Chers lecteurs,

Alors comme d'habitude, je danse d'allégresse en voyant que vous appréciez mon travail, que ce soit par vos commentaires (qui font trop plaisir ! continuez !) ou par vos cliquetages de souris sur la petite touche "suivre" ou "favoriser". Ce qui est vraiment sympa, c'est l'interaction avec les gens. J'aime bien retrouver des lecteurs d'un chapitre à un autre. Donc continuez à m'envoyer de petits mots.

Bon, pour ceux qui ont parié sur Harry au Quidditch, réponse dans ce chapitre.

Portez-vous bien, n'hésitez pas à manger des vitamines B et C, c'est bon pour la santé, à mercredi,

Al

PS : la réponse aux mots de l'inconnu :

Patfol le S : you know nothing, john snow. merci pour tes reviews :)


Harry se réveilla en pleine nuit, ruisselant de sueur. Il avait rêvé de ce moment, dans la Forêt interdite, où Voldemort lui avait lancé le sortilège de mort. Il se souvenait de la peur qui l'étreignait, des fantômes de ses parents, de Sirius, de Lupin, auxquels s'étaient ajoutés ceux de Fred et Bellatrix qui ricanait comme une démente tandis que Voldemort l'assassinait.

Harry se frotta les yeux, en espérant faire partir les images de son rêve. Il tâtonna pour trouver ses lunettes et se jeta un plaid sur les épaules pour aller boire un verre d'eau dans la cuisine.

La cuisine était éclairée. Hermione y feuilletait un livre racorni devant une tasse de chocolat chaud.

« Tiens, Harry, tu ne dors pas ? »

Elle fit un geste de la baguette et une casserole remplie de chocolat chaud se souleva et remplit une nouvelle tasse. Hermione referma son livre, prête à discuter si l'envie le prenait. Harry se laissa choir en face d'elle.

« Je me pose trop de questions. Pourquoi j'ai l'impression que ma vie m'échappe tout le temps ? J'ai l'impression que je ne contrôle rien. Pourtant, on est partis et… on a fait ce qu'on voulait. Je voulais partir, Ron et toi aussi. Et pourtant… J'ai l'impression que rien ne dépend de moi. On est en Bulgarie et on squatte chez un éleveur de dragons et une fille de Mangemorts, on joue au Quidditch avec des joueurs professionnels, je fais de la magie sans baguette et Ron cuisine comme un elfe… Ça me paraît un peu irréel. »

Il laissa passer un temps.

« Et Krum nous a laminés. »

Hermione rit de bon cœur :

« Encore heureux, c'est son métier !

- J'avais l'espoir que mon talent naturel ferait merveille face au charisme bulgare. Mais non. »

Il but une gorgée de chocolat attiédi : il était amer, sans sucre, comme il l'aimait. Un rare point commun culinaire qu'il partageait avec Hermione. Ron préférait les choses sucrées : pour lui, chocolat devait rimer avec sucré (ce qui n'est bien sûr pas le cas, mais Ron aimait les causes perdues).

Hermione laissa passer un temps :

« Tu sais, je crois qu'il faut que tu arrêtes de vouloir une vie normale. »

Alors qu'Harry la regardait avec des yeux ronds, prêt à démentir, elle se reprit :

« Même chez ton oncle et ta tante, tu avais une enfance hors du commun. Tu dormais sous l'escalier ! Tu étais mal nourri, à peine vêtu. Ce n'est habituellement pas le lot des enfants moldus. Je pense que, dès le départ, tu as vécu de l'extraordinaire. Tu dois rechercher ça, sans le savoir.

- Ou alors je suis destiné à vivre ça, corrigea Harry, en pensant aux terribles prédictions qu'il avait essuyées de sa 3e à sa 5e année.

