Chers lecteurs,
Comme d'habitude, c'est un immense plaisir de vous lire et de voir que vous cliquez avec frénésie sur les étoiles et autres followitudes. Merci.
Merci aussi à Nictocris pour son travail de relecture et d'intervention bénéfique.
Portez-vous bien, chassez bien les œufs de dragon en chocolat, à jeudi,
Al
Harry se laissa tomber sur son lit. Pattenrond, qu'il avait récupéré au domicile d'Hermione lors de son escapade anglaise, se jeta sur lui pour avoir des caresses. Harry le gratta distraitement derrière les oreilles en réfléchissant à ce qu'il avait appris dans la journée.
Ainsi, alors qu'il croyait qu'Hermione et Makhé se plaisaient à aller à la bibliothèque pour lire tranquillement sur des poufs confortables, il avait découvert qu'elles avaient vraiment avancé dans leurs travaux de recherche. Leurs cerveaux combinés avaient permis de progresser rapidement sur des questions sur lesquelles planchait Makhé depuis un bon bout de temps.
Harry se pencha pour attraper une plume à Encre Inépuisable et un parchemin. Il écrivit rapidement :
Cher Monsieur,
Je fais appel à vous, pour vous demander ce qu'est réellement une baguette. Pourquoi un sorcier a-t-il besoin d'une baguette ? Ne peut-il pas faire de magie sans ?
Comment fonctionne une baguette ?
Je vous souhaite une journée agréable sous le soleil pluvieux de Londres, et vous prie d'excuser mes manières cavalières,
Houx, plume de phénix, 27,5 cm
Cette signature n'était déchiffrable que par un unique sorcier, le destinataire de cette lettre : Garrick Ollivander. Harry plia le parchemin et l'attacha à la patte de Coucou qui partit à tire d'ailes.
Il se replongea dans ses réflexions et sentit la migraine poindre. Un coup d'œil à l'horloge murale lui indiqua que Ron n'était pas près de rentrer : il faisait la fermeture du Sorçarella le mardi.
Harry se sentait exténué et aurait bien profité des talents culinaires de son ami pour se remonter le moral.
Un craquement lui indiqua qu'Hermione rentrait. Elle savait où le trouver : en effet, deux minutes plus tard, une tête ébouriffée apparut dans l'encadrement de la porte.
« Tu es là ?
- Comme tu le vois, répondit Harry d'un ton plaintif.
- Ça ne va pas ?
- J'ai la migraine. » grogna-t-il.
Hermione grimaça :
« Désolée. Pour me faire pardonner d'avoir fait travailler tes neurones, je suis passée à Sorçarella et je t'ai pris un Brownald. Mais si tu as trop mal à la tête pour le savourer comme il le faut, je me dévouerai. Il ne faudrait pas qu'il rassisse… »
Harry se releva immédiatement. Le Brownald n'était pas un agglomérat nominal douteux créé par les lectrices de Sorcière-hebdo pour désigner l'ancien couple Lavande Brown/Ronald Weasley, mais un brownie revisité par son meilleur ami. Un mix entre un brownie, des Dragées surprise de Bertie Crochue, des noix de cajou, des cara-miels et d'autres ingrédients que Ron gardait jalousement secrets (Harry soupçonnait la présence d'agrumes et Hermione celle de cannelle).
Autrement dit, une pure merveille gustative.
« Je préfère le manger, gloussa Harry en suivant Hermione dans le couloir. Je ne veux pas avoir ton kilo en trop sur la conscience.
- Harry James Potter, la prochaine fois que tu fais une remarque sur mon poids, je te donne une bonne raison d'avoir la migraine. »
Dans la cuisine commune à tout l'étage, du thé infusait devant deux parts de Brownald. Une fois installés, Hermione lui lança :
« Je suppose que tu as des questions…
- Plutôt. À commencer par comment tu as prévu que c'était le cours auquel m'inviter. Je ne vais jamais aux cours de Macrobe, elle est trop pointue pour moi.
- Tu ne lis jamais le panneau d'affichage dans la Bulle administrative ? Les maîtres de conférence indiquent leurs sujets de cours. Quand j'ai vu "Z. Macrobe, Créatures et magie", et le programme du cycle de conférences qu'elle allait tenir, je me suis dit que c'était le moment idéal pour faire notre petit esclandre intellectuel. »
Harry but une gorgée de thé. Il sortit des feuilles à rouler et sa pochette de champifleur et se roula une cigarette.
