Bon sang de bois, ça m'en a pris, du temps, pour sortir ce chapitre. Vous avez remarqué aussi, hein ? J'en étais à un moment où mes idées ne concordaient pas vraiment avec l'idée qu'on se fait d'une fic décente, entendez par là, cohérente, logique, sans arrangements de derrière les fagots pour obtenir tout le bon drama dont on a envie. J'ai finalement pris un tournant différent dans la rédaction des évènements, qui m'a ôté une sacrée épine du pied. Et, si ça ne va toujours pas, on dira que c'est un scénario bien alambiqué à la manière de Fates x3 Bonne lecture, et merci encore pour toutes vos reviews ! ;w;
Yuma sentit une bouche se poser sur la sienne. Il sursauta d'abord, complètement pris par surprise, mais ce contact était d'une douloureuse familiarité et il reconnut immédiatement les lèvres et la façon d'embrasser de Niles. Aveuglé par le bandeau sur ses yeux, immobilisé par ses liens, il n'avait aucun moyen de réagir, et il se contenta de se laisser embrasser, interdit. Le baiser dura de longues secondes, rythmé par la respiration fébrile du hors-la-loi et ses soupirs qui semblaient presque désespérés. Yuma, lui, ne savait pas comment réagir. Il ne comprenait tout simplement pas ce qui se passait. Et, dans son coeur, le bonheur que lui procurait ce tendre contact rivalisait avec la douleur presque insupportable que provoquait la pensée d'avoir perdu Jakob et tué la mère de Kana. Kana qui, d'ailleurs, était toujours à côté de lui, et Yuma se sentit brusquement très gêné de continuer à se faire embrasser si près de la fillette.
Lorsque Niles ôta ses lèvres des siennes pour reprendre son souffle, le jeune prince ouvrit la bouche, décidé à lui demander des explications, mais le hors-la-loi se pencha de nouveau sur lui pour lui couper la parole.
"Chut, souffla-t-il entre deux baisers, laissant Yuma complètement incapable de réagir. Ne dites rien, je vous en prie. Je... Je n'ai pas beaucoup de temps. S'il vous plaît..."
Niles l'embrassa encore, saisissant son visage dans ses mains. Yuma aurait aimé pouvoir y répondre, mais il resta de marbre. Trop de choses s'étaient passées pour qu'il puisse accepter de se laisser aller à un fugace instant d'oubli et de frivolité. Il sentit alors que les mains du hors-la-loi glissaient dans son dos et desserraient légèrement ses liens.
"Je ne peux rien faire de plus, murmura-t-il d'un ton sincèrement désolé. Ils ont encore... Je n'ai pas le choix. Yuma, vous et la petite fille, profitez-en pour vous enfuir.
-Mais, qu'en est-il des autres voleurs ?
-Ils sont absents pour l'instant... Une fois que je serai sorti, partez aussi vite que vous le pouvez, je vous en prie. Suivez les murs portant une marque bleue, elles vous permettront de regagner la surface.
-Et vous... vous venez avec moi, n'est-ce-pas ?
-Non, Yuma, non, je regrette, je ne peux pas."
Le jeune prince voulut protester, mis à bout de nerfs et de patience à cause des évènements des dernières heures, mais Niles lui cloua de nouveau la bouche d'un baiser.
"Je vous en prie, murmura-t-il contre ses lèvres. Faites-le pour la petite fille. Vous ne pouvez pas la laisser seule. Votre tendre coeur vous l'interdit, n'est-ce-pas ?
-Vous savez très bien comment je vois les choses, Niles ! Et..."
Le hors-la-loi l'embrassa de nouveau, doucement, tendrement, et Yuma oublia brièvement ce qu'il voulait dire, et lui rendit automatiquement son baiser, au bord des larmes, désespéré.
