[Voilà, je trouvais que la première version de ce chapitre était nulle, alors je l'ai refait. Vu que personne ne l'a réclamé, je suppose que vous le trouviez mauvais aussi, alors tout le monde sera content. J'ai rajouté du fluff Niles x Yuma, parce que je le peux (et que ce ship est orgasmique).

PS : Je n'ai fini ce chapitre aussi vite que parce que j'étais exilée chez mon grand-père et que mon ordinateur refusait de se connecter à Internet. C'était quitte ou double, parce que mon PC a failli passer par la fenêtre. Mais enfin, ça a permis à Niles et à la famille de Nohr de passer entre mes pattes frustrées. Je ne suis pas certaine que ce soit un bien, mais c'était le destin.

PPS : Il y a toujours un lemon à la fin du chapitre. Vous voilà prévenus.]

"Messire Yuma, quelqu'un approche, annonça Kaze avec un sang-froid parfait, s'arrêtant sans bruit à ses côtés en tête de colonne.

-Est-ce un ami ou un ennemi ? Pouvez-vous me le dire, Kaze ? se tendit le jeune prince, aussitôt sur le qui-vive."

Le reste des troupe s'arrêta derrière lui. Ses frères et sœurs ainsi qu'Azura s'avancèrent silencieusement à ses côtés, prêts à se jeter immédiatement dans la bataille si les circonstances l'exigeaient.

"Je ne saurais pas vous le dire, répondit Kaze. Je l'ai aperçu de loin alors qu'il venait vers notre position à découvert.

-A découvert ? répéta Azura, sceptique. N'est-ce pas un peu risqué de sa part d'aborder une armée en mouvement tout seul et sans la moindre discrétion ?

-Il s'agit peut-être d'un émissaire envoyé d'un village voisin pour se renseigner sur nos intentions, proposa Xander, bien que cette suggestion ne le détendit pas pour autant.

-Ou d'un appât chargé de nous entrainer dans une embuscade, compléta Léo.

-Au lieu de tirer des conclusions hâtives, nous devrions aller lui demander ce qu'il a à nous dire, trancha Yuma."

Son armée était depuis longtemps habituée à ses élans pacifistes et un peu naïfs, même lorsque l'heure était grave, mais il fallait bien admettre que la tendance de leur chef à se jeter volontiers dans les bras d'un ennemi potentiel sous prétexte qu'il ne leur voulait peut-être pas du mal l'affligeait toujours.

"Si nous allons à sa rencontre, nous dévierons de notre itinéraire, rappela Xander. Et nous devons nous dépêcher d'évacuer cette zone avant de tomber sur des troupes hoshidiennes, Yuma.

-Je le sais, Xander, soupira son petit frère. Très bien. Kaze, Shura, pourriez-vous aller à la rencontre de cet inconnu et tenter d'en apprendre plus sur ses intentions ? Puisque nous n'avons pas le temps d'attendre, nous allons poursuivre notre route, mais faites attention où vous mettez les pieds. Si la personne qui essaie de nous aborder est hostile, comme le suggérait Léo, je ne veux pas que nous prenions le risque de tomber dans une embuscade."

Kaze et Shura acquiescèrent brièvement avant de s'éloigner d'une démarche preste et discrète dans la direction opposée à leur avancée. Le reste de l'armée se remit en marche, aussi rapide et silencieuse que peut l'être une petite troupe d'élite comptant vingt-six personnes. Alors qu'ils longeaient un bois, après que Felicia et Jakob eurent disparus dans les fourrées pour s'assurer que nul soldat ne s'y tenait en embuscade, Yuma entendit tout à coup leurs rangs frémir et des bruits de voix s'élever derrière lui. Il se retourna, plus interloqué qu'alarmé, car aucun des leurs ne paraissait tendu ou affolé. Odin et Selena, qui se tenaient juste derrière la fratrie royale, après avoir lâché une exclamation enthousiaste pour l'un et un marmonnement exaspéré pour l'autre, s'écartèrent et laissèrent place à Niles, accompagné de Kaze et de Shura.

"Niles ! s'exclama Yuma, tellement soulagé qu'un sourire illumina son visage sans qu'il puisse l'en empêcher. Vous voilà enfin ! Où étiez-vous passé pendant tout ce temps ?

-J'avais des... affaires urgentes à régler, répondit le hors-la-loi sans s'étaler, visiblement à dessein. Elles ont pris plus de temps que prévu, voilà la raison pour laquelle je suis en retard.

-Affaires urgentes ou pas, tu es tenu d'être à l'heure quand nous partons au combat, s'exaspéra Léo en croisant les bras d'agacement. Tu savais très bien à quelle heure nous devions quitter le plan astral et que tu te devais d'y être à temps. Tu as failli nous retarder. J'en attends mieux de mon premier vassal, Niles.

-Pardonnez-moi, Messire Léo, s'excusa platement le voleur en essayant de se départir de son sourire un peu moqueur. Je ferai en sorte que ça ne se reproduise plus.

-J'espère pour toi, soupira son seigneur.

-Ainsi donc, l'homme qui venait dans notre direction, c'était vous ? intervint Yuma pour changer de conversation, maintenant que l'incident était clos. Comment avez-vous fait pour nous retrouver sans la carte ?

-J'ai une excellente mémoire des lieux, Yuma, expliqua son époux en souriant légèrement devant une question aussi naïve. Je me suis simplement souvenu de l'itinéraire que vous nous aviez montré sur la carte et je suis parvenu à le rallier depuis un point de départ différent du vôtre.

-Waouh, c'est très impressionnant ! s'enthousiasma Élise. Vous pourriez m'apprendre à faire pareil ? Moi aussi je veux être capable de retrouver notre armée sans carte !

-Bien sûr, Madame.

-En tout cas, ça fait plaisir de vous revoir ! enchaîna la petite princesse. Vous nous avez inquiétez en disparaissant comme ça ! Ne causez plus jamais autant de tracas à notre Yuma, d'accord ?

- Élise, voyons ! protesta son grand frère en s'empourprant sous le regard ravageur du hors-la-loi. Niles a le droit de s'absenter où il veut, non ? Du moment qu'il revient sain et sauf, nous n'avons pas besoin de l'empêcher de vaquer à ses occupations.

-Mais grand frère, tu avais l'air tellement inquiet...

-C'est vrai, Élise, et je te remercie de t'inquiéter pour moi. Mais l'incident est clos, alors inutile de revenir là-dessus, d'accord ?

-Je vous remercie également de vous être fait du soucis pour moi, Madame, ajouta Niles. Je vous promets que ça ne se reproduira plus.

