Chacune des lignes que je tape est un calvaire qui recommence. J'étais parti pour une fanfic de juste 50 pages, rendez vous compte. Aujourd'hui, 223 pages et 126 448 mots plus tard...


Bien sûr, qu'il y eut un temps où il crut que ses yeux lui jouaient un tour. Que peut-être que la myopie chronique de son père, qui l'avait pourtant épargnée, avait décidé de revenir en force et d'un seul coup, le laissant incapable de discerner son frère d'un autre individu brun aux cheveux bouclés.

Mais les secondes passaient et James avait fait un peu de SVT, en plus de savoir que scientifiquement, l'explication ne tenait pas debout. De la magie, alors ? Un sort qui lui ferait voir autre chose, quelqu'un d'autre, qui chercherait à le nuire, à nuire à la famille...

Mais cet Albus avait des gestes qui étaient si, eh bien, albusiens. Son dos droit, ses mains jointes dans son dos, et toute la posture qui pourtant était relaxée, sans pression aucune, comme si il avait tout son temps. Et peut-être était-ce vrai.

Après tout, il était Ministre de la magie.

James lança un regard circulaire autour de lui. Devait-il descendre sur l'estrade de pierre, ou y avait-il un moyen de s'échapper... ? Mais partout, on le dévisageait avec une hostilité grandissante, et ce n'était que l'attention qu'on portait sur lui qui devait protéger ses deux compagnes de représailles.

Il n'avait pas le choix, alors il descendit les dernières marches dans un silence lourd. Chacun de ses pas résonna dans l'immense salle, les petits talons de ses chaussures produisant un effet que ses vieilles baskets n'auraient même pas été capable de reproduire. Était-ce une bonne chose ?

Honnêtement, James aurait été incapable de vous répondre. Car son sang battait à ses tempes, son rythme cardiaque accéléré, son corps vibrant presque d'anticipation. Autrement dit, il ne pensait pas être capable de, eh bien, penser, justement. Pas au-delà des interrogations incrédules que lui hurlait son cerveau en boucle.

James descendit les marches, une à une, et sa main flotta par-dessus la poche de son veston, là où il savait que se trouvait sa fidèle baguette. À chacun de ses pas, il était guetté, une centaine de pairs d'yeux fichés sur lui, ne le lâchant pas un instant. Il avait peu d'illusion : si il faisait un seul geste brusque, une seule suspicion, et il n'aurait même pas le temps de se protéger : il serait abattu comme du gibier.

Albus l'accueillit sur l'estrade, s'écartant pour le laisser passer dans une parodie d'invitation ; comme si il avait eu le choix... Mais en même temps, n'était-ce pas ce qu'il avait souhaité ? Trouver l'assassin de ses parents ?

Non non non, attendez, Albus était là, mais ce n'était pas pour autant qu'il était—

Pas vrai ?

Il y a une barrière autour de la maison, avait dit le centre d'essai de transplanage, qui signale l'arrivée de tout individu.

Il y a des conditions à une barrière, avait dit Amandine. Comme des membres d'une famille, ou des amis.

« James, sourit Albus. Quel plaisir de voir que tu nous as rejoint ce soir. »

Son frère regarda par-dessus son épaule, et même sans se retourner James sut qu'il épiait Alisha et Amandine. Ou alors qu'il les cherchait, et vu la taille de la batteuse, il n'allait pas tarder à la trouver.

Mais Albus se détourna, ayant sans doute décidé que la tâche pouvait attendre, et marcha au centre de l'estrade en pierre, sans se soucier plus de lui.

« Mes amis, je regrette que notre réunion de ce soir doive être écourtée. Nous avons une visite non déclarée, et vous m'êtes trop précieux pour que je puisse vous perdre ce soir aux mains des Aurors. »

Il se tourna de nouveau vers lui, et cette fois-ci le sourire était crispée, une pâle imitation de celui chaleureux que James avait pu auparavant prêter à son frère.

« Les Aurors sont-ils en route, James ? », et en même temps, il sentit une caresse légère contre son esprit, analysant ses pensées, la vérité, le mensonge qui se bousculait sur sa langue.

De l'occlumancie. Son frère était un Occlumens, ou du moins, il en avait les bases.

« Non. », avoua-t-il à regret.

Albus hocha la tête, détacha de nouveau son attention de lui, et en même temps sa présence de son esprit ; James respira un peu mieux.