-Chuuuut... ne criez pas. Je ne sais pas quand ils vont revenir, ni l'endroit où ils sont partis... Mais fuyez, Yuma. Et n'essayez pas de revenir. Vous avez vu ce qui est arrivé à votre majordome. Ne mettez pas vos proches en danger à cause de vos principes naïfs et utopiques."
La mention de Jakob et la culpabilité qui en découla frappa le jeune prince en plein coeur. Piqué au vif, il répliqua :
"L'amour que je vous porte, Niles, le trouvez-vous naïf et utopique ?
-Oui, répondit durement le hors-la-loi. Si vous avez pour deux sous de jugeote, Yuma, n'abandonnez pas cette enfant à son sort et partez d'ici ! Je ne le répèterai pas. Laissez-moi ici et oubliez-moi."
La veille encore, le jeune, gentil et, il est vrai, naïf prince se serait indigné, aurait protesté avec véhémence contre de tels propos, aurait clamé que leur amour mutuel pouvait bien les porter au-dessus de tous les obstacles, qu'il en serait de même cette fois encore, et que jamais, jamais il n'abandonnerait les gens qu'il aimait. Mais en l'espace de quelques heures, il avait compris. Ses actions personnelles avaient mis en danger toute une famille, elles avaient peut-être privé Nina et Kana de leur mère et tué l'une des personnes les plus importantes de sa vie. Un instant, il fut tenté de parler à son amant de sa fille, maintenant que la jeune voleuse s'imposait de nouveau à son esprit, mais Niles posa une dernière fois sa bouche sur la sienne et l'embrassa durant de longues, de profondes secondes. Yuma, au bout d'un moment, consentit à lui rendre ses baisers, et l'impression que c'était la dernière fois lui vrilla le coeur. Des larmes perlèrent au coin de ses yeux, des larmes que Niles ne vit pas, et il remit le bandeau sur la bouche de son amant. Dans le noir, le jeune dragon perçut le bruit qu'il faisait en se redressant, puis ses pas s'éloignèrent et il s'en alla. Yuma demeura seul avec Kana, sonné, incrédule et complètement vidé, incapable de comprendre ce qu'il venait de se passer.
La petite fille frissonna alors de froid à côté de lui, et ce mouvement ténu le sortit de sa torpeur. Il devait se sauver d'ici. La voie semblait libre, alors... Il ne comprenait pas comment c'était possible, comment le groupe entier de bandits avait bien pu disparaître en les laissant à la seule garde de Niles. Niles qui, d'entre tous, était le plus disposé à le laisser s'échapper... Ils ne pouvaient quand même pas croire que le hors-la-loi avait totalement rompu les liens amoureux qui l'attachaient au jeune prince, si ? C'était vrai que la scène de la bague était assez convainquante, mais les voleurs ne pouvaient pas se laisser persuader si facilement, tout de même ? A moins qu'il y ait autre chose...
Yuma se força à se redresser contre le mur de pierre froide. Dans tous les cas, ils ne pouvaient pas rester ici. Que pourrait-il arriver de pire, de toute façon ? Un faux espoir ? Le jeune prince n'en avait guère de toute façon. Alors, il plia les doigts pour desserrer la corde déjà bien dénouée par Niles et libérer ses mains. Cela fait, il arracha le bandeau qu'il avait sur les yeux et la bouche, et se pencha vers la pauvre Kana pour la libérer. Ses grands yeux gris étaient tous remplis de larmes, et, mû par quelque réflexe, Yuma la serra contre lui. L'enfant, au lieu de se tendre face à ce contact inconnu, s'accrocha au contraire à lui et émit quelques sanglots bruyants, ayant épuisé le stock de larmes de son petit corps. Bouleversé, et soudain envahi par une bouffée d'affection, Yuma l'étreignit un instant, puis la remit debout et se leva à son tour.