« Donc, passons aux choses sérieuses. Depuis quand, avec Makhé, vous connaissez le moyen de transmission de la magie ?
- On ne sait pas comment elle se transmet véritablement, on est encore dessus, répondit Hermione en touillant sa tasse. Nous attendions que l'article soit publié avant d'en parler : Makhé se méfie du vol intellectuel. Je ne pouvais pas vous en parler tant que ce n'était pas abouti.
- Promesse de Réserve, c'est ça ? »
La Promesse de Réserve était un charme qui poussait les sorciers qui y étaient soumis à ne pas parler de ce qu'ils étudiaient.
« C'est ça. » reconnut Hermione, en lui tendant le Déluminateur de Dumbledore, qu'elle avait confisqué à Ron la veille, pour allumer sa cigarette. Harry soupçonnait que le Déluminateur avait des utilités méconnues, puisque Ron réussissait toujours à le récupérer. Il alluma sa cigarette avec et tira une longue bouffée de champifleur. La fumée fit instantanément disparaître une bonne partie de la douleur migraineuse.
« Donc, si je te suis, vous avez trouvé ce que vous vouliez dans les livres moldus ?
- Oui. C'était un domaine dans lequel Makhé n'avait jamais fait de recherches. Les mauvaises langues diront que c'est parce qu'elle est sang-pur, mais je pense plutôt que, ne connaissant rien au monde moldu, elle n'a pas osé y aller. On a commencé à s'y pencher après notre sortie à Silistra. Trouver des indices sur notre condition dans des ouvrages moldus nous a mises sur la voie.
- Et donc, vous êtes allés farfouiller chez des philosophes grecs, comme vous aviez pu trouver des informations dans la mythologie antique ?
- Et nous avons abouti à la théorie matérialisme.
- Tout ce qui existe est matière.
- Exactement, opina Hermione. La magie existe. Donc la magie est matière. Donc on peut matériellement se la transmettre, d'homme à créature, objet ou autre homme, et vice versa. »
Harry se pinça l'arête du nez.
« Et ?
- Maintenant il nous faut trouver comment on capte cette matière. Si la magie est matérielle, comment peut-on être sorcier ? Est-ce qu'on fixe la magie sur nous ? Ou est-ce qu'on développe juste une capacité à la capter dans l'air ambiant et à la canaliser et la réutiliser pour jeter des sorts ? Personnellement, je penche pour la captation sur corps, ajouta Hermione en reprenant une gorgée de thé. Ça expliquerait que ta magie soit instable : ton corps cumule trop de magie qu'il n'avait pas initialement. Mais Makhé penche pour la captation ambiante. Bref, on cherche. »
Une étudiante de leur étage entra soudain dans la cuisine, suivi de Pattenrond :
« C'est bien à vous, ce… (elle hésita sur le mot à employer pour donner la nature de l'hybride mi-fléreur mi-chat) cette bête ? Elle me suit partout, j'ai l'impression qu'elle veut quelque chose de moi.
- Oui, c'est mon animal de compagnie, répliqua Hermione.
- Oh ! Du Brownald ! C'est fou que vous en ayez, ils sont toujours en rupture de stock. »
Ron était connu de toute la Mag'fac. Comme l'avait dit Krum, Sorçarella était le seul restaurant à prix cassés pour les étudiants. Depuis que le nouveau cuistot était arrivé, l'endroit ne désemplissait pas.
Le charme du cuisinier roux y était aussi pour quelque chose.
Hermione ignora l'intrusion et attendit ostensiblement que la fille sorte pour reprendre sa conversation. Harry en profita pour se rouler une deuxième cigarette au champifleur : Neville avait raison, la plante avait de vrais effets déstressants. Plongé dans ses pensées, il observa Hermione siroter son thé.
« Donc notre magie dépendrait de plusieurs critères, reprit Harry, une fois que l'étudiante eut quitté les lieux.