- Tu sais en quelle estime je tiens les prophéties et la divination, même si certaines paroles de Trelawney se sont avérées. Peut-être qu'il faut que tu acceptes que tu es hors-norme. »

Harry n'avait pas pensé à ça. Il avait toujours recherché à fuir la célébrité et à ne pas se faire remarquer. Et en même temps… N'avait-il pas cherché les ennuis dès la 1ère année, en se promenant dans les couloirs avec un dragon sous le bras ? N'avait-il pas voulu régler, avec Ron et Hermione, le cas de la Chambre des Secrets, sans qu'on lui ait rien demandé ? N'avait-il pas volontairement défié l'ordre et le règlement à Poudlard pendant six années ? C'était à lui que, sans le savoir, les jumeaux avaient légué ce qui lui revenait de droit, la Carte du Maraudeur, parce qu'il se montrait beaucoup trop tête brûlée et qu'il voulait se promener à Pré-au-lard pendant sa 3e année. Ils étaient les trois Gryffondors qui avaient fait perdre le plus de points à leur maison (et le plus gagner, merci Hermione).

Il devait le reconnaître : il recherchait les ennuis. Il voulait vivre quelque chose d'exceptionnel. Il voulait que chaque moment soit inoubliable.

Une sérénité qu'il n'avait encore jamais ressentie commençait à se diffuser en lui, comme si intellectualiser cette notion d'amour du risque l'apaisait.

« Tu le sais depuis quand ?

- Qu'avec Ron, vous cherchiez à enfreindre le plus grand nombre d'articles du règlement de Poudlard ? Depuis le mois de septembre de première année…

- Et tu nous en as dissuadés au début. Mais après…

- Je crois qu'au fond je recherchais la même chose que vous, répondit Hermione, pensive. Ron cherchait à se différencier des autres Weasley, toi à vivre le monde sorcier à fond. Quant à moi, avec vous, je me sentais utile. Mes connaissances servaient à quelque chose.

- Que veux-tu dire ?

- Faire des trucs interdits m'a permis d'aller plus loin dans la magie, d'essayer de nouvelles potions, comme le polynectar, ou de nouveaux sorts, comme avec l'AD. C'était super pour moi, de sortir des sentiers battus et d'être confrontée à autre chose qu'à ce que je trouve dans les livres ou dans les salles de cours. D'ailleurs, à propos de livres… »

Hermione montra à Harry la couverture du livre qu'elle était en train de lire. Il y avait un titre en runes, traduit juste en dessous : Transfert magique : théorie et confrontations. L'auteur du livre était S. S.

« Où as-tu trouvé ça ?

- À la bibliothèque des Langues-de-plomb.

- Et tu l'as emprunté ?

- Oui.

- Légalement ?

- Pas vraiment. »

Harry tiqua :

« L'aurais-tu volé ?

- En quelque sorte, répondit Hermione en rougissant. Je t'avais emprunté ta cape d'invisibilité pour aller tranquillement faire un tour dans la bibliothèque du Département des Mystères, sans être dérangée. Et j'ai trouvé plusieurs livres intéressants, traitant de magie noire et autres, donc réservés aux chercheurs. Donc je l'ai glissé dans mon sac. Mais je le rendrai en bon état, ne t'inquiète pas.

- Hermione, voler des livres ? J'aurai tout entendu. » lança une nouvelle voix.

Harry et Hermione se tournèrent vers Ron, qui entrait dans la cuisine.

« Personne ne dort dans cette baraque ? Oh chic, du chocolat chaud !

- Je croyais que je ne t'avais pas réveillé, remarqua Hermione.

- Tu sais très bien que je ne dors pas si tu n'es pas là. Je me suis réveillé dès que tu es partie, et j'arrivais pas à me rendormir. Autant venir voir ce qui se passe en cuisine. »

Il se servit une tasse, y ajouta trois cuillers de sucre et s'installa à côté d'Hermione.

« Faites comme si je n'étais pas là, ronronna-t-il en lorgnant sa tasse. Vous en étiez à Hermione qui vole des livres au Ministère, si mes souvenirs sont bons.