"Ecoute, Kana, commença-t-il d'une voix ferme et rassurante, imitant sans le savoir celle de Xander. Je sais que tout cela doit être terrifiant pour toi. Moi-même, je suis loin d'être rassuré, mais je peux te promettre que je vais te sortir d'ici.
-Et... et... vous allez me ramener chez ma maman ? hoqueta la fillette, les yeux remplis d'un mélange d'espoir et de terreur, car elle avait peur que le jeune prince lui confirme ce qu'elle refusait d'admettre, la disparition probable de sa mère.
-Je... je ferai en sorte qu'on la retrouve, lui promit-il, incertain quant à ce qu'il pouvait avouer ou non à l'enfant, pour ne pas finir de la traumatiser. Ou, au moins, je te confierai à ta grande sœur. Allons-y. Il ne faut pas traîner ici."
Il la prit délicatement par la main et l'entraina vers la porte, que Niles avait laissée entrouverte. Prudemment, le jeune prince passa la tête à l'extérieur, cherchant à reconnaître des silhouettes humaines parmi les ombres qui s'étiraient dans le taudis mal éclairé. Il ne vit personne. Même Niles avait disparu. Alors, il traversa rapidement la pièce en tenant fermement la main de Kana, prenant garde aux endroits où il mettait les pieds, et sortit dans la rue obscure. Elle était déserte et, après avoir prudemment vérifié que personne n'allait surgir à l'improviste, il souleva la petite fille dans ses bras et se mit à courir aussi vite que possible dans la pénombre. Il n'avait pas la moindre idée de l'endroit où il allait.
"Trouver les marques bleues... trouver les marques bleues... mais comment suis-je censé les voir dans une pénombre aussi épaisse ?"
Kana se laissait porter sans réagir, trop choquée pour bouger. Même ses hoquets avaient cessé. Yuma tourna un moment, incertain, le coeur battant à tout rompre à l'idée qu'on les retrouve, et se souvint alors des groupuscules qui avaient bloqué la ville, la veille encore. Etaient-ils toujours là ? Si c'était le cas, il ne pourrait même pas sortir des bas-fonds, même s'il le voulait.
A bout de souffle, le jeune prince s'assit dans un renfoncement de mur pour réfléchir, de plus en plus effaré. Il ne pouvait pas quitter la ville. Il n'avait nulle part où se cacher. Les lieux grouillaient de groupes de bandits qui ne rêvaient que de lui mettre la main dessus, et par-dessus tout, il avait Kana sous sa responsabilité. Si quelque chose lui arrivait... Non. Il ne pouvait laisser personne faire de mal à la fillette, pour qui il éprouvait soudain des sentiments protecteurs et affectueux très forts, sans trop savoir d'où ils venaient. Sans s'en rendre compte, Yuma se mit à frissonner d'angoisse. D'habitude, il y avait toujours quelqu'un à ses côtés pour le protéger, l'épauler, lui donner des conseils, le soutenir... Ses frères et sœurs, ses domestiques, ses amis... Là, il était seul. Totalement seul. Kana était trop choquée et, de toute façon, bien trop jeune pour pouvoir faire quoi que ce soit. Que devait-il faire ?
"Kana, est-ce-que... est-ce-que tu connais un endroit où tu pourrais être en sécurité ? se résolut-il à demander à la fillette. Chez un oncle, une tante, une amie de ta mère ?
-N... Non, gémit l'enfant. Il n'y a que Maman, Nina et moi...
-D'accord..."
Le jeune prince serra les dents, de plus en plus fébrile. Où aller ? Mais où aller ?! Il se redressa subitement, frappé par un éclair de lucidité. Il connaissait bien quelqu'un ici ! Cassita, la nounou d'Élise, à qui ils avaient rendu visite une fois ou deux ! Le jeune prince était presque certain de retrouver sa maison... Elle se situait un peu à l'écart de la rue principale cachée de Windmire, sous les rues pavées et les demeures inquiétantes de la surface, dans un quartier à l'ouest des bas-fonds, dissimulée aux yeux de l'armée et dont personne ne soupçonnait l'existence. Il ne voulait pas créer d'ennuis à la nounou de sa sœur, mais peut-être qu'il pourrait laisser Kana chez elle. Après tout, les voleurs n'avaient sûrement que faire de la fillette, elle devait seulement leur servir d'otage, et ils renonceraient sûrement rapidement à lui remettre la main dessus. Oui, c'était sa seule chance.
