Bonjour à tout le monde. J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira.
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Lorsque Maglor reprit conscience, il était étendu sur un lit sur le ventre, et une main étalait de la pommade sur son dos. L'elfe étouffa un gémissement de douleur. Les plaies le brûlaient.
- « Doucement » ordonna une voix, et un visage encadré de longs cheveux châtains apparut dans son champ de vision. Un verre d'eau fut porté à ses lèvres craquelées et il but avidement.
- « Doucement » répéta la voix, et le visage disparut.
Maglor fut soigné et resta quelques jours dans les Maisons de Guérison du palais. Mais un jour, Thingol vint et il sut que ce temps était terminé. Le roi s'installa sur un siège près du lit de Maglor, qui était assis, les jambes ramenées contre sa poitrine et entourées de ses bras, le menton posé sur les genoux. Thingol regarda un moment son prisonnier en silence, puis finit par dire :
- « Regarde-moi. » Maglor obéit, le fixant droit dans les yeux.
- « La sentence que j'ai prononcée avant que tu ne sois fouetté s'applique dès maintenant. Tu devras servir le peuple de Doriath, et il t'est interdit de tenter de quelque manière que ce soit de quitter la forêt, de désobéir à un ordre qu'on t'aura donné…
- Je ne suis pas un esclave ! » cracha le Noldo, lui jeta un regard de pure haine.
- « De porter une arme, acheva le roi Sinda sans paraître perturbé. Et que crois-tu donc être ici ? » Maglor se contenta de le regarder avec haine, mais il n'était pas difficile de voir qu'il retenait à grand-peine ses larmes. Malgré lui, Elu sentit son cœur se serrer. Le Noldo était si jeune encore, selon les comptes des elfes. À peine plus qu'un enfant. Tout comme ses frères cadets. Et il ressemblait tellement à Finwë…
Thingol se secoua, essayant de ne pas y penser. Mieux valait qu'il se concentre sur quoi faire du fils de Fëanor. L'idéal serait de lui assigner une tâche à accomplir, mais le comportement du jeune elfe lui laissait deviner qu'il risquait de désobéir. Mais alors que faire ? Soudain, une idée lui vint.
- « Je te laisse un mois pour récupérer. Après cela, une tâche te sera assignée, sauf une te convient particulièrement et ne pose aucun problème. Je te conseille d'éviter de passer ce mois enfermé dans ta chambre. » Sur ce, le roi s'en alla, rejoignant la salle du trône. Eöl était venu lui rendre visite.
- « Alors comme ça, tu as capturé un fils de Fëanor ? » demanda celui avec un sourire un peu inquiétant. Thingol ne s'en formalisa pas ; Eöl avait toujours eu ce sourire, d'aussi loin qu'il s'en souvienne.
- « Pas moi personnellement, mes guerriers. » Le forgeron leva les yeux au ciel, mais une lueur d'intérêt persista dans son regard sombre.
- « Lequel est-ce ? s'informa-t-il.
- Le musicien. Je ne vois pas en quoi ça t'intéresse.
- Aussi détestables que soient les Noldor, il est intéressant de voir ce que sont capables de faire leurs forgerons. » Le roi se retint de lever les yeux au ciel. Même si Maglor avait hérité des talents de son père pour la forge, il doutait qu'il accepte de dévoiler ses secrets à leurs ennemis.
De son côté, le jeune elfe se laissait soigner par une guérisseuse qui ne cessait de le foudroyer du regard. Sans doute certains membres de sa famille ou certains de ses amis avaient-ils été à Alqualondë. Il ne posa pas la question et elle ne lui adressa pas non plus la parole. Lorsqu'elle eut achevé son travail, il retourna dans sa chambre, ne sachant que faire ni où aller. Il rangea ses affaires dans l'armoire, sauf son nécessaire à écrire, qu'il plaça sur le bureau, et ses harpes. La plus grande des deux avait beau être difficile à transporter, il avait tenu à les prendre toutes les deux. Il n'aimait pas s'en séparer, c'était l'un des cadeaux de son père, tout comme l'autre était un cadeau de Námo. Il commença à jouer de la plus grande, fermant les yeux, mais ne chantant pas. La musique l'aida à se détendre.
Lorsque Thingol entra dans la pièce, quelques heures plus tard, il fut accueilli par la vue du jeune elfe agenouillé qui jouait sans se soucier du monde extérieur. Mais Maglor ouvrit les yeux et cessa immédiatement la musique, rompant le charme.
- « Suis-moi » dit simplement le roi. Il fit visiter Menegroth au jeune Noldo puis l'emmena dans la salle à manger, où de nombreux elfes prenaient leur repas. Makalaurë avait beau être dans un coin proche de la sortie, les autres elfes lui jetaient des regards hostiles et un lourd silence pesait dans la pièce. Le fils de Fëanor osait à peine manger – en fait, il n'avala que quelques bouches. Finalement, incapable de supporter l'atmosphère, il s'enfuit en courant, refermant la porte derrière lui, et courut dans le palais, retenant difficilement ses larmes. Il se perdit, et ne retrouva pas sa chambre, se retrouvant à la place dans un jardin.
