Bonnes coronavacances à tous et restez chez vous ! L'air est doux quand on ouvre les fenêtres

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Il y avait dans la chambre de l'hôpital un silence à réveiller les morts. Et il ne parlait pas que des Inferi, mais la pâleur de Constance, causée par la lumière de lune, aurait parfaitement pu la faire passer pour un.

« Attendez, finit par articuler Alisha. Vous voulez dire que... »

L'attrapeuse s'interrompit, comme si sa voix la lâchait. Mais James, si il l'avait jaugé, en cet instant-là, l'aurait vu troublée, les sourcils pas totalement froncés, la bouche en O, les yeux perdus.

« Harry Potter a tué quelqu'un ? »

Constance leva un sourcil un peu dédaigneux.

« Il va falloir être plus précis. Harry Potter a... pacifié de nombreuses personnes auparavant. C'est notre boulot. J'imagine.

- Non mais...

- Un Avada Kedavra ?, intervint James d'une voix plate. Sur son apprenti ? »

Millie était compatissante. Il le voyait dans sa posture, sur son visage habituellement neutre mais qui aujourd'hui était plus ouvert. Récemment, ou alors depuis le début de l'affaire Potter, Millie avait à bien des reprises perdu son sang-froid implacable qui la caractérisait. Ce n'était, apparemment, plus un temps pour porter des masques.

« Thomas n'aurait pas survécu, lâcha Constance. Ses blessures étaient trop graves, il perdait trop de sang, il... »

Elle fit un geste désabusé de la main.

« Tout le monde savait. Ceux qui doutaient se mettait un voile devant les yeux, voilà tout. »

L'expression de la sorcière se fit plus ouverte, et ses yeux plus compréhensifs quand ils se posèrent sur James, qui n'avait pas esquissé un geste depuis quelques minutes.

« Ce que je ne sais pas, en revanche, c'est ce que j'aurais fait à la place de votre père. Thomas n'aurait pas survécu. Entre «tuer» et «abréger les souffrances», la ligne est très fine.

- Peu importe ses intentions, coupa Millie. Pour Thorin, il a tué Thomas, et c'est tout ce qui compte dans notre cas. Ou en tout cas, dans l'histoire qui en a découlé. Vous avez encore le dossier de Thorin, bien entendu ? »

Alisha regarda Amandine. Amandine regarda Alisha. Amandine et Alisha regardèrent James, et James regarda Amandine et Alisha.

Millie grogna.

« Sérieusement ?

- Eh, je pensais que l'autre sorcière en aura beaucoup plus besoin que nous !, se défendit Alisha.

- Et moi je pensais que James le prendrait, déclara simplement Amandine en haussant les épaules.

- Je voulais juste sortir du salon. », marmonna James en se pliant sur lui-même.

Son cerveau était encore en train de... processer ce qu'il venait d'apprendre, ou quelque chose d'équivalent. Non, pire : c'était comme si quelqu'un avait désactivé la lumière et avait oublié de la ramener en sortant, et James tâtonnait maintenant pour trouver l'interrupteur.

Il... n'y arrivait pas. À associer son père, qui certes n'était pas l'homme le plus affectif du monde avec ses enfants, mais qui jamais, au grand jamais, ne leur aurait fait du mal, à cet être froid qui avait apparemment tué le petit-ami de son meilleur ami. Et en même temps, chacun savait que les Aurors étaient différents hors et dans leur travail, si cela faisait sens. Millie était un masque qui se découvrait une fois les bonnes circonstances réunies. Thorin était... Eh bien, Thorin était beaucoup plus agressif en civil qu'en Auror, Marie perdait son côté doux que tout le monde lui connaissait une fois dans son appartement. Même James devenait sérieux (plus sérieux) une fois une enquête en cours.

(il ne mentionnait pas Constance parce que Constance semblait être tout le temps Auror, même lorsque alitée avec un bras en moins et une coiffure que tout le monde estimait ridicule. C'était à se demander si la sorcière avait jamais un jour connu ce qu'était l'amusement, mais, là encore, peut-être n'avaient-ils tout simplement pas la même définition du mot)

Alors était-ce si impensable ? Que son père... Qu'il ait pu... ?