-D'accord !

-Puisque tout est bien qui finit bien, nous pourrions peut-être repartir ? soupira Xander, certes bien content qu'ils aient retrouvé l'un des leurs, mais voyant bien, lui, que le temps pressait.

-Bien sûr, Xander. Nous sommes désolés, s'excusa Yuma, embarrassé. Reprenons notre route !"

Il n'eut cependant pas l'occasion d'ouvrir la voie comme il en avait l'intention, car on le saisit discrètement par la manche.

"Alors ? Je vous ai manqué ? murmura Niles à son oreille en l'entrainant en marge du groupe."

Yuma s'autorisa à sourire bêtement alors qu'ils étaient en pleine campagne militaire risquée dans une zone ennemie inexplorée, et que le temps les pressait. Non, ce n'était pas le moment de compter fleurette à Niles sur le bas-côté tandis que les autres progressaient à couvert, prudents et aux aguets. Il était un prince meneur de troupes, et ce serait irresponsable de sa part de se disperser de la sorte. Ses soldats avaient besoin de lui, et quand bien même, ils avaient des choses plus urgentes à faire. Progresser sans bruit, voilà quelle était leur priorité. Niles et lui avaient beau nager dans la guimauve et se comporter un peu niaisement par moment, il fallait passer outre et se concentrer. Se concentrer... être à l'affut... mener son unité... C'était malheureusement beaucoup plus facile à dire qu'à faire, surtout quand le hors-la-loi glissa ses doigts entre les siens, puis se rapprocha pour déposer un tendre baiser sur sa joue. Yuma rougit jusqu'à la pointe des oreilles et tâcha de gronder le fautif :

"Niles ! protesta-t-il à mi-voix pour éviter d'attirer l'attention des autres sur eux. Ce n'est pas le moment ! Nous sommes en plein territoire ennemi, c'est dangereux ici !

-Il paraît que le danger attise la passion, prétendit le voleur, ravi de la situation. Nous pourrions peut-être expérimenter ça ici et maintenant, vous et moi ?

-Niles !"

Yuma coula un regard vers la colonne de soldats pour s'assurer que personne ne les regardait, puis il s'immobilisa et comme il tenait toujours sa main, Niles dut faire de même. Avec un soupir excédé, le jeune prince referma ses doigts sur le manteau noir de son époux et l'attira à lui pour l'embrasser avec autant de passion que de frustration. Il ne le vit pas à cause de ses yeux clos, mais Niles haussa un sourcil intrigué, tant ça ne lui ressemblait pas de se montrer aussi déraisonnable, puis il l'enlaça par la taille et répondit volontiers à ses baisers. Cela ne dura que quelques secondes, au bout desquelles Yuma s'écarta, essoufflé, et lança un regard -espérait-il- agacé au hors-la-loi.

"Je n'arrive pas à croire que je vienne de faire ça, se morigéna-t-il, honteux de son comportement. Ça me fait très plaisir de vous retrouver, Niles, mais par pitié, cessez de me chercher comme ça ! Ne souriez pas bêtement ! Je sais que vous le faites exprès !

-Pardon, s'excusa le voleur de bonne grâce. Mais il est terriblement difficile de vous résister."

Il plongea sur son amant pour lui déposer un ou deux baisers dans le cou, en exhalant un bruit qui ressemblait presque à un petit rire.

"Qu'est-ce qui vous prend ? demanda Yuma, intrigué. Vous semblez bien guilleret, aujourd'hui.

-Je suis simplement reconnaissant d'être avec vous."

Il lui ravit sa bouche une nouvelle fois puis l'entraina à la suite des autres. De nouveau dans les rangs, il lui avait lâché la main, mais un sourire idiot continua d'orner ses lèvres.

/

Yuma fronça les sourcils et fouilla la nuit du regard. Il était certain d'avoir ouï un bruit ténu, sur sa gauche, le bruit de quelqu'un qui essaie de se faire discret. Qui se cache. Et alors qu'il se trouvait dans la cour du château, c'était louche. Personne ne prendrait la peine d'être silencieux dans cette immense étendue de sable déserte, où on ne risquait pas de déranger qui que ce soit, surtout à cette heure où tout le monde était rentré se coucher. Yuma aurait pu l'ignorer, accuser la paranoïa ou une éventuelle hallucination auditive, mais un frisson d'appréhension lui parcourait la colonne vertébrale et il ne pouvait pas passer outre.

Précautionneusement, le jeune prince avança vers l'origine du bruit, quelque part vers l'une des entrées cochères, réservées aux domestiques lorsqu'ils charriaient du linge. Il espéra que ce n'était qu'une servante terminant ses tâches avant d'aller se coucher, mais il fut vite détrompé. Le visage qui s'éclaira un instant à la lumière de la lune lui était parfaitement inconnu et les vêtements portés par sa propriétaire étaient ceux d'un bandit de grand chemin, comme on en trouvait dans les bas-fonds de Nohr.

"Hé ! Attendez un instant ! cria Yuma en direction de l'inconnue."

Malheureusement, elle sursauta et bondit aussitôt dans le couloir s'ouvrant derrière la porte cochère.

"Revenez !"

Yuma s'élança à sa suite dans les marches raides et inégales, mais elle devait avoir l'habitude de ce genre de passage car elle disparut très rapidement de sa vue. Il émergea dans la buanderie, déserte comme il fallait s'y attendre. Désormais tout à fait circonspect, Yuma se colla au mur pour se fondre le mieux possible dans l'ombre et quitta précautionneusement la pièce. Les couloirs étaient déserts, mais le jeune dragon surprit une autre silhouette inconnue traverser rapidement le corridor, loin devant lui. Le coeur battant, il commença à la suivre, quand, sur sa droite, un froissement d'étoffe se fit entendre. Ce son avait été si ténu et si léger que, s'il avait été un poil plus distrait, Yuma ne l'aurait pas remarqué. Son pouls s'accéléra et il s'apprêtait à dégainer son épée en faisant volte-face, mais au dernier moment, il reconnut la silhouette qui se dirigeait vers lui à la faveur d'un coup de vent qui écarta un pan du manteau noir. Surpris, rassuré et stupidement heureux, il laissa Niles se couler à côté de lui.

"Vous voilà enfin, Yuma, souffla le voleur avec un soulagement manifeste."

Un si grand soulagement, d'ailleurs, qu'il empoigna son époux par le menton et lui posa un rapide baiser sur les lèvres. Yuma cligna des yeux, de plus en plus préoccupé. Il ne s'agissait pas là d'une tentative de flirt au beau milieu d'une mission de repérage, comme le hors-la-loi savait si bien le faire, mais d'une preuve de profond soulagement. Et si Niles montrait aussi ouvertement à quel point il était soulagé de le trouver entier, ça ne pouvait être que grave.

