Chers lecteurs,

Aujourd'hui, on découvre la Mag'fac et la magie centaure. Ne vous inquiétez pas, les dragons reviennent bientôt.

Merci comme toujours pour vos commentaires, c'est un immense plaisir de vous lire. Merci à Nictocris pour la relecture (comme d'habe) et à Patfol le S, directrice du club "Drago est un bogosse poilu (mais on vous dit pas où)".

Portez-vous bien, attention aux prunes dirigeables, à samedi,

Al


« Et ?

- Ben, il a bien été mordu par Fenrir Greyback. C'est pour ça qu'il avait l'air malade pendant notre sixième année, qu'il avait mal au bras, qu'il a menacé d'envoyer Greyback chez Barjow et Beurk. Il connaissait le Mangemort, et plutôt bien. Parce que Greyback ne se contentait pas de mordre les gens : il les formait ensuite à être des loups-garous performants, c'est-à-dire à répandre encore plus le fléau lycanthropien. Les premières nuits de pleine lune, il les emmenait se promener pour aller mordre des gens. Heureusement pour Malefoy, ça s'est arrêté à Poudlard. Et Rogue le couvrait et lui faisait de la potion Tue-loup. »

Malefoy n'étant pas né à l'époque de Lupin, le cacher avait été beaucoup plus facile : avec la potion Tue-loup, la Cabane hurlante était restée inutilisée. Malefoy était enfermé dans les cachots les nuits de pleine lune.

Hermione grimaça.

« Le pauvre…

- Le pauvre ?, s'exclama Ron. On parle de Malefoy, là ! Tu te souviens ? En deuxième année il voulait que tu sois la prochaine victime du Basilic, il voulait ta mort, à 12 ans, et toi tu le plains ? »

La scène aurait pu être cocasse. Ron, couvert de farine de la tête aux pieds, faisait des mouvements de baguette pour accompagner des pâtes à pizza qui s'étalaient toutes seules. Il baragouinait de temps en temps un jargon mi-italien mi-bulgare, le tout avec un accent anglais à couper au couteau, pour donner des consignes à son commis. En un mois de travail, il avait trouvé sa place. Désormais, même le patron lui demandait conseil. Il lui avait fallu trois jours pour maîtriser la pâte à pain, deux jours de plus pour atteindre la perfection en termes de coulis de tomates et le reste pour transformer les cuisines en repaire ronaldien, où lui seul arrivait à se repérer et où il était tel un roi dans son royaume, ce qui est fort à propos puisque Hermione lui avait offert un tablier rose sur lequel était écrit "Weasley est notre roi".

Ils se trouvaient donc tous trois dans la cuisine étouffante de la pizzeria étudiante Sorçarella. Harry venait de rentrer d'Angleterre. Il avait profité de la fin de son séjour pour aller saluer Mr et Mrs Weasley au Terrier. Makhé était venue avec lui, pour économiser un portoloin. Si Molly avait tiqué au début en apprenant l'ascendance de Makhé et Arthur en se souvenant des anciennes lois sorcières qui demandaient que l'enfant venge son parent, les deux sorciers avaient finalement bien accueilli Makhé. Après tout, Mr et Mrs Weasley avaient vécu deux guerres, et ils savaient tous deux à quelles extrémités peuvent être poussés les gens marginalisés pour leurs origines.

Charlie avait apparemment pris la nouvelle avec un grand soulagement.

Harry donnait donc les dernières nouvelles du front à Hermione, assise sur un escabeau contre le mur, et à Ron, qui touillait énergiquement sa sauce tomate tout en surveillant la cuisson de cannelés au calva.

« Et du coup, avec le vieux Dumby ?, demanda Ron.

- Il a confirmé ce qu'on pensait, répondit Harry. J'ai survécu parce que j'étais le maître des Reliques de la mort, mais ce n'était pas ce qui était prévu initialement. Il avait trop peur que la baguette tombe entre de mauvaises mains, ce que je peux comprendre. Mais apparemment ce n'est pas l'avis de Rogue. J'ai vu son portrait hurler sur le portrait de Dumbledore, c'était épique. Et quand McGonagall s'y est mise, on ne savait plus où se mettre…

- Et tu es passé voir George ?

- Oui. Désolé, mais il n'y a plus de crèmes Canari en stock pour que tu puisses t'amuser dans ton restaurant.

