Chers lecteurs,
C'est le printemps ! Les oiseaux chantent, les mulots sortent de leurs terriers et la SNCF est en retard.
Portez-vous bien, à dimanche,
Al
PS : réponse aux petits mots de Nictocris : 1) merci pour la relecture, 2) si tu crois que l'Atlantide se trouve dans l'Atlantique, c'est que la propagande sorcière a bien fonctionné chez les Moldus, 3) Aquaman reste une mauvaise idée.
Hermione débarqua dans le dos d'Harry et le poussa pour laisser de la place à Krum. Elle s'arrêta net en voyant le rouquin qui était en face d'eux :
« Charlie ? »
Le dragonnier se tourna vers Krum qui émergeait de la cheminée :
« Tu ne leur as pas dit ?
- Non, je voulais leur faire la surprise, ricana Krum, apparemment ravi de son coup.
- Que fais-tu ici ? »
La voix de Ron frôlait l'hystérie. Hermione se rapprocha de lui et lui saisit la main, inquiète. Harry en avait assez : il était plus estomaqué en une journée qu'en sept ans dans le monde sorcier ! Il se serait cru dans un roman. Trop de coïncidences…
La porte de la cuisine s'ouvrit sur une jeune femme aux boucles noires, aux paupières lourdes et à la mâchoire carrée, qui ressemblait étrangement à cette actrice moldue, Helena Bonham Cartouche, ou quelque chose du genre. Elle était de taille moyenne et quand elle leva les yeux vers Harry, il crut voir un revenant.
« Je vous propose d'aller dans le salon pour un thé. »
Le sosie de Bellatrix Lestrange les enjoignit à la suivre. Ron s'agrippait à la main d'Hermione comme à une bouée de sauvetage. Harry ouvrait grand les yeux : il se trouvait dans une maison sorcière, sans aucun doute. La maison chuchotait, comme si des fantômes habitaient à l'étage. Des boules de lumière se promenaient dans les étages (sûrement des jeux follets), des fleurs carnivores se trémoussaient dans un vase ébréché, un avion en papier voletait au dessus d'un bureau chargé de papiers en tous genres. Le salon semblait petit, bien qu'il paraisse avoir été agrandi par magie, tellement il y avait de bazar. Un ananas reposait sur une table basse. Le canapé était en cuir de dragon. Harry se fit la remarque que c'était sûrement une cuisse entière de dragon qui avait été rembourrée. Il se demanda quels étaient les taxidermistes sorciers assez fous pour créer des canapés en morceaux de dragon.
Ils s'assirent dans le canapé et les fauteuils. La table basse s'approcha toute seule de Charlie qui, d'un coup de baguette, servit du thé dans trois tasses et une lichette de vodka Tastroff dans trois verres à liqueur. Les tasses s'envolèrent vers Harry, Hermione et la jeune brune dont le physique, même si elle ne s'était pas présentée, criait à la face du monde sa filiation. Ron se vit attribuer un verre à liqueur. Il y trempa les lèvres et l'alcool eut apparemment un effet revigorant pour lui.
La jeune Lestrange décida de rompre le silence assourdissant qui régnait et commença les présentations :
« Si vous êtes avec Ron, je suppose que vous êtes Harry Potter et Hermione Granger. Ron, je t'ai reconnu : Charlie m'a montré des photos de toi. Je m'appelle Makhé Lestrange, je suis ravie de faire votre connaissance. »
Sa voix ressemblait trop à celle de sa mère. Elle avait les mêmes intonations brusques. On avait l'impression qu'elle n'avait rien pris de son père.
La jeune femme se leva et se tourna vers Krum :
« Je vais chercher des gâteaux dans la cuisine, tu viens avec moi Viktor ? »
L'attrapeur la suivit et ils sortirent de la pièce. Ron se dandinait sur le canapé. Il se lança à peine Makhé eut-elle claqué la porte.
« Vous êtes ensemble ?, dit-il en pointant alternativement Charlie et la porte.