Thingol jeta un regard glacial à l'assemblée.
- « Il me semble que le fils de Fëanor a été puni. Je ne vous demande pas de lui pardonner, mais essayez au moins de ne pas être ouvertement hostiles à son égard. » Lorsqu'il eut lui-même achevé deprendre son repas, il récupéra l'assiette de Maglor et retourna à la chambre du jeune elfe. Il fut surpris de constater qu'il n'y était pas, et sonda Menegroth avec sa magie ; ayant retrouvé le Noldo, il le rejoignit. Maglor était roulé en boule au pied d'un arbre. Thingol s'approcha et posa la main sur l'épaule du plus jeune, qui lui jeta un regard de bête aux abois.
- « Qu'est-ce que vous voulez ? » renifla-t-il. Ses joues étaient humides. Le roi Sinda arqua un sourcil.
- « N'ai-je plus le droit de me promener dans mon propre royaume, à présent ? » Il tendit son assiette à Makalaurë, qui refusa de la prendre.
- « Je n'ai pas faim.
- Menteur. » Ils restèrent un moment à s'affronter du regard en silence, puis Thingol reprit :
- « Manges ou je te ferais manger de force. » Le fils de Fëanor serra les mâchoires mais obéit, malgré sa gorge serrée et son estomac qui le suppliait d'arrêter. Thingol tendit l'assiette à un elfe qui passait, lui demandant de l'emmener aux cuisines, puis s'intéressa à nouveau à Maglor.
- « Viens. » L'elfe le suivit sans protester, mais à mi-chemin, son épuisement et ses blessures reprirent le dessus, et ses jambes cédèrent sous lui. Le roi le rattrapa juste à temps et le fit basculer dans ses bras. Réalisant que le Noldo avait perdu connaissance, il l'emmena aux maisons de guérison, où on s'occupa de lui, puis le ramena dans sa chambre. Maglor n'ayant toujours pas repris conscience, le Sinda se vit dans l'obligation de le laver et de lui mettre une tunique pour la nuit. Il déposa l'elfe dans son lit, sans pouvoir s'empêcher de le border et de caresser son front brûlant. Il ressemblait tellement à Finwë… Le cœur de Thingol se serra en se rappelant son ami, et il se demanda avec qui Maglor pourrait, à défaut de se lier d'amitié, au moins s'entendre.
Daeron ? S'ils parvenaient à surmonter leur rivalité, les deux jeunes elfes pourraient devenir d'excellents amis. Le problème était que Daeron passait une grande partie de son temps avec Lúthien, et Elu connaissait assez bien sa fille pour savoir qu'elle n'avait aucun amour pour les Noldor et chercherait à monter Daeron contre Maglor. S'il parvenait à persuader Daeron d'essayer de connaître le Noldo, et de venir sans Lúthien… Peut-être que ça pourrait fonctionner.
Qui d'autre ? Il passa en revue les elfes de Menegroth.
Beleg ? L'elfe avait beau avoir des centres d'intérêt différents du jeune prisonnier, il était amical et pardonnait facilement. Déjà, il avait proposé de guider Maglor les premiers jours. Oui, c'était une excellente idée. Autant commencer par lui.
Thingol fit un crochet par les appartements de Beleg pour lui demander de s'occuper de Makalaurë le lendemain l'archer accepta immédiatement. Satisfait, le roi retourna à sa propre chambre, et se glissa dans le lit à côté de Melian, pour s'endormir aussitôt.
Le lendemain, Maglor fut surpris de se réveiller dans son lit. Qui l'avait amené là ? Probablement Thingol.
Haussant les épaules, il se changea, revêtant une tunique beige, un pantalon bleu sombre et des bottes noires. Il était préférable de ne pas porter les couleurs de sa maison, il était peu probable qu'elles arrangent sa situation. Il garda toutefois le collier offert par son père, cachant l'étoile dans sa tunique.
Il était surpris de voir à quelle vitesse les plaies de son dos cicatrisaient. Il guérissait vite, il le savait déjà, mais à ce point ?
On frappa à la porte et il y jeta un regard surpris.
- « Entrez. » Un Sinda entra, mais ce n'était pas Thingol. Il était plus jeune et avait les cheveux châtains et les yeux bleu-vert.
- « Je m'appelle Beleg, lui annonça celui-ci. Viens, c'est l'heure du repas. » Makalaurë se tendit un peu mais suivit le guerrier, car c'était un guerrier, il pouvait le voir rien qu'à sa façon de marcher.
Contre toute attente, le petit déjeuner se passa étonnamment bien, et après qu'ils eurent terminé de manger, Beleg l'emmena avec lui dans la forêt, lui présentant de nombreuses personnes.
Ce fut après le repas de midi qu'il le rencontra.