- Ta rupture avec Ginny, ta dette de vie avec Malefoy, Dumbledore qui avait prévu de te tuer, je peux encore gérer. Mais l'absence de crèmes Canari, c'est trop dur… »

Harry ricana. Ron avait finalement bien pris la nouvelle de sa rupture. Harry n'en était pas si étonné. Les coups d'œil entendus que lui avait jetés Hermione pendant cette annonce lui avaient fait comprendre que la jeune sorcière avait préparé le terrain. Elle avait dû bien lui seriner que leur relation ne concernait qu'eux et qu'il était hors de question que Ron lui fasse la morale.

« Je lui ai passé tes bons de commande pour renouveler ton stock. Du coup il pense exporter, notamment à la Mag'fac. Ou ouvrir une succursale : l'emplacement à la Mag'fac est peut-être plus intéressant qu'à Pré-au-lard.

- Il t'a paru comment ? »

Ah, la question piège.

« Bien, je dirais. »

Bien, c'était déjà un trop grand mot pour décrire le comportement de George qui, parfois, s'arrêtait en plein milieu d'une blague pour attendre que son jumeau disparu termine sa réplique. Verity, son employée, veillait au grain. Elle envoyait directement un télécharme pour prévenir Mrs Weasley de l'état de son fils quand celui-ci se perdait dans des pensées trop sombres. Le temps faisait doucement son œuvre et même si la perte de Fred ne serait jamais guérie, au moins George arrivait à vivre (ou survivre, selon les jours).

« Et Rogue, il te lègue quoi ?

- Des trucs en rapport avec ma mère, je pense. Un coffret d'acajou qui contient des lettres. Sa baguette. Et les affaires de Dumbledore. J'ai tout laissé au Square Grimmaurd. Je ne laisserai pas ça dans une chambre ouverte à tous les vents à la Mag'fac. »

La conversation se poursuivit jusqu'à ce qu'Hermione se décide à partir : le devoir l'appelait.

« Au fait Harry, rendez-vous Bulle 9 à dix-huit heures. Je pense que ça peut t'intéresser. »

Hermione s'éclipsa avant qu'il ait pu poser des questions supplémentaires.

OoO

Harry chercha Hermione du regard. Il remarqua la jeune sorcière assise à côté de Makhé et de Kosma, un Grec fort sympathique qui travaillait dans la même réserve que Charlie. Il traversa l'amphithéâtre pour aller se placer à côté d'eux.

« Salut Harry, l'accueillit Kosma. Makhé m'a dit que vous reveniez d'Angleterre, c'est pour ça qu'elle n'a pas pu animer ses cours de Magie Protéiforme hier. Apparemment, elle a bien aimé votre pays.

- Je risque de ne pas rester étudier à la Mag'fac l'an prochain, compléta Makhé. Mes recherches aboutissent, mais ça fait des années que j'étudie, j'ai envie de faire autre chose. Je pense faire un an en Angleterre, pour changer.

- C'est parce que Rogue t'a légué un appartement ? Tu penses que c'est plus simple pour aller en Angleterre ?, demanda Hermione en taillant distraitement sa plume.

- Enfin, pour l'instant elle a prêté les clefs à Malefoy pour qu'il quitte le domicile familial et prenne l'air, loin de sa mère qui veut le caser avec une jolie Sang-pur, nota Harry. À mon avis, elle n'est pas près de récupérer son logement.

- Ravie de ta sollicitude, Potter, mais je gère mon cousin et ses vélléités d'invasion. » répondit Makhé.

Un chuchotement intense rampa dans les gradins. Les étudiants se tournèrent vers la petite sorcière qui était entrée dans l'amphithéâtre.

« Bonjour à tous, les salua Zoé Macrobe, professeur en biomagie. Avant toute chose, la direction m'a demandé de vous prévenir : la fuite dans la Bulle 6 s'est aggravée. Pour ceux qui suivent le cours de Maniement de baguette, le cours a été reporté demain à neuf heures en Bulle 8. »

Comme l'Atlantide était sous l'eau, les cours de la Mag'fac avaient lieu dans d'immenses bulles posées sur le sable du fond de la mer Méditerranée. Divers sorts permettaient aux sorciers de survivre à la pression de l'eau. Harry aimait particulièrement être assis en haut des gradins des amphithéâtres : s'il levait la tête, il pouvait voir nager les poissons, les poulpes et autres monstres des profondeurs. La Mag'fac étant une université internationale, toutes les Bulles étaient pourvues d'un sortilège puissant de traduction spontanée. Chaque sorcier entendait le cours dans sa propre langue, ce qui était fort pratique.