« La Terre à James ! »

Même à trois mètres, les doigts que claquèrent Constance devant elle lui firent l'effet d'une gifle : il sursauta et se raidit sous le regard de braise de l'Auror.

« Je disais donc : tant pis. Ce n'est pas vraiment nécessaire pour la suite.

- La suite ?, fit-il écho. Il n'y a pas eu d'enquête ? Quoique ce soit ? »

Constance prit une inspiration.

« Justement, cela rentre dans le thème. »

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Quelqu'un lança un dossier sur son bureau. Constance sursauta et leva les yeux. Ceux verts d'Harry Potter étaient inflexibles ; le sorcier ne cilla pas une seule fois tandis qu'elle le sondait, incapable de décider de la marche à suivre.

Depuis deux semaines, il lui était impossible de juste. L'approcher. Ne serait que de son côté : oublier cette posture assurée, ce bras ferme, ce sort... Tout cela était hors de sa portée. Ou alors du côté de Harry : froid et distant avec elle comme il ne l'avait jamais été auparavant. En une soirée, ils avaient perdu la camaraderie qui avait fait d'eux un duo efficace.

Constance n'arrivait pas à savoir si il s'agissait d'un mécanisme naturel qu'avait Harry de se protéger des autres durant ce qui devait être... un deuil ? Ou alors autre chose.

Elle ne voulait pas vraiment penser à ce qu'elle ferait si il s'agissait de autre chose. Pour l'instant, tout ce qu'elle savait, c'était que la situation était tendue, autant entre eux que dans l'entièreté du bureau des Aurors. Thorin était introuvable ; cela ne l'empêchait pas de s'attirer des ennuis. De ce qu'elle avait compris, si il ne traînait pas dans leur bureau commun, il ne se retenait pas pour regarder Harry Potter de travers dans le ministère. Voir même plus.

Un Thorin haineux était un Thorin effrayant, mais Harry Potter n'était pas le type d'homme à être effrayé, et surtout pas par son apprenti. Si il l'était encore, cela allait sans dire.

« Donc ?, finit-elle par demander lorsqu'il fut clair que son patron attendait quelque chose.

- Donc, Thorin est mis à pied jusqu'à nouvel ordre. Et inculpé, également, pour les mêmes raisons.

- Je vois, dit-elle lentement. Et... Pourquoi ? »

Harry remonta ses éternelles lunettes rondes dans un geste qui aurait pu passer pour un lié au stress si seulement tout dans cet homme ne lui avait pas paru calculé au millimètre près.

C'était, là encore, quelque chose de récent. Deux semaines. En deux semaines, Harry Potter était passé d'un patron sévère mais sympa, propre sur lui mais... proprement dépareillé, si cela faisait sens, à un officiel du ministère qui ne laissait rien au hasard. C'était déconcertant. Troublant.

Elle détestait ça.

« Peut-être parce que me menacer n'est pas le meilleur moyen de faire son deuil. Constance. »

Il prononçait son prénom comme si elle avait une responsabilité quelconque dans son comportement. Elle n'en avait aucune. Elle avait rempli son rapport, l'avait rendu, point à la ligne. Ce qu'ils en faisaient après, ce n'était plus son problème.

« Et ça, continua Harry en pointant du doigt le dossier qu'il avait proprement balancé sur son bureau, c'est l'enquête qui a été ouverte sur le meurtre de Thomas. »

Maintenant, peut-être pensiez-vous que le bureau était vide ; il n'en était rien. Ils étaient tout simplement les deux seuls qui parlaient. Oh, il n'était pas plein non plus. Quelques Aurors étaient partis en patrouille, comme ils en avaient l'habitude ces temps-ci. Sa soeur Marie, par exemple, et l'une de leur plus récente recrue, un certain Ilyes, qui sortait à peine de Poudlard. Dix ans d'écart entre les deux, tous les deux peu expérimentés du point de vue d'un Auror, et les voilà sur le terrain en effectif réduit.

Bref, tout ça pour dire que. Le bureau n'était pas vide. Il était juste silencieux. Et pour la première fois depuis le début de la conversation, Constance sentit la vingtaine de paire d'yeux qui la fixaient tandis qu'elle ouvrait le dossier avec des gestes prudents.

