Bonsoir vous tous,
Comme promis donc un deuxième chapitre dans la même semaine. Attention, celui-ci est long, faisant dans les 6,140 selon ce qu'informe le site. Alors si vous trouvez que c'est trop long, lisez-le sur deux, trois jours si vous avez le temps bien sûr. ;) Pour être complet, il est. :-p
Pensée pour ce chapitre à Mammar. ;) Merci encore aux personnes qui suivent, commentent l'histoire. FunnySparrow et Loulouisetta également. La suite, normalement racontera la soirée dansante sixties. Alors, habillez-vous en conséquence et rejoignez bientôt la soirée. Je vous laisse maintenant à cette lecture. Ne vous gênez pas pour dire ce que vous en aurez pensé.
"J'ai repris la pensée de Lisbon envers son père dans Sable Rouge ainsi que dans Hartley Coeurs à Vif, à la fin ... Concédant un pouvoir etc."
Bonne soirée. :)
Teresa qui s'était portée volontaire avec huit autres élèves dont Grace, Wayne, Summer et Tamzin, ne regrettait pas d'avoir contribué avec ses amis à cette préparation grandiose, l'excitation ambiante de l'avant-fête flottant déjà. Kimball n'y aurait été sûrement pas opposé s'il n'y avait pas eu l'entraînement. Cependant, l'aide ajoutée des professeurs avait été suffisante. II en faut des heures pour transformer un lieu réservé au sport, en un endroit qui nous fait à coup sûr remonter dans le temps, le décor s'inspirant bien de ces années sixties. Une soirée de féerie dansante mise à l'honneur comme il se doit.
A cet instant, tous s'imaginent déjà être dans leurs habits branchés, sans attendre. Et pas de ringardise qui tienne! Non. Ça va être génialissime, drôle, électrisant. Blousons noirs, encore portés dans les années 60, beaucoup plus au début de cette décennie, robes bouffantes au coloris pastel vs chic et choc que l'on aurait jugé de tel à cette époque. L'occasion de voir ….
Pour le moment, même s'il reste quelques retouches à améliorer, cette soirée ne se déroulant que dans une semaine, vu l'heure, il est plus sage d'arrêter. 20 h 00 passé. Comme le temps file! Il reste néanmoins à Teresa de finir une ou deux babioles, préférant terminer tandis que ses amis partent, ne pouvant s'éterniser plus longuement. Eh, oui! Le quartier étant ce qu'il est, mieux vaut par précaution ne pas le traverser trop tard. Madeleine Hightower qui a également mis la main au décor, lui suggère de rentrer, lui rappelant que ce n'est pas urgent de finir, le délai jouant en leur faveur.
- Je n'en ai pas pour longtemps, madame. Cinq minutes au plus.
Le proviseur réinsiste mais cela ne l'a fait pas changé d'avis. Si miss Lisbon entreprend un travail quel qu'il soit, sur le point de le terminer, la demoiselle au sens pointu des engagements prioritaires, n'a qu'une motivation, celle d'achever ce qui a été commencé, si le but est toutefois très proche d'être atteint.
Au bout de six minutes, le travail s'avère bel et bien accompli. Kristina Frye qui était partie après avoir insisté également, la jeune fille lui avait répondu que son père devait venir la chercher et qu'elle devait le rappeler pour l'avertir lorsqu'elle aurait fini. Un point phone qui se situe à proximité d'une des portes d'entrée de l'établissement est bien utile dans ces cas-là.
- Tu ne veux pas que j'attende avec toi ? Ça ne me dérange pas tu sais.
-Madame Hightower me l'a proposé et je lui ai répondu la même chose. Ne vous inquiétez pas.
-C'est sûr?
-Oui, oui. lui répondit-elle, souriante.
-Bon. Très bien. Attends dans l'enceinte du lycée.
-D'accord.
-Bon. J'y vais.
Le professeur se sentit un peu plus rassuré, souhaitant néanmoins que monsieur Lisbon ne tarde pas trop.
Il paraît étrange que l'on laisse une élève seule et débrouille-toi après tout. N'est-ce pas? En effet. Et c'est pour cette raison qu'il y a toujours quelqu'un qui reste présent. La directrice n'est pas partie de suite, étant de sa responsabilité de veiller justement à la sécurité des élèves. Devant également mettre à jour trois dossiers en ordre, étant très bien organisée pour répartir ses tâches administratives, cela ne lui prit qu'environ le même temps que Teresa avait employé pour terminer son travail pratique. Elle n'allait pas la laisser seule même si l'établissement n'était pas complètement vide.
Patrick Jane était encore présent pour vérifier l'installation des lampes lumineuses qui représentait une dépense raisonnable, rentrant dans le budget.
