaient beaucoup trop exposés : n'importe qui pouvait les voir. Comme si, maintenant que l'on avait des informations concrètes, on se décidait à jouer avec le feu. Constance, et c'était compréhensible, ne voulait pas se brûler. Tout le monde ne semblait pas être de cet avis. Et à part ses grommellements, elle n'avait rien à leur opposer.
Silencieusement, ils parvinrent jusqu'à l'entrée, et Harry poussa la porte. Celle-ci s'ouvrit avec un grincement.
« Beaucoup trop cliché. », murmura Constance, et Thomas pouffa avant de se ressaisir sous le regard sévère que lui lança son mentor.
Ils pénétrèrent dans le hall d'entrée.
Le bâtiment, selon les précédentes descriptions, avaient dû vous sembler être un immeuble en ruine ; il n'en était rien. Il avait la forme d'une de ses mairies que l'on trouvait dans les villages de France : en longueur, avec des marches pour accéder aux grandes portes d'entrée, des fenêtres auxquelles il manquait des vitres, détruites sous des assauts répétés de poings et de pieds, un air solennel que l'on ne retrouvait que dans les bâtiments officiels. Le village où ils se trouvaient avait apparemment été un de sorciers, avec quelques Moldus ici et là pour égayer le tout. Grindelwald s'était employé à le vider, lors de la première grande guerre sorcière, et de manière expéditive. Après ça, il n'avait jamais été réhabité ; peu de sorciers savaient désormais où il se situait sur une carte. Les Moldus l'avaient oublié. Constance n'avait pas su le placer sur une carte.
Ils pénétrèrent dans le hall d'entrée et firent quelques pas. Les rayons de la lune éclairaient même les vestiges d'un ancien grand escalier, par un trou qui avait éventré le toit.
« C'est calme, fit remarquer Thorin au bout de quelques pas de tortue.
- Restez alertes. », répliqua seulement Harry.
Au-dessus de leurs têtes, des applaudissement se firent entendre. Constance la tourna si vivement qu'elle crut se claquer une cervicale.
Là, sur le balcon du premier étage : un homme souriant, les dents tellement blanches qu'il aurait pu apparaître dans une pub Freedent, et surtout, l'air narquois. De loin, elle pouvait deviner son jeune âge et une touffe de cheveux auburn, que la lune faisait paraître plus sombre.
« Restez alertes, déclara Harry Potter, mais ce qu'il ne savait pas, c'était peut-être qu'il fallait l'être un peu plus tôt !
- Et qui êtes-vous ? », s'enquit le susnommé avec un calme olympien qui donna envie à Constance de lui donner un coup de pied dans le tibia.
L'autre éclata dans un rire cristallin qui dura bien trente secondes. L'Auror ne savait pas si c'était la stupeur qui les empêchait d'agir, mais aucun d'entre eux ne leva la baguette pour lancer un Stupéfix bien placé.
« Mon nom est Roy, ou en tout cas c'est bien le seul que vous retiendrez.
- Je vois. Roy. Et que fais-tu donc là ? »
Le sourire narquois en devint un carnassier.
« Moi ? Vous embêter, bien sûr ! »
Un grognement se fit entendre à leur gauche, puis un autre à leur droite, jusqu'à ce qu'une multitude emplissent l'air, et Constance leva la tête un peu plus, jusqu'à ce que ses yeux fassent face à la pleine lune.
« Et, éventuellement, vous retenir. On dirait bien qu'une a déjà compris. Ne prenez pas peur, mes amis ; après tout, ce ne sont que quelques boules de poils. »
La porte d'entrée claqua et le verrou se fit entendre par-dessus les grognements lupins. Toutes les fenêtres disparurent. Avec un petit signe de la main, Roy transplana.
Et, comme dans un mauvais film d'horreur, trois, quatre, cinq, six, sept, huit loup-garous, jusqu'à ce qu'ils se retrouvent encerclés, les baguettes dressés. Constance jura intérieurement. Ils étaient en infériorité numérique, ils ne pouvaient pas transplaner (mais alors comment Roy... ?), deux d'entre eux étaient certes sur la fin de leur apprentissage mais étaient encore considérés comme novices selon leurs règles. Et aussi...
« Ils ne sont pas maîtres d'eux-mêmes. Ne les tuez pas. », ordonna Harry Potter.
Ça, aussi.
Et tout devint une masse de poils et de crocs.
« Il faut déverrouiller cette porte !, hurla Thorin dans la mêlée.
- Non, sans blague ! », rétorqua Constance tandis qu'elle roulait au sol pour éviter la bête qui s'était jetée sur elle, ou en tout cas qui s'y était essayé.
Les loups-garous étaient certes des êtres sympathiques vingt-neuf nuits sur trente mais elle n'allait pas s'essayer maintenant à... l'amadouement de loups-garous. Si un tel terme existait.
Il était dur, dans le feu de l'action, de viser correctement, mais le principal était d'essayer. Sauf quand le feu de l'action signifiait «potentiellement morte si une seule erreur». Autour d'elle, l'Auror entendait le bruit de sabots qui tapaient contre de la chair : Thorin en avait apparemment eu assez d'agiter sa baguette et avait pris les choses en main d'une façon plus expéditive. Elle n'allait certainement pas le lui reprocher. Constance jeta un coup d'oeil circulaire autour d'elle : Thorin se débrouillait merveilleusement bien, Harry effectuait les mêmes gestes avec une habitude presque condescendante. Thomas...
était acculé contre le mur, la baguette jetant sort par-dessus sort.
« Thomas ! », cria-t-elle, mais ne fit qu'attirer l'attention de l'autre junior sur son compagnon.
Un des loups-garous, assez proche, plongea une patte griffue et velue dans le vide ; sauf que ce n'était pas du vide, c'était le torse de Thomas, et il ploya sous la douleur avec un cri étranglé.
Des crocs se plantèrent dans sa gorge. Un cheval arriva, trop tard, pour le dégager d'un coup de cul bien placé ; l'instant d'après, Thorin le remplaçait et agrippait son petit-ami, la panique inscrite sur son visage carré.
Plusieurs choses se passèrent alors :
« Thomas ! », hurlait Thorin, alors que l'autre sorcier se noyait littéralement dans son sang, « Thomas ! », et alors :
« Avada Kedavra ! »
Et un éclair vert
qui frappa la silhouette de Thomas d'une précision chirurgicale
et Thorin se tourna vers Harry, Harry avait la baguette levée, et Constance
comme une boule qui grandissait en elle, pardonnez la comparaison peu flatteuse mais comme un haut-le-coeur qui menaçait de lui faire rendre son repas, et loin, très loin dans son esprit, elle reconnut la sensation, une qu'elle n'avait pas ressenti depuis très longtemps, depuis son adolescence, la magie qui
perdait le contrôle.
Ils tombèrent tous ensemble sur le sol du bureau des Aurors, et Constance se mit immédiatement sur ses genoux et ses coudes, épuisée par la vague de magie qu'elle venait de déployer involontairement. Puis, beaucoup moins classe qu'une simple fatigue, rendit tout simplement son repas, sous les exclamations alarmées des collègues qui les entouraient.
Lorsqu'elle leva la tête, cependant, Constance ne vit qu'une chose :
Thorin tenant dans ses bras le corps sans vie de Thomas, et dans ses yeux une haine incommensurable, une haine qu'elle n'avait jamais vu autre part, et surtout pas sur son visage.
Harry Potter avait encore la baguette dressée, le regard stoïque, et elle sentit alors que quelque chose avait changé.