"Que se passe-t-il ici, Niles ? s'inquiéta-t-il à mi-voix. Est-ce que vous savez d'où viennent ces gens ?"

Le voleur ne répondit rien, et à cause de l'obscurité Yuma ne distinguait pas l'expression de son visage. Cependant, sa posture laissait à penser qu'il savait exactement ce qu'il faisait et comment faire face à ces mystérieux envahisseurs.

"Niles ? insista le jeune prince. Me cacheriez-vous quelque chose ?

-Non, répondit le hors-la-loi un peu vite. Je... réfléchissais, voilà tout. Nous devrions nous rendre auprès de vos frères et sœurs pour assurer leur protection.

-Vous pensez donc que la cible de cette attaque est la famille royale ?

-C'est exact. Et en tant que vassal de Messire Léo, je me dois d'être à ses côtés pour l'aider à repousser ces... envahisseurs."

Ils avaient progressé silencieusement le long du couloir obscur et parvinrent bientôt à une intersection.

"En ce qui me concerne, je ne suis pas trop inquiet pour Léo, avoua Yuma bien que son instinct de grand frère le tiraillât pour aller porter secours au jeune prince. Il est vraiment redoutable. En revanche, la situation d'Élise me préoccupe. Effie et Arthur sont avec elle, mais nous ne serons pas trop de trois pour la protéger. Je vais rejoindre ses appartements pendant que vous chercherez Léo, d'accord ?"

Il n'attendait pas de réponse et s'apprêtait à gravir les marches vers la chambre de sa sœur quand Niles le rattrapa vitement par le bras en laissant échapper un "Non !" presque inaudible.

"Qu'y-a-t-il ? s'enquit Yuma, médusé. Quelque chose ne va pas ?"

Sans un mot, son époux le tira près de lui et ne se résigna par à lâcher son vêtement.

"Si cela ne vous ennuie pas, souffla Niles, je préfèreriez que vous restiez avec moi pour rejoindre Messire Léo. Les lieux son risqués en ce moment et je ne voudrais pas qu'il vous arrive quelque chose.

-Niles, voyons. Je sais me débrouiller tout seul. Vous le savez, n'est-ce-pas ?"

Inquiet de voir son époux se mettre à le surprotéger, tout à coup, Yuma prit son visage entre ses mains et tenta de fouiller son oeil à la faveur d'un pâle rayon de lune.

"Vous le savez, Niles, insista-t-il.

-Oui..., avoua le hors-la-loi à contrecœur.

-Alors ne vous faites pas tant de souci, lui conseilla son époux sur un ton qu'il s'efforçait de rendre plus léger. Ces envahisseurs, quels qu'ils soient, ne m'empêcheront pas de secourir ma famille et je n'ai pas peur d'eux.

-Yuma, je préfèrerais quand même que vous m'accompagniez ce soir, répéta Niles en se mordant la lèvre."

Il n'en dit pas la raison, mais son oeil brillait d'appréhension, cette fois. Comme ils avaient assez perdu de temps comme ça, le jeune dragon se résigna.

"Très bien, capitula-t-il. Dans ce cas, rendons-nous dans les quartiers de Léo. Vite !"

Ils gravirent les marches quatre à quatre et faillirent se cogner dans Odin, qui arrivait en sens inverse.

"Ah, vous voilà ! s'exclama le mage noir avant qu'ils aient l'occasion d'ouvrir la bouche. Par pitié, dites-moi que vous savez où se trouve Messire Léo !

-Odin, j'espérais que vous seriez avec lui, grimaça Yuma, qui réalisa immédiatement que si même ses gardes du corps ne savaient pas où son frère se trouvait, la situation risquait de mal tourner. Où était-il la dernière fois que vous l'avez vu ?

-Dans ses appartements, comme tous les soirs ! Je ne me suis absenté qu'un instant, et quand je suis revenu, outre ces malandrins qui se sont introduits dans le château sans y être invités, je n'ai croisé personne !"

Yuma se tourna vers Niles pour écouter ses propositions -étonné d'ailleurs que son époux n'ait pas placé une plaisanterie vexante sur le parler anormalement banal d'Odin-, et fut frappé par sa pâleur. On eût dit qu'il venait de recevoir une tonne de briques sur la tête.

"Niles ? s'inquiéta Yuma. Savez-vous où mon frère peut se trouver ?

-J'ai bien peur que non, Yuma, souffla le hors-la-loi. Tout ce que je peux vous dire, c'est que nous devons le retrouver au plus vite, sinon, je redoute ce qui pourrait arriver."

Jusqu'alors, Yuma ne se faisait pas trop de souci sur la capacité de son frère à se défendre seul, mais l'inquiétude de son mari commençait à accroître la sienne, et ce fut fébrilement qu'il tenta de trouver une solution.

"Bon, très bien... Odin, j'aimerais que vous montiez dans les appartements d'Élise pour vous assurer qu'elle va bien. Je sais que votre rôle est de protéger Léo, s'empressa-t-il d'ajouter en voyant le vassal ouvrir la bouche, mais mon frère peut se débrouiller seul, contrairement à Élise, qui est beaucoup plus vulnérable. Niles et moi allons partir à la recherche de Léo, vous pourrez... "

Le jeune prince se figea soudain. Tous ses sens draconiens semblaient s'être réveillés d'un seul coup, et son ouïe particulièrement développée captait des sons d'épées qui s'entrechoquent et de décharges magiques. Son sang rugissait dans ses veines, comme s'il le poussait dans la direction du bruit, et alors qu'il allait en informer les vassaux de son frère, un choc sourd se fit entendre. Puis le fracas d'un meuble qui s'écroule, suivi d'un craquement sec et d'un curieux gargouillis. Le cri de souffrance qui résonna alors, loin dans le château, envoya un frisson d'épouvante dans tout le corps de Yuma. Il hurla à son tour et fit sursauter Odin et Niles, qui, eux, n'avaient rien entendu.

"LÉO !

-Yuma ? Yuma, revenez ! C'est dangereux ! tenta de le retenir le hors-la-loi, affolé de le voir détaler sans la moindre précaution vers l'origine du bruit."