Une fois fini, l'adolescente prend ses affaires puis va au point phone comme promis, téléphonant à la caserne où l'un des collègues de son père l'informe qu'il vient juste de partir chez lui. Étonnée, Teresa téléphone ensuite à la maison où son jeune frère, Tommy, décroche.
- Papa est là?
- Non il est pas encore rentré.
- Dès qu'il rentre, rappelle-lui de venir me chercher au lycée. D'accord?
- D'accord.
- Tout va bien à la maison?
- Oui.
- Vous êtes bien sage avec madame Kurski?
- Oui. Ne t'inquiète pas Teresa ça va. la rassure-t-elle gentiment.
-Ok.
-Dès que papa rentre je lui dis.
-J'attendrai dans l'enceinte du lycée. Ce n'est pas encore fermé.
-Je lui dirai.
-A tout à l'heure.
-A toute, Teresa.
La petite maman raccroche, soulagée que ses frères ne fassent pas tourner en bourrique leur voisine, qui de temps en temps, lorsque leur sœur ou leur père sont retenus, les garde. Une très gentille dame, serviable, d'une soixantaine d'année qui habite à douze minutes de leur maison. Une sorte de nounou de substitut, occasionnelle, digne de confiance. De son côté, la jeune fille qui n'avait le choix que de patienter, devait prendre son mal en patience justement.
Peu avant, la vérification des lumières avait été testée par le jeune enseignant, tout fonctionnant parfaitement. Tôt pour installer mais une semaine défile vite et une préparation comme celle-ci se fait à l'avance. Les lumières du gymnase furent éteintes par ses soins, prévenant auparavant la demoiselle lorsque celle-ci avertit que son travail était terminé. S'en chargeant, il lui souhaita une bonne soirée et réciproquement. Il remballa un peu plus tard, à son tour, ses affaires, fit un détour par le lycée treize minutes plus tard pour récupérer sa besace de prof puis à l'extérieur, il se dirigea vers sa DS où il s'engouffra. Toutefois, il ne put faire autrement que de remarquer à quelques mètres du passage scolaire que Teresa Lisbon semblait soucieuse.
L'adolescente avait finalement décidé après hésitation de se rendre à l'arrêt de bus après ces quelques minutes d'attente, lasse, marre de patienter malgré que ça ne faisait pas longtemps depuis son appel à la maison. Mais connaissant son père, elle en avait conclu que sans doute celui-ci avait fait quant à lui un détour par un bar, par-là. Elle ne se voyait pas l'attendre durant une heure et ici. Prendre le bus était une solution pour laquelle la jeune fille avait finalement opté pour rentrer au plus vite. Une minime colère avait anticipé la situation qui peut-être n'était que hypothétique, le souhaitant. Un brave homme, oui mais devenu peu fiable pour compter sur lui. Quel autre choix?
La nuit était déjà de garde et la miss souhaitait vivement que le bus arrive rapidement. A cette seconde présente, ce n'est pas l'autocar qui arrive mais Patrick Jane qui roule en direction de Teresa. Puis par conscience humaine, il s'arrête à l'arrêt avant de baisser la vitre côté passager, l'interpellant. La tête détournée, la demoiselle, pensive à cet instant et surprise d'entendre cette voix non étrangère, tourne alors son joli regard d'un émeraude coruscant, se tenant debout, bras croisés, sac à dos posé à terre, celui-ci coincé en toute sécurité entre ses chaussures.
-Vous rentrez en bus?
-Euh? Oui. Mon père ne peut pas venir me chercher finalement.
Mentir. Elle n'allait pas lui raconter qu'il avait certainement préféré aller glouglouter de la bibine au lieu de tenir sa responsabilité de père pour venir la chercher. Cela ne regarde qu'elle, n'étant du genre à être une pie qui chante. Et elle et ses frères n'ont plus que lui. Le raconter serait imprudent, impudent pour la demoiselle, de peur également que la famille soit divisée dans des foyers différents de famille d'accueil si cela venait à se savoir. Tout n'est pas bon à confier de son point de vue. Cependant, ça ne serait pas le nouveau prof qui irait moucharder auprès d'une assistante sociale. Du tout son genre. A moins de le faire en cas d'extrême urgence, n'étant le cas. Sur ces pensées ….
- Vous n'avez personne d'autre pour vous ramener?
- Malheureusement, non. J'ai l'habitude de rentrer en bus mais à cette heure-ci, non.
- Vous voyez! A force d'être trop assidu on est obligé ensuite d'en faire les frais.
Un jeu de mots qui l'a fait sourire, le dos redressé, hochant la tête pour donner raison à son humour. Le resserrement de ses chaussures se desserre du sac, le reprend, s'approche ensuite de la DS en toute confiance, se sentant subitement, à nouveau en sécurité.