« Nous commençons ce soir, mes amis. La mort de Harry Potter n'était que le commencement ; encore aujourd'hui, malgré l'incompétence du bureau des Aurors et de leur chef— »

Certains dans l'assemblée huèrent ; Albus marqua une pause, les autorisa, puis reprit quand le bruit se fut calmé :

« Malgré leur incompétence, nous étions toujours sous leur menace. Cela finit ce soir, et demain, nous serons définitivement hors de danger. »

Sans attendre les réactions, Albus ficha ses yeux dans les siens et, clairement, prononça :

« J'ai tué Harry et Ginny Potter dans leur maison de Godric's Hollow, et je le referai sans hésiter si l'occasion devait se présenter de nouveau. »

C'était tout ce qu'il fallait pour l'assommer, mais aussi pour confirmer ses soupçons.

Fin de l'enquête, alors. Ils avaient trouvé le coupable, mais quelque chose lui disait qu'il n'allait pas les laisser repartir aussi facilement qu'ils étaient venus.

« Pourquoi ? », parvint à articuler James.

Le sourire d'Albus était moqueur ; clairement, il se délectait de savoir plus que lui. Dans d'autres circonstances, il aurait remué ce fait devant son nez jusqu'à ce que James en soit ennuyé, et n'aille chercher la compagnie de Lily, plus agréable.

Mais il ne pouvait pas aller chez Lily et, loin d'être ennuyé, il serra les poings.

Qu'est-ce qu'il avait manqué pour ne pas remarquer un tel changement chez son frère ? À quel point étaient-ils devenus des inconnus ? James ne reconnaissait pas cet individu qui se tenait à ses côtés et qui disait s'appeler Albus. Alors que, au contraire, ce dernier le connaissait par coeur.

Il n'avait plus la main. Il doutait même l'avoir jamais eue un jour. Pour l'instant, tout ce qu'il pouvait faire était se laisser porter par le courant en attendant qu'une opportunité se présente à lui.

« Tu comptes m'arrêter, James ?

- Et pourquoi pas ? »

Albus leva les sourcils, moqueur.

« Dans ce cas, tu es plus stupide que ce que je pensais. »

Certains rirent.

« Pourquoi ?, redemanda-t-il, plus fort. Pourquoi les avoir tués ? »

Avec un peu de chance, Alisha et Amandine parviendraient à aller trouver quelqu'un, n'importe qui, pour les aider. Si elles ne revenaient pas à temps avec du renfort, au moins le ministère connaîtrait-il le coupable de ce crime horrible. Il doutait de pouvoir sortir de cette situation vivant ; après tout, son frère avait l'air décidé à ne pas lui laisser ne serait-ce qu'une minuscule marge de manoeuvre. Mais même si il mourait, ou quelque chose de ce genre, au moins, Albus ne resterait pas impuni. C'était la seule chose qui comptait : qu'il paye. Le reste n'avait pas d'importance.

Mais Albus renifla, un sourire au coin des lèvres.

« Je ne suis pas le grand méchant, James. Je ne vais pas te faire gagner du temps en t'exposant mes plans diaboliques, parce qu'il n'y en a pas. Nos parents me gênaient dans la poursuite de mes plans, je les ai éliminé. Voilà toute l'histoire. »

Et avant qu'il n'ait pu faire un geste, formuler une autre question, Albus sortit sa baguette. Il avait toujours été doué pour les sortilèges informulés, se dit James, tandis que l'éclair rouge du Stupéfix le frappait en pleine poitrine, l'immobilisant telle une statue de marbre, le privant de tout mouvement.

Albus se détourna de lui, désintéressé, et rangea sa baguette dans sa poche.

« Je suis navré que la réunion tourne court ainsi, conclut-il, s'adressant à l'assemblée murmurante, mais pour que nous soyons enfin disculpés de tout soupçon, je vais devoir vous demander de vous retirer. »

D'un signe de tête, le jeune ministre de la Magie désigna l'interlocuteur du Hibou Alerte, toujours masqué ; ce dernier se redressa lorsque les regards se concentrèrent de nouveau sur lui.

« Notre cher Masque vous indiquera bien évidemment les modalités pour notre prochaine rencontre. Mes frères, mes soeurs...

- Que l'Ordre vous soit favorable ! », entonnèrent-ils tous à la fois.

