Elle marchait d'un pas pressé, pas parce qu'elle l'était en elle-même mais parce qu'elle était activement recherchée par les autorités. Enfin, elle était aussi pressée, mais ce n'était pas la principale raison de son empressement. En temps normal, elle n'aurait même pas songé montrer son visage dans un lieu aussi public, mais le jeu en valait la chandelle. Et Adélie l'avait demandée avec tant d'insistance qu'elle s'était sentie obligée de répondre son appel.

Non pas que Lia se soit précipitée à son chevet. Elle n'avait pas que ça à faire, et Adélie le savait. Après leur joyeuse débâcle, cela avait été un cauchemar à démêler. Et à organiser. En plus de cacher Prat dans un nouvel endroit toutes les douze heures, il lui fallait gérer l'endormissement de certains de leurs membres qui risquaient le plus gros (par exemple : Azkaban, à tout hasard), ou encore le réveil d'autres, qui pouvaient abriter les plus recherchés. Ils n'étaient pas nombreux, mais certains noms avaient fuité ; apparemment, quelqu'un avait mal brûlé certaines de leurs archives, et celle qui se retrouvait à gérer tout ce bordel, c'était elle.

Mais Lia savait ce qu'elle savait et pouvait faire, et c'est pour cette raison qu'elle ne baissait pas les bras aussi facilement. Après tout, tout était une question d'organisation ; un emploi du temps minutieusement calculé, tout déroulé comme une partition bien ordonnée. Elle avait ajouté ce minuscule trou au dernier moment, après un nouveau mot de Millie ; encore. Juste des inflexions vides de personnalité. «Elle veut te voir». C'était tout. Toutes les deux savaient précisément de qui elle parlait, et Lia aurait été heureuse de l'envoyer bouler. Mais il fallait croire que certains restes d'affection avait fait penché la balance. Et la voilà à se promener dans un hôpital à visage découvert.

À vrai dire, tant qu'on marchait vite et qu'on prenait un air occupé et pressé, personne ne vous arrêtait jamais. C'était ce qu'elle faisait dans la rue, le visage fermé pour éloigner ceux qui voulaient éventuellement lui adresser la parole, mais également lorsqu'elle s'attablait à leur QG pour boire un coup. De toute façon, peu de personnes osaient l'approcher. Adélie, de temps en temps, quand elle passait les voir. Millie, très rarement, et toujours avec ce regard hautain qui témoignait de son mépris, qui était d'ailleurs réciproque. Le reste de la bande, Roy, quand il se sentait d'humeur à entretenir une conversation. Mais la plupart du temps, elle restait seule, et cela lui allait très bien. Aujourd'hui ne serait qu'une visite rapide, se rappela-t-elle. De toute façon, elle ne pouvait qu'accorder une heure à Adélie ; pas plus, pas moins.

En s'approchant de la chambre, Lia put constater que personne ne la gardait. Soit ils n'en avaient rien à faire, soit Adélie était dans un état lamentable, soit Millie était de garde mais avait décidé de s'éclipser avant qu'elle arrive. Dans l'ordre : peu probable, peu probable, hautement peu probable, puisque sa mise à pied n'était toujours pas levée. Et que Millie ne quitterait pas une pièce pour lui faire plaisir, en plus d'être un vrai bouledogue.

Elle décida de ne pas se poser plus de questions et toqua à la porte. Puis, sans attendre de réponse, tourna la poignée et rentra dans la pièce.

Saint-Mangouste était toujours désespérément blanc ; c'était un cliché des hôpitaux que les sorciers avaient aimé tapisser sur tous les murs, de façon très littérale par ailleurs. En plus de donner un aspect aseptisé à la pièce, le blanc la rendait déprimante ; un fait peu aidé, également, par la météo apocalyptique de ces derniers jours. De la pluie, des nuages, du tonnerre. Comme un mauvais présage qui ne cessait de s'annoncer depuis dix jours déjà.

Adélie tourna sa tête vers elle mais grimaça immédiatement. Les brûlures qui tapissaient son cou étaient d'un rouge vif, comme si la chair n'avait pas cicatrisé, et chaque mouvement devait être difficile et douloureux.

Lia s'assit gracieusement dans une chaise et noua ses mains, les posant sur ses jambes croisées.

« Comment vas-tu ?, demanda-t-elle sans plus de préambule. Tu es dans un état lamentable. »

Adélie grimaça à nouveau, mais elle n'avait fait que dire la vérité : avec ses cheveux désordonnés et coupés inégalement, son teint de craie et ses brûlures à vif, Adélie n'avait jamais semblé aussi pathétique que maintenant. Sans oublier son avant-bras manquant. En y regardant de plus près, le moignon restant était couvert d'une sorte de pâte grise, comme de l'argile, qui semblait pouvoir s'effriter en une seule pichenette.