« Aujourd'hui, continuait Macrobe, nous allons étudier le rapport entre Centaures et magie. La dernière fois, nous avions évoqué le lien entre magie et animaux, sans avoir réussi à définir ce lien précisément. Les dragons en sont le parfait exemple : ce sont des bêtes qui, même si elles font preuve d'une certaine intelligence, sont dépourvues de conscience. Elles n'ont pas une conscience réfléchie d'elles-mêmes, ni de leur magie. Si vous désirez en apprendre un peu plus sur les dragons, vous pouvez lire l'article de Miss Lestrange dans le Théorie sorcière numéro 298. Un article très intéressant sur l'utilisation instinctive de la magie. Quant à ceux qui voudraient étudier les dragons de plus près, je vous rappelle que nous avons un partenariat avec plusieurs réserves à la surface, notamment celle de Roumanie, qui a servi à Miss Lestrange pour la confection de son article. »

Harry doutait que travailler avec des dragons intéresse tant de monde que ça.

« Les Centaures font partie des créatures qui pratiquent consciemment la magie. Ils pratiquent la lecture d'astres pour prévoir le futur, principalement les grands événements de ce siècle, et non pas les broutilles dont on peut entendre parler en divination, qui traite des prédictions individuelles. Ils peuvent utiliser une baguette magique mais préfèrent s'en passer, puisqu'une baguette renvoie à l'homme, au sorcier, et que le sorcier, s'il n'est pas l'ennemi du Centaure, n'est pas pour autant très apprécié. Leur rapport avec les êtres humains est assez conflictuel. Nous mettrons sur le même plan les Gobelins, les Centaures et les Elfes, comme créatures capables de conscientiser leur rapport à la magie. »

Harry pensa à Bane qui l'avait toujours traité comme une plaie. Firenze, toujours professeur de divination à Poudlard, avait pu regagner un peu d'estime dans le cœur des Centaures : en participant à la Bataille de Poudlard, il avait protégé la Forêt interdite et le caractère quasi sacré qu'elle avait en tant qu'asile pour créatures. Mais la relation entre Centaures et humain était, en effet, toujours difficile.

Harry remarqua alors qu'Hermione ne paraissait pas dans son état normal : elle ne prenait aucune note. Elle griffonnait des sorciers-bâtons sur le parchemin qu'elle avait sous la main. Makhé regardait au plafond un requinconce qui flânait au dessus de la Bulle.

« Nous exclurons les Géants de notre étude, puisqu'il n'est pas prouvé qu'ils aient tous accès à la magie. Il semblerait que les Géants sorciers soient principalement des hybrides, donc ayant un parent sorcier, comme la très célèbre Madame Maxime, directrice de Beauxbâtons. Pourquoi les créatures intelligentes dotées de potentiel magique se sentent-elles plus à l'aise pour manipuler la magie sans baguette ? Quel est leur rapport à la magie et à sa pratique ? C'est ce que nous essaierons de traiter aujourd'hui. Oui, Miss ? »

La main d'Hermione, douée d'une longue pratique, avait jailli dans les airs.

« Granger, répondit-elle en se levant. En quoi les créatures auraient-elles un rapport différent à la magie que les sorciers ? Qu'est-ce qui, selon vous, différencie créatures et sorciers, si les deux espèces conscientisent leur magie ?

- Question fort intéressante, Miss Granger, opina Macrobe. Les créatures se situent entre l'animal et le sorcier. En effet, les Centaures ont un corps de cheval, ce qui est particulièrement visible. Pour les Elfes et les Gobelins, nous supposons qu'ils ont des origines animales qui nous restent, pour l'instant, inconnues. Nous considérons que leur rapport est moins intellectualisé, donc plus animal.

- Donc depuis des siècles, les sorciers réduisent en esclavage des créatures douées de ce même attribut, une conscience, qui nous fait dire que sorciers et Moldus sont semblables et forment une seule race.

- À quoi pensez-vous ?, demanda Zoé Macrobe, d'un ton légèrement irrité.

- À l'esclavage auquel sont soumis les Elfes, au mépris dont sont victimes les Centaures, au rejet dans la case de simples banquiers des Gobelins, répondit Hermione d'une voix innocente. Nous réduisons depuis des siècles des créatures au statut de simples serviteurs, alors que leur magie fonctionne selon d'autres modalités que la nôtre et qu'elle paraît parfois plus puissante que celle de simples sorciers.

