Chers lecteurs,

voici le 3e chapitre, tout frais tout chaud. J'espère qu'il vous plaira.

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, ce que vous aimez, détestez, adorez, kiffez grave, abhorrez, appréciez, préférez, exécrez, dédaignez et prisez. Toute remarque est bonne à prendre, tant qu'elle est constructive (si vous m'apprenez que vous préférez les sardines à l'huile aux maquereaux, ça ne fera pas trop avancer le schmilblick).

Portez-vous bien, ne tombez pas malade en ces temps froids,

Al


Hermione transplana, Harry accroché à son bras. Il avait revêtu sa cape d'invisibilité pour éviter de provoquer une émeute en apparaissant dans l'entrée du Ministère. Ils passaient par l'entrée côté moldu, par la cabine téléphonique qu'il avait empruntée avec Mr Weasley, trois années auparavant. Ron était parti à la boutique de George pour donner un coup de main.

Hermione aidait occasionnellement Harry à transplaner. Il n'avait pas trop de problème avec le transplanage d'escorte. Il avait juste perdu une fois un demi-sourcil, mais bon, Ginny avait trouvé que ça lui ajoutait un côté "rockeur sexy" (c'étaient ses propres mots), il ne s'en était pas formalisé et le sourcil avait repoussé sans encombre.

« Pas trop stressé ?

- Pas vraiment. Il n'y a plus grand-chose qui me stresse depuis que Voldemort est mort. »

Hermione continua, en ouvrant la porte de la cabine téléphonique :

« Veux-tu que je reste avec toi ?

- Non, t'inquiète pas. Il y aura Kingsley, ça devrait aller. Je sais que tu as envie de te promener du côté du Département des Mystères.

- Pas que j'ai de bons souvenirs dans le coin, mais tu as raison. J'ai quelques recherches à faire. J'aimerais voir si je peux emprunter des livres.

- Hermione Granger, emprunter des livres ? Étonnant… »

La jeune femme ne lui répondit pas, occupée à chercher des pièces moldues dans ses poches. Elle trouva un pence et le glissa dans l'interstice prévu à cet effet. Elle décrocha le combiné et attendit d'être mise en communication avec le secrétariat du Ministère.

« Accueil du Ministère de la Magie. Si vous avez rendez-vous, tapez 1. Si vous avez une urgence magique, tapez 2. Si vous désirez parler à un service en particulier, tapez 3. Si vous souffrez d'amnésie magique suite à un sort et que vous ignorez quoi faire, tapez 4. Si vous êtes Mr Snow, plombier magique, n'attendez plus, tapez 5. »

Hermione appuya sur la touche 1.

« Si vous avez rendez-vous avec le Département de la Justice magique, tapez 1. Si vous avez rendez-vous avec le Département des Mystères, tapez 2. Si vous avez rendez-vous avec le Département des accidents et catastrophes magiques, tapez 3…

- Ils vont pas nous faire tous les départements, quand même, râla Harry, qui tenait l'écouteur pressé contre son oreille.

- Patience et longueur de temps, cher Harry, souffla Hermione, amusée. Et pense zen, voyons…

- …. Si vous avez rendez-vous avec le ministre de la magie, tapez 12 » annonça enfin la voix.

Hermione s'exécuta.

« Veuillez décliner votre identité et l'objet de votre visite.

- Hermione Granger et Harry Potter. Objet de la visite : petits-fours sorciers, annonça Hermione.

- Veuillez attendre la redirection dans l'atrium. Voici vos badges. »

Deux badges tombèrent à l'endroit où doit tomber la monnaie. Hermione les récupéra et en passa un à Harry. Elle raccrocha.

« Tu es drôlement patiente avec l'administration, dis donc…

- J'ai de l'entraînement. Je te rappelle que j'ai retrouvé mes parents en Australie, qui est trente fois plus grande que l'Angleterre.

- Tu as vraiment fait le calcul ? demanda Harry, impressionné.