Le jeune prince ne l'entendit pas; son coeur le poussait à se précipiter toujours plus vite vers le cri qu'il venait d'entendre et qu'il aurait reconnu entre mille. Il dévala les escaliers, traversa les couloirs comme une tornade et bondit dans l'une des bibliothèques du château. La partie de la pièce dans laquelle il déboucha était vide; il pressa le pas entre les étagères, vers le fond de la pièce. Son coeur, pulsant de toute la force de son appréhension, manqua un battement lorsqu'il émergea au détour d'un rayonnage. Léo se tenait à terre contre l'une des étagères, moitié assis, moitié étendu sur le sol, la main écrasée sous la botte d'un homme très grand, portant barbe grise et cheveux longs, aux yeux brillant d'un éclat métallique. Le troisième prince de Nohr était pâle comme un linge et de grosses perles de sueur roulaient sur ses tempes et empoissaient ses cheveux blonds. Malgré sa grimace de douleur, ses yeux bruns étaient rivés au visage de son adversaire avec dégoût et colère, malgré son évidente humiliation. S'il avait crié, s'il était si livide, si son visage était empreint de souffrance, c'était parce que son assaillant tenait une grande épée aux bords crénelés enfoncée profondément dans la chair de son épaule, tellement, pour tout dire, que la pointe engluée de sang ressortait de l'autre côté, à la grande horreur de Yuma.

"Voici donc le troisième prince de Nohr à ma merci, remarqua l'intrus comme s'il se renseignait du temps qu'il faisait dehors. J'avais l'intention de vous garder en vie, mais je pense que vous tuer serait une meilleure idée. Oui, vous êtes connu pour votre cruauté, Messire, et je ne voudrais pas qu'il vous prenne l'envie de chercher à vous venger."

Léo sembla sur le point de répondre quelque chose, mais l'homme dégagea sèchement son épée des chairs transpercées du jeune prince, en un écœurant bruit de succion qui couvrit à peine le hurlement de sa victime. Puis, il leva de nouveau sa lame, et...

Yuma aurait pu jurer qu'à cet instant, son coeur cessait de battre, et que cette soudaine absence de palpitations dans sa poitrine rendit le rugissement du sang dans ses veines encore plus assourdissant. Tout son organisme se figea, glacé, à l'exception de ses jambes, qui le poussèrent en avant et le portèrent à toute allure vers la forme vulnérable de son frère. Aucun cri ne trouva la force de jaillir hors de sa gorge; il bondit simplement devant Léo pour le protéger et dans un même mouvement, son corps se couvrit d'écailles argentées, ses os craquèrent tandis que toute sa physionomie se modifiait, des cornes noires transpercèrent la peau de son front, ses mains et ses pieds se changèrent en pattes griffues alors qu'il touchait terre, des ailes crevèrent son dos et une queue serpentine se déploya derrière lui. Il ancra ses pattes puissantes dans le marbre au sol, juste devant son frère, le recouvrant à moitié de son ombre gigantesque, sa queue de reptile fouettant l'air avec rage. Alors qu'il était sur le point de lancer sa tête cornue dans le ventre de l'homme qui menaçait son petit frère, il reconnut tout à coup l'arme que l'assaillant venait de pointer sur sa gorge. C'était un dracocide. Si elle s'enfonçait entre les écailles du jeune prince, comme peu d'armes en étaient capables, elle n'aurait pas le moindre mal à le dépecer en quelques secondes. Comme elle était sur le point de le faire avec Léo. Yuma suspendit son attaque et se figea.

"Yuma, recule..., souffla son frère d'une voix faible, visiblement sur le point de tourner de l'oeil. Tu ne peux rien faire contre un dracocide, ne fais pas l'idiot.

-Et je te laisse là ? s'indigna le grand frère en foudroyant leur opposant de ses yeux de dragon. C'est toi qui fais l'idiot, Léo. Il est hors de question que je t'abandonne !"

Le troisième prince de Nohr ne rétorqua rien, à bout de force. Yuma sentit sa fureur le quitter, remplacée par la peur et la lassitude. Comme il ne pouvait rien faire de plus, il reprit forme humaine. Ecailles et appendices draconiens disparurent, chair humaine et cheveux blancs reprirent leur place. Malgré cette forme nettement plus faible que l'autre, il resta résolument planté devant son frère, les bras en croix, faisant barrière de son corps pour le protéger. L'homme n'avait pas bronché, et il avait même ajusté nonchalamment la pointe de son arme sur la gorge pâle du jeune prince.

"Epargnez mon frère, je vous en prie, plaida ce dernier. Je vous donnerai tout ce que vous voulez, mais ne lui faites pas de mal.

-Yuma...

-S'il vous plaît, insista le jeune dragon. Si c'est de l'argent, des terres, une vengeance que vous voulez, je suis à votre disposition. Si vous désirez la mort d'un membre de la famille royale de Nohr, tuez-moi. Mais laissez mon frère en vie.

-Yuma, ça suffit ! protesta faiblement Léo. Je peux me défendre tout seul ! Et puis, à quoi ça nous avancera si tu meurs ?

-Léo, je ne laisserai pas te tuer !

-Taisez-vous."

Ils se turent. Autant qu'ils voulaient se chamailler pour défendre le droit de l'autre de vivre, c'était cet homme qui détenait véritablement ce pouvoir. Il pouvait trancher la gorge de celui qu'il voulait, voire les assassiner tous les deux si tel était son désir. Il suffisait pour cela d'un seul geste et...

Niles se précipita dans la pièce. Yuma et Léo tournèrent leur visage vers lui, pris au dépourvu, mais leur assaillant était décidemment doté d'un sang-froid à toute épreuve, car il ne cilla même pas et dégaina un long coutelas de sa ceinture pour le pointer sur le nouvel arrivant, sans quitter des yeux le jeune prince à l'autre bout de son épée. Le nouveau venu se figea, le visage empreint d'un mélange d'appréhension et de terreur.

"Niles ! Faites attention, cet homme n'hésitera pas à vous transpercer de son poignard ! le prévint Yuma, l'estomac noué.

-Yuma, grimaça son époux, qu'est-ce qui vous a pris de déguerpir comme ça ? Vous vous êtes mis dans une position très délicate."