- C'est vrai. Mais j'ai ma carte de bus.
Ils en sourient ensemble, l'humoriste amateur allant de sa critique.
-C'est pas un des meilleurs, je le reconnais.
-Non. J'ai trouvé ça pas mal. C'est amusant.
-Vous êtes indulgente.
Teresa ne répond pas, l'expression légèrement neutre, préférant se taire par sobriété. Franche plutôt. Le professeur soucieux aussi de la voir patienter à l'arrêt dans ce quartier peu fréquentable, lui propose de la raccompagner malgré que ça ne se fasse pas.
-Vous voulez? Mon carrosse roule très bien également.
Ce trait d'humour en rabiot fait agrandir la bouche de miss Lisbon, n'y voyant aucun mal d'autant plus qu'elle ne se sent pas rassurée de rester ici pour continuer à patienter, seule malgré sa maturité. Mais elle n'en demeure pas moins une ado de presqsue 17 ans, conservant le privilège de cet âge. On est une petite grande. La demoiselle accepte sans hésitation cette fois et monte à bord. Une proposition de nature nullement douteuse, plus que convenable dans ses intentions.
Tandis qu'elle ferme la portière, replace son sac à dos à ses pied avant de boucler la ceinture, à quelques mètres derrière, une personne observe, n'appréciant guère d'apercevoir qu'une élève se fasse raccompagner par un enseignant sans avoir pour autant l'esprit mal tourné envers ce geste innocent. On pourrait mal l'interpréter cela dit. Et Madeleine Hightower se montre très à cheval dessus.
Bien des fois, lorsque l'on ne s'en doute, pensant que tout le monde a quitté l'établissement, à une minute près quand on rejoint sa voiture, on peut être vu dû au hasard qui s'en mêle. Si Kimball avait été libre, sachant que le père de sa petite amie serait dans l'indisponibilité de se montrer présent, il s'en serait chargé. On ne peut jamais rien prévoir. Et cette démarche très bien intentionnée, contrarie fortement la directrice de Riverdale. Ce n'est pas convenable. Il est très probable que demain, on appellera le nouvel enseignant au micro lors de l'annonce du matin.
-"Patrick Jane est demandé au bureau du proviseur. Patrick Jane. Vous êtes attendu maintenant."
Plus tard, la DS bleue se gare un peu éloignée de la maison des Lisbon de crainte pour l'adolescente que ses frères ne les voient et aillent le répéter à leur père. On ne sait jamais. Celle-ci ne désire ne prendre aucun risque, à la compréhension mutuelle d'eux deux. Un malentendu est si vite arrivé.
-Et voilà! Arrivée saine et sauve.
Toujours le mot à plaisanter.
-Merci. C'est très gentil à vous.
-C'est tout naturel. Je n'aurais pas eu l'esprit tranquille de savoir un élève en train d'attendre seul le bus. Et il commence à faire frais.
-Oui. J'avoue aussi que le coin où est situé l'arrêt est un peu peureux.
-Il est, oui.
Patrick Jane esquisse un petit sourire tout en jetant un œil en direction de l'invitée passagère, l'expression quant à elle qui lui témoigne de la gratitude, ses lèvres dessinant une ébauche de nature souriante, gênée toutefois par un minuscule détail pour le conducteur.
-J'espère que ça ne vous cause pas un grand détour.
-Si. C'est mon passe-temps favori de rallonger mon chemin, le soir, comme ça, à la pleine lune.
Elle sourit en largesse, remuant légèrement la tête de gauche à droite, un peu baissée avant de la relever et de le regarder.
-Vous aimez blaguer tout le temps, hein?
-Je l'admets. C'est très bon pour la santé.
-Ça, j'vous crois. Vous devriez donner des cours.
-Ah! Ca ne serait pas bête. Ca rendrait l'humeur des gens plus heureux.
-Vous auriez beaucoup de monde. C'est important de l'être.
A cette seconde, Teresa fixe le pare-brise, l'air mélancolique malgré son ton neutre. En l'observant brièvement, le prof de chimie devine que ce n'est pas pour rien que la jeune demoiselle fasse cette réflexion.
-A votre manière de réagir, je suppose qu'il y a peut-être eu un évènement douloureux que vous avez vécu.
L'adolescente se tourne vers lui, hochant juste la tête, son émotion rendue tempérante, par pudeur.
-Je ne voulais pas être indiscret. Je …. .
-Non, non. Ma mère est morte il y a cinq ans à cause d'un chauffard ivre.
Les yeux du sensible enseignant s'écarquillent brusquement, trouvant le contenu de cette confidence violente.
-C'est vraiment affreux. Désolé. Je ne souhaitais pas vous faire remonter cette tragédie.
-Non, non. C'est pas grave.