- Hum… Disons que nous partageons une colocation longue durée avec rapprochements émotivo-sexuels, répondit Charlie.
- Et ça dure depuis combien de temps ?
- Trois ans, je crois.
- Et tu ne nous as rien dit, s'étrangla Ron, effaré.
- J'en ai parlé à Bill, qui m'a conseillé d'attendre un peu.
- Bill ? Mais moi aussi je suis ton frère !
- Je me vois très bien l'annoncer à maman, ironisa calmement Charlie. Eh maman, inutile de me chercher un beau parti ! J'ai une relation sentimentale à durée indéterminée avec la fille des Lestrange ! Mais si, tu sais, tu as tué sa mère il y a six mois ! »
Harry eut l'impression que Charlie devait être ainsi face à ses dragons : une sorte de roc humain, qui n'a pas peur de la tempête et qui reste debout, stable, calme, quoi qu'il arrive. Même face à un dragon roux en colère.
« Je l'ai rencontrée à la Mag'fac. Elle faisait des études en magie pure, et s'intéressait aux liens entre créatures et magie pure. On a partagé plusieurs cours. Et puis voilà. »
Charlie avala une lampée de vodka. Ron se tortillait sur place. Cette situation le mettait clairement mal à l'aise. Avant qu'il puisse rouvrir la bouche, la porte laissa passer Krum et Makhé, les bras chargés d'un plateau couvert de biscuits et de sablés.
« C'est moi qui les ai faits, c'est Charlie qui les a cuits, annonça Makhé en se réinstallant dans son fauteuil. J'ai toujours du mal avec la cuisson. »
Elle avait une voix coupante, rêche, même si cela se voyait qu'elle essayait d'être aimable. Harry ne savait pas où se mettre, coincé entre un Ron qui tirait une tête de trois pitiponks de long et Krum qui se taisait, apparemment à l'aise avec les silences gênants.
Ron lui jeta un regard mauvais :
« Des gâteaux d'une Lestrange doivent être empoisonnés.
- C'est un risque à prendre, reconnut Makhé.
- Je prends le risque, coupa Hermione en saisissant un sablé. Nous sommes venus en Bulgarie pour en apprendre plus sur les fluctuations magiques d'Harry, continua-t-elle. Le professeur Horace Slughorn nous a recommandé de nous adresser à toi. Tu crois que tu pourrais nous aider ? »
Makhé Lestrange lui jeta un regard glacial.
« C'est toi que ma mère a torturée l'année dernière ? »
La jeune sorcière sursauta : la question était directe. Ce fut Ron qui répondit à sa place :
« On est obligé de remettre ça sur le tapis ? On n'est pas très à l'aise avec cette période…
- Non, répondit Charlie, avec un regard réprobateur en direction de Makhé. On n'en parlera pas.
- Weasley, je fais ce que je veux, répliqua Makhé, guère impressionnée. Pourquoi êtes-vous venus ici ?
- J'avais besoin de prendre l'air, expliqua Harry. Quitter l'Angleterre me semblait la bonne chose à faire. Mes amis m'accompagnent. »
Les yeux noirs de Makhé se fixèrent sur lui et elle pencha la tête sur le côté, comme un hibou qui examinerait sa proie. Elle but une gorgée de thé et lui lança :
« Allez, dis-moi tout.
- Si je te raconte tout, tu dois promettre de ne rien répéter. Ce qu'on a fait ne doit pas tomber dans toutes les oreilles.
- Considère que je suis comme une Langue-de-plomb, Potter. Je ne dirai rien. » assura Makhé.
Alors Harry, pour la énième fois en une semaine, réexpliqua son cas. Makhé lui posa des questions auxquelles il répondit le plus simplement possible. Au bout d'une heure de discussion, Krum prit congé : il commençait à se faire tard. Il les invita à venir le lendemain au match contre les Fléchettes et rentra chez lui. Charlie proposa à Hermione et Ron de rester dormir chez lui, ce que les deux amis acceptèrent.
