Chers lecteurs,
Merci pour vos favoritages, vos followations et vos reviewités. Cela me fait toujours un grand plaisir. N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ce nouveau chapitre.
Pour l'instant j'arrive à publier tous les cinq jours, j'espère continuer comme ça. Sinon ce sera une fois par semaine.
Portez-vous bien, ne faites pas de bêtises,
Al
PS Réponses à la reviewitude anonyme :
Guest : ça me fait plaisir que Luna te plaise. Je trouve que c'est un personnage difficile à cerner. merci pour ta review !
Vers une heure du matin, Harry se demanda si Luna allait rester toute la nuit. Il lui proposa de rester dormir.
« Je ne suis pas fatiguée, merci. Je peux aller me promener si tu veux me mettre dehors.
- Loin de moi cette idée ! Je n'ai pas envie d'aller me coucher. Je fais trop de cauchemars. »
Elle répondit en se versant une cinquième tasse de tisane :
« Tu sais, les cauchemars peuvent aider à survivre. Revivre en rêve ce qu'on a vécu permet d'effacer des trucs, de mieux les accepter. J'ai cauchemardé pendant des mois de la bataille de Poudlard, et maintenant ça va mieux. Repousser les cauchemars ne sert à rien. Il faut évacuer. »
Harry ne paraissait pas convaincu.
« Je n'arrive pas à dormir. Je pleure comme un bébé quand je me réveille. Je me souviens de trucs au réveil, et ça s'efface dans la journée. Quand il y a Ginny, ça va. Mais sinon…
- Sinon, tu peux essayer une potion du sommeil. »
Harry trouva Luna étrangement pragmatique, jusqu'à ce qu'elle ajoute :
« Ou un songe-cloche, qui enclochette les rêves.
- Ouf, j'ai cru que tu étais devenue normale. J'ai eu peur… »
Luna le regarda avec un drôle d'air.
« Tu sais, peut-être qu'au lieu d'essayer de contrôler ta magie, tu devrais la laisser s'exprimer.
- Et mettre le feu à l'Angleterre ? »
Oui, Harry avait un côté mégalo. En mode Néron, qui regardait Rome brûler en récitant des vers.
« Il existe plein d'endroits protégés. J'en connais un qui n'est pas trop loin d'ici. On peut y aller, si tu veux.
- Maintenant ?
- Tu as autre chose à faire ? Et puis l'endroit que j'ai en tête abrite des farfadets de mer, enfin, de ce qu'on m'a dit. Ce serait cool d'en rencontrer enfin. »
La proposition était tentante. D'une, il se donnait une bonne excuse pour ne pas aller se coucher. De deux, quand il suivait la logique de Luna, cela lui apportait à chaque fois quelque chose de bénéfique. D'imprévu, certes, mais de bénéfique. De trois, il allait se promener et rencontrer des farfadets de mer. Et c'était une proposition qui ne se refusait pas.
« Allons-y. »
OoO
Luna l'avait fait transplaner à Stonehenge, cette immense couronne de dolmens qui se trouvait dans le sud ouest du Royaume-Uni, dans le comté de Wiltshire. Il n'y était jamais allé et découvrait le lieu avec enthousiasme. Vive le tourisme avec Luna !
La jeune femme le guida au centre des pierres dressées.
« Vas-y, fais-toi plaisir. »
Harry fit des yeux presque aussi ronds que ceux de Luna.
« Je… Je dois faire quoi ?
- Ce que tu fais d'habitude. Ce que tu veux.
- Mais si ma magie se déchaîne et que je ne la contrôle plus…
- Tu ne dois pas essayer de contrôler ta magie. Elle est en toi, elle fait partie de toi. Laisse-la faire.
- Mais si je te blesse…
- Je ne crains rien. Et les pierres t'aideront s'il y a besoin… On raconte que les pierres sont des géants qui ont été pétrifiés par amour. Ils t'empêcheront de faire des bêtises et leur force gardera ta magie dans le cercle. Bon, je vais voir si je rencontre des farfadets. »
Luna le planta là et sortit du cercle de pierres. Harry décida de faire comme à son habitude : il s'assit en tailleur, ferma les yeux et commença à inspirer profondément, essayant d'ouvrir ses chakras et autres futilités qui le détendaient habituellement.