- 28 fois, pour être précise. »

La cabine se mit à descendre sous terre. Harry sentit une vague appréhension l'étreindre.

« Respire à fond, Harry, lui dit Hermione.

- Mmmm… C'est difficile. J'ai de mauvais souvenirs.

- Ah bon ? La dernière fois qu'on est venus, c'était pour recevoir l'Ordre de Merlin. Si ma mémoire est bonne, c'est la fois où tu as failli faire brûler la salle de réception. Les toasts étaient bien meilleurs, après ça…

- Ma parole, Hermione fait de l'humour, sourit Harry. Ça ne te ressemble pas.

- C'est Ron qui déteint sur moi. Après toutes ces années… »

Les remarques d'Hermione avaient eu le don de changer les idées d'Harry. Ils étaient arrivés dans l'atrium sans manifestation magique déplacée.

Hermione ouvrit la porte de la cabine. Harry la suivit, toujours caché sous la cape. En voyant l'air ébahi des sorciers qui peuplaient l'atrium devant la sorcière la plus brillante de sa génération, Harry se réjouit d'être resté caché. Leurs réactions auraient été bien pires en apercevant Celui-qui-a-par-deux-fois-survécu.

Hermione se composa un visage fermé. C'était un mélange entre la froideur de McGonagall, le regard fulminant de Mrs Weasley et la trogne de Severus Rogue dans ses pires jours. Les sorciers s'écartèrent sur son passage, laissant l'espace nécessaire à Harry pour la suivre sans se faire remarquer.

Ils se dirigèrent vers le bar de la réception. Une sorcière ensorcelait des notes volantes et tiqua quand Hermione la salua.

« Vous n'étiez pas censés être deux ?

- Si, mon ami est avec moi mais préfère ne pas se montrer. Pouvez-vous nous indiquer où nous devons aller ? »

La sorcière lui indiqua un ascenseur.

« Premier niveau. Dites, je peux vous demander un autographe ? »

Le regard noir que lui lança Hermione la fit se ratatiner sur sa chaise.

« Encore une remarque comme ça, et vous perdez vos oreilles, siffla Hermione, furibarde.

- Désolée… Bonne journée… »

Harry ôta sa cape d'invisibilité quand ils furent dans l'ascenseur.

« Ben dis donc, je suis impressionné par ton comportement. Tu ferais peur à un Détraqueur.

- Je vais prendre ça comme un compliment.

- Sérieusement, comment tu fais ça ?

- Je me suis entraînée sur Fred et George quand j'étais préfète. Et Ginny m'a un peu aidée pour avoir l'air encore plus furax. »

Harry sourit. L'évocation des jumeaux faisait mal, comme d'habitude, mais il parvenait de mieux en mieux à supporter la douleur. Hermione était sur la même longueur d'ondes :

« Tu sais, je comprends Molly quand elle s'énervait contre les jumeaux : être si doués et faire des farces et attrapes… »

Ils étaient arrivés au palier du cabinet du ministre de la magie. Harry sortit de la cabine. Hermione lui donna un dernier conseil avant d'appuyer sur le bouton – 9 :

« Surtout sois calme, n'utilise pas ta baguette, respire à fond. Pense apaisement. Tu es la grenouille sur un nénuphar.

- C'est ça, dis que je suis Trevor pendant que tu y es… »

Les grilles se refermèrent et la cabine descendit, emportant Hermione au niveau du Département des Mystères.

Harry regarda le couloir dans lequel il était. Un sorcier roux déboula dans le couloir et se dirigea vers lui, et Harry respira immédiatement un peu mieux en le reconnaissant.

Certes, Percy Weasley était imbuvable et ne s'était jamais départi de son air de petit chef, mais il était honnête et connaissait à peu près les retranchements d'Harry. Et il ne l'y poussait pas.

« Harry ! Quel plaisir ! J'espère que tu vas bien. Papa m'a dit qu'il t'avait vu ce midi et que tu étais venu en balai au Terrier. Tu as réussi à transplaner ?