Elle n'aurait pas dû être surprise, mais elle ne put s'empêcher de ressentir, assez étrangement, un pincement, tandis que en haut de la première page se trouvait la mention Sans suite, à l'encre rouge et aux lettres élégantes.

« Je... vois, ne put-elle que répéter, toujours aussi lentement. Félicitation ?

- Thomas a été tué par un loup-garou, Constance. Voici (il tapa son poing sur son bureau, soudainement) la conclusion de l'enquête. »

Elle ne savait pas si il essayait de la persuader elle ou si il croyait encore n'avoir pas joué un rôle dans la mort de Thomas. Peu importe ce qu'elle pouvait penser : les faits étaient là. Elle avait vu l'Avada Kedavra. Elle l'avait noté dans son rapport.

Et ce qu'était devenu son rapport...

Elle l'avait posé sur le bureau de Harry Potter.

Mais tout à coup, une main vint se refermer sur son col et la leva de force. Comme si elle assistait à la scène d'en dehors son corps, Constance ne pouvait que sentir sur sa peau la respiration de Harry, tandis qu'il approchait son visage à cinq centimètres (même moins !) du sien. Constance en fut tellement estomaquée qu'elle ne put pas bouger, juste lever ses bras pour les poser sur le bras de Harry dans un réflexe de défense.

« Tu doutes de l'enquête, Constance, siffla-t-il. Je sais que tu doutes de moi, et ça je peux le supporter. Mais n'affiche pas ton dédain comme si ce bureau était à toi—

- Harry—

- J'ai dit—!

- Lâchez-la, monsieur Potter. »

Leurs deux têtes se tournèrent vers la voix calme qui était intervenue.

Millie, toujours aussi stoïque, avait la baguette pointée vers eux, ou plus précisément sur Harry, et si son regard n'avait pas été aussi alerte, Constance aurait pu la croire aussi flegmatique que d'habitude.

« Millie—

- Lâchez-la, monsieur Potter. »

Il y eu un raclement de chaise, et tout à coup un autre Auror se levait ; Collins, beaucoup plus âgé que eux trois, menaça à son tour Millie.

« C'toi qui doit arrêter, Mil'. Pose ta baguette et retourne à ton boulot. »

De toute part, dans tous les coins ; tous les Aurors présents se levaient, se menaçaient mutuellement et se jetaient insultes après insultes dans une cacophonie qui aurait assourdie quiconque rentrait dans la pièce à cet instant. Et au milieu de tout ça, Harry la lâcha.

Constance fit quelques pas en arrière, faisant tomber sa chaise dans son mouvement pour s'éloigner de Harry.

Elle ne reconnaissait pas cet homme.

« On ne peut pas continuer comme ça. Le bureau, nous. Cela doit cesser. »

Harry cligna des yeux. C'était comme si il se réveillait d'une longue sieste et qu'il n'enregistrait pas totalement ce qu'elle lui disait. Et elle n'aurait jamais cru dire ça un jour, mais devoir faire ça, ce qu'elle s'apprêtait à faire, elle aurait tant voulu pouvoir l'éviter. Pouvoir juste, continuer son chemin en espérant que tout se remettrait en ordre.

Plus rien ne pouvait se remettre en ordre. Pas dans ces conditions. Et Harry, en l'empoignant et en lui hurlant dessus, venait de lui prouver ce qu'elle avait refusé de voir depuis deux semaines, depuis qu'il perdait son sang-froid petit à petit, pendant qu'autour d'eux le bureau des Aurors se transformait en champ de bataille digne d'une guerre civile.

Constance sortit sa baguette. Bois d'ébène, plume d'oiseau-tonnerre. Elle ne l'avait jamais laissée tomber. Et il fallait que ça continue.

D'un geste lent, elle tapota la joue gauche de Potter avec l'extrémité de la baguette, dans une tradition qui rappelait celle des gifles des chevaliers d'alors. Lorsque sa voix s'éleva, elle était claire et recouvrit toutes les autres :

« Harry James Potter, je vous défie en duel pour la position de chef des Aurors d'Angleterre. »

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« Vous quoi ? »

Constance le regarda droit dans les yeux et répéta lentement :

« Je l'ai provoqué en duel. »

James se tourna vers ses deux acolytes, se demandant encore une fois si il avait des problèmes d'audition, ou bien si elles étaient aussi époustouflées que lui par ce qu'ils venaient d'entendre.