Alors qu'il inspirait, il commença à ressentir quelque chose. Comme une pulsation profonde, sous terre, et son cœur se mit à battre sur le même rythme. C'était étrangement apaisant. Harry se concentra sur cette pulsation. Plus il tendait l'oreille, plus il la sentait. Ses inspirations se firent plus profondes. Il posa ses mains sur ses genoux et tourna ses paumes vers le ciel. Il ouvrit les yeux : le temps s'était assombri. On ne voyait plus la lune, elle était cachée par les nuages. Harry entendait le vent siffler en passant entre les géants pétrifiés, et ce flux puissant et la pulsation commençaient à l'envahir tout entier.
Harry entendit Luna chantonner au loin. Il sentait en lui tant d'émotions, il était incapable de mettre un nom sur chacune d'elles. Il y avait de la colère, de la peur, de la frustration, de l'amour, de la reconnaissance, de la tristesse… et tant d'autres. Bercé par le tempo de la terre, il se laissa petit à petit aller. Il ouvrit les yeux quand il sentit de la chaleur au bout de ses doigts : des volutes argentées, comme les souvenirs de Rogue, des spirales blanches, des étincelles colorées scintillaient au dessus de ses paumes. Des éclairs couraient entre les pierres de Stonehenge et une puissance naturelle passait dans le cercle. Harry n'avait pas peur : il se sentait à sa place, coincé entre des éclairs bleus et le ciel qui s'obscurcissait de plus en plus. Un orage grondait au loin, un de ces derniers orages d'été.
Harry sentait la pulsation de plus en plus fort. Elle faisait trembler ses os, battre son cœur. Il oubliait tout, n'était que sensations.
Il entendit Luna au loin lui crier : « Lâche les vannes, Harry ! »
Et c'est ce qu'il fit.
Il hurla, ouvrit les bras, debout, comme un crucifié sans croix, et sa magie explosa. Des rais de lumière partirent dans tous les sens, l'orage explosa, une pluie drue commença à tomber, le vent lui fouetta le visage.
Cela dut durer trente secondes. Harry s'effondra par terre, vidé. Luna se précipita vers lui :
« C'était magnifique, Harry ! Tu avais tellement à extérioriser ! »
Harry reprenait difficilement son souffle. Il se sentait plus apaisé à cet instant qu'en 18 ans de vie. Plus de menace, plus de Voldemort, plus de mort. Rien que crier à fond lui avait fait du bien. Alors laisser sa magie avoir libre cours, c'était phénoménal.
Luna passa un bras sous son aisselle et le fit transplaner directement chez elle.
OoO
Harry se réveilla tard le lendemain, dans un endroit qu'il ne reconnaissait pas. Il trouva ses lunettes sur une table de nuit, ou plutôt ce qui servait de table de nuit, à savoir un chaudron retourné. Il était allongé sur un canapé miteux, dont le motif lui rappelait vaguement quelque chose.
La maison avait l'air vide quand il se leva. Il trouva dans la cuisine ensoleillée une tasse et des toasts. Le bazar ambiant et les cages à oiseaux remplies de plantes aromatiques lui indiquèrent qu'il se trouvait sûrement chez Xenophilius Lovegood. Il s'installa à table. Les souvenirs commencèrent à se créer dans sa tête : Luna l'avait emmené chez elle après qu'il eut déchaîné la météo à Stonehenge. Ils avaient à peine parlé : il avait ôté ses chaussures et s'était glissé sous la couverture qu'elle avait jetée sur le canapé.
Harry but une gorgée de thé : du thé noir, avec un arrière-goût qu'il reconnut immédiatement. Encore de la ravegourde. Il ne tiqua presque pas : peut-être commençait-il à s'y habituer.
Luna entra dans la pièce, pieds nus, vêtue d'un sweat moldu jaune poussin et d'une robe vert jardin.
« Alors, bien dormi ?
- Étrangement, oui. Je n'ai pas fait de cauchemars. Merci de m'avoir hébergé.
- Avec plaisir. »
Harry hésita avant de poser les questions qui lui trottaient dans la tête.
« Il s'est passé quoi cette nuit ?
- Cette nuit tu as communiqué avec la magie terrestre des géants. »
Harry prit le temps qu'il lui fallait pour digérer l'information.
« Donc le battement que j'ai entendu… est réel ?
- Le cœur des géants ? Tu l'as entendu ?
- Je crois…
- C'est très rare, Harry. Seules certaines personnes le sentent. Ginny ne les a pas sentis, quand je l'ai emmenée. Je pense qu'elle est trop rationnelle pour entendre battre le cœur des géants de pierre.