Il constate alors que le regard si beau pourtant de la jeune fille est un tantinet larmoyant, compatissant tout en éprouvant un sentiment d'embarras pour lui avoir causé le réveil de sa souffrance, se sentant responsable. Patrick Jane enchaîne, la curiosité, l'empathie étant plus forte.
-Comment ça s'est produit?
-Le chauffard a déboulé devant la voiture et elle n'a pas pu s'en dégager à temps. Ça lui a été impossible. Il l'avait condamné.
-C'est jeune pour perdre un parent. Et d'une manière aussi horrible, brutale. Injuste.
Teresa dirige à nouveau son regard en direction du pare-brise, furtivement, tandis que l'enseignant culpabilise d'avoir posé la question.
-Je … Excusez-moi. Je n'aurais pas dû me montrer insistant. Ça vous appartient. Quand on dit que la curiosité est un vilain défaut …. . Ça prend tout son sens.
Son regard baissé à son tour, celui-ci se relève, l'un et l'autre se croise une nouvelle fois, le rassurant.
-Faut pas vous en faire. J'vous assure. J'admets que ça m'a fait un peu de bien de vous en parler.
Sa bouche s'élargie d'une façon timorée, s'essuyant le coin des yeux face à ceux navrés de monsieur Jane, légèrement confus malgré ce soulignement qui signale petitement son soulagement, doigts placés alors sur le bas du volant avant de les retirer. Spontanément, sa main vient à ce moment se poser sur celle de la demoiselle, la tapote afin de lui témoigner quant à lui du réconfort, pensant qu'il est bien maigre.
Ce geste n'est considéré comme non déplacé de la part des deux personnes concernées, surtout que le tapotement s'avère fugitif. Tel un inconnu qui aurait adressé une tape ami sur l'épaule de quelqu'un. Rien d'intime. Même si cet échange là, est bref, par pudeur encore, distance, Teresa a trouvé ce partage bienfaisant, lui faisant chaud au cœur, cette sensation l'enveloppant agréablement. Un rien suffit pour se sentir un peu mieux sur l'instant. Tel de grâce.
Ils en viennent par la suite à aborder le sujet de l'inoubliable réunion des professeurs.
-J'espère que vous vous en êtes remis.
-Disons que j'ai eu de la chance. Je n'en n'ai mangé que la moitié pour ce mauvais cupcake. Sans vouloir vexer, je lui ai trouvé un goût bizarre. Non. heureusement, je n'ai pas été malade.
-Vous auriez pu l'être.
-Je crois qu'il n'y a pas eu trop de dégâts. Le goût s'est révélé amer au deuxième, troisième morceau. Votre ami n'a pas été de main morte et je sais que j'étais visé.
-Vous le saviez? Nous, ils nous l'a avoué il y a quelques jours. Comment?
-Le flair.
Le prof touche son nez pour illustrer le geste, rajoutant un complément d'information pour répondre à l'air intriguant de sa jeune interlocutrice.
-Vu comme il m'a en estime, d'avoir trafiqué la préparation des cupcakes pendant le cours de pâtisserie, j'ai fait le lien.
-Sur ce coup Danny a été complètement inconséquent, débile, cinglé.
-Ce n'était pas du poison non plus mais c'en était un pour les intestins de ceux qui ont été touchés à ce niveau. Sur ce coup, comme vous dites, il a fait preuve de mauvaise magie. Heureusement qu'elle n'était pas totalement noire.
-Il a été un très méchant magicien. C'est mérité ces heures de colle. Et il a eu de la chance de ne pas être renvoyé grâce à madame Hightower.
Tout se sait au lycée.
-Elle a été bonne. Bah! un geste de la main qui s'additionne. Il aurait reçu une leçon moins punitive.
Teresa se montre surprise, hausse les sourcils, ne comprenant pas très bien, le trouvant trop indulgent.
-Ah! Bon?
-Oui. Avoir ces heures de colle durant une longue période lui sera davantage insupportable que le renvoi. N'importe quel étudiant sauterait au plafond et roulerait des mécaniques par la réputation qui le suivrait. Je ne sais pas pourquoi mais les mauvaises graines, ça épate, force l'admiration. Ça a toujours la côte auprès des filles. Elles doivent aimer ce côté rebelle. Elles ont l'impression certainement de vivre une aventure dangereuse. C'est sûr que ça évite l'ennui. Excepté les ennuis.
La miss en sourit, séduite par la tournure habile des deux dernières remarques très justes, de ses jeux de mots, émettant ensuite un avis à ce propos.
-Ça ne m'a jamais attiré. Bien au contraire.