Alisha avait l'air époustouflée, mais pour toutes les mauvaises raisons, comme par exemple, de l'admiration. Amandine était... Amandine, c'est à dire les bras croisés, comme d'habitude.

James savait que son père avait quitté son boulot de chef des Aurors au profit de Constance. La décision lui avait semblé étrange, surtout considérant la notoriété de son père. Mais après tout, leur situation financière n'avait pas changé ; et son père n'avait pas paru plus dérangé que ça de son nouveau statut. Il restait un de ceux qui siégeaient à la Confédération internationale des sorciers, ce qui lui sécurisait tout de même une certaine position de pouvoir au ministère.

« James. », l'appela Millie, et il se tourna vers sa direction.

« Je peux comprendre que cette information vous trouble—

- Je ne suis pas troublé, gronda-t-il. J'essaye de comprendre à quel moment elle a cru que ce serait une bonne idée de—

- Un homme est mort, Potter, et le bureau était à la limite de la guerre civile, l'interrompit Constance en élevant la voix. Je ne pensais pas que c'était une bonne idée. C'était une idée, tout court. »

Un petit silence s'installa avant qu'Amandine ne le brise, toujours aussi factuelle :

« Harry Potter a perdu, alors ? »

Constance émit un rire qui aurait pu évoquer l'aboiement d'un chien à quiconque tendait bien l'oreille. Et James était, actuellement, particulièrement attentif.

Il n'y avait aucune joie dans ce rire, non pas que Constance rigolait souvent parce que quelque chose l'amusait. Et Millie avait l'air particulièrement sombre.

« Perdu ? Oh, non, il a gagné. Enfin. D'une certaine manière. »

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Marie faisait les cent pas tandis que Constance finissait de remonter sa manche. Pour la neuvième fois en quinze minutes.

Le duel était dans sept minutes. Statistiquement, elle avait le temps de refaire le geste environ quatre fois avant qu'on vienne la chercher.

« Un duel..., marmonnait sa soeur encore et encore. Un putain de duel contre Harry Potter. »

Constance soupira et renonça momentanément à s'abandonner à ses tics.

« Je pensais qu'en deux semaines, tu aurais le temps de t'habituer à l'idée. »

Marie s'arrêta net. En public, sa soeur était une personne douce, mais en privé elle était l'un des pires dragons que Constance ait jamais affronté.

Et elle habitait avec elle.

« Je me suis habituée à l'idée que je serai, dans une heure, la seule à payer le loyer de l'appartement ! À quoi tu pensais, Constance, sérieusement ?! »

Elle haussa les épaules, incapable de donner une réponse concrète. Elle ne voulait pas avouer à sa soeur que, justement, elle n'avait pas tant réfléchi que agi. La peur d'avoir un Harry Potter enragé à cinq centimètres de son visage l'avait fait agir plus que ce que la raison lui aurait dictée être prudent. Mais pour autant, était-ce une mauvaise chose ?

Constance serait virée. Elle n'était pas assez stupide pour penser pouvoir gagner. La seule chose qu'elle pouvait faire, c'était montrer aux juges que Harry Potter était trop instable pour rester chef Auror. Mais dans tous les cas, Constance refuserait la position de cheffe Auror. Elle était raisonnable, pas suicidaire, quand bien même ses précédentes actions auraient pu démontrer du contraire.

Alors quoi ? Si elle n'arrivait pas à ses fins, elle partirait. Dans tous les cas, elle ne voudrait pas rester travailler dans une ambiance aussi étouffante que celle du bureau actuellement.

« Et qu'est-ce que tu feras, une fois virée ? », continuait de demander Marie en la regardant fixement, comme si en ayant totalement la capacité de faire un trou dans sa peau.

Nonchalamment, Constance haussa de nouveau les épaules.

« Je n'y suis pas encore.

- C'est pour ça que le bureau des Aurors français t'a viré. »

Constance soutint le regard de sa soeur jusqu'à ce que cette dernière détourner la tête, ayant réalisée qu'elle en avait trop dit.