"Kana, je vais te mettre en sécurité chez quelqu'un que je connais bien, murmura-t-il à l'enfant. Je suis sûre qu'elle pourra t'aider à retrouver ta sœur, mais il faut que tu me fasses confiance, d'accord ?
-D'a... d'accord...
-Bien."
Le jeune prince se redressa, aux aguets. La voie semblait libre. Il ignorait que les bas-fonds connaissaient un temps de battement où rien ne bougeait dans les rues, mais dans des quartiers pareils, rares devaient être ceux qui voulaient prendre le risque de sortir en pleine nuit... même si l'obscurité des lieux rendait bien obsolète la distinction entre le jour et son contraire. Yuma quitta prudemment leur cachette et, continuant à se tenir près du mur, il remarqua pour la première fois les minuscules lampes brillantes qui étaient accrochées aux angles des rues. Sous celle devant laquelle il se trouvait, il put distinguer une marque bleue.
"C'est ça ! Les fameuses marques dont parlaient Niles et Jakob !"
Maintenant qu'il avait remarqué les toutes petites lampes, il s'étonnait de ne pas les avoir aperçues plus tôt, mais c'était sans doute de ces choses si bien dissimulées qu'on ne les distinguait pas avant de vraiment savoir qu'elles étaient là. Envahi par une vague de soulagement et d'espoir, Yuma suivit la rue et tomba sur une nouvelle marque à l'autre bout. Il continua son chemin et, de fil en aiguille, alors qu'il tenait toujours Kana dans ses bras -dont le poids commençait à se faire ressentir- et rasait les murs, se dissimulant dans un coin dès qu'il percevait un bruit, il parvint lentement aux quartiers les plus hauts des bas-fonds.
"Nous y sommes presque... Il ne manque plus qu'à retrouver l'entrée du quartier caché de Windmire et..."
"Il est là ! C'est lui ! Le prince de Nohr !"
Yuma tressaillit et se retourna, le coeur battant autant de peur que de désespoir, et aperçut un hors-la-loi qui le pointait du doigt depuis l'autre bout de la rue. Deux de ses camarades le rejoignirent, et ils se précipitèrent vers le jeune prince, qui laissa presque échapper un gémissement de désespoir.
"Nous étions si près du but !"
Sans réfléchir, il se mit à courir. Il essaya tant bien que mal de retrouver l'entrée du quartier, mais c'était Shura qui les avait menés ici, et ils en étaient repartis en empruntant un tunnel secret qui partait du château Krakenburg, alors il n'avait pas vraiment fait attention aux détails du trajet. Il sentit les bras de Kana se nouer autour de son cou, comme il la ballotait de haut en bas, et il se souvint soudainement que c'était elle, le plus important. Il devait mettre la fillette en sécurité, il se l'était promis. C'était la moindre des choses, après ce qu'elle avait enduré à cause de lui.
Il accéléra sa course alors qu'une flèche, destinée à l'intimider, se planta à quelques centimètres de son pied, et se jeta dans un renfoncement du mur.
"Kana, écoute, lui dit-il très vite, entre deux halètements et le point de côté qui lui sciait le flanc. Il y a une dame dans le quartier caché de Windmire qui s'appelle Cassita, je la connais. Retrouve-la et cache-toi chez elle. Je suis désolé, je ne peux rien faire de plus.
-Mais...
-Reste bien caché jusqu'à ce que ces brigands soient partis. Au revoir, Kana."