Son oeil passa de son maître étendu au sol, l'épaule souillée du sang qui s'écoulait jusque par terre, à son amant tenu à la merci de l'épée pointée sur sa gorge. Puis, il regarda leur assaillant, les dents serrées en une grimace de pure fureur, mais aussi d'autre chose que Yuma ne parvint pas à identifier. Un échange silencieux parut s'opérer entre les deux hommes, puis le plus âgé des deux, en un long mouvement fluide, se déplaça rapidement dans la pièce, contourna Yuma tout en le gardant à la merci de son épée et le poussa vers Niles. Le jeune prince recula, déboussolé par cette attitude, mais également soulagé par la confuse impression que l'homme s'apprêtait à les laisser en paix. Il avait presque raison. Leur ennemi rengaina son dracocide, mais jeta son poignard droit vers eux en un geste précis et mortel. Yuma n'eut que le temps de voir la lame argentée filer en direction de son visage et d'ouïr le "Non !" d'horreur de Léo, avant qu'un bras fort s'enroule précipitamment autour de sa nuque et le plaque au sol. L'arme se ficha dans la porte derrière eux tandis que le jeune prince se retrouvait le nez contre les dalles grises. Le premier moment de confusion passé, il releva la tête avec empressement et ne put que constater que l'homme avait disparu. Sans doute s'était-il échappé par la fenêtre qui s'ouvrait derrière lui.

Yuma demeura un moment à terre, à plat ventre sur les dalles, le bras de Niles fermement enveloppé autour de ses épaules, puis son coeur bondit d'anxiété lorsqu'il se remémora l'état inquiétant de Léo et il se remit précipitamment debout. Il accourut après de son frère, s'agenouilla, l'enlaça presque en le prenant par les épaules.

"Léo ? Léo, tu m'entends ? Tu peux me répondre ? le pressa-t-il, désespéré."

Léo gémit faiblement, si pâle qu'on aurait dit que tout le sang contenu dans son corps s'était échappé par la plaie ouverte de son épaule. Il était encore conscient, cependant, ses yeux bruns cillaient péniblement et il tâchait de garder la tête à peu près droite, et dans son état cela suscitait l'admiration.

"Il faut endiguer le flot de sang, observa Niles qui s'était accroupi à côté de son époux. Tenez, prenez ceci pour faire un garrot pendant que moi, je..."

Il s'était défaussé de sa cape tout en parlant et la tendait à Yuma, qui avait les mains déjà rouges de sang de les avoir appuyées de toutes ses forces sur la blessure de son frère. Mais ils n'eurent pas le loisir de mettre en pratique les directives du hors-la-loi, car un groupe déboula soudain dans la pièce. Avant que Niles et Yuma n'aient le temps de redouter une nouvelle attaque ennemie, ils reconnurent Xander, Azura, Élise et Camilla, menés par Odin. Après que le deuxième prince de Nohr se soit précipité au secours de son frère, Niles avait intimé à Odin d'aller chercher de l'aide auprès des aînés de la famille royale, qui heureusement avaient eu la même idée de Yuma et étaient déjà en chemin pour rallier les appartements d'Élise.

"Que s'est-il passé, ici ? s'enquit Xander devant le désordre d'étagères renversées et de livres éparpillés.

-Oh, par les dieux, Léo ! s'étouffa Camilla, horrifiée, en découvrant leur frère gisant sur le sol. Qui t'a fait ça ? Dis-le-moi, que je lui fasse passer l'envie de brandir de nouveau une arme contre notre famille !

-Camilla, on n'a pas le temps pour ça ! la coupa Élise, au bord des larmes. Il faut qu'on soigne Léo, sinon... sinon..."

Ils s'étaient tous précipités à ses côtés et le détaillaient sous toutes les coutures d'un regard qui épouvanté, qui angoissé.

"Il n'y a pas de temps à perdre, intervint Xander pour éviter que sa cadette ne panique. Nous devons le transporter à l'infirmerie immédiatement. Élise, ne t'effondre pas, s'il te plaît. Léo aura besoin que tu le soignes une fois arrivé là-bas, et pour ça, tu dois te concentrer."

Son ton était ferme, mais doux. Il savait exactement doser ses paroles en leur injectant suffisamment d'autorité pour se faire obéir immédiatement, mais également atténuer leur froideur afin de rassurer et d'apaiser ses interlocuteurs, si vraiment il en avait besoin. Ce ton fonctionna sur Élise, comme toujours, et elle s'essuya le nez d'un revers très peu élégant du bras.

"Tu as raison ! affirma-t-elle bravement. Je dois rester forte pour Léo ! Je me rends immédiatement à l'infirmerie pour préparer les bâtons de soin !

-Élise, attends ! la rappela Xander, soucieux, en la voyant détaler dans le couloir. Nous ne savons pas encore si tous les envahisseurs ont été chassés du château !

-Je vais la suivre, le rassura Azura en se dépêchant d'emboiter le pas à sa sœur.

-Niles, va avec elle. Je compte sur toi pour assurer leur protection !

-Bien sûr, Messire Xander."

Le hors-la-loi quitta la pièce à la suite des deux princesses et le prince héritier put de nouveau se concentrer sur son jeune frère. Camilla et Yuma lui touchaient chacun un bras avec inquiétude, et de l'autre le jeune prince s'efforçait d'endiguer le flot de sang qui s'écoulait toujours de la blessure de son frère.

Xander fronça les sourcils, indécis. Il était exclu qu'ils demandent à Léo de se lever, car il ne parviendrait jamais à tenir debout et, même s'ils le soutenaient, d'une part il allait être délicat de soulever son bras blessé, et d'autre part cela prendrait un temps considérable de l'acheminer jusqu'à l'infirmerie. Et du temps, ils étaient tous conscients, du fond de leur angoisse, qu'ils n'en avaient pas.

"Nous n'avons pas beaucoup d'alternatives, déclara Xander. Léo, je vais te porter jusqu'à l'infirmerie."

L'intéressé battit des paupières, certes affaibli mais encore capable de saisir le sens de ce qu'on lui disait. Et l'idée d'être porté par son grand frère était quand même assez humiliante, à son âge. Quoi qu'il ait toujours rêvé de bénéficier d'autant d'attention de la part de son frère et de sa sœur que Yuma, son orgueil l'empêchait dans le même temps de quémander ces marques de tendresse, car il passerait alors, de son point de vue, pour un petit garçon faible de qui il fallait s'occuper, et donc indigne d'être pris au sérieux. Et avec tous les efforts qu'il avait déployés pour tenter de devenir l'égal de Xander, il était hors de question qu'il mette tout par terre en se laissant porter comme un enfant.

"Ce... ce ne sera pas nécessaire, balbutia-t-il. Donne-moi juste une minute et je...

-J'ai bien peur de devoir insister, mon frère, le coupa Xander, de plus en plus inquiet. Tu as déjà perdu beaucoup trop de sang. Ta fierté ne te sera d'aucune utilité si tu meurs maintenant."