« J'ai connu mieux, avoua Adélie sans détacher ses yeux des siens. Mais j'imagine que je vais survivre. Encore. »

Lia lui offrit un bout de sourire.

Pour tout ce qu'elle avait affronté, il était vrai que l'autre sorcière était extrêmement durable, avec une constance qui forçait l'admiration.

« De quoi voulais-tu me parler, alors ? Millie était très... insistante. »

Trois parchemins par jour. Lia pensait qu'il était prudent d'affirmer que lorsqu'elle reviendrait chez elle, dans sa chambre misérable, un nouveau l'attendrait, et ce jusqu'à ce qu'Adélie lui dise d'arrêter.

Cette dernière expira d'ailleurs de l'air dans ce qui devait être un éclat de rire, mais qui était plus pitoyable qu'autre chose.

« Directement les choses sérieuses, hein ?

- Oui, répondit franchement Lia. Nous n'avons pas tous le loisir de nous reposer dans un lit. Je suis un emploi du temps strict pour limiter au maximum les dégâts causés par tes Aurors, Adélie. »

Elle eut au moins l'honnêteté de paraître vaguement contrite, mais Lia savait qu'elle n'en pensait pas moins.

« Excuse-moi d'être allée m'enfermer dans une maison en flamme. J'y penserai lors de la prochaine attaque terroriste.

- Ça n'arrivera plus, parce que Roy est mort, et que je suis en charge. De quoi voulais-tu me parler ? »

Adélie se redressa légèrement, sans doute pour son propre confort : en parlant d'affaires, personne n'avait envie de paraître faible. Mais la première impression avait été ratée ; et son état général, d'ailleurs, n'incitait pas à autre chose que de la pitié.

« J'aurai une faveur à te demander. »

Lia ferma les yeux dans une mimique qui montra clairement son début d'impatience. Mais Adélie ne se laissa pas démonter.

« À la station de Down Street, ce soir. Il va y avoir un de leur rassemblement. Et quelque chose va se passer.

- Je ne peux pas aller à Down Street ce soir. Je suis débordée, en train de gérer tes conneries, Adélie. »

Lia se leva, faisant racler la chaise sur le sol. Prête à partir. Mais Adélie la regardait en silence, avec dans ses yeux comme un éclat qui la priait de franchir la distance qui la séparait de la porte.

Lia ne le fit pas, mais refusa de s'asseoir à nouveau. Préféra croiser les bras, toisant l'autre sorcière de haut.

« James Potter s'y rend ce soir avec ses deux... acolytes. Deux joueuses de Quidditch. Je n'ai pas cherché à en savoir plus, et de toute façon ça m'est égal. Mais je sais que quelque chose va se passer, Lia. Et qu'ils ne pourront pas le gérer à trois. »

James Potter. Le gamin de Percival. Le fouille-merde, si Lia était moins classe. Celui qui lui avait fait perdre une soirée, puis qui les avait dénoncé sans un battement de cil. Et deux joueuses de Quidditch. Elle avait en tête Alisha Braus et son balai, ainsi que son talent exceptionnel ce soir là pour lui faire péter un câble.

« Absolument pas, refusa-t-elle instantanément. Contrairement à Millie, je ne suis pas constamment à tes bottes, Adélie. Je sais, pour ma part, mettre mon droit de véto, et je l'applique tout de suite. »

Adélie fronça les sourcils. Quelque chose l'avait contrariée, mais Lia n'aurait su dire si il s'agissait de son refus catégorique ou de son commentaire sur Millie.

Quelle importance, après tout. Sa réponse restait la même.

« Millie n'est pas à mes bottes. C'est une adulte douée de volonté propre. Elle m'a engueulée quand je me suis réveillée ; j'espère que c'est une assez bonne preuve pour toi. »

Lia eut un reniflement surpris mais n'ajouta rien. Adélie se passa la main dans ses cheveux gras, son premier signe d'énervement depuis le début de la conversation.

« Je n'ai rien à te dire, Lia, fit-elle au bout d'un moment. Je suis clouée au lit, inutile, à attendre ma dose de potion. Je n'ai plus aucun contrôle sur la partie. Ils ne laissent même pas un garde devant ma porte parce qu'ils savent que je ne peux pas me sauver, et parce que si quelqu'un veut me tuer, ils veulent le laisser faire. »

Adélie tourna de nouveau la tête vers elle. Elle avait l'air grave, solennelle.