- Je ne les vole pas, je les emprunte à long terme…

- S. S., c'est qui ? Severus… Snake ?, s'interrogea Harry, en imaginant l'animal emblème de la maison de Rogue.

- Sophie Sapienter. »

La tasse d'Harry claqua contre la table : le sorcier l'avait lâchée.

« La Langue-de-plomb du Ministère ?

- En personne. Elle travaille sur le transfert magique. Et avant que tu poses des questions, sache que les thèses des Langues-de-plomb sont écrites en runes, et que j'en suis encore au stade de la traduction.

- Pourquoi sont-elles écrites en runes ? C'est illisible.

- Illisible pour toi, mon cher. Les thèses sont écrites en runes pour qu'elles puissent être lues par tous les chercheurs du monde. Enfin, c'est ce que Makhé m'a dit. »

Harry digérait ces nouvelles informations. Il décida de se servir une nouvelle tasse de chocolat chaud et, dans la foulée, d'une part de gâteau chocolat/orange confite qui traînait sur le plan de travail. Étant un bon ami, il coupa une part pour Hermione qui ne rechigna pas à planter ses dents dedans et, étant un très bon ami, il coupa un bon tiers du cake pour Ron, qui l'attaqua avec enthousiasme.

« Et donc, ce livre ?

- Il traite des transferts magiques, comme la création d'Horcruxes ou les transferts de puissance magique de personne à personne ou à créature, comme les Détraqueurs qui te prennent ton énergie vitale, donc ton âme et ta magie.

- Je croyais qu'un Horcruxe était chargé d'une partie de l'âme de la personne qui l'avait créé !

- Oui, mais pas que, expliqua Hermione. Tu as bien vu que les Horcruxes qu'on a détruits étaient aussi chargés magiquement. Le médaillon s'est débattu quand Ron a voulu le détruire, Nagini n'était pas un serpent ordinaire, la coupe m'a montré des choses que je n'aurais jamais voulu voir, le carnet avait carrément recréé une émanation de Tom Jedusor, avec l'aide de la puissance magique et de l'âme de Ginny !

- Tu voudrais dire que chaque Horcruxe était chargé de la puissance magique de Voldemort ? Ou en tout cas d'une partie de sa puissance ?

- C'est la théorie de Sapienter, et pour l'instant j'abonde dans son sens. Sapienter n'a jamais vu d'Horcruxe, elle en reste donc à des suppositions. Mais il y aurait, dans tout objet magique, une sorte de transfert magique qui se fait. Elle prend l'exemple du tableau sorcier : on anime un personnage et on lui donne une ressemblance caractérielle avec la personne qu'on a représentée. Le peintre transmettrait donc une partie de sa puissance magique à la toile qu'il peint, ce qui permettrait au personnage peint d'être animé. »

Harry réfléchit cinq minutes avant de reprendre :

« Mais à un moment, il ne te reste plus de puissance magique, non ?

- Dans un tableau, la charge de magie est trop faible pour que ça atteigne trop le peintre. Mais les plus vieux peintres ont apparemment moins de magie en eux. Regarde Ollivander : il paraît beaucoup plus vieux qu'il ne l'est réellement, puisqu'il fabrique des baguettes et qu'il insuffle dans ses baguettes une parcelle de sa magie. »

Les informations parvenaient en tirs irréguliers au cerveau d'Harry. Ce fut Ron qui fit enfin la remarque qui bourdonnait dans sa tête sans qu'il parvienne à la mettre en mots :

« Mais, ça veut dire qu'Harry, quand il était un Horcruxe…

- Était chargé de la puissance magique de Voldemort, oui. Ce qui a décuplé sa puissance magique. Et ce qui lui permettait de discuter avec des serpents.

- Ce n'était pas mon côté Horcruxe ?