Léo gémit et rendit les armes, trop faible pour se battre. Xander mit un genou à terre devant lui, et Camilla et Yuma s'écartèrent pour lui laisser le champ libre. Il passa un de ses bras autour du dos du plus jeune de ses frères avec précaution, puis l'autre sous ses genoux, le cala fermement contre lui et se redressa.

"Camilla, Yuma, assurez-vous que tous les envahisseurs sont partis, ordonna-t-il ensuite à ce qu'il restait de sa fratrie. Si vous croisez nos soldats, dites-leur de faire comme vous puis de se réunir dans la cour. Qu'ils fassent passer le message autour d'eux !

-Compris !"

La belliciste et le dragon s'éclipsèrent et Xander ramena son jeune frère à l'infirmerie. C'était une sensation étrange, pensa Léo pendant deux moments de lucidité, de se faire porter comme cela par son grand frère. Il avait passé l'âge d'être couvé de cette manière mais il devait bien admettre que, s'il laissa son orgueil en veille quelques instants, c'était très agréable. Il se sentait choyé, protégé, ainsi blotti entre les bras forts de son grand frère, son coeur cognant délicatement contre sa joue, son odeur familière emplissant son nez. Il finit par perdre plus ou moins connaissance, mais la sensation d'être dorloté demeura présente dans sa torpeur, et il devait bien admettre qu'il s'était rarement senti aussi bien.

/

"Je crois que les lieux sont de nouveau sûrs, Xander. Nous avons fouillé le château de fond en comble avec les autres soldats. Tous les envahisseurs ont l'air d'avoir quitté les lieux.

-Très bien. Tu leur as dit de se rassembler dans la cour ?

-Oui, comme tu l'avais demandé. Ils n'attendent que toi."

Le prince héritier hocha la tête, autant pour le remercier que pour signifier qu'il prenait congé, et se leva de la chaise où il s'était laissé tomber. Yuma et Camilla le suivirent des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse, puis se précipitèrent vers Léo. Etendu sur un lit, torse nu pour que leur petite sœur puisse avoir une meilleure vue sur la plaie de son épaule, le jeune prince était enveloppé dans le halo bleu du bâton de soin qu'Élise maintenait au-dessus de lui.

"Comment tu te sens, Léo ? s'inquiéta Yuma.

-Comment j'ai l'air d'aller, à ton avis ? râla son frère, probablement humilié de se trouver dans une position aussi vulnérable. Ce moins que rien m'a transpercé l'épaule !

-Mon pauvre petit chéri, se lamenta Camilla en lui passant affectueusement la main dans les cheveux. Comment ces vauriens ont-ils osé s'en prendre à un garçon aussi adorable ?

-Adorable ? Camilla, tu ne m'aides pas vraiment à me sentir mieux, là, protesta Léo en rougissant. Finalement, je me demande si je n'aurais pas dû le laisser m'achever.

-Léo, ne dis pas des choses pareilles ! le gronda Élise qui, maintenant qu'elle avait fini de soigner leur frère, s'était défaussée de son bâton de soin. On a tous eu tellement peur ! Je ne veux jamais qu'une telle chose se reproduise !"

Elle se jeta au cou de Léo et le serra de toute la force de ses petits bras, sourde aux protestations embarrassées de l'objet de ses soins.

"Et toi, tout va bien, mon petit Yuma ? s'enquit la voix douce de Camilla au-dessus des chamailleries de Léo et d'Élise. Ça a dû être affreux de retrouver notre Léo dans cet état.

-Ça a été un choc pour tout le monde, Camilla, répondit le jeune prince en levant les yeux vers elle. Tout ce qui importe maintenant, c'est que nous soyons tous sains et saufs.

-Oui, tu as raison. Mais ces vermines ne perdent rien pour attendre, crois-moi ! Lorsque nous leur aurons mis la main dessus, elles regretteront le jour où elles ont eu l'idée stupide de s'en prendre à ma famille !

-Du calme, Camilla. Si nous les retrouvons, nous devrions plutôt leur demander comment ils sont parvenus à localiser le château et s'immiscer dans le plan astral. Je pensais que seule Lilith était capable de nous ouvrir le passage.

-Cela m'inquiète, à moi aussi. Cela voudrait dire que nous ne sommes plus en sécurité, même ici."

Ils demeurèrent dans un silence songeur jusqu'au retour de Xander.

"Qu'est-ce que tu as dit aux soldats ? s'enquit Yuma, curieux.

-J'ai doublé les effectifs de gardes au château, augmenté le nombre de sentinelles par zone de surveillance et ordonné de quadriller même les lieux que nous pensions inutiles à surveiller. Cet incident ne doit jamais se reproduire. Jamais !"

Le grand frère profita de ce qu'il avait envoyé tous les vassaux s'assurer une dernière fois que les lieux étaient sûrs pour laisser tomber d'une voix sombre :

"Quelqu'un nous a trahis. Il n'y a pas d'autre explication possible.

-Tu es sûr de toi, Xander ? soupira Yuma, rechignant à remettre en doute la loyauté de leurs alliés. Ils ont très bien pu nous suivre jusqu'ici sans qu'on s'en rende compte.

-Certes, mais il n'y avait aucun moyen pour eux de rentrer ici sans avoir connaissance du signal que nous utilisons pour que Lilith ouvre l'accès au plan astral, le contra son grand frère. Ça ne peut être que l'un d'entre nous qui a vendu la mèche, c'est impossible autrement.

-Tu penses à quelqu'un en particulier ?

-Non, mais je tiens à ce que nous redoublions de prudence à partir de maintenant. Ce pourrait être n'importe qui.

-Xander, tu ne peux pas nous demander de nous méfier de nos alliés ! s'indigna Yuma. Si nous sommes parvenus à aller aussi loin ensemble, c'est parce que nous croyons les uns en les autres ! Si tu défais cela, notre armée se disloquera !

-Mon cher Yuma, sois raisonnable, tenta de le raisonner Camilla. Nous ne pouvons pas faire comme si rien ne s'était passé. Qu'arrivera-t-il la prochaine fois ? Si nous ne faisons pas attention, ces envahisseurs pourraient avoir raison de l'un d'entre nous ! Tu ne voudrais pas que ça arrive, n'est-ce-pas ?

-Quand bien même, ce n'est pas dans ma façon de faire de me méfier de mes alliés, s'entêta son petit frère.

-Mon frère, ta naïveté te perdra, s'apitoya Léo, de loin le plus exaspéré par la candeur de Yuma.

-Non, il a raison, soupira Xander en se frottant le front, las et fatigué. Si son armée a triomphé de tant d'épreuves, c'est parce qu'elle est soudée par la confiance et les liens qui se sont développés entre les soldats. C'est sa façon de faire, et nous ne pouvons pas lui demander d'en changer."

