Sa première journée s'était bien passé, et même si certains aspects - sans doute trop - de son poste lui échappaient encore, elle se sentait prête pour une nouvelle journée de travail. Bel'lyn lui avait dit ne plus avoir grand-chose à lui expliquer, et Mina ne pouvait littéralement pas s'empêcher de trépigner à l'idée d'attaquer, après la théorie, la pratique.
« Et moi, Memeht ? »
« Oh. Hum, tu as compris notre système documentaire ? »
« Oui. Quelques subtilités m'échappent encore, comme quand il faut ouvrir une procédure B12, mais je crois que la base, c'est bon. »
« Super. Jackim est malade. Tu pourrais t'occuper de la validation et du suivi de ses dossiers aujourd'hui ? Rien de compliqué. Juste vérifier un ou deux rendez-vous, mettre au propre les rapports de visite, ce genre de chose. Tu t'en sens capable ? »
Si elle s'en sentait capable ? Pas du tout, mais pas question de le dire.
« Oui, bien sûr. »
« Super ! En cas de doute, demande à Bel'lyn. »
« D'accord. Bonne journée. »
« A toi aussi. »
Et pour la seconde fois, elle regarda l'homme partir, restant là, seule avec l'Irän et le wraith avec sa tablette assis dans son coin.
Zut, elle avait oublié de lui demander où était le bureau de ce Jackim. Elle n'avait pas encore mémorisé les noms de tout le monde, alors leurs places !
Elle chercha Bel'lyn des yeux pour lui demander, seulement pour constater son éclatante absence.
Un peu au hasard, elle se mit à inspecter prudemment les bureaux à la recherche d'indices sur le nom de leur propriétaire.
« Troisième à gauche, deuxième rangée. Le bureau avec une plante morte. » lâcha platement le wraith sans lever le nez de sa tablette.
« Merci. »
Le bureau indiqué croulait sous les dossiers. Après avoir tenté en vain de déterminer si les piles étaient faites selon la moindre logique, Mina décida d'en emporter une à sa table et de la traiter méthodiquement.
Elle s'affairait à parcourir et à trier les dossiers depuis vingt minutes lorsqu'une présence dans son dos la fit se figer, tous les poils dressés. Très lentement, elle se retourna.
« Je... je peux vous... t'aider ? » demanda-t-elle au wraith qui se tenait juste derrière elle. Juste derrière. Trop près.
« Non. » siffla-t-il, retournant s'avachir dans son coin.
Elle eut envie de lui demander ce qu'il se passait. Est-ce qu'elle faisait quelque chose mal ? Qu'est-ce qu'elle avait loupé ? Mais elle n'osa rien dire et, résignée, retourna à son classement.
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« Ouah ! Tu as tout fait ?! Genre tout ! Même les dossiers en retard ! » s'extasia Memeht, de retour de son inspection de l'après-midi, parcourant avec ravissement les piles nettes qui garnissaient à présent le bureau de Jackim.
Mina rougit de plaisir.
« Ça ne change rien à la cote. » nota la femme qui semblait être la coéquipière de ce dernier, et que Mina aurait juré s'appeler Kerra.
« La cote ? » demanda-t-elle, curieuse.
« Oh, non, c'est rien. En tout cas bravo, Mina, je suis impressionné. » la félicita Memeht.
Elle sourit, heureuse.
« Allez, rentre chez toi ! Tu as fait du super boulot. Il faut te reposer si tu veux être en forme demain. » l'encouragea-t-il encore.
Elle acquiesça et, saluant tout le monde, s'esquiva, épuisée malgré elle.
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Troisième jour. Avec un peu de chance, elle allait sortir aujourd'hui !
« Deux semaines ! Mais t'es fou ! Par les Ancêtres, jamais de la vie ! »
« Deux semaines ? Vous êtes gentils, humains. Je vous parie le double que demain, on ne la ve... »
La conversation mourut à son arrivée dans le vestiaire.
Le wraith, la femme et l'homme qui discutaient s'empressèrent de poser leurs affaires et de sortir.
De quoi parlaient-ils qu'ils ne voulaient pas qu'elle entende ?