- Oui, comme ta baguette, ton potentiel magique, si l'environnement qui t'entoure est plein de magie. Stonehenge ou Berca sont la preuve que des lieux peuvent être chargés de magie et… »
Hermione continua ses explications sur Épicure et la matière pendant encore une bonne partie de la soirée, sans se rendre compte qu'Harry avait complètement décroché. Ron arriva à vingt et une heures, tout fourbu de sa journée derrière les fourneaux. Un peu plus tard, ils étaient affalés dans un canapé de la salle commune, une pièce ronde à laquelle aboutissaient tous les couloirs de l'étage. Ron ronflait, la tête sur les cuisses d'Hermione, tandis que cette dernière disputait une partie de Bataille explosive avec Harry. Les cartes provoquaient des confettis multicolores quand elles explosaient. Harry se sentait serein : sa magie se tenait tranquille, il n'avait pas eu de mouvement de magie spontanée depuis quelques jours. En Angleterre, il était repassé à Stonehenge avec Makhé pour s'amuser un peu, et il en était revenu apaisé quant à sa magie.
De plus, il avait pris la décision de changer de baguette, mais il n'était pas encore passé à l'acte. Pour la première fois de sa vie, il se donnait le temps de réfléchir avant d'agir. Il ne précipitait pas tout. Il attendait de même pour ouvrir les lettres qui étaient dans le coffret que lui avait légué Rogue : pour une fois dans sa vie, rien n'était pressé. Et c'était bien agréable.
OoO
Charlie était tout heureux d'avoir Harry de retour à la réserve :
« Tu vas pouvoir communiquer avec Titus !
- Titus, hésita Harry en enfourchant son éclair de feu.
- Mon boutefeu favori ! Il a un caractère de cochon, il ne supporte pas qu'on l'approche et il mord tous ceux qui veulent l'étudier. »
Harry fronça les sourcils : était-ce vraiment le dragon favori de Charlie ? N'était-ce pas celui qui avait brûlé les bras du dragonnier au troisième degré ? Le dragonnier continuait ses explications, ravi de tomber sur une oreille attentive :
« Mais là il faut qu'on s'approche de sa femelle, Scarlett, qui va bientôt pondre. Comme elle a un problème à la patte, il faut qu'on aille installer une attelle pour qu'elle puisse pondre plus facilement. Donc Titus doit se bouger.
- Et… Que veux-tu que je fasse ?, demanda Harry, circonspect.
- Tu parles fourchelangue : autant exploiter cet aspect de ta personnalité. Ce serait bien de lui parler pour essayer de le rassurer. Ou au moins de faire diversion. »
Harry grimaça :
« Et c'est pas dangereux ?
- Beaucoup moins qu'un magyar à pointes… »
Sur cette allusion à la première tâche du Tournoi des trois sorciers, Harry s'éleva dans les airs sans répondre et suivit Charlie en direction de la grotte de Titus. Le boutefeu cracha un long jet de flammes dès que les deux sorciers à balai entrèrent dans son champ de vision.
« Il faut d'abord vider son stock de flammes ! Faut qu'il crache le plus possible de feu ! »
S'ensuivit un long ballet aérien : Harry sentait l'adrénaline qui pulsait dans ses veines Charlie paraissait aussi serein que devant une tasse de thé au Terrier, malgré les flammes qui effleuraient son balai. Au bout de longues minutes, le boutefeu parut être à court de flammes.
« À toi de jouer, Harry ! »
Harry se rapprocha du boutefeu en louvoyant entre les panaches de fumée. Titus avait changé de tactique : il balançait ses pattes et sa queue dans tous les sens pour faire fuir les deux sorciers. Harry ne put s'empêcher de trouver une certaine beauté aux sinuosités des écailles qui brillaient en dégradé sur les pattes de l'animal. Un peu en hauteur, il put apercevoir une femelle d'une belle couleur rouge, coincée au fond de la grotte, roulée en boule, apparemment endormie.
Harry se mit à crier, en espérant qu'il parlait en fourchelangue :
« Eh l'ami ! On a besoin de voir ta compagne ! On sait que tu veux la protéger, mais là il faut qu'on l'aide ! »
Le boutefeu claqua des mâchoires près de la brosse de son éclair de feu. Il battit des ailes, prêt à s'envoler, toutefois réticent à l'idée de laisser sa femelle sans défense.