Sans attendre de réponse, le jeune prince, bondit hors de sa bien mauvaise cachette et n'eut le temps de faire que quatre ou cinq pas, assez pour s'éloigner suffisamment de Kana, avant de se retrouver saisi au col par un des voleurs. Ce dernier ne lui laissa même pas le temps de se défendre mollement, et lui expédia un grand coup de poing sur la tempe, le précipitant dans les ténèbres.
/
Yuma se réveilla avec une terrible sensation de nausée et de danger imminent pour la deuxième fois de la journée. Ça commençait à faire beaucoup. A sa grande surprise, il se trouvait de nouveau dans le repère des hors-la-loi que Niles avait rejoints. L'espace d'un instant, il se demanda s'il n'avait pas rêvé son évasion avec Kana, mais la petite fille n'était plus là et Niles paraissait complètement désespéré. Cependant, quand celui qui devait être leur chef se tourna vers lui, il afficha aussitôt une mine impassible.
"Estime-toi heureux que nous ayons réussi à remettre la main sur le prince, gronda-t-il en foudroyant le hors-la-loi du regard, d'un ton furieux qui parut légèrement forcé à Yuma. Qu'aurions-nous fait si ceux qui l'ont attrapé avaient refusé de nous le rendre ?
-Ils n'auraient jamais commis pareille erreur, rétorqua froidement Niles. Après que tu aies tué leur chef, personne n'aurait été assez fou pour risquer sa vie sur la simple envie de garder le prince.
-Tu l'as quand même laissé s'échapper.
-Je n'ai rien laissé du tout. Qui a envoyé ses hommes aux quatre coins de la ville pour surveiller l'arrivée d'éventuelles troupes royales ? Encore une fois, tu as fait preuve de trop peu de prévoyance, ricana l'ancien vassal de Léo avec ce sourire venimeux et moqueur que Yuma ne connaissait que trop bien."
Le chef, Lucius, gronda, et il esquissa un léger mouvement de bras en direction de Niles, avant de se raviser. Celui-ci ne bougea pas, mais le jeune prince avait clairement perçu le frémissement à peine visible de sa paupière, et la légère crispation de ses membres, qui indiquaient qu'il avait bridé un mouvement de peur instinctif. Il le connaissait si bien... Ce comportement l'inquiéta. Niles avait peur de cet homme, il avait peur par réflexe lorsqu'il le voyait esquisser un mouvement vers lui. Cela donna au jeune prince une envie presque irrépressible d'aller le prendre dans ses bras, mais il était de nouveau attaché et incapable de se lever. De toute façon, ce mouvement aurait été quasi-suicidaire, et probablement accueilli par un rejet.
"Maintenant qu'il est là, on pourrait peut-être se dépêcher de lui faire cracher le morceau ? s'impatienta l'un des voleurs, qui se tenait à moitié dans la pénombre et que Yuma ne distinguait qu'à demi. Ça s'agite, au-dehors. Je ne tiens pas à ce que le prince soit encore là si jamais l'armée débarque ici.
-Il a raison. Cette affaire a assez duré, décréta Lucius.
-Comment ça ? intervint Niles en fronçant les sourcils. Que manigances-tu ?
-Oh, Niles, pourquoi es-tu si surpris ? Tu ne pensais pas que le petit prince pourrait revenir ici pour toi ? Pourtant, c'est la raison pour laquelle nous avons accepté ton retour dans le groupe. Pour l'attirer dans notre repère."
Yuma redressa vivement la tête, pétrifié. Niles, lui, ne répondit pas; il serra seulement les dents, visiblement sous le choc.
"Maintenant qu'il est là, il ne nous reste plus qu'à le convaincre de nous indiquer comment pénétrer dans le château Krakenburg afin de piller le trésor royal, poursuivit une des voleuses qui se tenaient là. Ça devrait être du gâteau, pour toi. N'est-ce-pas, Niles ?"