Makhé s'était saisie d'une plume à papote et d'un bloc-notes moldu sur lequel la plume notait ce que Harry lui disait.
« Si je résume, dit-elle au bout de trois heures de discussion, ta magie est devenue erratique à partir du moment où la guerre s'est finie. Tu ne sais pas précisément quand : après ta mort ? Après la mort du Seigneur des Ténèbres ? Après le contrecoup ? Tu as réparé ta baguette à l'aide de la baguette de sureau, qui n'est même pas censée exister. Et depuis tu réutilises ta première baguette, alors que tu es maître de la baguette de sureau. Ta première baguette est en houx et plume de phénix, du même phénix que celle de la baguette du Seigneur des Ténèbres, vous aviez donc des baguettes jumelles qui étaient incapables de se lancer des sorts l'une à l'autre. D'où une remontée des sortilèges en 4e année. C'est une des raisons qui a poussé le Seigneur des Ténèbres à rechercher une autre baguette, pour pouvoir te tuer. J'ai tout bon ?
- Tout. Tu penses que mes fluctuations sont liées à mon usage de la baguette ?
- Je ne sais pas, Potter. Je suis magicologue en magie pure, pas en baguette. Faudrait demander au successeur de Gregorovitch. Je voudrais te voir exprimer ta magie pure. Sans baguette.
- Pas ce soir, coupa Charlie. Il se fait tard. Là, on dîne et on va se coucher. Ils sont arrivés ce matin, et avec le décalage horaire, les émotions fortes, le portoloin et le Quidditch, ils doivent avoir envie de se reposer. »
Harry lança un regard reconnaissant à Charlie : il ne sentait plus sa mâchoire tant il avait parlé. Il avait très vite fait abstraction de la tête et de la voix de Makhé, même s'il sentait que ce n'était pas le cas d'Hermione et de Ron. Harry avait suffisamment souffert de la comparaison avec son père qu'il n'avait jamais connu pour savoir qu'on pouvait ressembler physiquement à ses parents, sans en avoir tous les traits de caractère.
Le dîner fut agréable. Ron se laissa aller à raconter la vie au Terrier, les remontrances maternelles, la vie au magasin de farces et attrapes, Fleur enceinte, Bill nouveau professeur. Charlie semblait à l'aise : il raconta deux ou trois anecdotes sur ses dragons qui lui semaient la pagaille dans sa réserve en allant choper des moutons moldus.
Après le repas, ils passèrent au salon. Harry utilisa la théière de Makhé pour se faire de la tisane à la ravegourde (Ron qui voulut y goûter recracha tout dans sa tasse). Les deux Weasley se disputèrent une partie d'échecs, Hermione feuilletait des livres dans la bibliothèque chargée de Makhé. Les deux jeunes femmes se mirent bientôt à glousser en feuilletant ensemble Promenades avec les trolls, le best-seller de Gilderoy Lockhart. Harry se sentait détendu. La fatigue dut se lire sur ses traits, puisque Makhé décida qu'il était temps d'aller au lit.
La maîtresse de maison leur montra où ils pourraient dormir : « On a un lit double dans une pièce et le canapé du salon. Débrouillez-vous. » Après moult hésitations et circonvolutions, Harry prit le canapé. Charlie ne fit aucun commentaire en voyant Hermione et Ron se glisser dans la même chambre.
