Chers lecteurs,
Aujourd'hui c'est le printemps ! Chouette. Un chapitre un peu plus léger pour cette charmante journée marquée par le sceau des bourgeons verdoyants et des premiers émois adolescents.
Le petit bouton "review" n'entraîne pas de forte dépendance et ne nuit pas à la santé de vos spermatozoïdes, n'hésitez donc pas à cliquer dessus ! Merci aux lecteurs qui me donnent leurs impressions, c'est toujours un grand plaisir de vous lire.
Merci à Nicto pour la relecture.
Portez-vous bien, attention aux rhumatismes, à mardi,
Al
« Explique-toi, proposa Harry.
- On ne trouve pas d'explication logique dans les livres sorciers. Ron m'a mise sur la piste en faisant le lien entre sorciers primitifs et dieux moldus. L'explication se trouve donc dans les mythes moldus.
- Tu crois que les Moldus en savent plus sur notre histoire ?, demanda Ron.
- Pourquoi pas ? Ils ont décrit des phénomènes qu'ils ont vécus, avec leurs mots, et ont essayé de rationaliser le tout. En les classant dans les histoires mythologiques, les Moldus ont permis aux sorciers de continuer à être cachés. Les Moldus croient peu aux histoires qu'ils racontaient. Les dieux tenaient plus de la superstition qu'autre chose.
- Et donc ? Le lien avec la puissance magique ?
- J'y viens. Les mythes moldus ont une légère tendance à se recouper. On trouve plusieurs déluges, plusieurs mariages entre frère et sœur divins, des parricides et des demi-dieux. Les demi-dieux sont les Sangs-mêlés de l'époque : les enfants d'un sorcier primitif et d'un humain normal. Donc, si les demi-dieux renvoient aux métisses de l'époque, alors les mariages entre frère et sœur renvoient aux Sangs-purs. Et, à côté des dieux, on peut diviniser de simples mortels : ce seraient les Nés-moldus.
- Là tu nous parles métaphoriquement, pas de ce qui s'est réellement passé. On reste dans la comparaison.
- Oui. Les termes ont changé mais la réalité est la même. En gros, dans les mythes moldus, il y a déjà la description métaphorique de la société sorcière. »
Elle but une gorgée de son orangeade avant de reprendre. Ses deux amis étaient pendus à ses lèvres.
« Donc, supposons que les dieux primitifs aient la magie avec eux. Au tout début, ils se séparent les pouvoirs.
- Pardon ? »
Ron paraissait perdu. Harry décida d'expliquer ce dont il se souvenait :
« Pour les Grecs, Zeus prend le pouvoir sur le ciel, Hadès sur les morts et Poséidon sur la mer et la terre. En gros, ils se partagent les espaces.
- Et les capacités, ajouta Hermione. Donc il y aurait, au tout début, un potentiel magique donné que les dieux, petit à petit, se seraient partagé.
- En en donnant à eux et à leurs enfants demi-dieux, soit demi-sorciers, compléta Harry, qui commençait à voir où elle voulait en venir.
- Et, plus le temps passe, plus il y a d'enfants, plus il y a de sorciers, plus il y a de gens qui utilisent ce capital magique. Comme ils sont plus nombreux à l'utiliser, ils en utilisent de plus petites parties. C'est ainsi que le potentiel magique diminue chez les sorciers.
- Et les Sangs-purs voudraient garder leur potentiel entre eux, d'où mariages consanguins et autres, comprit Ron. Mais alors, comment se transmet-on ce potentiel ?
- C'est là où ça pèche. Il y a forcément une part par la filiation, puisque les enfants de sorciers sont majoritairement sorciers.
- Mais, comme les héros humains divinisés après leur mort, il y a des sorciers nés parmi les humains normaux.
- Et ces héros paraissent plus puissants que leurs pères, puisque le but était de se montrer plus vaillant que ses parents pour se montrer digne fils de son père. »
Harry commençait à avoir la migraine. Il voulut conclure, mettre au propre dans sa tête ce qu'il avait compris :
« Donc… Les sorciers se partagent un unique potentiel magique depuis la nuit des temps. Ce potentiel se transmet soit par filiation, soit par autre chose.