« Alors non, tu ne me dois rien, Lia. Je te le demande. Si tu ne veux pas, tant pis. James Potter est un grand garçon, je suis sûre qu'il saura se débrouiller pour revenir entier.

- Mais tu apprécierais que je sois là-bas ce soir. », compléta-t-elle.

L'autre hocha la tête.

« J'apprécierais que tu sois là-bas ce soir, oui. »

Un silence pesant s'installa entre les deux. Adélie ne la regardait plus, et sa main serrait le drap avec force. Elle était frustrée, réalisa Lia, et elle en avait, en même temps, tous les droits. Personne n'aimerait être impuissant en ce genre de situation, et Adélie, en particulier, était quelqu'un qui aimait l'action. Et s'investir dans ce qu'elle avait commencé jusqu'au bout.

Lia soupira finalement.

« J'y réfléchirai.

- C'est déjà bien assez. Merci, Lia. »

Encore une fois, un silence. En voulant conclure leur affaire le plus vite possible, Lia semblait avoir épuisé tout sujet de conversation.

Il lui restait une quarantaine de minutes à tuer. Bien sûr, elle pourrait s'avancer sur son planning, mais...

Comme dans un éclair soudain, elle réalisa qu'elle n'avait pas envie de partir. Pas tout de suite, en tout cas. Alors elle retourna s'asseoir sur la chaise qu'elle avait préalablement quitté, se rapprocha du lit et posa une de ses mains fines sur la seule qu'il restait à Adélie. Aussitôt, elle la sentit se détendre, les doigts desserrer leur prise sur le tissu.

« Comment vas-tu, sinon ? », demanda-t-elle d'une voix plus douce, et tâcha d'ignorer du moins qu'elle le pouvait le sourire sincère qui orna les lèvres d'Adélie sitôt qu'elle eut entendue ces mots.

Après tout, elle avait encore quarante minutes à tuer. Autant les passer en une plaisante compagnie.

XxX

Dire que James rongeait son frein était un euphémisme, mais il allait gracieusement vous l'accorder.

Dire également qu'il avait été productif était un doux mensonge qu'il aima pourtant se répéter durant les dix longues journées qui le séparèrent du meeting de Down Street. Parce qu'il les passa terré dans son appartement, à regarder d'un oeil morne le Vif d'Or d'Alisha voler, et à ouvrir et fermer la fenêtre à Godric quand sa chouette partait pour ses promenades. Non pas qu'elle semble vouloir améliorer les choses. Son père lui avait toujours dit que les chouettes étaient des êtres intelligents ; jamais cela ne s'était autant vérifié que ces jours-ci, où Godric n'hésitait pas à lui lancer des regards indignés quand il prenait note de son état.

Qui n'était pas aussi catastrophique que ça, ok. Il avait juste loupé une ou deux douches. Rien de grave. Ça lui arrivait toutes les semaines, à Poudlard. Sauf qu'à Poudlard, le dortoir ne communiquait pas avec les chouettes, et de toute façon il n'avait même pas Godric à l'époque, alors le reste de son point était un peu dans le vent, mais il fallait bien meubler la conversation de son esprit. À ce stade là, James était prêt à faire n'importe quoi pour éviter de penser qu'il n'était qu'un débile fini.

Alisha s'était bien invitée une fois dans son appartement. Et ils avaient passé leur temps à fixer le plafond en étant allongé sur le sol, et ils n'avaient rien avalé. Le pire ? James était quasi certain qu'il avait fini par s'endormir au bout d'un moment, mais il n'était sûr de rien. Si ce n'est qu'il avait juste cligné les yeux, et que quand cela avait été fait, il n'y avait plus d'Alisha, et un plat de pâtes mal cuites sur sa table.

La procrastination était donc dangereux, et ça devait être le troisième jour. Après cette aventure, il s'était décidé à prendre une douche et à aérer la pièce. La dernière chose qu'il souhaitait était de mourir d'une accumulation de CO2, ou une connerie du genre. Sa vie était déjà une vaste blague. Pas la peine d'en rajouter une couche.

Et maintenant, quoi ? Ils s'étaient donnés rendez-vous, eux trois, au métro. Ils sortiraient une station avant Down Street et le talent d'Alisha pour discerner les empreintes magiques leur serait de nouveau fort utile : ils n'auraient qu'à l'utiliser pour dénicher le passage magique qui leur permettrait de rallier la vieille station de Down Street. En tout cas, l'Auror espérait que ce serait aussi facile. Tout prenait des détours compliqués lorsqu'il était mêlé à une situation. Sauf que ce soir, ils n'auraient pas de temps à perdre.