Elle ricana de sa plaisanterie, laissant assez peu de doutes sur ce qu'elle sous-entendait par là.
"C'est vrai, Niles, l'appuya Lucius, l'air mauvais. Et pour te faire pardonner de l'avoir laissé s'échapper, ce n'est que justice que ce soit toi qui t'en charges. Je sais que tu peux te montrer très convainquant.
-Vous me demandez de trahir la confiance des miens ? s'exclama Yuma qui, maintenant qu'il comprenait un peu mieux de quoi il retournait, sentait son ardeur combattante revenir. Ça, vous pouvez être sûrs que je ne m'y résoudrai jamais !
-Oh, mais je m'en doute, rétorqua Lucius en dédaignant Niles. Nous savons à qui nous avons affaire, mon Prince. Les rumeurs qui circulent sur vous sont nombreuses.
-De quelles rumeurs parlez-vous ?"
Ce n'était peut-être pas le moment d'engager la conversation, mais s'il gagnait un peu de temps, peut-être... Peut-être que quoi ? Que quelqu'un viendrait le sauver ? Non, il n'était pas assez fou pour oser espérer une aide extérieure, mais peut-être que les voleurs seraient pris dans une urgence qui les obligerait à détourner leur attention de leurs deux prisonniers, leur permettant de s'échapper. Peut-être que Niles, qui reprenait rapidement le contrôle de ses émotions, finirait par lui venir en aide. Il avait visiblement peur pour lui, c'était bien la preuve qu'il l'aimait encore, non ? Et s'il l'aimait, il le sauverait... Il le sauverait, n'est-ce-pas ?
"De tous les bruits de couloir qui courent sur la famille qui nous dirige, répondit le chef des ravisseurs. On a longtemps raconté que vous étiez le fils que le roi Garon a eu avec une maîtresse hoshidienne... Depuis votre obscur retour d'Hoshido, d'autres laissent à penser que vous êtes le fruit de l'union de notre roi avec la reine.
-Mais enfin, ce n'est pas possible ! affirma l'intéressé. Mère m'a assuré que j'étais le fils du roi Sumeragi..."
Sauf que, finalement, tout le monde semblait en connaître beaucoup plus que lui sur ses origines. Il avait cru si longtemps que Garon était son père, pour ensuite apprendre -et se souvenir- qu'il était l'enfant du roi Sumeragi, que, en fin de compte, si on lui affirmait que le souverain de Nohr est en réalité son père biologique, il ne serait pas tellement surpris.
Mais les voleurs n'avaient que faire des parents de leur prisonnier, tout ce qui leur importait visiblement était son ascendance royale, mais surtout son attachement à la famille nohrienne, comme leur chef le confirma bientôt :
"Il y a aussi certaines rumeurs qui vous prétendent l'enfant que la reine Arète a eu avec notre bon roi... Mais savoir de quel ventre vous êtes sorti m'importe peu. Tout ce que nous savons, et cela grâce à ce cher Niles -il adressa un sourire faussement mielleux à l'intéressé-, c'est que votre famille d'adoption vous est profondément attachée, fussiez-vous un enfant d'origine inconnue rapporté par leur père. Et certaines langues populaires commencent à vanter votre gentillesse et votre bonté."
Ce qui a priori devait être pris comme une qualité sonnait étrangement dangereux dans la bouche de Lucius et, soudain, Yuma faillit défaillir de soulagement d'avoir pu aider Kana à s'échapper. Qui sait ce qu'ils auraient pu faire à la petite fille pour l'obliger à parler...
"Maintenant que la fillette n'est plus là, comment on va se débrouiller pour obtenir les informations qu'on veut ? s'agaça un autre brigand. C'était notre seule monnaie d'échange, tu le sais.
-A moins que tu ne veuilles qu'on aille récupérer un autre enfant au hasard ? proposa la voleuse qui avait parlé un peu plus tôt.