- Et en théorie, le potentiel magique devrait aller en diminuant s'il y a de plus en plus de sorciers, ajouta Hermione. Ce qui est illogique, puisque certains sorciers aujourd'hui sont aussi puissants que des sorciers il y a trois cents ans.
- Est-ce que tu as compté les Cracmols dans ton équation ? » demanda Ron.
Hermione lui lança un sourire radieux et se jeta presque à son cou :
« J'avais oublié ! Mais même comme ça, on reste trop puissants. Ou on est moins nombreux que ce que je pense, ou les sorciers primitifs étaient vraiment surpuissants. »
Ce dernier rougit sous le compliment.
« Mais les dieux ne sont pas censés être immortels ? Les sorciers ont toujours été mortels, objecta Ron.
- Ils ont pu vivre simplement tellement longtemps qu'on les a dits immortels, mais ils ont fini par mourir, proposa Hermione.
- Et si les héros s'illustraient par de hauts faits pour être divinisés, comment expliquer que les sorciers naissent sorciers, même parmi les Moldus ?
- Là je ne sais pas. Ce sont les questions que nous devrons aborder. Et à mon avis, il faudra aller à la Mag'fac pour en discuter plus longuement. »
Harry approuva : il sentait qu'il pourrait trouver plus intéressant à la Mag'fac. Il progressait avec Makhé, et cette dernière retournait à l'université sorcière dans quelques jours. Ce serait l'occasion d'en apprendre encore plus sur la magie !
OoO
Quand ils rentrèrent à l'Antre de Fafnir, ils trouvèrent Charlie et Makhé en train de se disputer. Charlie était d'un calme olympien, comme à son habitude, mais la voix de Makhé partait dans des aigus fort désagréables :
« Un dragon ? Weasley, quand on a commencé cette coloc', c'était clair et net qu'il était interdit de ramener du travail à la maison !
- Allez, c'est juste pour une nuit !
- Il va foutre le feu à la baraque !
- Il est dans le jardin, se défendit Charlie. Et il ne crache pas encore de feu, il est inoffensif.
- Inoffensif ?, s'étouffa Makhé. Un dragon ? Il a déjà grignoté les pieds de la table et du canapé ! Et bouffé la moitié des serpenlierres dans le jardin !
- On dérange ?, lança Ron, hésitant. On peut repasser, si vous voulez… »
Makhé claqua :
« Ah ben v'là les héros du jour ! En plus d'un bébé dragon on va se coltiner les stars de Grande-Bretagne.
- C'est pas nouveau, pourquoi ça t'énerve ? » demanda Harry, inquiet.
Charlie lui lança un exemplaire de la Gazette du sorcier. À la une s'étalait une photo de Harry surmontée d'un carton : Un futur mage noir bientôt de retour.
Harry fronça les sourcils : il n'avait aucune raison de retourner en Angleterre. Hermione prit le journal et lut l'article à voix haute :
« Harry Potter, le Par-deux-fois-survivant, en exil sur le continent, a assuré à ses plus proches amis qu'il serait de retour pour prendre le pouvoir en Angleterre dans les plus brefs délais. Le Sauveur du monde sorcier aurait indiqué qu'il compte revenir à la fête d'Halloween, quand les ombres et les fantômes sont au plus près et qu'il est beaucoup plus facile de pratiquer de la magie noire. Nos sources nous ont indiqué qu'il se trouvait présentement à Dursmtrang, la fameuse école où la magie noire est inscrite sur les programmes scolaires. Nos collègues du Chicaneur, si on peut vraiment les appeler collègues, paraissent beaucoup moins regardants que nous pour embaucher leurs journalistes : le Survivant, futur mage noir, a écrit un article pour eux dernièrement. En effet, maintenant que Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom est mort, le plus fidèle adepte d'Albus Dumbledore semble bien parti pour dominer, si ce n'est le monde, au moins l'Angleterre. Il travaille à l'endoctrinement des esprits en écrivant des articles pour le torchon des Lovegood et nous annonce qu'à Durmstrang, on n'étudierait pas la magie noire et qu'il faudrait arrêter de confondre les différentes magies, comme s'il était qualifié pour nous apprendre quelque chose du haut de ses dix-huit ans. Rappelons qu'il n'a jamais passé ses ASPICs, sachant d'avance qu'il n'avait pas le niveau. Encore une fois, "l'Élu" se sent supérieur et veut montrer que lui seul a raison quand la terre entière a tort. Il aurait par ailleurs pactisé avec l'héritière Lestrange, fille de la bien connue Bellatrix, la sorcière la plus dangereuse de sa génération après Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Harry Potter aurait-il perdu la boule ? »
Rita Skeeter avait encore frappé.