-Vous, non. Vous êtes assurément une jeune fille lucide, mature et sage. Vous n'êtes pas du genre à vous embrigader dans ce type d'histoire. Le danger vous effraie plus qu'il ne vous attire. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde à cet âge. Et même après, cela dit. son visage exprimant à la fin de cette fine analyse un soupçon de réflexion. Allez savoir pour que ça plaît malgré ça! Et ils en ont bien conscience.
Teresa étire ses lèvres un peu plus, admirative, acquiesçant. Patrick Jane a le don d'observation. Quel analyste! Elle songe alors à cette seconde à son amie, Summer, qui est ce genre, ne s'en cachant pas. Une aventurière qui raffole de sensations fortes.
-Vous avez raison.
Il sourit une nouvelle fois simplement en la regardant avant de poursuivre vis-à-vis du collé.
-Là, d'être obligé en plus de nettoyer le dessous des bureaux où des chew-gums ont pris racine, je crois que votre copain va vite le regretter qu'il ne le regrette déjà.
Un véritable médium!
Teresa prend à son tour un air réfléchi, lui donnant raison par un hochement de tête.
-C'est pas faux. Connaissant Danny ... Ouais. Je crois qu'il va sentir passer la punition.
- C'est quand même poétique d'appeler ça "l'embellissement". Mais personne n'est dupe.
- On sait ce que ça veut dire.
- On le devine, oui.
Un minime rictus se dessine sur la bouche du très sympa professeur ce qui intrigue la jeune fille qui l'interroge, esquissant un modeste étirement des lèvres.
- Vous avez déjà participé à l'embellissement?
-Euh!
La bouche de Jane s'agrandit, plaidant coupable tel un gamin malicieux qui a à son actif un passé d'ado un peu dissipé, oui.
-Oh! Racontez-moi.
Une étincelle s'allume dans les pupilles de la demoiselle, la curiosité titillée, différemment que l'enseignant tout à l'heure. Le regard positionné sur le côté, la forme du sourire est à la fois gênée et facétieuse.
-Ça ne va pas vous retarder?
-Si ce n'est pas à long, non.
-Ça ne l'est pas.
- D'accord. .. Je m'étais servi d'un courrier du lycée et j'avais fait une sorte de montage, collage, un peu maladroitement, je dois le reconnaître, son sourire plein de charme redoublant, et je m'étais rendu tôt le matin pour aller afficher la feuille sur laquelle j'avais écrit qu'il n'y aurait pas cours exceptionnellement ce jour-là pour une raison d'ordre privé qui touchait le lycée.
- Et ils y ont cru?
-Oui. Personne n'a été en cours.
- C'est pas vrai?!
Teresa se montre à la fois épatée par l'inventivité dont avait usé le prof ainsi qu' estomaquée par cette audace que jamais elle n'oserait imiter. Loin d'être son genre également.
-Eh si!
- Mais vous vous êtes fait prendre comment?
- Par quelqu'un qui m'avait vu mettre la feuille.
-C'était pas de bol!
-Non.
-Et puis … .
- Encore un autre? Non?!
-Si.
- Mais vous étiez rebelle.
-À ma façon.
- Qu'est-ce que vous aviez fait?
- J'avais inscris un mot avec de la peinture, un pot qui avait été oublié à l'extérieur et avec un pinceau que j'avais pris, j'avais écrit en bleu que le lycée ça craignait. Je l'avais fait pendant la pause déjeuner mais un gars de l'entretien est entré pour nettoyer et m'a vu. C'était considéré comme du vandalisme et le type n'était pas des plus heureux.
-C'est sûr! Il vous a dénoncé?
-Il m'a carrément emmené par le bras, oui, chez le proviseur qui m'a donc envoyé aux travaux d'embellissement qui était de se débarrasser des cochonneries mises sous les bureaux. Et j'ai même dû faire équipe avec le gars de l'entretien chaque soir durant trois mois et demi.
- Trois mois et demi?! Un peu plus sévère encore que pour Danny. Waouh! Vous étiez indiscipliné vous aussi. Je ne l'aurais pas cru à ce point.
- Je me suis assagi depuis.
-Si j'avais fait les trois quarts de ce que vous avez fait ainsi que Danny, je serais entrée au couvent.
Le professeur souligne un joli sourire de nouveau, acquiesçant sur ce genre de sort.
- J'ai eu de la chance d'échapper à la pension. Mes parents n'ont pas fait preuve de sanction à ce point.
-Mon père ne se gênerait pas.
Le regard de l'enseignant se tourne une nouvelle fois vers Teresa, devinant là, la trempe du papa.
- Il est très strict?
La jeune fille le regarde à son tour, l'expression neutre à nouveau, répondant par un second hochement de tête avant d'ajouter que c'est un brave homme malgré tout. Sa pensée précédente se matérialise vocalement.
-Je vous crois. répond-t-il sobrement, le timbre teinté de sincérité. Votre père est pompier, c'est ça?