- Tu y as emmené Ginny ?, demanda Harry, surpris.
- Oui, pendant les vacances entre la 4e et la 5e année. Je voulais lui montrer là où je me ressourçais après ce qui était arrivé au ministère. »
Harry grimaça.
« Hier, reprit-il pour changer de sujet de conversation, j'avais l'impression d'être un super-héros dans un mauvais film d'action. À crier sous la pluie, les bras écartés, c'était d'un cliché...
- C'est quoi un super-héros ?, demanda Luna.
- Un mec qui a plein de pouvoirs et qui sait pas les gérer. Un sorcier pour les moldus, en fait. »
Il laissa passer un temps. Puis :
« J'étais Captain England. »
OoO
Ils passèrent la journée à manger des plantes bizarres et à boire de la tisane. Harry avait l'impression d'être comme ces moldus, les yippies ou les chipies, quelque chose comme ça dans les années 60, qui avaient les cheveux longs et fumaient des joints pour obtenir la paix dans le monde. C'était la première fois qu'il passait autant de temps à la suite avec Luna et il avait l'impression d'avoir plongé dans un bain de folie-douce.
Ce qui n'était pas si désagréable que cela.
Vers 15h, Luna lui proposa de faire de la magie. Ils allèrent dans le jardin et Harry sortit sa baguette. Il la mania délicatement, pour éviter de faire léviter des objets inappropriés. Il la pointa vers un caillou et prononça le premier sort qu'il avait appris :
« Wingardium leviosa ! »
Le caillou sauta en l'air, comme animé d'une vie propre. Luna applaudit. Elle lui proposa d'autres exercices destinés à assouplir son poignet, de manière à ensuite lancer des sorts plus compliqués. Harry avait l'impression d'être à Poudlard, à répéter les mêmes enchaînements encore et encore, mais avec Luna ça avait un côté tellement foutraque que cela n'avait pas l'air scolaire.
Après les sortilèges, ils passèrent à la métamorphose. Harry réussit, à la troisième tentative, à changer son caillou en bouton convenable. Il ressentit simultanément de la fierté et de la déception. Être si nul après tant d'années à étudier ! Mais quand il vit que la feuille morte que Luna avait choisie était devenue une tulipe odorante, il décida que ce retour à l'humilité pouvait être une bonne chose.
Luna était douée. Elle produisait toujours des choses absurdes, mais Harry trouvait une certaine beauté à ses pissenlits violets. Son côté Serdaigle s'exprimait quand elle le regardait avec des grands yeux, encore plus grands que d'habitude, quand il provoquait autre chose que ce qu'il voulait.
Ses propres sorts paraissaient plus réussis que tout ce qu'il avait pu produire ces cinq derniers mois. Il proposa à Luna de passer à ses sortilèges favoris. Il se concentra sur la nuit précédente, quand il était en paix avec les pierres, et lança un Patronus. Un bouclier étincelant jaillit de sa baguette. Harry ressentit un élan de fierté et de joie. Certes le Patronus n'avait pas pris forme, mais il avait réussi.
Harry tenta d'autres sorts : ses réussites le mettaient en confiance. Faire de la magie et se concentrer uniquement sur les sorts qu'il voulait faire lui faisaient du bien. Il se vidait la tête. C'était presque mieux que le yoga.
Au bout d'un moment, Luna proposa :
« Tu veux tester le transplanage ?
- Je ne sais pas. Il faut être très concentré et ça demande une forte décharge magique, je ne suis pas sûr de réussir à la donner. Je n'ai pas envie de perdre des membres… »
Mais il avait quand même bien envie d'essayer.
« Londres, c'est peut-être trop loin.
- On peut tester d'aller jusqu'au Terrier, proposa Luna. C'est à trois collines d'ici. Je croiserai Ginny, ça sera bien. »
Luna et Harry transplanèrent. Luna atterrit devant la maison et Harry amerrit dans la mare. Il pataugea quelques instants. Il allait s'y habituer.
« Tu es en un seul morceau, Harry ?
- Je crois. S'il me manque quelque chose, au moins ce n'est pas douloureux… »
Ginny, qui les avait vus apparaître, sortit de la maison. Elle tendit la main à Harry pour l'aider à se désembourber.
« Salut Harry, salut Luna. Ça fait plaisir de vous voir. Tu n'étais pas censé venir déjeuner, Harry ?
- J'étais avec Luna, je te raconterai. »
Harry avait complètement oublié. Il prit un air contrit. Ginny, grande dame, changea de sujet.