« Quelle trolle !
- L'Angleterre est maintenant au courant que Makhé existe. Super, commenta Charlie.
- Ce n'est pas le pire. Le monde sorcier va être persuadé que tu as perdu la boule, compléta Ron, assombri. Depuis tout ce temps, tu avais réussi à cacher ton jeu, petit coquin… »
Harry jeta le journal sur la table basse :
« J'ai l'habitude que les journalistes me retombent dessus, je n'en ferai pas un steak.
- J'admire ta résignation, Potter, grinça Makhé. Pour ma part, je n'ai pas besoin de publicité supplémentaire. Rien que mon nom en refroidit certains…
- Bon, tout ceci se passe en Angleterre. Nous n'avons pas à nous en faire. »
Le ton calme de Charlie les apaisa tous.
« On doit parler d'un autre problème, Weasley. Un dragon ? Non mais un boutefeu t'a grillé le cerveau ? »
Sentant la dispute se raviver, les trois intrus battirent en retraite. Ron glissa :
« J'ai la désagréable impression d'avoir déjà vécu cette dispute entre mes parents… »
Hermione décida de passer à Corbak récupérer les derniers numéros de la Gazette. Elle ne fut pas déçue :
« "Le survivant et l'attrapeur", titre la Gazette d'hier, claironna-t-elle à peine eut-elle transplané dans le jardin de l'Antre de Fafnir, dans lequel Harry et Ron échangeaient des souaffles.
- Et alors ?
- Ils croient tous que tu sors avec Viktor ! Ça va lui faire une publicité de dingue !
- En Angleterre, pas en Roumanie, répliqua Ron, en lançant le souaffle à Harry.
- Il y a un problème ! Harry, tu signes bien les articles du Chicaneur avec ton nom ?
- Oui, répondit Harry, en passant au-dessus de Ron, le souaffle coincé sous le coude.
- Comment Skeeter peut-elle savoir ce que tu comptes faire ou non ? »
Harry comprit qu'Hermione se posait de graves questions. Il se posa, suivi de près par Ron.
« Dis-moi ce qui te tracasse.
- Skeeter connaît trop d'infos sur toi. Elle titrait il y a quelques jours "the boy who smokes", "apprenti en magie noire" et "le transfert de fou".
- Et alors ? Qu'elle raconte ce qu'elle veut, je n'en ai rien à faire.
- Il y a des choses qu'elle sait puisqu'elle est journaliste. Les articles que tu fais pour le Chicaneur peuvent lui donner des informations supplémentaires. Mais tu n'as jamais dit au Chicaneur que tu t'étais mis à fumer du champifleur (habitude détestable, d'ailleurs), que tu pratiquais la magie pure et que tu comptais rentrer en Angleterre bientôt ! »
Harry tiqua. Les raisonnements d'Hermione étaient justes.
« Et donc ? Tu crois qu'un de nos amis parle aux journalistes ?
- Non, je pense qu'on agresse Coucou. »
Ron se mit à applaudir lentement :
« Bravo Harry, la montée en puissance dramatique de la situation a été totalement annihilée grâce au nom débile que tu as trouvé pour ton hibou. »
Harry réfléchissait : c'est vrai que Coucou avait paru plus fatigué ces derniers temps, et Harry avait mis ça sur le compte des kilomètres qu'il parcourait, puisqu'il faisait au moins une fois par semaine le trajet Bulgarie-Angleterre. Mais s'il devait chercher d'autres raisons…
« Mais nos lettres sont toujours codées…
- Pas toujours. Te connaissant, à tous les coups tu t'es relâché depuis qu'on a quitté l'Angleterre. Ou les personnes qui t'ont écrit se sont relâchées. »
Le cerveau d'Harry pédalait dans la marmelade. Il essayait de se souvenir des dernières lettres qu'il avait pu envoyer. À Luna principalement, à Ginny, à Neville, et de temps en temps à Molly Weasley.