-Euh? Oui.
- Ne soyez pas surprise. Je le sais par les renseignements qu'il y a dans chaque dossier. En tant qu'enseignant, j'ai regardé. J'aime bien savoir et à qui j'ai affaire.
- Comme Danny?
- En particulier. étirant un sourire en coin de bouche, le regard brièvement baissé.
- Je comprends.
- Mais c'est en ayant les personnes face à soi que l'on peut s'en faire une plus large idée. Rien n'était marqué pour mettre en garde qu'il était un criminel de la pâtisserie.
Son humour légèrement noir l'a fait amplement sourire ainsi que lui, cette fois-ci, ayant le don d'amuser. Un divertissement à lui-même. Néanmoins, même si cet échange est agréable, les bonnes choses ont une fin. Voyant l'heure, Teresa fait preuve de raisonnable, Patrick Jane ne la retenant davantage. Quelle perspicacité!
-Je vais devoir y aller. Merci encore pour m'avoir ramené.
- Mais c'était tout naturel.
Un sourire réservé se dessine sur la bouche du professeur ainsi que sur celle de la jeune fille, d'une manière fugace, légèrement intimidée.
-Bon. Rentrez bien.
- Vous aussi.
Teresa sort ensuite de la voiture sans se retourner tandis que Patrick Jane la suit du regard afin de s'assurer qu'elle rentre bien même si la maison se situe à quelques mètres. On ne sait jamais. Une fois rentrée, il redémarre, roulant à présent jusqu'à chez lui. Fort heureusement, ses frères n'ont rien vu ainsi que la voisine qui les garde dont celle-ci l'embrasse affectueusement tel un parent le ferait. Madame Kirski lui demande ensuite si elle a faim, désignant la cuisine où l'attend son repas. Pour une fois qu'elle peut se faire dorloter. L'adolescente s'ébaubit face à cette attention, la remerciant.
- C'est très gentil. Oui j'ai faim et ça doit être très bon.
- Va t'asseoir. Je vais te servir.
Elle s'avance alors vers le micro-onde d'où elle en retire l'assiette, celle-ci recouverte de cellophane. C'est une joie pour la jeune fille d'avoir à la maison une présence féminine qui a tout d'une mère pour elle. Pour ce soir, Teresa en est reconnaissante, profitant. Le soulignement de ses lèvres en témoigne.
Alors que la demoiselle attaque ses délicieuses pommes de terre coupées en dés, grillées, accompagnées d'un steak de calibre moyen ainsi que de quelques brocolis, sentant rudement bon, le maître de la maison rentre à ce moment. Sa fille le connaît très bien.
En l'apercevant depuis la cuisine, il ne faut pas être bachelier pour deviner que une ou deux bières on bien été sirotées, à sa grande déception. La jeune fille aussi a du flair concernant son père, hélas. Ras-le-bol de cet abus de bibine!
Au regard des jeunes enfants, qui vont quand même l'embrasser, contents de le voir, Teresa prend quant à elle un peu de son temps avant d'aller l'accueillir. Le parfum du houblon s'émane de monsieur Lisbon même la bouche fermée. L'odeur de l'alcool la rendrait presque nauséeuse tant le dégoût lui remonte dans la gorge. Quant à madame Kirski, même si elle n'est pas aveugle, celle-ci fait bonne figure pour le bien-être des enfants, le voyant également comme un brave homme. Et tant qu'elle veille sur cette famille même occasionnellement, cela diminue son inquiétude.
- Comment allez-vous monsieur Lisbon?
- Je vais bien merci. répond-t-il, un peu dans le cirage.
Boire et conduire font très mauvais ménage. A force de lui avoir appelé, ayant l'air de s'en moquer, Teresa et leur voisine s'abstiennent à présent de lui rabâcher les oreilles, ne servant apparemment à rien. Malheureusement, ça lasse.
- Vous avez diné?
- Euh? Oui. J'ai mangé à la caserne.
Sur ce point, il était rare qu'il mente, mangeant bien et bel là-bas quand il est de garde ou quittant plus tard.
-Très bien.
-Merci pour les avoir gardé.
- C'est avec plaisir et ça ne me dérange pas. Bien, je vais y aller. sentant qu'il est temps de partir.
Elle aurait bien voulu discuter avec l'adolescente de ces préparatifs pour la soirée dont quelques mots lui avait été touchés en se voyant un matin avant de se rendre au lycée. Manque de bol, c'est loupé! Peut-être une prochaine fois, un prochain matin?
Madame Kirski embrasse de nouveau la jeune fille puis les jeunes garçons, paraissant vraisemblablement très attachés à la dame, encore plus que leur sœur aînée. Sûrement dû au réconfort qu'elle leur apporte, une affection généreuse telle une mère. Cela manque terriblement.