La remarque d'Erégonde lui revint en tête. La femme lui donnait sept jours avant de démissionner. Et s'ils pariaient sur le temps qu'il lui faudrait pour laisser tomber ? C'était une idée détestable, qu'elle refusait. D'un, ils avaient tous l'air trop gentil pour faire ce genre de chose, et de deux, elle avait fait trop d'efforts pour renoncer aussi facilement. Si férocement que les coutures de son manteau craquèrent un peu, elle l'accrocha à la patère et, lissant l'avant de son uniforme, sortit à grands pas du vestiaire.
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« Quelqu'un à des questions ? Des suggestions ? » demanda Memeht.
Quelques dénégations et des raclements de chaises lui répondirent.
« Et moi ? » demanda-t-elle en ce qui devenait une désagréable routine.
« Oh, Mina. Hum, aujourd'hui pourrais-tu... heu... »
Un peu résignée, Mina se préparait à passer une nouvelle journée à trier les dossiers d'un autre lorsqu'une poigne de fer la fit sursauter.
Elle se fit écarter sans ménagement par le wraith à la tablette.
« Nodal'kan, je peux t'aider ? » s'enquit Memeht.
« Non. Je sors. » siffla le prédateur.
« Heu... très bien... Soit. » acquiesça l'homme, mal à l'aise.
Sans rien ajouter le wraith tourna les talons, quittant la pièce à grands pas.
« Mina ! » gronda-t-il, sans doute déjà à l'entrée de service.
Elle jeta un regard perdu à l'homme qui lui fit signe d'y aller, et sans trop comprendre, elle s'élança sur les traces de l'alien qui l'attendait, tenant la porte d'entrée.
Elle s'empressa de passer, puis le suivit alors qu'il descendait vers le garage sous-terrain, où il monta à bord d'un véhicule de fonction bleu nuit.
Un peu empruntée, elle attendit à côté, jusqu'à ce qu'il ouvre la porte passager avec un grondement agacé.
« Tu montes, ou il faut que je vienne te tenir la portière ? »
Horrifiée, Mina s'empressa d'obéir.
« Ceinture. »
Elle s'exécuta, et l'engin se mit en marche, se glissant doucement dans la circulation matinale d'Oumana.
« Où va-t-on ? » demanda-t-elle au bout de quelques minutes.
Avec un grondement, il lui jeta sa tablette.
« 233-455-768 »
« Hein ? »
« C'est le code. »
« Heu, vous... tu pourrais le répéter plus lentement ? »
« 233... 455... 768 » grommela-t-il, doublant habilement un gros transporteur de marchandise.
Baissant les yeux sur la tablette, Mina détailla le dossier. Une mère célibataire, sans emploi, six enfants. Un cas d'école. Elle se sentait capable de gérer ça.
Ils arrivèrent bientôt, et le wraith gara le véhicule dans une zone réservée à cet effet.
« Je parle, tu observes. » ordonna-t-il.
Elle acquiesça, tentant de lui rendre sa tablette, qu'il refusa d'un geste.
Ils montèrent au huitième étage d'une barre d'immeubles un peu miteuse, et s'arrêtèrent devant une porte que rien ne différenciait de ses voisines.
Le wraith tenta le heurtoir de métal, et lorsque ce dernier lui resta dans la main, s'en servit pour toquer sur le bois écaillé de la porte.
Bientôt, une fillette d'environ trois ans en robe beige crasseuse vint ouvrir, le pouce soigneusement vissé à la bouche.
« Qui c'est? » s'enquit une voix adulte dans l'appartement, alors que d'autres visages curieux apparaissaient dans l'entrebâillement.
« Inspecteurs des services d'aide et de contrôle social. C'est pour une inspection des conditions de détentions des mineurs. » annonça Nodal'kan, protocolaire au possible.
Quelques jurons étouffés et le bruit de choses que l'on range précipitamment, et une femme, la petite trentaine usée, d'immenses cernes noirs sous les yeux et un ensemble aussi crasseux que ceux des enfants, vint leur ouvrir en grand, un bébé de quelques mois dans les bras.
« Entrez. Entrez ! Je ne savais pas que vous deviez venir aujourd'hui ! » bafouilla-t-elle, visiblement mal à l'aise.
Nodal'kan ne se fit pas prier et, esquivant habilement les bambins qui traînaient toujours dans le chemin, il s'avança, inspectant d'un regard perçant l'intérieur miteux.