Dernièrement, Ginny lui avait envoyé un mot dans lequel elle n'avait effacé aucun nom et avait parlé de Bulgarie, de Krum et d'entraînement à balai.
« Il va falloir recommencer à coder nos lettres, se reprit-il.
- Oui. Surtout après avoir lu cet article. »
Hermione lui tendit en gloussant une coupure de journal tirée de Sorcière hebdo. On pouvait y lire : "Harry, bourreau des cœurs".
« Bourreau des cœurs ? Quel est ton tableau de chasse ?
- Arrête de glousser, Ron. Ça ne va pas te plaire. L'article prétend qu'en plus de Ginny Weasley et d'Hermione Granger, tu fréquentes dorénavant Viktor Krum.
- Ce n'est pas une nouveauté. Skeeter avait trouvé le scoop avant.
- Le scoop, c'est qu'en conséquence on suppose que ton amitié avec le benjamin Weasley est de même nature qu'avec la benjamine. »
Harry éclata de rire alors que Ron rougissait jusqu'aux oreilles.
« Harry et moi, en couple ? Mais où vont-ils chercher ça ?
- Tu sais que les sorcières écrivent des histoires où votre petit couple fait des ravages, ajouta Hermione. Ils en ont même publié quelques unes dans les pages courrier des lecteurs de Sorcière-hebdo.
- Et tu lis ça, toi ?, demanda Ron, estomaqué.
- Ça me détend.
- Tu vois ce que ça fait d'être sous les feux des tabloïds, répliqua Harry, gloussant toujours. C'est le revers de la célébrité. »
Ron grimaçait et faisait semblant de vomir en lisant l'article. Hermione n'y tint plus non plus et explosa de rire.
« Comment peuvent-ils imaginer qu'on est ensemble ? Ils vont inventer quoi après, la demande en mariage ?
- Ou Harry enceint ! »
Ce fut le coup de grâce. Ils s'écroulèrent.
Ce fut dans cet état que Charlie les trouva. Le dragonnier passa dans le jardin, en tenant un petit norvégien à crête sous le bras. Le dragonneau, qui mesurait la longueur d'un bras humain, regardait partout, apeuré. Charlie lui susurrait des mots doux qui ne paraissaient pas rassurer l'animal. Quand Harry vit le désarroi du reptile, il arrêta de rire.
« Alors, Charlie, tu as réussi à faire entendre raison à Makhé ? Tu vas pouvoir héberger la bête ?
- J'ai trouvé des arguments convaincants, répliqua Charlie en se laissant tomber à côté d'eux et des pages de journaux éparses sur l'herbe jaunie. Makhé est bizarrement plus réceptive à des arguments qui ne font pas appel à son intellect.
- Ne nous en dis pas plus, grimaça Ron.
- Il s'appelle comment ?, demanda Hermione, en train de caresser l'arrière de la tête du dragon.
- Brad, ne me demande pas pourquoi, répondit Charlie. C'est Makhé qui a choisi. Elle m'a dit qu'il lui donnait chaud comme le vrai. Je n'ai pas tout compris. »
Hermione sourit, comme si elle était la seule à comprendre la blague de Makhé. Ce qui était probablement le cas.
« Pourquoi est-il là ?
- Sa mère est tombée malade, on a déjà perdu un de ses frères. Normalement sa sœur n'est pas contaminée, on l'a tout de même mise en quarantaine. Je ne pouvais pas le laisser seul à la réserve. Il avait l'air tout triste. »
Harry songea que Charlie ressemblait étrangement à Hagrid quand il parlait avec tendresse de créatures dangereuses, voire mortelles. Il observa Brad, qui s'enhardissait et se promenait entre eux. Il lui murmura :
« Tu vois que tu n'as pas peur. Ici on te traitera bien. »
Le silence qui suivit sa déclaration lui sembla immédiatement anormal.
« Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Tu as parlé fourchelangue !, s'exclama Ron. C'était pas censé disparaître ?
- Quoi ? »