James s'assit sur le sol de sa cuisine. Procrastiner en regardant le plafond avait tendance à lui faire perdre la notion du temps. Tout ce qu'il savait, c'était qu'on était dans l'après-midi. Et qu'il devrait peut-être choisir des vêtements plus classes que son vieux pull jaune pastel. Les gens qu'ils avaient vus au Hibou Alerte avaient une certaine classe ; Thorin avait une certaine classe, et Thorin était abonné aux vêtements de seconde main et aux capes de voyage extra larges.

C'était peut-être pour ça que James avait mis cinq secondes avant de remettre son visage, quand on y pensait.

Quelqu'un toqua à sa porte. James releva vivement la tête et, tout en se remettant sur ses pieds, se saisit de sa baguette. Elle n'avait pas quitté ses côtés et devenait aujourd'hui fort utile.

On toqua de nouveau. Faisant attention de rester silencieux, il se plaqua contre sa porte d'entrée, essayant d'entendre un bruit. Son judas avait été si peu utilisé, auparavant, que le métal avait rouillé ; quand il l'utilisait, le mécanisme grinçait tellement qu'il pouvait dire adieu à la discussion.

« James, je sais que tu es là. »

Il ouvrit la porte et, avant que l'autre n'ait pu dire un mot, lança :

« Revelio ! »

Le sortilège ne révéla rien, et Alisha croisa les bras en une moue exaspérée.

« C'est bon ? Je peux rentrer ?

- Qu'est-ce que tu fais là, déjà ? »

Mais il s'effaça pour la laisser passer, et Alisha s'engouffra dans son appartement comme si elle en connaissait déjà les moindres recoins.

Elle y était rentrée deux fois à tout cassé, bon sang. Et ils se connaissaient depuis trois semaines, grand maximum. Ça en disait long sur ses capacités de sociabilité.

« On doit retrouver Amandine dans cinq heures, disait Alisha depuis sa cuisine, et je n'avais pas envie d'attendre toute seule. Alors j'ai choisi mes habits pour ce soir et je suis venue. Godric n'est pas là ?

- Il est parti se promener, s'entendit-il répondre. Il a de l'énergie à dépenser. Qu'est-ce que tu fais ? »

L'attrapeuse fouillait dans ses placards sans la moindre gêne, et d'ailleurs ne fit que hausser les épaules, comme si c'était une évidence.

« Je cherche une tasse pour me faire du thé.

- Mais— Va dans le salon. Je m'en occupe. »

Plus tôt il cédait, plus tôt elle partait de sa cuisine, et moins le risque de casser une tasse existait.

Apparemment heureuse de déléguer la tâche, Alisha s'y rendit d'un pas bondissant, et James rassembla en vitesse ce qu'il fallait pour faire du thé. Heureusement qu'il lui restait quelques sachets oubliés ; il n'avait pas la foi de descendre à la supérette en acheter.

Quelques minutes plus tard et il posait le plateau sur la table basse, deux tasses fumantes en évidence. Malgré son avertissement, Alisha se saisit de la sienne, et enroula ses mains autour pour se réchauffer les doigts. Maintenant qu'il y pensait, il n'avait toujours pas allumé le chauffage, alors que l'automne laissait peu à peu place à l'hiver. Il allait devoir s'en occuper dans les prochains jours, une fois que toute cette histoire serait finie.

« C'est bizarre, tout de même, de se dire que tout risque de se terminer ce soir, dit tout à coup Alisha sans le regarder. Que... Peut-être qu'on trouvera l'assassin de la coach.

- Ou alors ce sera encore une enquête de plus. »

L'autre hocha les épaules. Après avoir pris une gorgée, elle lui confia :

« J'ai un pressentiment à propos de ce soir. Mais je n'arrive pas à savoir si il est bon ou mauvais. » Un soufflement, puis : « C'est pour ça que j'ai eu un D en Divination. »

Chacune de ses notes étaient aussi catastrophiques les unes que les autres, et sa grimace dut se voir puisque Alisha lui lança un regard plein d'humour.

En même temps, il ne connaissait pas une seule personne ayant un métier en lien avec la divination. Il ignorait même totalement à quoi servait cette épreuve, à part leur faire voir des présages de mort partout.

Peut-être que les sachets de thé étaient une bonne idée, finalement.

« Je ne sais pas ce qu'on va trouver là-bas, finit par avouer James au bout d'un moment. Si ça va nous aider ou... Ou juste nous faire perdre notre temps.