- Je n'essaie plus de transplaner, j'ai trop peur de finir dans la Tamise. Hermione m'a accompagné. »

Percy le guida vers un bureau lumineux. Harry se crispa en reconnaissant le ministre de la magie, Judd As. Le sorcier était parvenu à être élu après la destitution de Pius Thicknesse. Thicknesse passait ses jours à Sainte-Mangouste, au même étage que les Londubat : son cerveau avait été trop abîmé par l'Imperium auquel il avait été soumis, bien trop longtemps.

Judd As était un sorcier de taille moyenne, imbu de lui-même et prêt à tout pour conserver le pouvoir et faire le moins de vague possible. Kingsley avait confiance en lui, ce qui n'était pas le cas d'Harry. Kingsley avait assuré un mois la charge par intérim, le temps d'organiser de nouvelles élections. Puis il avait quitté le poste, arguant qu'il était plus utile à la société sorcière en étant Auror que ministre. Comme il le disait, il restait du ménage à faire. Il fallait rechercher les Mangemorts vifs.

« Bonjour Mr Potter, le salua le Ministre de la magie.

- Bonjour Monsieur, répondit Harry poliment.

- Bonjour Harry, l'accueillit Kingsley en lui serrant la main. Bien dormi ?

- On fait aller. »

Harry observa les autres personnes présentes dans la salle. Kingsley lui montra les deux autres personnes. Percy était en train de discuter avec un sorcier d'âge moyen, moustachu, le remplaçant d'Amelia Bones à la tête du Département de la justice magique, et une sorcière blonde, Sophie Sapienter, chef des Langues-de-plomb.

Judd As interrompit tout le monde et annonça :

« Madame, Messieurs, nous voici tous réunis. Le thé est servi. Je vous propose de vous mettre à table. »

Harry grimaça à ce calembour involontaire du ministre. Savait-il que chez les Moldus, se mettre à table c'était vendre ses camarades ?

Les sorciers présents dans la pièce s'installèrent dans des fauteuils moelleux, devant un plateau où des petits gâteaux côtoyaient une théière, un pot de sucre et un mini-broc de lait. Kingsley servit Harry, tandis que Percy proposait une assiette de gâteaux à Sophie Sapienter.

« Alors, aujourd'hui, nous tenons une réunion informelle pour parler du cas Harry Potter, commença Judd As. Comment allez-vous, Mr Potter ? »

Harry pensa aux conseils d'Hermione et ne répondit pas ce qui lui passait par la tête, à savoir « Ça ira mieux quand je serai loin d'ici. », et choisit la formule de politesse appropriée :

« Très bien, Monsieur.

- Vous allez toujours à Sainte-Mangouste voir un psychomage ?

- Je ne vois pas en quoi ça vous concerne » répondit Harry, oubliant dans l'instant sa résolution d'être poli.

Le ministre ne se laissa pas démonter :

« C'est mon rôle, en tant que ministre, de veiller au bien-être des sorciers d'Angleterre…

- Je n'ai pas voté pour vous, que je sache, répondit froidement Harry. Et je suis assez grand pour veiller seul à mon bien-être. »

Le ministre perdit un peu de sa contenance. Le silence s'installa jusqu'à ce que Percy se dévoue.

« Bon Harry, reprenons. Le ministre et les personnes ici présentes désiraient savoir ce que tu allais faire après que tu auras fait ta septième année à Poudlard.

- Je ne retourne pas à Poudlard, annonça Harry.

- Mais… Tu n'as pas passé tes ASPICs, balbutia Percy.

- Je n'ai pas besoin d'une énième validation de mes compétences par le monde sorcier. »

Décidément, la conversation était difficile. Harry essaya de se concentrer sur une gorgée de thé. Elle lui parut affreusement amère. Il eut une pensée nostalgique pour le thé sous la tonnelle au Terrier.