- Non, le côté Horcruxe aurait eu plus d'influence sur les visions de ce que faisait Voldemort et ce qu'il ressentait. Mais tout ce qui est de nature magique serait lié à cette idée de puissance magique dans l'objet. Enfin, voilà où j'en suis dans mes réflexions. J'en ai discuté avec Makhé pour avoir son avis, et pour l'instant elle me suit. »

Le visage de Ron exprima un doute intense :

« Tu n'as pas peur qu'elle fasse mauvais usage des connaissances que nous avons ? C'est de la magie noire, très noire puisque ça touche à la magie des personnes.

- Non, répliqua Hermione. Elle est soumise à une Promesse de Réserve à la Mag'fac, puisqu'elle est chercheur, et j'ai doublé le tout avec un Serment Inviolable. Elle ne dira rien. »

Ron émit un sifflement admiratif :

« Tu penses toujours à tout, je suis impressionné. »

Harry opina pour montrer son assentiment. Hermione rougit sous le compliment et reprit :

« Donc, pour l'instant, on en est là. Je cherche le lien entre puissance magique et transfert d'âme. Les problèmes que tu éprouves avec ta magie pourraient être liés au fait qu'une partie de ta puissance magique a bougé après que ta partie Horcruxe a disparu. Une partie de la puissance d'un des sorciers les plus puissants de l'Angleterre qui disparaît, ça a dû chambouler ta magie. Du coup, elle ferait des siennes. Mais Makhé a dit que ta magie était très puissante. Ce serait bizarre qu'elle ait diminué. Et il y a un autre problème…

- Oui ? »

Harry craignait le pire : Hermione avait la tête de celle qui va annoncer une mauvaise nouvelle (à une époque, c'était cette tête qu'elle avait quand elle avait un Acceptable dans une matière).

« Tu aurais dû mourir, Harry. Les Horcruxes ne se sont pas remis de leur destruction. Le journal était troué, la bague fichue, le médaillon détruit, le serpent est mort, la coupe est devenue tordue, le diadème a fondu… Tu aurais dû être détruit, comme eux !

- On dirait que ça te chagrine qu'il ait survécu, remarqua Ron.

- Ce que je veux dire, c'est que ta magie peut aussi fluctuer à cause de cette… altération que tu as dû vivre. Une partie de toi a été détruite cette nuit-là. Tu es donc possiblement abîmé à un endroit, comme les autres Horcruxes. »

Harry trouvait que ce n'était pas du tout chouette d'avoir des éléments de réponse à ses questions. Il aurait presque préféré rester dans l'ignorance. Être abîmé par Voldemort, comme si cela n'avait pas suffi de se faire tuer et d'avoir vu ses amis souffrir ou mourir ! Il n'en aurait donc jamais fini avec le mage noir !

Hermione triturait sa cuiller.

« Je suis désolée de te démoraliser, Harry. Ce ne sont que des théories, tu sais. »

Harry se leva :

« Bon, je vais ruminer ça dans mon lit. Dans mon canapé, plutôt. Enfin, sur ma cuisse de dragon. Je ne sais pas si j'arriverai à dormir, mais le chocolat était bon.

- Attends, je vais te trouver un bon livre qui change les idées. » lui proposa Ron.

Il l'accompagna dans le salon et farfouilla dans le bas de la bibliothèque de Charlie et Makhé. Il trouva une vieille bande-dessinée sorcière : les images essayaient de sortir des cases.

« Les aventures de Merlin le merlan. Ça a l'air vachement intellectuel, remarqua Harry.

- C'est les aventures d'un merlan qui s'appelle Merlin.

- Incroyable, je n'aurais pas deviné…

- C'est inspiré de la vie du vrai Merlin, le sorcier qui a aidé le roi Arthur, avant que celui-ci le trahisse. Bon bien sûr, c'est sous la forme d'un poisson. Et Morgane la morue est super drôle ! Allez, bonne nuit, vieux. »

Ron quitta la pièce. Harry commença à feuilleter la bande-animée. Il sentit qu'il allait pouvoir y passer le reste de la nuit.

Et finalement il s'endormit à la page 53.