- Je vois, couina Macrobe. Nous avons une militante avec nous. À tous les coups, vous adhérez à la Sale ?

- J'en suis la créatrice. Et c'est S. A. L. E. »

Le silence qui régnait déjà dans l'amphithéâtre s'alourdit. La Société d'Aide à la Libération des Elfes avait connu un regain d'activité après l'aide apportée par les Elfes de maison de Poudlard pendant la Bataille finale et les témoignages à profusion concernant Dobby, sans qui le visage de la guerre aurait été tout autre. Les adhésions avaient afflué, et Hermione avait senti que son combat pouvait reprendre.

Et depuis qu'elle était à la Mag'fac, elle avait acquis une réputation d'activiste dangereuse en distribuant des tracts à tour de bras.

« Je vous prierai de garder vos opinions politiques pour vous.

- Il ne s'agit pas d'opinions politiques, mais bien de biomagie, répliqua Hermione, sans se laisser démonter. Les créatures magiques conscientes de leur magie sont traitées comme inférieures, au service des sorciers, alors que nous n'avons aucune preuve scientifique, ou biologique, de leur soi-disant infériorité, et que leur magie nous échappe.

- Sachez que pour la magie elfique, il a été prouvé historiquement que les Elfes étaient incapables de survivre sans sorcier pour les guider dans leurs actions. Un Elfe est, naturellement, fait pour servir les sorciers.

- Aristote, un philosophe moldu, a tenu le même discours au IVè siècle avant Jésus-Christ pour défendre l'esclavage en Grèce antique. Ce n'est pas que certains Elfes n'ont pas pu survivre sans sorciers que c'est dans leur nature. Je pense qu'historiquement c'est plutôt à cause des mauvais traitements infligés par les sorciers aux Elfes. »

La voix d'Hermione, passionnée, ravivait des souvenirs douloureux chez Harry. Dobby avait vécu sans maître, il n'avait jamais eu besoin qu'on lui donne de nouveaux ordres. Même encore esclave chez les Malefoy, il avait réussi à déjouer leurs ordres pour prévenir Harry du danger qu'il encourrait s'il revenait à Poudlard durant sa deuxième année.

« Miss Granger, reprit Zoé Macrobe, sa voix essayant de couvrir le brouhaha qui s'installait, vous nous citez des textes moldus pour nous parler d'une réalité sorcière. Votre argument ne me semble pas valable.

- C'est pourtant dans les textes moldus que nous trouvons des explications à propos de la magie, qui éclaireraient le lien entre créatures et sorciers, répondit Hermione. Notamment chez un autre philosophe grec, Épicure. »

Zoé Macrobe essaya une dernière fois de récupérer l'attention générale, alors que tous les étudiants regardaient avec une curiosité accrue Hermione Granger.

« Nous sommes en cours de biomagie, j'aimerais que nous traitions de biomagie. Et non pas de théories moldues.

- Et rien ne me semble plus approprié pour un cours de biomagie que la dernière hypothèse en date sur le caractère magique d'un être vivant. Hypothèse soutenue par Alistair Oster, spécialiste en ensorcellement, et présentée par Makhé Lestrange, doctorante en magie pure, dans le dernier Théorie sorcière. »

Harry regarda Hermione, étonné : avait-elle prévu ce putsch intellectuel ? Depuis quand connaissait-elle le mode de transmission de magie entre créatures ?

« Nous avons pu nous rendre compte, depuis bien longtemps par la pratique, du caractère transmissible de la magie. Nous le savons depuis la thèse de Sophie Sapienter. Mais nous avons peut-être découvert, via des philosophes moldus, comment cette transmission se faisait. »

Hermione avait les joues rosissantes : elle donnait la preuve encore une fois qu'elle était Miss-je-sais-tout, mais elle le faisait avec panache. Avoir pendant toutes ces années tenu tête intellectuellement à toutes sortes de professeurs (Ombrage, Rogue, Dumbledore, et même Binns…) lui avait donné une assurance dont peu d'élèves, à compétences égales, étaient capables.

Une sonnerie désagréable retentit et, tel un troupeau de chiens pavloviens, les étudiants quittèrent l'amphithéâtre sans autre forme de procès. Macrobe, rougissante, rangea ses affaires et se dirigea vers Hermione et Makhé pour discuter avec elles.

Peut-être était-ce un pas historique, le moment où la Mag'fac reconnaissait la validité des travaux moldus…