Chers lecteurs,

Aujourd'hui, un chapitre un peu plus calme, de la mythologie et du balai volant. Il faut bien que nos héros aient parfois des journées de repos... (d'ailleurs, je me demande s'ils ont une retraite chez les sorciers).

Merci pour vos supputations et autres commentaires, comme d'habitude ça fait chaud au cœur (que voulez-vous, je me répète, mais c'est vrai).

Portez-vous bien, en avril, soyez reviewphile, à mardi,

Al


Une fois assis devant une théière, Charlie demanda des explications à Harry qui lui raconta succinctement ce qui s'était passé.

« Titus a dû sentir qu'il avait affaire à un dragopote, commenta Charlie après le récit d'Harry.

- Mais je ne suis pas son copain !

- Les dragons ne se soumettent pas aux humains habituellement, expliqua le dragonnier d'un ton docte. Mais parfois, ils ont en face d'eux un dragopote, c'est-à-dire un Maître des dragons. Tu savais que les dragons ont une mémoire transmissible ? Ils transmettent à leurs enfants l'histoire qu'ils ont vécue. Plus la lignée dont descend le dragon est longue, plus il se souvient des hommes qu'il rencontre. »

Charlie lança un sortilège d'Attraction et un livre corné descendit les deux étages pour arriver devant eux, ouvert directement à la bonne page.

« Regarde. Le premier sorcier à s'être opposé aux dragons est Siegfried. Il s'est caché dans une fosse et a attendu que Fafnir lui passe dessus pour le transpercer par en dessous. Il s'est ensuite baigné dans le sang de Fafnir et a pu, ainsi, discuter avec les animaux. C'est peut-être une des origines du fourchelangue, d'ailleurs… Siegfried a ensuite volé le trésor que gardait Fafnir. »

Harry jeta un coup d'œil à l'illustration qui accompagnait le récit. De grands passages théoriques suivaient le résumé de cette histoire.

« Et après ? Quand bien même les dragons auraient gardé la mémoire de cette histoire, je ne ressemble pas du tout à ce héros blond bodybuildé.

- Les dragons sont des gardiens. En bons gardiens, ils font attention non pas à ton image, qui change beaucoup trop dans ta vie, qui peut se modifier avec le temps, mais à ton empreinte magique, ou plutôt à ta puissance magique. En voyant quelqu'un avec le même potentiel magique que les hommes qui ont été capables de le duper, le dragon préfère se soumettre plutôt que de risquer sa vie. »

Harry repensa à ce qu'il avait entendu à Durmstrang :

« Donc Makhé avait raison quand elle disait que les dragonniers étaient les personnes avec le plus grand potentiel magique…

- Je ne sais pas si c'est le plus grand potentiel, disons qu'il s'exprime d'une certaine manière et que les dragons y sont sensibles.

- Mais dans ce cas, si tu as un potentiel qui ressemble au mien, pourquoi Titus m'a obéi à moi, et pas à toi ou à un autre dragonnier ?

- Je le soupçonne d'être volontairement relou, lâcha Charlie dans un sourire. De faire son ado mal dégrossi. Et je pense que, face à toi, il a en plus été désarçonné par ton fourchelangue. »

Harry ricana :

« Je vois enfin qui est fin psychologue, entre Makhé et toi… »

Le sourire de Charlie s'élargit. Harry reprit le cours de ses pensées :

« Je pense que ça intéresserait beaucoup le Chicaneur que je fasse un dossier sur les dragons. Tu permets que je te suive à la trace ces prochains jours pour monter ça ?

- Tu ne veux pas rester à la Mag'fac ?

- Non, les cours m'intéressent moyennement : je n'y comprends pas grand-chose, c'est trop spécifique. Je pense garder ma chambre à la Mag'fac et je ferai comme Makhé. Portexpress tous les jours. »

Les portexpress étaient des portoloins communs qui pouvaient réunir jusqu'à douze sorciers. Ils étaient de qualité moindre : ils n'avaient qu'une seule destination possible, en l'occurrence la Bulle des portexpress de la Mag'fac ; ils n'avaient qu'un départ possible, la salle en surface, à laquelle on pouvait accéder par transplanage ou en cheminette ; enfin, au lieu d'être attrapés par le nombril, les sorciers avaient la sensation d'être attrapés par les narines, ce qui était beaucoup plus désagréable.