Kingsley ne disait rien, Percy paraissait perdu : qu'on ne reconnaisse pas la valeur des examens, cela le dépassait. Sophie Sapienter rongeait un biscuit, sans paraître s'intéresser à la question, et le sorcier moustachu se coinçait des miettes dans sa moustache, sans dire un mot.

Harry respira profondément et décida d'en avoir le cœur net.

« Que voulez-vous de moi ? »

Judd As le fixa.

« Très bien, jouons franc-jeu, Mr Potter. Vous savez que vous êtes une star dans le monde sorcier…

- Ce n'est pas une célébrité que j'ai recherchée, compléta Harry.

- Et c'est tout à votre honneur. Mais maintenant que vous possédez une renommée légendaire, vous pourriez faire de grandes choses. Vous pourriez redonner confiance aux sorciers, aider à l'international, pourchasser les Mangemorts qui nous échappent et… »

Harry commençait à perdre patience. Il sentit un tremblement agiter sa main, comme si elle voulait d'elle-même, sans concertation avec son cerveau, se saisir de sa baguette et l'utiliser de façon affreusement moldue, comme l'enfoncer profondément dans le nez du ministre de la magie. La pièce, en effet, ne manquait pas de trolls…

« En gros, vous comptez m'utiliser pour votre propagande ?

- Non, Mr Potter. Nous ne faisons pas de propagande. Nous essayons juste de renforcer la cohésion des sorciers en cette période troublée. Les sorciers ont encore un souvenir très vif de l'année dernière, et la confiance a du mal à revenir. C'est pour cela que vous avoir à Poudlard, ce serait une bonne manière d'encourager les sorciers à revenir à la normale et à…

- Je ne retournerai pas à Poudlard, répéta Harry.

- Mais pensez que votre petite-amie y sera, vos amis aussi et… que se passe-t-il ? »

Harry s'était levé. Les ampoules clignotaient, les tasses tremblaient dans les soucoupes, des nuages apparaissaient aux fausses fenêtres. Percy regarda Harry, effaré.

« Harry, calme-toi… »

Harry asséna, la voix forte :

« Je ne vous permets pas de vous mêler de ma vie ! Elle est déjà à la une de tous les tabloïds sorciers, je n'ai pas besoin de votre avis en plus ! Laissez mes amis en dehors de tout ça ! »

Des fissures apparurent sur les murs, tandis qu'une alarme se mit à sonner. La Langue-de-plomb observait d'un œil curieux Harry.

« C'est vous qui êtes responsable de ça ?

- Peut-être. »

Sophie Sapienter le regardait avec des yeux curieux et marmonnait pour elle-même :

« De la magie sans baguette… réussit à faire trembler les murs du Ministère… gros potentiel... »

Harry prenait de longues et profondes inspirations en pensant à un moment heureux, comme s'il voulait lancer un sortilège de Patronus. L'alarme continuait de sonner : le Ministre sortit de la pièce pour l'arrêter.

Harry se tourna vers lui quand il revint :

« Je crois que nous n'avons plus rien à nous dire, Monsieur. Je vous prie d'excuser ma sortie cavalière. »

Il fit un signe de tête à Percy et Kingsley et quitta la pièce.

Il fut rattrapé dans le couloir par la Langue-de-plomb qui lui passa une carte de visite.

« Mr Potter, voici mon adresse. Si vous avez du temps, je serai ravie de discuter avec vous. »

Harry essaya de discerner si elle le prenait pour une bête de foire ou un sorcier humain. Elle avait une expression indéchiffrable. Il accepta la carte avec un signe de tête et s'engouffra dans un ascenseur.

Elle le suivit et choisit son étage.

« Vous allez à l'étage – 9 ?

- Oui, je dois y récupérer une amie. »

Ils gardèrent le silence jusqu'à ce que les portes s'ouvrent devant une Hermione aux bras chargés de livres.

« Au revoir, Mr Potter. J'espère vous revoir très bientôt, le salua la femme en quittant la cabine.

- Et moi j'espère ne pas remettre les pieds ici de sitôt » grommela Harry.