Chers lecteurs,

Merci à Nictocris pour sa relecture et ses conseils pour rendre ce chapitre crédible.

Merci à vous pour vos mots et autres attentions (une étoile ou un folloeil).

Portez-vous bien, attention, ne faites pas tomber votre tisane sur un clavier d'ordi, il risque de ne pas apprécier, à mercredi,

Al

PS : you know what :

Oreste le Guest (ouh encore du changement et en plus je case une réf mythologique) : ne t'inquiète pas, tu entendras de nouveau parler de rogue (pas tout de suite, mais ça viendra). merci pour ta review !

Drou : merci pour ta review ! (surnom de cassandrou ? alexandrou ?)


Harry toqua vigoureusement contre la porte d'Hagrid. Il sentait la colère bouillonner en lui : la conversation avec Dumbledore lui avait confirmé ses pires pensées.

La porte s'ouvrit sur une personne aussi mal coiffée que le demi-géant, mais moins barbue et beaucoup plus petite.

« Salut Harry, c'est drôle de te voir là.

- Salut Luna, tu vas bien ?

- Oui. Hagrid est parti chercher de la viande. Un Sombral est malade, il essaie de le soigner. Comme il est le seul à pouvoir se promener dans la Forêt interdite, à cause des araignées géantes, des centaures et des ronflaks, il m'a laissée garder la maison. Tu veux du thé ? »

Harry suivit Luna à l'intérieur de la cabane. Crockdur le regarda avec des yeux ronds tout en continuant de mâchouiller un os : l'animal, bien que dépourvu d'un intellect sur-développé, avait dû le reconnaître. Luna se hissa sans mal sur une chaise monumentale : ses pieds ne touchaient pas terre. Harry s'installa en face d'elle et se fit servir une tasse de ce thé amer, brûlant et beaucoup trop infusé cher à Hagrid. Il saisit un casse-dents dans la boîte à biscuits et essaya de lancer la conversation. Comme d'habitude, elle dévia en deux secondes. Avec Luna, Harry ne contrôlait pas ce qu'il disait, c'était maladif.

« Dumbledore m'a menti.

- Ce n'est pas nouveau, répondit Luna, rêveuse. Il a toujours été un maître en cryptomagie.

- Il avait pour plan de me faire tuer, continua Harry sans relever les élucubrations (ou non) de Luna. Il était prêt à me tuer, pour le plus grand bien, bien entendu. Il a toujours su mieux que tout le monde ce qu'il fallait faire. J'aurais dû y rester si tout s'était passé selon ses plans.

- Mais tu n'es pas mort, ou en tout cas tu es revenu. Comme un phénix.

- Dumbledore a failli me priver d'un outil qui m'a sauvé la vie ! Il voulait ma mort !

- Il est mort, Harry. Ça ne sert à rien de t'énerver comme ça ! »

C'était bien ce qui gênait Harry. Il est beaucoup plus facile de conserver de la rancune pour un vivant que pour un mort. Il y a six mois, il discutait avec lui sur le quai de King's Cross.

Il y a un an, il lui faisait confiance.

Harry voulait lui en vouloir. C'était plus fort que lui. Il essaya d'argumenter.

« J'ai discuté avec son tableau !

- Qui ne reste qu'un tableau. Si c'étaient de vraies personnes, j'aurais pu parler avec ma mère. Les morts doivent rester derrière le voile. »

Harry sentait que sa magie spontanée commençait à passer ses barrières mentales et physiques. Luna dut s'en rendre compte puisqu'elle lui proposa :

« Veux-tu aller dehors laisser ta magie s'exprimer ?

- Je suis si transparent que ça ?

- Tes cheveux fument. À moins que tu aies rencontré un rhinofumeux, ça vient de toi… »

Harry obtempéra. Ils sortirent tous deux de la cabane.

« J'ai peur de laisser…

- Tu es à Poudlard, le coupa Luna. Tu n'as rien à craindre. Ni pour toi ni pour moi. »

Il se laissa tomber par terre et s'assit en tailleur. Des flammes commencèrent immédiatement à lui lécher les poignets. Sa magie à fleur de peau voulait le contrôler et s'exprimer, se laisser aller. Faisant juste attention à ce que les flammes ne se dirigent pas vers la cabane d'Hagrid, il laissa sa magie sortir de lui. Des flammes dignes d'un feudeymon caracolèrent de partout. Luna jeta un puissant Aguamenti sur des flammèches qui s'approchaient un peu trop de la cabane du garde-chasse. Harry le remarqua et décida qu'elle avait suffisamment les choses en main pour qu'il se lâche un peu plus.