Albus n'avait même pas pris la peine de dénoncer Amandine et Alisha, alors qu'il avait dû les voir venir. Tout le monde avait dû les voir venir, et pourtant, personne ne se souciait d'elles. Il avait peut-être encore une chance de faire éclater la vérité, si seulement elles se dépêchaient de retrouver quelqu'un.

La salle se vida, les gens transplanant en dehors. Ils avaient apparemment levé la barrière, ou alors ces personnes disposaient d'une marque leur permettant de partir de cet endroit de malheur, qui sait. Bien qu'il ne puisse pas bouger, James put voir, du coin de l'oeil, Amandine et Alisha, restées immobiles là où il les avait laissé quelques minutes plus tard. Il aurait pu s'en mordre les doigts, si seulement il n'était pas réduit à l'état de pierre par le sortilège que lui avait lancé Albus.

Mais elles ne bougeaient pas ! Elles restaient là, plantées comme des poteaux au milieu d'un champ de poireaux, la plus petite apparemment indécise. Il aurait voulu leur hurler de partir, que le plus tôt elles dégageaient, plus ils avaient de chances de renverser la cadence. Mais sa mâchoire était fermée, et le resterait jusqu'à ce que son frère en décide autrement.

Et puis une femme traversa la foule, agrippa ses amies par les avants-bras ; en un craquement, elles étaient toutes les trois parties, et bientôt il ne restait plus que les deux Potter.

Albus se mura dans un silence contemplatif. Ses yeux parcouraient la salle de pierre vidée de ses occupants avec une sorte de révérence. Il respectait plus un endroit abimé par les âges que la vie humaine. James aurait voulu en être surpris. Mais on ne pouvait être surpris par quelqu'un qu'on ne connaissait pas. On ne pouvait que faire des suppositions, et attendre de voir si elles se vérifiaient.

« Tu es le seul obstacle restant, maintenant. », murmura finalement Albus, en se tournant vers lui. Il avait un air solennel que James n'aimait absolument pas.

« Tous les autres, je les ai éliminé. Harry et Ginny Potter ? Un sortilège et il n'étaient plus. Constance ? Adélie ? »

Un reniflement dépréciatif.

« Elle aurait pu, sans aucun doute, si seulement elle n'avait pas foncé dans le tas à Washington Tyne and Wear. Si seulement il ne lui manquait pas quelques rapports. »

Et au mot rapport, tout à coup, James fut projeté à bien des semaines auparavant, un temps qui semblait si loin aujourd'hui. Quand il était venu réclamer le dossier de l'affaire à sa patronne, l'écriture familière sur les feuilles de papier qu'elle n'avait pas pris la peine de dégager de son bureau, avant qu'elle ne devienne soupçonneuse et les fasse disparaître d'un coup de baguette.

L'écriture de son père.

Albus soupira.

« Sans elle, sa Toile dépérira. Il lui faudra du temps, bien sûr. Mais l'agonie d'un ennemi vaut parfois son élimination directe. »

Sursautant, comme se rappelant qu'il parlait à quelqu'un qui ne pouvait répondre, le jeune ministre se détourna de lui et secoua la tête, comme pour remettre ses idées à leur place. Lorsqu'il retourna son attention sur lui, il était déterminé.

« Tu es le dernier obstacle restant, maintenant, répéta-t-il. Et je compte bien faire de toi une arme, James. »

XxX

À plusieurs kilomètres de là, revenues à la surface de Londres, Alisha et Amandine reprenaient leur souffle, après un transplanage surprise les ayant laissé à la limite de l'asphyxie. La femme qui les avait tirée de la station de Down Street les avait fait apparaître dans une ruelle de Londres et métamorphosait ses talons aiguilles en des baskets plus pratiques pour marcher.

Alisha, les mains sur les genoux, dut s'y reprendre à trois fois avant de pouvoir articuler :

« Qu'est-ce qu'on fait ? »

Amandine toussa, ce qui ne l'avança pas le moins du monde.

Elles avaient laissé James derrière, bon sang ! Avec le ministre de la Magie ! Son frère !

Non, attendez. La priorité était plutôt...

Le ministre de la Magie avait tué ses parents ! Harry et Ginny Potter, assassinés par leur propre enfant !