- Téléphonez-moi si vous avez encore besoin.
- D'accord.
Après son départ, papa Lisbon en vient quand même à s'excuser auprès de sa fille de ne pas être venu la chercher, inventant un mensonge comme à son habitude.
- J'ai dû retourner à la caserne pour une urgence.
- C'est pas grave, je me suis débrouillée. Je suis rentrée en bus.
- Tu as bien fait. Au fait! Vous avez bien avancé pour la soirée?
Le visage de Teresa affiche subitement de la stupéfaction, n'en croyant pas ses oreilles. Il s'en est souvenu. Ben ça! C'est un miracle! Que cette question lui soit posée la réjouie, lui répondant par un oui égayé.
- Ça s'est très bien passé. On avance bien.
- Tant mieux. ... Tant mieux. répète-t-il, sincèrement intéressé mais semblant paumé par les effets saoulants de la bière.
Un conseil s'impose à cet instant de la bouche de sa fille.
- Tu devrais aller te coucher. Tu sembles fatigué.
-Ouais. C'est une bonne idée.
Quelques hochements de tête se succèdent de la part du papa, l'écoutant pour une fois, à nouveau. Son regard s'oriente ensuite en direction de la cuisine, sa fille s'empressant d'anticiper ses paroles.
- Je débarrasserai. De toute façon je n'ai pas fini de manger.
Un second hochement se joint, remplaçant une réponse verbale avant de monter se coucher. Tout en observant son père grimper les marches, bizarrement sa bouche ébauche un étirement, contente de l'avoir questionné à ce sujet, n'en revenant pas. Sa joie la domine à nouveau, ayant mis un peu de côté la nocive addiction de son père, au pressentiment juste.
Sa tête se tourne ensuite vers ses frères, les avertissant qu'ils ont encore droit à quelques minutes de télé avant d'aller se coucher à leur tour ce qui ne cause aucun problème comparé à certains soirs. Encore un miracle qui l'enchante, se disant que c'est probablement grâce au fluide positive de madame Kirski. Merci à vous. Le seigneur du ciel sera content de l'entendre.
Teresa retourne dans la cuisine, se rassoit et continue de manger, repensant à cette soirée. Bien sûr, elle aussi a menti, estimant que c'était légitime et justifié. Lui raconter que c'est son professeur de chimie qui l'a raccompagné n'aurait pas été une très bonne idée dans ce cas, craignant sa réaction. La demoiselle n'a pourtant rien à se reprocher, ayant néanmoins préféré ne pas révéler la vérité. Il aurait dessaoulé sur-le-champ, entrant dans une colère volcanique et l'aurait vu d'une manière très déplacée. Un adulte homme qui ramène une adolescente … Ça ne se fait pas.
Étant donné son état moral, la principale cause de cette foutue indépendance, papa Lisbon ne pensa même pas à lui demander des détails. Triste de le dire mais cela a joué en sa faveur. Ça l'arrange sans l'arranger toutefois car ce péché mignon nuisible pour la santé est devenu une véritable aversion pour la jeune fille. En y songeant, elle aurait bien aimé continuer à discuter avec Patrick Jane ou rester plus longuement pour la décoration du gymnase. Ça lui aurait bien plu après tout. Vivement quand même demain! Et en parlant de demain …
Lorsque Patrick Jane arrive ce matin, direction salle des professeurs directement, celui-ci à peine le temps de poser ses affaires que Madeleine Hightower l'interpelle.
- Monsieur Jane.
-Oui.
Le professeur se tourne, légèrement surpris avant que la directrice ne s'approche.
- Qu'est-ce qu'il y a?
- Pourriez-vous me suivre dans mon bureau s'il vous plaît. lui demande-t-elle sous une forme cordiale, le nouvel enseignant ne pouvant s'empêcher de plaisanter. L'humour est matinal.
- Je vous promets, ce n'est pas moi qui a mis de la colle glue sur votre siège.
Un sourire s'amorce sur les lèvres du proviseur, croisant brièvement les bras face à un professeur à l'air espiègle.
- Très drôle. Vous me suivez?
-D'accord.
L'humeur de celle-ci n'est pas disposé à en rire, le ton étant un peu autoritaire. L'enseignant se lève alors, reprend ses affaires au cas où, marche derrière, se dirigeant tous les deux vers le bureau, l'attitude de celui-ci arborant à ce moment de la modération.
Quelques secondes plus tard, le proviseur le fait entrer, lui propose de s'asseoir, s'asseyant quant à elle sans tarder. Le temps avant la sonnerie étant compté, il est recommandé d'aller droit au but.
- Monsieur Jane. Hier soir, en me rendant à ma voiture, j'ai vu quelque chose qui m'a contrarié.