Il appliqua les conseils de Makhé et essaya de changer sa magie spontanée, créée par sa colère, en magie pure. Il essaya de modeler les flammes par la force de sa volonté en animaux : un phénix, un loup, une tortue apparurent, éphémères créatures qui, comme les nuages qui changent de forme, ne gardaient leur forme qu'un court instant. Cela faisait penser aux Patronus. Luna s'émerveillait de ce qu'il faisait, notamment quand une autruche enflammée courut vers elle. Le fait de se pencher sur la création d'animaux fit petit à petit oublier à Harry les raisons de sa colère.

« Harry ! »

Une voix aiguë le tira de sa rêverie allumée. Les flammes disparurent, laissant des traces noires de suie sur le sol. Il tourna la tête vers la personne qui arrivait à toute vitesse vers lui.

« Ginny ?

- Harry ! Tu vas bien ?, demanda-t-elle, inquiète. Qu'est-ce qui se passe ? C'est toi qui as fait ça ?

- Euh… oui ?

- Tu as failli mettre le feu à la maison d'Hagrid !

- Non, ne t'inquiète pas, je contrôlais, corrigea Harry. Et Luna veillait. »

L'unique fille Weasley se précipita vers lui, paraissant ne pas l'avoir entendu ni avoir remarqué la Serdaigle.

« Tu as des tendances pyromanes ? Le médecin Freund nous a dit que c'était possible, que ça pouvait arriver à tout moment ! Il a dit que tu devais canaliser tes instincts de destruction ! »

Harry fronça les sourcils : Zigmunt Freund était un psychomage de Sainte-Mangouste qui, en première approche, lui avait dit qu'il était son ami et qu'il ne voulait que son bien, ce qui avait, bizarrement, poussé Harry à ne pas lui faire confiance, mais alors pas confiance du tout. La preuve, son bureau ne s'était toujours remis de sa rencontre avec Harry. Que Ginny fasse appel à un médecin dont il se méfiait pour lui dire des âneries eut comme conséquence de l'énerver de nouveau, alors qu'il avait réussi à se calmer.

Ce fut Luna qui s'avança pour essayer de brasser la potion avant qu'elle ne tourne :

« Ginny, Harry avait juste besoin d'extérioriser sa magie. Il n'a pas l'intention de brûler l'Écosse. J'étais là pour l'aider s'il y avait un dérapage. Mais de toute façon, il savait ce qu'il faisait.

- Tu crois pouvoir l'aider, avec ta puissance magique ? Il a vaincu Tu-sais-qui et tu crois pouvoir être meilleure que lui ? Contrôler Harry Potter ? Il est trop puissant pour toi !

- Mais… Pourquoi me contrôler ?, demanda Harry, circonspect.

- C'était tellement joli, répondit Luna, en se baissant pour cueillir une pâquerette sous les cendres. Il y avait une farandole d'animaux, on se serait cru à un festival de jeux follets !

- Il est aussi puissant que Dumbledore ! Il est le Vainqueur de Tu-sais-qui, le Sauveur du monde sorcier ! »

Harry entendit les majuscules, et n'était pas sûr que ça lui plaise. Il venait de comprendre quelque chose de fondamental : Ginny lui paraissait étrangère. C'était comme si un voile qui était devant ses yeux depuis des années se déchirait d'un coup. Elle restait la petite sœur de Ron, de Charlie, de Bill, des jumeaux, mais elle devenait la sœur de Percy. Une Weasley intéressée par la notoriété.

« Ginny, il faut qu'on parle. »

Cette simple phrase eut le don de faire taire immédiatement les deux filles. Luna prit les devants : « Je vais chercher Hagrid. », et elle s'éclipsa.

Harry observa Ginny. Elle semblait hésiter entre la tristesse et la colère. Elle ne pleurerait pas (Ginny ne pleurait presque jamais, et encore moins depuis la mort de Fred), mais Harry sentait qu'elle serait capable de se mettre dans une rage noire avant qu'il ait eu le temps de dire Quidditch.

Harry préféra, en bon Gryffondor, y aller franchement.

« Ginny, ça va trop vite. C'est compliqué en ce moment. J'ai besoin de temps pour moi. Faut qu'on fasse une pause.

- De quoi parles-tu ? »

Elle paraissait sincèrement ne pas comprendre de quoi il parlait.

« De nous deux. C'est trop dur. Je n'y arrive plus. »

La réaction de Ginny fut telle qu'il l'avait imaginée. Son regard se fit dur et elle pinça les lèvres, dans une imitation parfaite de Mrs Weasley.

« Et je peux savoir pourquoi ?

- On se dispute dès qu'on se voit ! Tu m'agresses tout le temps !