Il planta ses yeux dans ceux de son frère aux cheveux blancs et conclut :

"Nous ferons comme tu l'as décidé, jeune prince. J'espère simplement que tu es certain de ta décision.

-Je le suis, Xander. Même si nous avons été trahis, je ne remettrai pas la loyauté de mes alliés en doute, c'est hors de question.

-Je me demande ce qu'Azura penserait de tout ça. Où est-elle passée, d'ailleurs ?

-Elle fait le tour du château avec les autres. Je suppose qu'ils rentreront tous dans leurs quartiers après m'avoir fait leur rapport. Il est tard."

Xander fit courir son regard sur ses jeunes frères et sœurs, assis qui sur le matelas de Léo, qui debout près du lit, et ajouta :

"Vous devriez aller vous coucher, vous aussi. Je vais rester ici pour recevoir nos vassaux puis je raccompagnerai Léo dans sa chambre et je me retirerai aussi. Nous allons avoir besoin de forces pour affronter les épreuves qui nous attendent."

Ils tombaient tous de fatigue et, las, aucun n'eut envie de protester. Yuma se leva le premier mais, avant de prendre congé de sa fratrie, il se pencha une dernière fois sur Léo et posa sa main sur son bras. Le jeune prince répondit à son regard encore un peu inquiet par une pression sur sa main. Ils se sourirent et Yuma laissa sa main reposer quelques instants sur le bras de Léo avant de saluer de nouveau ses autres frères et sœurs et de s'éclipser vers ses quartiers privés. Chemin faisant, il se demanda si Niles reviendrait avant qu'il s'assoupisse.

/

Le baiser que Niles lui donna faillit lui couper le souffle. Il avait capturé ses lèvres sitôt avoir refermé la porte derrière lui, et tout en glissant amoureusement sa langue dans sa bouche pour approfondir leur baiser, il l'avait guidé jusqu'au lit à reculons avant de l'y faire choir sur le dos avec précaution et de s'avancer sur lui. Yuma rompit brièvement le contact pour pouvoir reprendre son souffle et s'installer plus confortablement entre les oreillers. Il n'eut pas besoin de tendre les bras pour enlacer son amant par le cou et attirer de nouveau sa bouche contre la sienne, car à peine eût-il cessé de se caler contre les coussins et avait-il esquissé un geste que Niles se penchait de nouveau sur lui et l'embrassait. Ses baisers étaient profonds, intenses et charnels, il dévorait sa bouche avec un désir brûlant qui faisait un peu perdre la tête à Yuma, quoi qu'il fût tout aussi empressé à lui rendre ses baisers. Pour rien au monde le jeune prince aurait voulu être ailleurs. Il s'était rarement senti aussi bien que dans ce lieu, une pièce claire, confortable, chaleureuse, dans un lit moelleux, et en cette compagnie -le hors-la-loi dont il avait fini par tomber amoureux- et livré à une telle activité. Certes, la première fois qu'ils avaient fait l'amour, Niles et lui, cela avait été laborieux. Leur nuit de noces n'en avait pas fini tant le jeune prince ne cessait de se poser des questions et de se raidir d'embarras, se tortillant sans arrêt tant cette situation lui paraissait invraisemblable. Mais il devait bien admettre que, depuis, il avait totalement changé d'avis. Ce n'était pas embarrassant, c'était fichtrement bon. Et, même si Niles était presque toujours celui qui prenait l'initiative, Yuma n'était pas le moins empressé à finir empêtré dans ses bras, prémices d'un moment charnel -et non pas "d'une nuit charnelle", car justement ce n'était pas toujours la nuit. Peu importe, Niles était toujours d'avis de tenter de nouvelles expériences, et Yuma devait admettre, un peu honteusement, que cela l'excitait beaucoup aussi.

Les mains du hors-la-loi, qui jusque là se tenaient immobiles sur le matelas, se mirent en mouvement et remontèrent légèrement le long de la poitrine de Yuma, avant de s'arrêter au niveau du col de son chemisier et d'entreprendre d'en défaire le bouton. Le jeune prince soupira de contentement sans cesser de rendre ses baisers à Niles et un délicieux fourmillement lui chatouilla le ventre lorsque les mains habiles de son mari ouvrirent le vêtement et en écartèrent les pans pour dégager la peau nue. La bouche de Niles quitta alors la sienne pour se perdre dans son cou, glissant le long de sa peau avec une délicatesse et une sensualité qui faisaient frissonner le jeune prince. Les baisers du hors-la-loi descendirent encore d'un cran et se mirent à explorer la poitrine de Yuma, tandis que les mains empressées le débarrassaient habilement du vêtement. Le jeune homme frissonna, soupira de contentement quand la bouche de son mari effleura deux points sensibles, puis se mit à gémir doucement de plaisir lorsque sa langue prit le relai et le taquina amoureusement. C'était tellement bon que lorsque Niles cessa brusquement ses cajoleries, il ne put retenir le grognement de protestation qui s'échappa de ses lèvres. Le voleur continua bien de couvrir tendrement sa peau de baisers, mais il sentit que son époux était un peu absent, voire qu'il était distrait par quelque chose. Cette supposition se confirma un instant plus tard quand Niles releva la tête et contempla le jeune prince dans les yeux, hésitant.

"Qu'est-ce qui vous prend, Niles ? protesta son amant, dépité qu'il se soit interrompu dans ce qu'il était en train de faire."

On eût dit qu'il ne voulait pas aller plus loin, un peu comme s'il n'avait rien à faire dans une telle situation avec lui, ce qui était en soi parfaitement absurde. Certes, Niles était un hors-la-loi, un vassal, un serviteur, et Yuma était un prince de sang, héritier d'un grand roi, mais il ne s'était jamais préoccupé de considérations aussi bassement protocolaires. Selon lui, un roturier valait tout autant qu'un seigneur, et puis de toute façon Niles et lui étaient mariés, ce qui faisait que le voleur appartenait désormais pour partie à la famille royale de Nohr. Yuma n'aurait jamais pensé que son amant s'inquiétait de leur différence de statut, mais c'était peut-être l'une des choses qu'il ne lui disait pas, après tout. Cependant, il était vital, pour lui, que les choses soient dépourvues d'ambigüités et de non-dits dans leur couple; aussi, au lieu de pousser Niles à continuer son exploration là où il en était resté, comme il en mourait d'envie, il se redressa un peu contre les oreillers et lança :

"Vous semblez préoccupé par quelque chose. Sans vouloir vous brusquer, vous voulez bien me dire quel est le problème ?"