« C'est l'heure. », dit Constance en se levant, et aussitôt qu'elle finit sa phrase la porte de la salle de classe où elles étaient s'ouvrit.

Pour des raisons évidentes, ils ne pouvaient pas faire le duel dans le ministère. Alors Harry Potter avait tiré quelques cordes, quelque chose du genre : et voici qu'ils allaient être conduits sur le terrain de Quidditch de Poudlard pour faire leur petite affaire, sans aucun sous-entendu salace. Avec un sortilège de dissimulation ; encore mieux. Au moins, elle ne se prendrait pas la raclée du siècle devant des gosses de première année.

Il n'y avait pas à nier que le château de Poudlard était impressionnant, mais Constance était tout de même bien contente de quitter son enceinte de pierre. Elle avait fait toute sa scolarité à Beauxbâtons ; comparé à l'école française, Poudlard était bien plus terne, plus... médiéval. Malgré les tableaux qui bougeaient et la regardaient avec curiosité, tandis qu'un officiel du ministère les guidait. Il lui manquait le charme à la française, voilà tout.

Lorsque les pieds de Constance foulèrent la pelouse du terrain de Quidditch, Marie s'arrêta.

« Pas le droit d'aller plus loin. », grommela-t-elle en guise d'explication, et Constance hocha la tête. Rien de plus ne fut échangé entre elles.

Elle n'avait aucune chance de gagner mais elle allait très bien essayer, et de toutes ses forces.

Hermione Granger était là, entre eux deux, flanquée de...

Constance grogna intérieurement. Percy Weasley. Elle pouvait parier sa baguette que c'était pour déchirer son contrat devant ses yeux sitôt le duel terminé.

Harry Potter avait déjà la sienne en main, d'ailleurs et la regardait de la même manière qu'il épiait un suspect en temps normal.

« Selon les règles... », commença Percy dès qu'elle fut immobilisée, mais Constance noya très vite sa voix parmi ses pensées. Elle prit sa baguette entre le pouce et l'index, la sentit vibrer de son énergie habituelle, et eut un petit sourire en coin.

Un sortilège l'envoya voler. Constance atterrit sur le sol avec un bruit mat et se releva aussi rapidement que le lui permettait son corps.

« De la concentration, Constance. », grinça Harry, la baguette devant lui. D'un coup d'oeil rapide, elle nota que Hermione Granger et Percy Weasley s'étaient tous les deux reculés.

Super. Elle avait loupé le début.

Grand sire, Harry lui laissa au moins le temps de se relever. Et sitôt sur ses pieds, Constance pria de toutes ses forces, pensa à un sourire doux, un col roulé blanc, et elle cria :

« SPERO PATRONUM ! »

Ce fut peut-être la stupidité du sortilège qui le surprit, ou alors la forme de son Patronus : mais lorsque l'oiseau-tonnerre argenté surgit et fonça sur lui, Harry Potter ne bougea pas. Elle ne pouvait pas les voir mais elle pouvait très bien imaginer les yeux ronds qu'il devait avoir tandis que la créature fantastique fondait sur son corps avec un cri perçant. Constance ne s'y attarda pas et lança, sans grand espoir, un sortilège de Stupéfixion, que son supérieur bloqua sans peine, quoique avec un peu de retard.

Sa stratégie avait fonctionné. Le Patronus l'avait déstabilisé, et Constance entendait bien user des précieuses secondes qu'il lui avait accordé.

Le reste ne fut qu'un mélange de sortilèges informulés qu'ils s'échangèrent comme deux tennismen en plein match, sauf que là c'était un poil plus vicieux que des balles. Constance usa de tout son répertoire ; Harry en fit de même. Sauf que Harry était plus fort, et il le savait.

Il fallait qu'elle le fasse craquer. Il fallait qu'il pète un câble et lui accorde une ouverture. Il ne pouvait pas rester chef Auror.

À chaque sort, ils se rapprochaient. À chaque sort, la distance qui les séparait s'amenuisait, jusqu'à ce qu'ils puissent se regarder dans les yeux, jusqu'à ce qu'elle puisse discerner la panique et la rage sur son visage ; et alors elle plongea et le tacla.