L'appartement était composé d'une seule et unique pièce, avec un genre de cuisine de fortune dans un coin, et un patchwork de matelas de l'autre – et, entre deux, un amoncellement d'objets en tous genres, à divers états d'usure et de propreté.
Mina, entrant à la suite du wraith, fut frappée par l'odeur suffocante des lieux, envahis d'un écœurant remugle de nourriture en décomposition, d'urine et de corps humains mal lavés. Elle n'osait imaginer ce que devait sentir son collègue à l'odorat plus fin.
Collègue qui fit une rapide inspection, ouvrant un placard, se penchant pour détailler une pile précaire de jouets, ou soulevant d'une griffe dégoutté un lange d'enfant plein qui traînait non loin d'un biberon à moitié vide. Le tout en ignorant royalement les excuses vaseuses de la femme, visiblement hagarde et débordée.
Finalement, il se retourna, les bras croisés, l'air dur. La femme ravala ses mots, et attendit la sanction, terrée et atterrée.
« Mina, documente l'état des lieux pour le procès verbal. Kal'jal de Rani, en date du huitième jour du sixième mois de l'an deux-cent quatre, en tant qu'inspecteur des services sociaux, je vous déclare inapte à vous occuper décemment de votre progéniture et à lui fournir les soins nécessaires à son développement optimal. En conséquence, et au vu de l'état d'insalubrité de votre habitation, vous êtes immédiatement sommée de remettre tous les mineurs sous votre garde aux services d'Etat, qui les prendront totalement et complètement en charge jusqu'à ce qu'ils aient atteint pleine capacité d'indépendance, ou jusqu'à ce que vous soyez capable de respecter leurs besoins vitaux minimaux. »
La femme s'effondra en larmes, des suppliques morveuses formant comme une longue litanie alors qu'elle serrait le plus jeune de ses enfants dans ses bras, tentant de faire bouclier de son corps pour qu'on ne le lui arrache pas.
Mina, qui avait commencé à documenter les immondices et la décrépitude des lieux se figea, choquée par la dureté inflexible du jugement. Certes, il était impensable de laisser les enfants dans un tel endroit, mais il était évident que cette femme faisait de son mieux pour s'occuper d'eux, et les aimaient de tout son cœur. La solution n'était pas de lui arracher ses enfants, mais de l'aider à les élever correctement. Elle avait appris à l'école que les wraiths n'avaient pas le même sens de l'éducation et de la famille que les humains, mais là tout de même, ça dépassait l'entendement. Il fallait d'abord essayer d'améliorer les conditions de vie de la famille avant de la déchirer ! C'était une des premières choses qu'elle avait appris sur les bancs de l'université.
Elle allait protester, mais le wraith, sans même tourner la tête dans sa direction, leva une main pour la faire taire.
« Au vu de l'état de dangerosité sanitaire de ces locaux, et en tant qu'inspecteur, je ne peux pas non plus vous laisser rester ici. Le risque de transmission de maladies ou de parasites est trop élevé. Ces lieux doivent être assainis par des professionnels et approuvés par une inspection des services d'hygiène et de prophylaxie avant de pouvoir être à nouveau habités. Dans l'intervalle, qui selon la disponibilité des services suscités peut aller de quelques jours à plusieurs mois, et au vu du man... de l'absence total de moyen financier du foyer, vous serez relogée dans un centre d'accueil impérial, où tous vos besoin vitaux de base seront pris en charge gratuitement. Enfin, selon l'article 47 du Code déontologique impérial, qui je cite « prohibe la séparation des familles, unités familiales, clans ou couvées, dans les limites du respect de la sécurité et du bien-être de chacun des individus constituant lesdites familles, unités familiales, clans ou couvées », je décrète qu'en l'absence de toute preuve d'une quelconque violence ou intention de nuire de l'individu responsable dénommé Kal'jal de Rani envers les petits sous sa tutelle, cette dernière doit être impérativement placée auprès d'eux afin de pouvoir poursuivre son rôle d'éducatrice et de soignante. »
La teneur des sanglots de la femme se transforma de pur désespoir en une reconnaissance incrédule, et Nodal'kan dut reculer afin qu'elle ne se mette pas à embrasser ses chaussures.