- Excuse-moi de ne pas toujours être d'accord avec le grand Harry Potter et de m'exprimer ! Tu n'as juste pas l'habitude qu'on te tienne tête ! Tu veux toujours qu'on soit d'accord avec toi ! »

Harry eut la désagréable sensation d'entendre Rita Skeeter.

« Tu rigoles ? Hermione et Ron m'ont toujours tenu tête ! Ta mère aussi ! Je m'en fiche qu'on me résiste ! C'est juste qu'avec toi, c'est tout le temps, et sur tous les sujets ! Tu me mets la pression, tu me grondes comme si t'étais ma mère et que tu savais mieux que moi ce dont j'ai besoin…

- Mais je te connais mieux que personne ! Je sais ce qui te convient !

- T'es pas ma mère, gronda Harry. Je n'ai plus de famille, et je ne t'ai jamais demandé de la remplacer. »

Entre eux se construisait un mur invisible et infranchissable. Ginny fulminait, en sentant la situation lui échapper et le mur qui faisait obstacle se consolider.

« Mais c'est pas ce que je fais ! Je veux ton bien, moi, j'ai pas envie de te blesser… Excuse-moi si je t'ai fait de la peine, mais on peut quand même continuer !

- Je sais pas. »

Le silence revint entre eux. Harry réfléchit un instant.

« En fait, je crois que le problème, c'est qu'on n'est pas d'accord. Des disputes, il y en a dans tous les couples. Mais ce sont des disputes futiles, pas importantes. Alors que nous deux, on se dispute à propos de tout, et surtout sur la manière dont on doit s'aimer. Je n'ai pas l'impression que ce soient des questions que se posent des couples qui durent. On est restés sur des amours de collégiens, Ginny. À nos âges, ça ne peut plus fonctionner.

- On dirait que, finalement, les séances de psychomagie ont payé, répliqua Ginny, acerbe. Tu parles comme eux.

- Il y aura au moins eu un avantage à ces heures passées à Sainte-Mangouste, reconnut Harry.

- Donc… tu me largues ?

- Je crois, oui. »

Elle respirait difficilement.

« Et c'est de ma faute en plus ?

- Non, c'est de notre faute à tous les deux. Ça ne fonctionne plus, c'est tout. C'est pas évident comme ça peut l'être pour d'autres. En puis en plus, c'est trop cliché que le héros termine avec la petite sœur de son meilleur ami… »

Sa faible tentative d'humour tomba à plat (il fallait vraiment qu'il prenne des cours d'humour avec Ron, pour mieux placer ses vannes). Ginny, le regard meurtrier, leva sa baguette, prête à lui lancer un de ses Chauve-furie légendaires (elle était aussi connue pour ce sortilège, qui était comme sa marque de fabrique, qu'Harry pour le sortilège de Désarmement).

Mais avant même qu'il ait pu lancer un charme du Bouclier, une voix interrompit l'imprécation de Ginny :

« Protego ! »

Ginny se tourna vers Makhé qui arrivait vers eux.

« Qui êtes-vous ?

- Une amie de Potter. Range ta baguette. », cingla Makhé, toujours aussi aimable.

Harry se sentit heureux de la voir. Il rechignait un peu à lancer un sort à son ex petite amie.

« T'oses me faire un grand discours pour te justifier alors qu'en fait tu t'en tapes une autre ? »

Ginny semblait hors d'elle. Elle avait vu l'énergie magique crépiter autour de Makhé et décidé de ne pas attaquer. Pour l'instant.

Makhé, larguée, hésita : « Moi, me taper Potter ? Non mais tu fumes quoi ?

- Non, répondit Harry. Non, je ne romps pas parce que j'en vois une autre. Que tu penses ça, ça me dépasse. Tu me crois capable de te tromper ? La confiance règne, à ce que je vois. C'est bien la preuve que ça ne fonctionnera jamais.

- Attends, mais c'est ta copine ?, demanda Makhé, narquoise. Ah ! Tu es donc la Weasley manquante ! Vu la couleur de cheveux, j'aurais pu deviner !

- Ne me parle pas, magicienne ! »

Harry tiqua : ce devait être une réutilisation sorcière de l'injure "sorcière" moyenâgeuse.

« Ne juge pas sans connaître, Ginny. »

Makhé était suffisamment Lestrange pour qu'on puisse à bon droit se méfier de ses réactions.

« Ne me donne pas de leçon, claqua Ginny. Si je suis pas ta mère, t'es pas mon père. »

Elle dut s'avouer vaincue, puisqu'elle reprit en repartant d'un bon pas vers le château :

« On en reparlera. Sans tes nouveaux "amis" qui te surveillent.

- Il n'y a rien à dire. Nous deux, c'est fini. » conclut Harry, en notant les guillemets utilisés.