« Hermione et Ron se sont disputés.
- Ah, répondit Harry, guère étonné. Ils ont tenu longtemps, cette fois. À propos de quoi ?
- Quelque chose de très grave. Ron a décidé de se laisser pousser la barbe. Hermione lui a dit que ça ne lui irait pas. Ron lui a répondu qu'elle n'en savait rien. Hermione a dit qu'elle en savait quelque chose. Ron l'a donc traitée de Miss je sais tout. Et après… Après c'était n'importe quoi. »
Harry se pinça l'arête du nez. On en était là, donc.
« Où sont-ils ?
- Dans la cuisine. On a l'impression d'être à un enterrement de gobelins. Tu veux prendre un thé, Luna ? Maman a fait une tarte à la mélasse. »
Luna, Harry et Ginny se rendirent à la cuisine. Harry entra et vit qu'il interrompait une séance lecture : Hermione lisait Vivre avec l'arithmancie et Ron feuilletait un vieil album de Martin Miggs, le moldu fou. Ils levèrent tous deux les yeux à l'entrée de leurs amis.
« J'ai réussi un transplanage ! » s'exclama Harry en guise de salutations. Il ne voulait pas relancer le sujet de dispute de ses deux meilleurs amis.
« C'est super ! Comment as-tu fait ?
- Je me suis défoulé, sur les bons conseils de Luna. »
Hermione tiqua : les bons conseils de Luna portaient leurs fruits ? Ron ricana en voyant la tête de l'élève la plus rationnelle de Gryffondor. Ginny sortit deux tasses et servit les nouveaux arrivants tandis que Luna racontait leur étrange équipée de la veille.
« Harry s'est défoulé. Moi j'ai cherché des farfadets de mer, mais je n'en ai pas vus. En revanche j'ai discuté avec des jeux follets.
- Des feux follets, tu veux dire ?
- Non, des jeux follets. Ce sont des créatures qui adorent jouer. Elles ont beaucoup aimé ce qu'a fait Harry.
- Qu'as-tu donc fait ?, demanda Hermione, en se tournant vers celui qu'elle espérait plus raisonnable. Tu as discuté avec des feux follets toi aussi ?
- J'ai laissé libre cours à ma magie.
- Sans baguette ?
- Sans baguette. »
Hermione frémit.
« Harry, c'est très dangereux ! Tu aurais pu te tuer !
- Mais ça n'est pas arrivé, coupa Harry, légèrement énervé. Tu sais quoi, j'ai survécu trois ou quatre fois à Voldemort, je ne vais pas me tuer avec ma propre magie ! »
L'incrédulité d'Hermione et son inquiétude allaient presque ternir son souvenir. Ron soupira.
« Si tu as senti que tout allait bien, c'est que tu ne craignais rien. Hermione, ne t'inquiète pas pour rien.
- Ce n'est pas rien ! De la magie sans baguette !
- Stonehenge est un site sorcier sacré. Il l'aurait empêché de faire des bêtises, argumenta Ron.
- Stonehenge est un bête cercle de pierres !
- Tu ignores encore quelques traditions sorcières, Née-moldue que tu es. » dit Ron en quittant la table. Il revint cinq minutes plus tard avec un vieil album pour enfants sous le bras.
« Tiens, je l'ai piqué dans la bibliothèque de Percy. »
Harry jeta un œil sur le titre. Balades et promenades au pays de la sorcellerie.
« Ce bouquin recense tous les sites sorciers et ce qui s'y est passé. Percy le lisait en boucle pour apprendre sa géographie quand on était petits. »
Harry et Hermione découvraient un nouvel univers en le feuilletant côte à côte. Luna et Ron complétaient parfois le texte :
« Ici, c'est Cûmes, en Italie, où il y a des dragons endormis dans des grottes depuis des générations. Leur respiration en hiver provoque de la buée, et on entend leurs ronflements dans tout le coin. Les moldus en ont déduit que c'était l'entrée des Enfers. Là, c'est l'Alhambra, dans la ville de Grenade. Un grand palais sorcier qui ne vieillit pas. Les sorts ont été levés au XIIIe siècle, donc les moldus peuvent le voir… »
Leur conversation fut soudain interrompue par l'arrivée d'un nouveau volatile.
« Eh ! Coq est de retour ! » s'exclama Ginny. Ron récupéra la lettre que Coquecigrue tenait entre ses serres.
« Hermignonne, ton prétendant bulgare t'a répondu… »