Avec un grondement dédaigneux, il fit volte-face et quitta la pièce crasseuse.
« Mina, termine la collecte de preuves visuelles, je vais appeler un transport. Vous avez quinze minutes pour emballer vos... affaires. » annonça-t-il avant de disparaître dans le couloir obscur.
Mina entendit ses pas décroître dans les escaliers, puis elle se tourna vers la femme, avec qui elle échangea un regard très gêné.
« Vous... hum... vous devriez vous préparer, quinze minutes, ce n'est pas long. » suggéra-t-elle, mal à l'aise.
La femme la fixa un instant bêtement, puis se secoua et, houspillant ses enfants, les lança dans des préparatifs chaotiques. Quant à elle, elle termina de prendre toutes les photos nécessaires au dossier, puis elle sortit sur le palier, restant là comme le prescrivaient ses manuels scolaires afin de prévenir tout geste inconsidéré des bénéficiaires face à l'annonce d'une nouvelle somme toute traumatisante.
Quinze minutes plus tard, toute la famille était assemblée sur la terre battue de la « pelouse » de leur immeuble, les rares affaires valant la peine d'être emportées jetées à la va-vite dans des sacs de toile crasseux et une valise antédiluvienne.
Cinq minutes de plus et le minibus appelé par Nodal'kan s'éloignait, l'assistante sociale du centre qui allait les accueillir déjà occupée à rédiger leur dossier d'entrée.
Même pas une demi-heure après leur arrivée sur place, ils étaient de retour dans leur véhicule de fonction.
« Ça va ? »
Surprise, Mina fixa le wraith qui, à moitié retourné dans son siège, manœuvrait en marche arrière.
« Heu... oui. Ça va. »
Il lui jeta un bref regard, puis poussa un grondement appréciateur, avant d'accélérer doucement alors qu'ils sortaient de la petite allée défoncée desservant l'immeuble.
« 233-455-768 » siffla-t-il.
« Hein ? »
« C'est le code... »
« ...De la tablette, je sais. » termina-t-elle pour lui.
« Alors lis le prochain dossier. »
Acquiesçant, elle obéit.
Une dénonciation anonyme d'un cas de maltraitance domestique. Pas beaucoup d'informations. Juste que des enfants étaient probablement impliqués.
Ce n'était pas loin. A peine quinze minute de route, mais le cadre changeait radicalement. De proprettes maisons individuelles entourées de jardins et de potagers où bourdonnaient des nuées d'insectes pollinisateurs.
Le wraith se gara devant une maison que rien ne distinguait des autres, et les roues à peine arrêtées, il était déjà dehors, remontant l'allée de gravillons gris en direction de la porte.
Mina suivit précipitamment.
Ils attendirent presque deux minutes avant qu'une jeune femme dans la vingtaine, une charmante robe verte dansant sur les hanches, ne vienne leur ouvrir.
« Bonjour. C'est à quel propos ? » demanda-t-elle avec une courbette, se glissant dans l'entrebâillement avant de refermer la porte derrière elle.
« Inspecteurs des services d'aide et de contrôle social. C'est pour une inspection faisant suite à une dénonciation. »
La femme pâlit.
« Heu... bien. Veuillez patienter un instant, je vous prie, je vais voir si mon très noble maître peut vous recevoir. »
Nodal'kan poussa un étrange grondement, alors que la femme disparaissait comme elle était venue.
« Un problème ? » s'enquit Mina.
« C'est une adoratrice. »
« Oui, j'avais remarqué. C'est un problème ? » demanda-t-elle perplexe.
Certes les adorateurs étaient considérés comme une population fragile et facilement victime d'abus, mais ce simple fait à lui seul ne prouvait rien. Et on l'avait toujours mise en garde contre les préjugés, et contre les erreurs d'appréciation qu'ils apportaient dans la vie d'un assistant social.
Nodal'kan découvrit vaguement les dents, mais ne répondit pas à sa question.
Bientôt, la femme revint et, s'inclinant bien bas, les pria de la suivre, puis contournant la maison, les emmena à l'arrière, dans un petit jardin d'agrément ombragé par un grand Trianier bleu.