Mauvais choix, fut sa pensée, alors que Harry agrippait ses cheveux et tirait d'un coup sec, rejetant sa tête en arrière ; ce n'était pas aussi douloureux qu'un Doloris reçut de plein fouet, loin de là, mais pour autant la surprise lui fit lâcher un cri. Avec ses cheveux pris dans les filets qu'étaient les mains d'Harry, il n'y avait rien à faire. Plus rien, si ce n'est attendre qu'il la stupéfixie, et alors le match serait fini, elle aurait perdu.

Harry la regarda droit dans les yeux, la forçant de se mettre à genoux. Le bout de sa baguette traîna sur son visage. Malgré elle, elle ressentit une pointe de peur la traverser.

Il avait l'air fou. Et deux secondes après, lorsqu'il eut fini de la considérer, il murmura d'une voix haineuse qu'elle ne lui avait prêté que très peu de fois :

« Sectumsempra. »

Maintenant, écoutez-la bien. Elle s'était cassée le bras en troisième année. Un stupide accident, vraiment, qui lui avait néanmoins donné une valeur étalon de la douleur qu'elle pouvait supporter. Sentir un os se briser après une chute de deux mètres ? Supportable.

Sentir sa peau s'ouvrir sans ne rien pouvoir faire, et le sang couler, et devoir regarder dans ses yeux haineux, et tout son corps convulser, comme si on la poignardait ?

Constance hurla. Ce fut le son le plus strident qu'elle ne poussa jamais, et sa gorge en garda les séquelles pendant une semaine.

Son visage ? Pas aussi chanceux.

« Granger et Weasley nous ont séparé... Enfin, ils l'ont obligés à me laisser partir, serait plus exact. »

« Harry ! Arrête ! C'est fini, tu as gagné, lâche-la ! »

« Non pas que ça ait été facile, parce que votre père avait une sacrée poigne. Potter. »

« Harry, lâche— J'ai dit, lâche-la ! »

Si il la laissa partir, ce n'était pas parce qu'il avait voulu, mais bien parce que, à travers le sang qui lui coulait dans les yeux, elle crut discerner la silhouette de Percy Weasley près de celle de Potter.

Puis une autre tache dans son champ de vision, et vu (aha, quelle blague) les couleurs, c'était Marie.

« Et Marie lui a donné un coup de poing, aussi. Ça doit bien être une des seules fois où elle m'a défendu, ce qui était assez horripilant, surtout au vu de notre dernière conversation d'alors. Mais. Bon. »

« Merlin, Marie, ne commence pas à t'en mêler—

- Excusez-moi, elle est train de pisser le sang et je suis censée rester ca—

- Constance ? Constance, tu m'entends ? »

Oh, elle entendait parfaitement bien. Voir, c'était une autre paire de manches.

« Je pense aussi que c'est là que votre père a réalisé qu'il avait fait une connerie assez monumentale. Ou bien qu'il avait besoin d'aller voir un psy. Ou alors les deux à la fois, si on a de la chance. »

« Constance—

- Ne posez pas un seul doigt— »

Les cheveux noirs, exactement la même teinte que les siens : c'était ce qui lui permis de reconnaître Harry Potter, et de voir qu'il s'approchait d'elle avec l'allure d'un chiot fautif.

Mais Constance, les deux coudes supportant sa carcasse sanguinolente, recula précipitamment.

« Au passage, il faut reconnaître à votre tante un véritable savoir médical. La plupart de mes saignements ont été stoppés avant qu'on ne me conduise à l'infirmerie. Même si, évidemment, on en attend pas moins de Hermione Granger. »

Elle avait bousculé Hermione Granger en se carapatant comme un animal terrifié. Mais dans son esprit, juste une seule pensée : ne plus lui laisser un seul lien. Tout couper. Renoncer à tout. Les distances. En établir.

« Ne me touchez pas, Potter. », cracha-t-elle, et la silhouette aux cheveux noirs s'arrêta brusquement, comme si ces simples mots suffisaient à casser la mécanique du robot.

Ne plus. Jamais. Lui. Faire. Confiance.

« Enfin, conclut Constance dans un soupir. Voilà comment je suis devenue cheffe Auror. »