Le hors-la-loi sourit, de ce sourire ravageur, un peu carnassier, mais teinté de douceur lorsqu'il était dédié à certaines personnes, comme Élise ou encore son mari.

"Qu'est-ce qui vous fait dire ça, Yuma ? demanda-t-il d'un ton léger mais que le jeune prince devina un peu forcé. Je ne réponds pas assez bien à vos attentes, c'est ça ? Si tel est le problème, je peux y remédier tout de suite..."

Il se pencha avidement sur les lèvres de son amant et l'enlaça étroitement, profitant du rapprochement conséquent de leurs corps pour joindre leurs hanches et les faire glisser l'une contre l'autre, envoyant une vague de plaisir dans tout l'organisme de son mari, qui gémit contre sa bouche. Yuma passa ses bras autour du cou du hors-la-loi et lui rendit ses baisers avec transport, tout retourné par ce formidable sentiment d'excitation et de bien-être qui lui donnait envie d'en avoir plus. Niles eut tôt fait d'accéder à sa requête en descendant ses mains jusqu'à son pantalon et en défaisant rapidement le vêtement pour le faire glisser à bas de ses hanches, vite suivi par ses sous-vêtements. Ce fut durant ce bref moment où la bouche de son mari quitta la sienne que Yuma reprit un peu ses esprits et put davantage se concentrer sur l'apparente distraction dont le voleur avait fait preuve.

"Niles, insista-t-il, vous devriez me dire ce qui vous tracasse. Ce n'est pas bon pour un couple de se cacher des choses aussi importantes, comme la façon dont l'autre voit leur relation.

-Vous pensez que c'est là le problème ?"

Le regard du hors-la-loi s'était assombri et Yuma craignit un instant d'avoir commis un impair. Peut-être avait-il éveillé un souvenir douloureux dans l'esprit de son époux ? Peut-être était-il supposé savoir ce qui le tourmentait et l'avait-il déçu en formulant une hypothèse complètement en-dehors de la réalité ? Niles dut s'apercevoir que ses yeux rouges s'étaient attristés, car le sien s'adoucit de nouveau et il se pencha sur ses lèvres pour lui donner un délicat et profond baiser.

"Ça n'a rien à voir avec vous, Yuma, murmura-t-il contre son cou. Non... Vous n'avez rien fait de mal."

"Moi, en revanche...".Ces trois petits mots non-dits flottèrent un instant entre eux et Yuma eut peur, tout à coup, que son époux ne le laisse là pour disparaître il ne savait où. Comme s'il ne considérait plus avoir le droit de le toucher et de l'aimer comme il le faisait. Mais Niles ne s'en alla pas, il cueillit une nouvelle fois les lèvres du jeune prince avant de se pencher pour enfouir son visage entre ses jambes et le taquiner d'une langue experte. Yuma se cambra en arrière contre les oreillers, presque aveuglé par la vague déferlante de plaisir qui faisait fourmiller la moindre parcelle de son être. Il gémit le nom de son mari, glissa amoureusement ses doigts dans ses cheveux blancs, puis soupira de plus belle lorsque celui-ci se redressa, se débarrassa de son pantalon et s'unit avec lui d'un mouvement empressé mais en même temps délicat et tendre. Tandis que leurs mains étaient entrelacées, que leur tête étaient pressées l'une contre l'autre et que leurs corps ne faisaient qu'un, ni l'un ni l'autre ne pensa à la distance silencieuse qui s'était installée entre eux l'espace d'un instant. Mais une fois que son mari fut retombé à côté de lui, Yuma, essoufflé, se tourna pour admirer son beau visage qu'il aimait tant et murmura :

"Niles... Même si ça n'a rien à voir avec moi, j'aimerais que vous me parliez de ce qui vous tracasse. S'il vous plaît. Je sais que je peux vous aider.

-Ah, Yuma, vous êtes toujours le même. Toujours à vouloir aider tout le monde, s'amusa le hors-la-loi en se serrant contre lui, sans le quitter de son oeil bleu comme la plus veloutée des nuits. Je dois vous avouer que cette manie m'a agacé, la première fois que je vous ai rencontré. Je vous prenais pour un idéaliste qui ne sait rien de la cruauté du monde. Mais maintenant... j'admets que je vous admire. Vous ne vous découragez donc jamais ?

-Non, il faut croire qu'il y a besoin d'idéalistes en ce monde, plaisanta le jeune prince. Tout le monde mérite d'être secouru.

-Mais vous ne pouvez pas aider tout le monde, Yuma. A commencer par moi.

-Vous n'êtes pas "tout le monde". Vous êtes mon mari. Quand vous serez prêt, Niles... n'hésitez pas à vous confier à moi. Je ferais n'importe quoi pour vous."

Niles fit courir ses doigts le long du bras nu de son amant sans rien dire. Cette déclaration innocente et sincère, si propre à Yuma, l'avait ému mais il ne voulait rien en laisser paraître. Montrer son émotion, c'était découvrir une faiblesse et il en avait déjà bien assez dévoilées pour aujourd'hui. De plus, il n'était pas certain de la façon de réagir. Les personnes à lui avoir donné un témoignage d'amour si limpide et si vrai n'avaient pas été nombreuses. En fait, c'était la première fois qu'on lui disait quelque chose de si tendre. Et il aurait paru bien insensible de ne rien répondre en retour, aussi tendit-il le cou pour embrasser son époux avec douceur, bien loin de la fièvre sensuelle et dévorante avec laquelle il unissait leurs lèvres d'habitude. Yuma se blottit entre ses bras chauds et contre sa poitrine à la peau si douce, enveloppé de son odeur délicate qu'il aimait tant, de pluie, de pierre mouillée, de mousse et d'il ne savait quoi d'autre encore. Tandis qu'il glissait vers le sommeil, il fit courir tendrement son doigt le long de la clavicule de son mari et dans son cou, bercé par sa respiration paisible et tranquille, amoureusement blotti dans un cocon de chaleur et de douceur, tout contre la peau mate du hors-la-loi. Il s'y endormit et n'y fit pas le moindre mauvais rêve. Mais lorsqu'il s'éveilla de nouveau le lendemain, les couvertures chiffonnées avaient remplacé les bras de Niles, bien moins chaleureuses et moelleuses, mais qui avaient pour elles de porter encore l'odeur du hors-la-loi. Yuma sortit du lit, retrouva ses frères et sœurs et se mit en quête de Niles. Mais ils eurent beau le chercher partout, l'attendre pendant des heures, rien n'y fit. Cette fois-ci, Niles ne revint pas.