-Ah! se montrant intrigué. Qu'est-ce que c'était? Ca me concerne?
- Oui. Cela vous concerne en effet. Vous n'êtes pas sans savoir que cela peut être très mal vu qu'un professeur ramène une élève.
-Aaah! C'est donc ça.
-Oui.
Le prof détourne les yeux durant un minime instant, étonné de nouveau, sa bouche s'étirant d'une manière grimacière.
- Une question. En vélo ça aurait été plus convenable?
- Je n'ai pas envie de plaisanter à ce propos. Imaginez que quelqu'un d'autre comme moi vous ai vu. Il ou elle aurait pu se méprendre et mal interpréter.
- Comme vous maintenant?
-Non. le temps devenant plus posé. Je me doute bien que votre intention était bonne mais c'est très délicat.
-Ok. Une autre question. le sien étant un peu agacé.
-Oui.
- J'aurais été une femme, ça aurait été bien pris, sans esprit mal tourné?
- Je suppose, oui.
- Au moins, ça à le mérite d'être franc.
- Comprenez ma position.
-Oh! Mais je la comprends. C'est plutôt ce principe que je trouve absurde.
Un rire nerveux se manifeste nerveusement, trouvant cet état d'esprit, en général, en pleine régression.
- Je l'ai simplement raccompagné. Vous auriez préféré que je laisse une élève attendre dans ce quartier mal famé le soir?
-Non bien sûr que non.
- J'ai fait ce qui me paraissait sensé.
-Je comprends bien, monsieur Jane.
-Patrick. Appelez-moi Patrick, je préfère.
A la cool, malgré la nature de la discussion. Et non une tactique pour caresser dans le sens du poil. Il ne se sert pas de cette attitude-ci dans ce cas de figure.
- Très bien. Patrick.
Le proviseur accepte avec une souplesse surprenante d'esprit, normalement formel, radoucie, sans doute à cause de cette situation, ne la dérangeant pas en ce jour. Bon!
- Honnêtement ce n'est pas l'impression que ça me donne.
Il enchaîne par la suite, sans détour, ne lui permettant pas de poursuivre à cette minute tant ceci lui semble ridicule voire arriéré avant qu'elle ne reprenne la parole.
- Mettez-vous à ma place. Qu'en penseriez-vous?
- Mais j'ai uniquement reconduit une élève. C'est tout. Vous ne pensez pas que … .
- Par hasard, malgré ce que vous avez dit …
- Non. Pas du tout, rassurez-vous. C'est juste qu'en effet un professeur de sexe masculin qui raccompagne une jeune fille n'est pas très approprié.
- On est en 1995 et les mentalités sont toujours en régression. déclare-t-il d'une manière audible. Mais merci, J'ai saisi le message. Ce sera tout?
-Oui.
-Ok.
Il se relève, l'entrevue ayant duré montre en main, cinq minutes. Légèrement vexé et un peu plus agacé tout en étant resté correct, l'enseignant marche vers la porte avant de se retourner et faire preuve de maturité, l'esprit réfléchi.
-Une dernière fois.
-Oui.
- Je reconnais que vous n'avez pas tort.
- Je vous remercie.
Un petit hochement de tête à son égard est adressé en guise de respect, mutuel quittant le bureau. Si la directrice fut contrariée, cette critique moralisatrice, même si c'est pour son bien, avait également contrarié Patrick Jane. Même s'il reconnaît que ce raisonnement n'était pas faux, sa perception diffère cependant de la norme commune. Néanmoins, ça donne matière à analyser en qualité de professeur.
Les parents seraient les premiers à très mal réagir tel que le père de Teresa Lisbon. Un enseignant se doit d'être toujours très prudent, sa responsabilité devant le pousser à agir en conséquence, sa position d'enseignant lui concédant un pouvoir. Si on ne veut pas que ça prête à confusion surtout quand ils sont mineurs, mieux vaut ne pas offenser les règles. Le drame sinon! Et la réputation de Riverdale suffit. Ce serait inutile de la salir davantage car la laver serait une tâche ardue.
Rester à sa place alors et tant pis si il se passe quoi que ce soit. C'est mieux de se faire agresser au lieu d'avoir empêcher une grave, là, action. Eh, oui! Un raisonnement provocateur à l'ironie sarcastique extrême. Hightower a raison mais il ne faut pas être bête non plus. Que préféreraient les parents si un malheur arrivait? Accuser le corps enseignant, rejetant la faute sur nous.
"Ah! Faut savoir ce que vous voulez."
Confronter imbécilement, oui, les extrêmes pour comparer qui serait le plus débile des deux. Le jeune prof n'a pas sa franche pensée dans la poche de son cerveau.
Vivement plus tard!