-Non, Niles va s'occuper de faire parler le prince, trancha Lucius. Hein, Niles ? Depuis le temps, tu dois connaître les points sensibles de Son Altesse Yuma, non ? Tu devrais pouvoir lui arracher des informations. Sauf si, bien sûr... tu préfères qu'on aille chercher cette autre personne qui pourrait elle aussi nous renseigner, hum ?"
Quand Yuma comprit que Lucius faisait allusion à de la torture, son sang se figea dans ses veines et son coeur se mit à cogner si fort qu'il perdit, pendant un instant, le sens de l'ouï. La terreur l'envahi. Ils allaient... ils allaient le torturer ? Non... ce n'était pas possible ! Ils ne pouvaient pas... c'était... c'était bien trop cruel ! Ça ne se pouvait pas !
Yuma déglutit, le dos parcouru de sueurs froides. Non, ils ne pouvaient pas faire ça ! Le jeune prince ne craignait pas de se lancer au combat, car même si les blessures étaient toujours au rendez-vous, il se sentait fort, épaulé par les siens et par ses amis. Mais là... Là, si jamais... si jamais ils faisaient ça... il ne pourrait même pas se défendre ! Il serait condamné à subir, entravé, jusqu'à ce qu'il... jusqu'à ce qu'il meure, ou qu'il trahisse sa famille... L'un était aussi terrifiant que l'autre !
Horrifié, il leva de grands yeux implorants vers Niles. Cette fois, le hors-la-loi ne parvenait pas à cacher ce qu'il ressentait. Sa peau était devenue livide et ses mains tremblaient doucement près de ses flancs. Il ferma brièvement les yeux.
"Alors, Niles ? insista Lucius d'un ton doucereux. Qu'est-ce-que tu préfères ? N'importe lequel des deux, ça m'ira très bien. Quelle dommage que tu aies laissé filer la fillette..."
Lentement, très lentement, Niles tourna la tête vers son chef. Dans son unique oeil valide, Yuma put lire plus de colère et de haine qu'il n'en avait jamais vu sur le visage de son amant. Mais les épaules du hors-la-loi s'affaissèrent, et il tourna vers le jeune prince un regard rempli à ras-bord de douleur, de culpabilité et d'amour que Yuma ne perçut même pas, tant l'épouvante se rua bientôt dans ses veines, affolant son esprit et les battements de son coeur.
"Niles ? Vous... vous n'allez pas faire ça, n... n'est-ce-pas ? Je... Je vous en prie, murmura-t-il, tétanisé.
-Yuma, je... Je suis... Je... Pardonnez-moi...
-Voilà qui est réglé, alors ! s'exclama joyeusement Lucius."
Autour d'eux, les autres voleurs s'étaient mis à chuchoter, certains d'entre eux visiblement très mal à l'aise. Mais Yuma ne vit rien de tout cela. Ses yeux écarquillés de peur restèrent rivés au visage de Niles, et quand les traits du hors-la-loi prirent une expression dure et impassible, il laissa retomber sa tête, anéanti. Son corps tremblait toujours de terreur, mais savoir que c'était l'homme qu'il aimait qui allait lui infliger pareil supplice, sans même protester, était encore pire que tout ce qu'il avait jamais vécu.
/
Sa tête était si lourde qu'il ne parvint pas à l'empêcher de rouler pesamment vers son épaule. Le moindre de ses muscles lui faisait mal, mais ce n'était pas comme après un entrainement avec Xander. Dans ces moments-là, il avait le sentiment d'avoir gagné quelque chose, progressé de quelques pas sur le long chemin qu'il avait à parcourir et qui devait, inévitablement, le mener vers le droit de quitter la forteresse nord, à l'époque, et l'aider à arrêter la guerre le plus vite possible, dorénavant. Même s'il perdait à chaque fois, même si son frère aîné jouait avec lui plus qu'autre chose, et l'envoyait immanquablement rouler à terre sous la menace de Siegfried à la fin de chaque entrainement. Mais au moins, Yuma progressait, il apprenait, et il s'en sortait un peu mieux la fois suivante. Et après ça, il y avait toujours Léo pour soulager discrètement ses courbatures à l'aide de sa magie, Camilla pour lui faire couler un bain relaxant et Élise pour le requinquer avec quelques gâteaux de sa confection. Et, bien sûr, il y avait aussi Xander qui lui tapotait légèrement la tête avec un sourire fier dont le jeune dragon n'arrivait pas à se passer.