Harry continua sa plaidoirie pendant quelques minutes, sans avoir beaucoup d'effet. Charlie lui cria :
« Fais-le s'envoler, on n'y arrivera pas sinon. »
Mais Harry eut une illumination en repensant aux livres de chasse du grand-oncle de Mrs Figg qu'il feuilletait entre deux tasses de thé chez la vieille dame aux chats :
« Descends, il faut qu'on parle ! »
Charlie se posa à côté de lui.
« Ton patronus, c'est bien un dragon ?
- Comment tu sais ça ?
- Ce qui se dit entre Makhé et moi reste entre Makhé et moi, répondit Harry, tout sourire. Écoute, on va faire un leurre, comme à la chasse. »
Trois minutes plus tard, les deux sorciers s'approchaient à pied de la grotte de Titus. Arrivés à bonne distance, Charlie lança :
« Spero patronum ! »
Un dragon argenté se forma à l'extrémité de sa baguette. D'un sortilège d'Amplification, Charlie le fit légèrement grossir. Harry fit jaillir des flammèches de ses poings : en voyant qu'il les contrôlait, comme à Poudlard, il s'enhardit et poussa les flammes et la fumée dans la gueule du patronus.
Titus, attiré par un nouveau dragon argenté, considérant le leurre comme une menace plus importante que les deux sorciers à balai, quitta le seuil de sa grotte et se précipita à la suite du patronus pour le chasser de son territoire. Charlie se hâta d'entrer dans la grotte pour aller soigner Scarlett.
Harry surveillait du coin de l'œil Titus en chat et le patronus de Charlie en souris. Il trouvait une certaine grâce dans les mouvements du dragon : il commençait à comprendre, confusément, l'intérêt du cadet Weasley pour ces grandes bêtes mortelles.
Soudain, le patronus disparut : Titus, un instant éberlué, reprit contenance et retourna dare-dare à sa grotte.
Harry le vit foncer sur lui et, encore tout émerveillé, oublia que c'était un dragon adulte et sauvage qui se précipitait vers lui. Et non pas un patronus. Ou un ami d'Hagrid. Ou même Norberta, qui le reconnaissait et était presque apprivoisée. Non, un dragon sauvage, agressif, qui protégeait sa femelle des humains.
Ce ne fut que quand il sentit le souffle brûlant du dragon précéder d'un instant son arrivée qu'il réagit : ne sachant que faire, il leva les bras et les flammes qui accompagnaient le patronus se précipitèrent vers lui.
Titus se figea. Harry, dans un cercle de feu vrombissant, avait les paumes levées vers le ciel et la tête dressée, prêt à affronter l'animal. Titus claqua des mâchoires, toujours incapable de cracher du feu. Harry se rappela ce fameux cours de Soins aux créatures magiques où il avait fait face à un hippogriffe et se dit qu'un dragon devait, finalement, ne pas différer tant que ça de Buck. Pardon, de Vendebout.
Un duel de regards s'engagea. Les deux êtres, sorcier et dragon, se mesuraient. Harry était étonné de ce qu'il lisait dans les yeux de Titus : c'était comme si le dragon était empli de sagesse, qu'il avait vu passer des générations de braves et qu'il savait reconnaître la valeur des hommes qu'il rencontrait.
Alors que la situation paraissait figée, Titus ouvrit la gueule et rugit, un long rugissement qui fit trembler Harry sur ses pieds. Mais le sorcier ne cilla pas. Au bout d'un long moment, le dragon claqua des mâchoires et baissa la tête jusqu'au sol : il se soumettait.
« Je ne te veux aucun mal. Nous soignons ta compagne. Tu n'as rien à craindre. »
Il s'approcha et posa sa main sur le museau du dragon. Puis, se souvenant des gratouilles qu'il procurait à Brad, le dragonneau, il se mit à gratter les écailles rugueuses qui couvraient le front de Titus. Ce dernier s'abaissa encore plus. Un étrange bruit de marteau-piqueur se mit à résonner : Titus ronronnait.
Quelques instants plus tard, Charlie ressortit de la grotte, ravi. Ses bras fumaient : les gants de protection qu'il portait avaient protégé ses mains et ses avant-bras d'une brûlure plus fatale. Quand il vit Harry faire des papouilles à Titus, il s'approcha doucement de lui, mains en avant pour bien montrer au dragon qu'il était inoffensif.
« Allez, on y va, dit-il d'une voix calme. On en reparle à l'Antre. »