« Il faut y retourner, décida-t-elle. Maintenant. »

Lorsqu'elle tenta de faire un pas, cependant, l'attrapeuse faillit se rétamer tête la première contre le bitume. Elle ne dut son salut qu'à un bras qui l'empêcha de tomber et la posa contre le mur, où elle entreprit de reprendre quelques goulées d'air salvatrices.

« Vous allez retourner chez vous, surtout, dit l'inconnue d'un ton qui ne souffrait d'aucune discussion. Et fissa. Je n'ai pas risqué ma peau pour que vous alliez vous jeter dans la gueule du loup. »

Alisha leva les yeux. Elle avait déjà entendu cette voix courroucée quelque part, et récemment en plus de ça.

La femme du souterrain du Chaudron Baveur leva un sourcil impérieux, la défiant de dire quoique ce soit qui aille à l'encontre de sa volonté. Lia. Voilà. Elle s'appelait Lia. Et maintenant qu'elle était seule, elle en profitait pour les toiser de haut, se prenant clairement pour leur mère, à les ordonner ainsi.

« Vous ne pouvez pas nous dire quoi faire !, gronda Alisha. On est majeures, à ce que je sache.

- Tant mieux pour vous, je m'en fiche. »

Lia s'arrêta, fronça les sourcils puis les relâcha, un sourire mauvais sur les lèvres.

« Justement, je m'en fiche. Je retire ce que j'ai dit. Vous avez raison, Alisha Braus, vous pouvez faire ce que vous voulez. Alors retournez à Down Street si ça vous chante, faites vous capturer ou tuer, ce sera très utile, évidemment. Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt, hmm ? »

Dans un geste moqueur, Lia fit une courbette devant les deux femmes, encore pliées en deux et respirant comme un noyé ayant regagné la surface.

« Sur ce, mesdames, à jamais, j'imagine. Bonne chance dans votre opération suicide. »

Elle n'avait pas de chapeau à mettre sur sa tête mais l'intention était là ; aussi rapidement qu'elle était apparue dans leur soirée, Lia disparut sans un bruit. Elle sortit de la ruelle, tourna à droite sans un regard pour les deux filles qu'elle avait sauvé de la station de Down Street. Affairée à mieux, à n'en point douter.

Alisha se tourna vers Amandine, prête à répéter ses intentions. Quand bien même son amie ne portait pas James dans son coeur, elle ne pourrait pas lui refuser cette faveur. Amandine ne lui refusait jamais rien ou, en tout cas, rien qui ne soit pas crucial.

Mais la batteuse ne faisait aucun commentaire. Elle restait silencieuse, et lorsqu'elle leva les yeux, Alisha comprit qu'elle ne la suivrait pas. Pas cette fois-là. Son air trahi dut s'afficher sur son visage, puisque Amandine se justifia d'une voix faible :

« Ce serait inutile, Alisha.

- Bien sûr que non ! Il faut juste qu'on retourne là-bas, et qu'on aille chercher James !

- Réfléchis, par Melchior, réfléchis juste deux secondes ! Tu penses qu'on peut faire quelque chose contre le ministre de la Magie ? Tu penses qu'il n'est pas déjà parti autre part ? On a aucune preuve, Alisha, rien pour étayer ce qu'on vient d'apprendre !

- Si on fait un serment sous Veritaserum—

- Parce que tu penses qu'on va nous prendre au sérieux ? Bonjour, nous sommes deux joueuses de Quidditch, nous avons trouvé le tuer de Ginny Potter, c'est son fils ? Tu as vu combien ils étaient, Alisha ? Plus d'une centaine ! Si il n'y en a pas au moins un qui travaille au ministère, je mange mon balai, le manche le premier ! »

L'attrapeuse ne dit rien. Juste, regarda Amandine.

Cette dernière se releva, le souffle enfin régulier malgré son coup d'éclat dans une ruelle sale de Londres. Elle prit grand soin de fixer tout et n'importe quoi sauf son amie, et réussit avec brio.

« Nous ne pouvons rien faire activement, Alisha, et je ne t'aiderais pas sur ce coup-là. »

Immobile, Alisha ne fit aucun geste pour arrêter son amie lorsque cette dernière, comme Lia plusieurs minutes auparavant, s'en alla rejoindre les rues de Londres. Elle regarda devant elle sans cligner des yeux, perdue, et n'esquissa pas le moindre geste avant un bon bout de temps.