"Xander..."
Voilà que ses pensées s'égaraient. A quoi songeait-il, avant ? Qu'il avait mal ? Mais il avait toujours mal. La douleur serpentait dans son corps comme un serpent insidieux et ne se résorbait jamais. En particulier celle qui logeait dans son coeur.
Leur frère avait toujours été fort et impressionnant, voire intimidant par moments, mais c'était quand même leur grand frère. Celui qu'Élise pouvait convaincre de tout laisser en plan pour venir jouer un instant avec elle, que Léo pouvait pousser à le laisser consulter tous les livres, même ceux mis sous clé, qu'il voulait, à qui Camilla pouvait lancer des piques sans rien risquer en retour, que Yuma avait le droit de venir déranger en plein travail aussi souvent qu'il le voulait. C'était leur grand frère, et même s'ils se battaient tous ensemble, ils savaient qu'il les protègerait, contre toute l'armée ennemie s'il le fallait. Xander avait toujours pris soin d'eux, plus encore que Camilla, même si de façon beaucoup moins démonstrative.
"Xander..."
Il aurait tellement, tellement voulu que Xander soit là. Brièvement, il l'imagina s'accroupissant auprès de lui, les sourcils froncés en cette expression effrayante qui envoyait des frissons d'inquiétude dans le dos de la majorité des gens mais que Yuma reconnaissait simplement comme l'une des expressions de son grand frère.
"Yuma ? Dis-moi qui t'a fait ça, jeune prince !, aurait exigé son aîné d'une voix maitrisée, mais pleine de colère."
Et puis, il l'aurait ceinturé sous les épaules pour l'aider à se relever, et Yuma aurait gardé les yeux rivés à ce visage sévère entouré des frisottis discrets de ses cheveux blonds, ce visage qu'il avait connu doux et juvénile avant de le voir se transformer au cours des années en un visage plus mature, plus stricte, plus décidé, mais qui était toujours celui de son frère, un visage rassurant et aimé. Puis, Xander l'aurait soulevé dans ses bras en constatant qu'il ne pouvait pas marcher, et même si chaque mouvement l'aurait fait hurler de douleur, il se serait laissé faire, redevenant un tout petit enfant perdu et apeuré, mais avec la certitude que quelqu'un de fort veillerait sur lui, même si, à l'époque, ce quelqu'un n'était lui aussi qu'un jeune garçon.
"Xander..."
Sauf que Xander n'était pas là, ni lui ni aucun des membres de sa famille, que l'homme qu'il aimait venait de le blesser plus sûrement que tous les mots qu'il avait pu lui lancer au visage, et que Yuma se sentait si terriblement seul, anéanti, brisé. Il ne se rendit même pas compte qu'il se laissait glisser dans l'inconscience. Il n'entendit pas plus le cri d'alarme de l'un des voleurs :
"L'armée royale ! L'armée royale arrive ! Elle est ici !"
Tout ce drama, je sais, je sais, c'est presque trop. J'espère que ce n'est pas un poil exagéré ? C'était quelque chose que je tenais vraiment à faire. Je m'excuse par avance si vos petites âmes ont succombé à tout ça ;^; Je me rattraperai, je le jure ! (et Niles aussi, il a intérêt). Un peu de fluff pour me faire pardonner ?
