Après que les cours aient été finis, le père de Rigsby se tenait de nouveau au même endroit. Avant qu'il ne sorte, Wayne le repéra à distance, décidant de ne pas traîner des pieds. Le jeune homme se dirigea d'un pas hâtif en direction de son paternel. L'éviter n'aurait servi à rien.
Arriver à sa hauteur, le fiston lui demanda sur un ton sec ce qu'il faisait ici.
-Pas ici.
Son père désigna des yeux son bolide à deux roues et lui tendit un second casque sans lui demander son avis. Il grimpa donc sur la moto, s'accrocha ensuite fermement à son père lorsque celui-ci démarra. Wayne n'eut même pas le temps de demander par contre où ils allaient. Est-ce que ça aurait été nécessaire?
Le seule pensée qui traversa l'esprit fut la crainte de ne pas rentrer à temps à la maison. Il voulait éviter d'en parler à sa mère. Vu comme c'était parti, il ne pourrait pas y échapper.
Quarante-deux minutes plus tard, ils arrivèrent à destination, pénétrant peu après dans une baraque dans laquelle son père habitait. Celle-ci était assez isolée du proche voisinage, ne risquant pas d'être dérangé par eux.
-Assis-toi.
Steven Robert Rigsby désigna cette fois le canapé avant de se rendre dans la cuisine.
-Tu veux une bière?!
-Non, merci!
Il revint quelques secondes plus tard avec deux canettes. Un soda et une bière. Il lui lança la canette de coca, Wayne lui rappelant qu'il ne buvait pas d'alcool.
-Même si c'est ton vieux père qui te le propose?
-Même. lui répondant à nouveau un peu sèchement
-Ok.
Cette attention l'étonna néanmoins, se questionnant.
-Je pensais que tu ne buvais que de l'alcool.
-Ah! .. C'est vrai. C'était au cas où tu accepterais de venir avec moi.
-J'ai pas trop eu le choix.
-Ouais.
Il s'assit à côté de son fils tout en ouvrant sa canette, lui répondant.
-Tu ne m'aurais pas suivi. Je me trompe?
Wayne répondit non de la tête, ouvrit à son tour sa canette, but quelques gorgées, mal à l'aise.
-Détends-toi. Je ne vais pas te manger.
-Il arrêta de boire, répondant de nouveau.
-Je n'ai pas envie que maman s'inquiète. J'peux pas rester longtemps, tu sais.
-Ta mère s'inquiète pour un rien le plus souvent. C'est symptomatique chez elle. Mais t'as qu'à lui passer un coup de fil et la prévenir que tu seras en retard.
-C'est ça, oui.
-Tu vois.
-C'est pas comme toi.
-Tu me traites de père indigne?
-En quelque sorte.
Son père baissa le regard sur le bord de sa canette, reconnaissant ses torts.
-Ouais. J'ai foiré mon rôle de père.
-C'est le moins que l'on puisse dire.
-Ta mère et moi étions trop différents. C'était une erreur de nous mettre en couple, faire un gosse.
-Merci de ta franchise. C'est sympa.
Le paternel se redressa, lui disant de ne pas mal le prendre.
-On était simplement pas compatibles.
Un bref silence plana avant que le fiston ne change de sujet. Il n'avait pas envie d'entendre de critiques à propos de sa mère ce qui l'aurait mis de mauvaise humeur. Il aurait été capable de sortir de ses gonds.
-Pourquoi les flics te recherchent?
-Pourquoi tu me demandes ça?
Sur ses gardes, suivant la question posée qui aurait pu le déranger, celui-ci était capable de partir au quart de tour. Mais tant pis. La question avait été posée.
-Ils sont venus à la maison il y a un mois pour nous poser des questions.
-Quel genre de question?
-Sur tes activités suspectes.
-La flicaille.
Il avala quelques gorgées encore, prenant ceci à la légère.
-Qu'est-ce que tu as fait?
-Faut bien que je subvienne à mes besoins.
Wayne détailla en vitesse le salon qui était plus ou moins en désordre mais pas vraiment sale. C'était pas trop moche dans l'ensemble.
-Y a d'autres moyens plus honnêtes.
-Mais qui rapporteraient des clopinettes.
-Mais au moins tu n'aurais pas la police aux trousses.
-T'exagères pas un peu.
Ils se regardèrent un instant, Wayne étirant un sourire en coin.
-Peut-être.
-Je suis trop rusé pour qu'ils m'attrapent. Avant qu'ils ne découvrent mon petit trafique, j'aurais le temps de m'enfiler des canettes ou de partir au Brésil.
-Si tu le dis.
-Ouais. Je le dis.
Un bref silence s'imposa à nouveau. Il ne fallait pas trop l'asticoter.
-Bon! Euh! Pourquoi tu m'as amené ici? Tu veux me parler de quoi exactement?
-Je voudrais que tu me rendes un service.
-De quel genre?
Le fiston fronça les sourcils, méfiant. Son père rebut quelques gorgées de bière, se leva ensuite et quitta le salon. Il revint deux minutes après, portant un sac rempli de cigarettes de contrebande.
-Tu crois que je n'étais pas au courant.
Il posa le sac sur la table basse, demandant si il pouvait cacher cette marchandise. Wayne se leva brusquement du canapé, furieux intérieurement.
-C'est pour ça que tu m'as amené ici?! Pour que je te garde ta marchandise?! J'y crois pas!
-Tu peux me rendre ce service. T'es mon fils. On se serre les coudes.
-Quand ça t'arrange. C'est drôle mais je ne me souviens pas de la dernière fois. Toi qui n'a jamais été là.
-En prison, ça aurait été difficile.
-Ha, ha! Quel humour. T'es vraiment lamentable comme père.
-Eh! Tu me parles sur un autre ton!
-Tu veux exercer ton autorité paternelle à présent? C'est trop tard. Tu peux te les garder tes foutues cigarettes! Je ne marche pas dans ta combine. Je ne suis pas comme toi. On a rien non plus en commun.
Il insista sur ces mots ce qui déclencha une attaque verbale de la part du père.
-Pour dire que t'es la chair de ma chair. Ta mère aurait dû t'endurcir.
-Ouais, je connais la chanson. Tu aurais voulu que je devienne un délinquant? Qu'on travaille en équipe?
-J'crois qu'on a rien plus rien à se dire.
-Je le crois aussi.
Heurté par ces paroles très justifiées, le paternel stoppa net la confrontation, ne voulant que ça dégénère. Le fiston avait bien visé.
Celui-ci reprit alors son sac à dos et sortit de la maison. Malgré la longue route qui l'attendait, rentrer à pince était mieux que de se faire raccompagner par son criminel de père. Bien qu'il n'avait pas fondé de grands espoirs sur ce second tête-à-tête, Wayne fut quand même déçu. Son père ne valait vraiment rien.
La bonne nouvelle, si il marchait vite, est qu'il rentrerait peut-être avant sa mère.