Là, une autre femme, un peu plus âgée, qui se présenta comme Naoun fille de Xaran, la poitrine opulente et le sourire charmeur, leur proposa de s'asseoir sous la canopée, et leur offrit des rafraîchissement promptement amenés par la fille en robe verte.
Après une hésitation, Mina décida d'imiter Nodal'kan qui, sans même un regard pour les chaises en métal sculpté ou le plateau et les verres pleins d'un liquide rosé appétissant, ne bougea pas.
« Nous ne sommes pas là par courtoisie, Naoun fille de Xaran, mais par devoir. Des soupçons de violence domestique pèsent sur votre foyer. »
La femme sembla se gonfler de colère.
« Jamais mon seigneur ne ferait de mal à qui que ce soit ! Si jamais il recourt à la violence, c'est que toute autre méthode a échoué. »
Nodal'kan pouffa.
« Crois-moi, femelle, je connais les autres méthodes de mes congénères. S'il fait preuve de violence envers vous ou un des autres résidents de ce foyer, il est de votre droit de me le dire. C'est même votre devoir. Sinon, cela fait de vous une complice du crime commis. »
La femme le défia du regard, les lèvres pincées.
« Mon maître n'a rien fait de ce dont vous l'accusez. Et d'ailleurs, qui vous a dit qu'il était coupable de quoi que ce soit ? » demanda-t-elle, glaciale.
« Cela ne vous concerne pas. Et qu'il vienne donc, votre maître, que je puisse constater par moi-même cette innocence. » répliqua le wraith, cinglant.
« Navré, seigneur inspecteur, il n'est pas là. Il est présentement occupé à travailler à la grandeur de l'empire, pendant que d'autres viennent déranger d'honnêtes citoyals dans leur demeure. »
Avalant sa salive, se préparant à intervenir si nécessaire, Mina regarda le wraith serrer les poings, un grondement bas roulant dans sa poitrine.
« Soit. J'exige donc de parler à tous les autres résidents de cette demeure, y compris les enfants. »siffla-t-il d'un ton froidement contrôlé.
« Vous n'avez pas le droit ! »
L'alien montra cette fois les dents, pointant une griffe sur les triangles bruns de son uniforme.
« Ceci, tout comme mon code d'identification d'inspecteur des services sociaux, me donne toute latitude pour appliquer les mesures nécessaires à la poursuite de ma tâche. Qui, dans ce cas précis, consiste à déterminer l'exactitude des soupçons de violence domestique pesant sur votre foyer. »
« Si c'est tout ce dont vous avez besoin, je puis vous jurer sous serment que mon maître ne maltraite ni moi, ni personne. »
« Ce n'est pas à vous, mais à moi d'en décider. » gronda-t-il, tentant de faire un pas de côté pour la dépasser.
La femme se mit - courageusement ou stupidement, Mina n'aurait su le dire - en travers de son chemin.
Détournant son attention du wraith qui menaçait à présent la femme d'appeler la police pour procéder à son arrestation pour entrave à la bonne fonction de services impériaux, elle détailla l'adoratrice en robe verte qui, l'air de vouloir disparaître derrière le plateau qu'elle portait toujours, fixait avec crainte la scène qui se déroulait tout à côté.
Elle s'approcha d'elle, un sourire rassurant aux lèvres.
« Madame. Vous avez quelque chose à me dire ? »
La jeune femme sursauta, faisant tinter les verres sur le plateau, avant de hocher frénétiquement la tête de gauche à droite.
« Non, non ! Je n'ai rien dire. C'est tout comme Naoun dit ! »
« Vous êtes sûre ? Si vous êtes menacée ou maltraitée, on peut vous mettre en sécurité. Vous n'avez rien à craindre. »
La jeune femme semblait à présent au bord de la crise de nerfs.
Mina lui prit précipitamment le plateau des mains avant qu'elle ne le lâche.
« Par toutes les reliques des Ancêtres, je vous jure que mon seigneur est le plus gentil et le plus bienveillant des maîtres ! »
« Vous en êtes... »
Mina fut coupée par l'autre adoratrice qui, ayant remarqué leur échange, leva la main d'un air menaçant et dans une langue incompréhensible hurla quelque chose à la jeune femme, qui se ratatina encore plus et, approximant une révérence, s'enfuit dans la maison.
Abasourdie, le plateau toujours dans les mains, Mina la regarda partir.