Le regard qu'elle lui lança par dessus son épaule lui indiqua qu'il ferait mieux de surveiller ce qu'il allait ingérer dans les trois prochains mois. Harry remercia Makhé pour son intervention :

« J'aurais pu me débrouiller seul, mais merci. Ce n'est jamais facile de larguer quelqu'un.

- De rien, Potter. Quand tu m'as dit que tu avais des gens à voir, je ne pensais pas que tu voulais mettre ta vie en jeu en larguant la Weasley. La prochaine fois, préviens-moi.

- Je suis venu voir Hagrid, je suis tombé sur Luna, puis sur Ginny.

- La petite blonde qui était avec toi quand tu as fait du feu ?, demanda Makhé qui effaçait d'un coup de baguette les cendres dispersées sur l'herbe. Je l'ai vue à côté de toi depuis la fenêtre de la bibliothèque. C'est d'ailleurs parce que tu faisais des flammes que je suis venue voir ce qui se passait, d'habitude tu te méfies de la pyrotechnie… »

Harry se passa les mains sur le visage, poussant ses lunettes sur son front et frottant sa cicatrice au passage.

« Je ne sais pas comment ça a dégénéré. Elle s'est jetée sur moi et m'a accusé d'être dangereux. Alors que Luna ne risquait rien ! Ça m'a fait péter les plombs qu'elle m'imagine capable de blesser Luna…

- Je crois qu'elle était plus attachée à ce que tu représentes qu'à toi, dit Makhé sans avoir l'air d'en avoir quelque chose à faire. Dans sa tête, tu devais être Harry Potter, et non pas Harry. Tu es en colère contre Dumbledore ? »

Harry acquiesça.

« Tu veux reprendre ton extériorisation magique ? »

Harry opina : avec Makhé à côté de lui, il ne craignait rien. Les flammes recommencèrent de plus belle à danser, dessinant des lièvres, des cerfs et des chevaux. Harry se fit la remarque qu'il voyait les animaux totems de Luna, Ginny et lui-même. L'idée qu'il avait eue plus tôt en observant les flammes se reflétait dans ce qu'il créait à ce moment.

Il se fit la remarque que les Patronus révélaient bien une part de la personnalité de leur créateur. Ginny s'était cabrée comme un cheval quand il avait pratiqué la magie pure, Luna errait dans les plaines au gré de ses envies et de ses découvertes comme un lièvre. Il demanda à Makhé, dans l'espoir de décrypter une nouvelle partie d'elle :

« C'est quoi ton Patronus ?

- Une wyverne.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Un reptile à deux pattes avec des ailes. On appelle ça une vouivre en français. Moins badass que celui de Charlie, grogna-t-elle, presque déçue.

- Pourquoi, c'est quoi celui de Charlie ?

- À ton avis ? Un dragon. »

Harry fit apparaître une wyverne et un dragon qui se joignirent aux créatures déjà créées. Makhé rit aux éclats :

« Pas mal, Potter ! »

Elle joignit sa magie à la sienne pour faire apparaître des flammèches dans les gueules des deux animaux fabuleux. Les flammes de Makhé n'étaient pas de la même couleur que celles d'Harry, ce qui créait un joli contraste.

Un dragon amoureux d'une wyverne, cela lui paraissait aussi approprié qu'un cerf amoureux d'une biche. C'était peut-être pour ça que Lily Evans n'était jamais tombée amoureuse de Rogue : ils ne se complétaient pas. Rogue avait tellement aimé Lily Evans qu'il s'était oublié dans cet amour, contrairement à James Potter.

Il pensait beaucoup trop à ses parents et à Rogue ces derniers temps. C'était usant.

La voix d'Hagrid l'interrompit dans ses pensées :

« Harry ! Ça fait plaisir de te voir ! »

Les deux sorciers firent disparaître les animaux enflammés : Hagrid, couvert de boue et de sang séché, et Luna, des feuilles plein les cheveux, approchaient.

Hagrid serra Harry contre lui :

« Le professeur McGonagall m'a dit que tu allais passer en Angleterre ! Et qui t'accompagne ?

- Makhé, magicologue et dragonnière à ses heures perdues. » les présenta Harry. Donner le nom de famille de son invitée paraissait de mauvais goût.

« Voici Rubeus Hagrid, Gardien des clefs de Poudlard et professeur de Soins aux créatures magiques.

- C'est grâce à vous que nous avons Norberta ?, demanda Makhé en perdant sa main dans l'immense paluche du demi-géant.

- Vous connaissez Norberta ?

- Elle a eu trois petits il y a un mois. » répondit Makhé.

Harry et Luna échangèrent un regard de connivence : l'entente entre les deux sorciers commençait bien.