- Ta patronne n'avait pas l'air de penser ça.

- Oui, eh bien Constance pensait être intouchable, et elle a tout de même fini à Saint-Mangouste. »

Lorsqu'il regarda Alisha, cette dernière avait perdu son sourire, et sa tasse était vide.

Peut-être se rendait-elle compte, soudainement, que si ils trouvaient le tueur, ils ne pourraient pas le laisser partir. Il faudrait agir. On ne les laisserait pas faire.

Ou alors ils devraient faire semblant d'agréer avec ce que ces sorciers avaient à dire, applaudir avec enthousiasme. Déposer une déposition au Ministère de la Magie, et attendre que les Aurors agissent. Il était encore surpris que, malgré la mise à pied de Constance, Marie le laisse toujours avoir ses congés prolongés. Personne ne l'avait appelé pour les aider, et ce détail le dérangeait plus que de raison. Surtout après l'attaque à Washington Tyne and Wear ; la Gazette du Sorcier, qui avait apparemment décidé qu'il avait payé un abonnement alors que pas du tout, s'en donnait encore à coeur joie, même onze jours plus tard.

Le numéro le plus récent était d'ailleurs sur le canapé. Une chouette l'avait déposé avec le zèle habituel des oiseaux postiers, et avait refusé de partir avant qu'il ne la paye. Lui expliquer qu'il n'avait pas demandé à recevoir le journal ne l'avait pas faite changer d'avis, et il avait finalement été contraint de céder.

PERCY WEASLEY REMERCIÉ ; LE MINISTRE INVOQUE UN CONFLIT D'INTÉRÊT.

puis

JONAS PROUVAIRE NOMMÉ À LA TÊTE DU DÉPARTEMENT DE LA JUSTICE MAGIQUE : «PROVISOIRE», DÉCLARE POTTER.

puis

LE BUREAU DES AURORS INFILTRÉ ? LA DISPARITION DE SES MEMBRES DE LA VOIE PUBLIQUE ALERTE LE MINISTÈRE.

Et ça continuait à n'en plus finir. James n'y jetait plus qu'un coup d'oeil désintéressé. Après tout, il aurait tout le temps de lire ces théories plus plus tard.

Le pire était qu'il était sûr que sa cousine Lucy avait écrit quelques-uns de ces articles.

« J'ai peur. », avoua-t-il.

Les yeux d'Alisha s'écarquillèrent, surprise sans doute par cette honnêteté soudaine. Mais elle n'esquissa pas un geste pour l'arrêter, et James soupira avec ce qu'il ne pouvait que qualifier d'exaspération.

« Non. J'appréhende ce qu'on va trouver. Ce qu'on va entendre. Ce qu'on va faire. Ce qui va se passer. Tu as entendu ces types, au Hibou Alerte. Ils avaient vraiment l'air... »

En train d'applaudir un homme masqué. En train d'applaudir quelqu'un qui n'osait même pas dévoiler son visage. Un lâche. Et ils buvaient ses paroles, les approuvaient. Certains avaient même eu l'air...

« Enragé, finit-il. Ils avaient l'air enragé. »

Haineux. Prêts à se bouger, pour une fois, pour une cause qui impliquait, encore aujourd'hui, détruire des vies, des familles.

« Je pense que, quoiqu'il arrive, nous n'allons pas passer une bonne nuit. », articula lentement Alisha en posant finalement sa tasse sur la table basse.

James renifla. Euphémisme du siècle.

« Mais c'est bien, d'appréhender. C'est bien, de se demander ce qui va se passer. Ce qu'on va faire. Hésiter. Eux, ils ne nous verront que comme des cibles à abattre. Sauf que nous, on est mieux que ça. On vaut mieux que ça. Et on va le leur montrer. »

Alisha se tordit un peu mais parvint finalement à poser une main sur son genou. Dans un geste qu'elle voulait sûrement rassurant, elle le lui pressa légèrement, et conclut, les yeux dans les yeux :

« J'ai peur, moi aussi, mais j'aurai encore plus honte si je reste les bras croisés. Comme avant un match de Quidditch. Il faut se lancer, une bonne fois pour toute. »

Ils restèrent à se regarder dans le blanc des yeux quelques instants.

Puis Alisha se racla la gorge, retira sa main et se leva en se claquant les cuisses avec ses mains.

« Bref ! Et si je t'aidais à choisir ce que tu vas mettre, hum ? »

James roula des yeux mais accepta la distraction pour ce qu'elle était et se leva à son tour.