Un quart d'heure plus tard, Harry, allongé sur le canapé en cuisse de dragon (Charlie avait confirmé son hypothèse) regardait le plafond. Il n'arrivait pas à dormir : trop de choses tournaient dans sa tête. Les informations sur Durmstrang et la Mag'fac, la séance d'entraînement au Quidditch, Charlie, la fille Lestrange… Makhé leur avait expliqué que, dans un mariage sang-pur, il fallait absolument avoir un héritier. Bellatrix avait donc procréé avant de s'enrôler dans les rangs de Voldemort : les époux Lestrange avaient eu deux enfants, un fils, Ptolémée, et une fille. Ptolémée était mort d'éclabouille purulente tout jeune, Makhé était donc l'unique héritière Lestrange. Elle avait été éduquée par sa grand-mère, Druella Black, puisque papa et maman Lestrange étaient plus intéressés par la montée en puissance de Tom Jedusor que par leurs rejetons, et quand ses parents avaient été jetés à Azkaban, elle était partie étudier en Bulgarie, dans la meilleure école de sorcellerie d'Europe, protégée par son parrain Igor Karkaroff. Au retour de Voldemort, elle n'avait pas bougé : elle commençait à fréquenter assidûment un Weasley, il aurait été tout à fait hors de propos qu'elle retourne en Angleterre. Sa mère ne s'était jamais intéressée à elle. Rodolphus, en revanche, avait tenté de la récupérer après sa deuxième évasion d'Azkaban, peu de temps après l'épisode des sept Potter. Il était tombé sur un Charlie plutôt excité. L'affrontement avait tourné court quand un dragon de Charlie avait rôti Rodolphus Lestrange par surprise. Enfin bref, Makhé était donc l'unique héritière Lestrange encore vivante et devait la mort de ses parents à deux Weasley, ce qui n'avait pas trop l'air de la déranger. Elle semblait avoir le même détachement concernant ses parents et son sang que Sirius.
C'est en réfléchissant au lien entre parents indignes et enfants courageux qu'Harry glissa dans le sommeil.
OoO
Le lendemain, Harry se réveilla quand un arôme de café frais lui frôla les narines. Il s'assit, s'étira, se gratta le ventre distraitement, bâilla, chercha ses lunettes à tâtons, les trouva, les posa sur son nez, et immédiatement le monde lui parut de nouveau tourner rond. Il se leva et alla dans la cuisine. Ron y grignotait une tartine.
« Bien dormi ?
- Mmmm…, répondit Harry en se servant une tasse de café.
- Moi j'ai eu une nuit plutôt calme. Hermione a fait un seul cauchemar.
- Mmmm…
- Charlie est parti bosser.
- Mmmm… »
Ron ne réagit pas face à la loquacité d'Harry (il avait l'habitude). Il finit sa tartine et quitta la cuisine :
« Hermione est sous la douche. Je vais voir si elle a besoin d'aide. »
Cette réplique n'eut pas l'heur de provoquer de réaction chez Harry. Ron quitta la cuisine et laissa Harry en tête à tête avec son bol de café, tête à tête fort intéressant pour les deux intéressés (enfin, selon Harry).
Une radio chantonnait My wand in your hand, le nouveau morceau subversif de Witch, un groupe sorcier anglo-saxon. La maison glougloutait pour annoncer que quelqu'un prenait bien sa douche, la théière susurrait pour indiquer que l'eau était chaude, le robinet plic-ploquait pour accompagner le tic-tac de l'horloge, enfin, la maison s'égayait.
La porte s'ouvrit pour laisser passer Makhé. Elle remarqua Harry et lui lança :
« Enfin debout ! Prêt pour la magie pure ? »
Harry hocha la tête. Makhé se versa une tasse de café.
« On va aller dans un site sacré roumain pour être encadré.
- On va à Berca ?
- Comment as-tu deviné ? »
Harry sourit :
« J'ai emprunté Ballades et promenades au pays de la sorcellerie à Percy Weasley. »
Makhé ricana :
« Ce bouquin est parfois bien utile. Allez, prépare-toi. On part dans cinq minutes.
- Hermione n'aura pas le temps de manger, commença Harry.
- On n'emmène pas tes petits potes, Potter. Pas la première fois.
- Mais…
- Quoi, tu as peur ? »
Chose à ne jamais dire à un Gryffondor.
« Non, mais toi tu n'as pas peur de les laisser seuls ici ?
- À mon avis, ils trouveront de quoi s'occuper. Au pire, ils farfouilleront dans ma bibliothèque… Allez, va t'habiller. »
Dès qu'Harry fut prêt, Makhé le fit transplaner hors de la maison.