Après une sieste bien méritée (son exploit devant Titus l'avait bien fatigué), Harry passa le reste de la journée à écouter Charlie lui expliquer les différences entre les races de dragons. Les connaissances qu'il accumulait s'entassaient dans son carnet de journaliste. Il commençait déjà à mettre en forme ce qu'il allait raconter à Luna. Le soir, alors qu'Harry et Hermione travaillaient dans la salle commune de leur étage à la Mag'fac, ils reçurent un hibou intempestif et surexcité.

« Tu devrais ranger ta provision de champifleur plus soigneusement, Harry, Édith a l'air d'en avoir consommé, lui conseilla Hermione en raturant son parchemin.

- C'est Charlie, il nous invite à dîner ce soir, répondit Harry sans relever. Apparemment un de ses dragons a grillé un troupeau de vaches, il y a du rab pour nourrir les dragons. Il nous propose donc de faire un méchoui.

- Les méchouis, c'est pas avec des vaches. » grogna Hermione, soucieuse du bon terme au bon endroit.

C'était sur de belles journées comme celle qu'il venait de passer qu'il pouvait s'endormir presque serein. Les cauchemars, peu à peu, refluaient. La ravegourde et le champifleur aidaient, le temps apaisait les plaies. Petit à petit, le dragon fait sa maison : Harry sentait enfin la guerre et l'année d'errance s'éloigner. La boule nouée dans son ventre depuis la fin de la quatrième année, depuis le retour de Voldemort, cette boule de stress et d'angoisse qui serrait ses entrailles depuis plus de trois ans, cette sensation disparaissait petit à petit.

Harry voyait aussi que ses amis allaient mieux. Ron paraissait serein : son travail lui plaisait, le fatiguait sainement, et il avait enfin une reconnaissance des autres qui ne dépendait ni d'Harry Potter, plus puissant sorcier depuis Dumbledore, ni de sa grande amie Hermione Granger, meilleure sorcière depuis Dumbledore, ou de ses exploits pendant la guerre, qu'il n'avait jamais recherchés. Là, il trouvait sa place à un endroit inattendu, mais qui lui convenait : la cuisine. Hermione, quant à elle, pouvait continuer ses études dans un nouveau domaine. Elle restait l'Hermione qu'ils avaient toujours connue, sérieuse et travailleuse, mais elle se permettait aussi des touches d'humour plus récurrentes et acceptait de se détendre, enfin : il n'y avait pas d'enjeu final, pas d'examen, pas de passage en année supérieure. La jeune sorcière travaillait essentiellement pour elle, et cela changeait grandement les relations qu'elle entretenait avec Harry et Ron (le fait qu'elle n'ait plus à corriger leurs copies d'histoire de la magie ou à les aider dans leurs devoirs de métamorphose lui avait aussi permis de souffler).

En gros, comme avait pu le dire Marguerite Verbiage, chroniqueuse, dans le Sorcière-hebdo de décembre : « les blessures, causées par la perte d'un être cher et autrefois lavées par des larmes intarissables de tous les sorciers d'Angleterre, cicatrisent petit à petit pour notre Trio d'Or, leur permettant d'enfin respirer après sept intenses années, durant lesquelles leur courage a plus été mis à l'épreuve que celui de tous les Gryffondor des trois dernières générations. »

Cet article fit l'objet d'une réédition. Dorénavant, on ne parlait plus du Survivant et de ses deux amis, mais du Trio d'Or (apparemment, le Trio du Rouge et de l'Or n'avait pas été retenu par la direction de Sorcière-hebdo). Même Rita Skeeter s'y était mise.

OoO

Les premières neiges arrivèrent en Bulgarie bien assez tôt, et Harry regretta l'automne doux et agréable qu'ils avaient eu quand il dut pourchasser un vert gallois à balai dans l'air coupant et glacé de la réserve. Heureusement, à la Mag'fac, la température était régulée. Ils virent passer au dessus des Bulles des poissons qui migraient pour aller dans des courants plus chauds. Les requinconces attiraient l'œil à cause de leurs dentures étincelantes, mais c'étaient surtout les espadonzelles au long bec qui posaient problème : chaque année, un spécimen particulièrement myope fonçait dans une Bulle et y faisait un trou.

« J'ai lu, dans Animaux magicomarins, que les mureines étaient hermaphrodites : une fois qu'elles ont fini leur croissance, elles se transforment en murois. »

La voix d'Hermione sortit Harry d'une rêverie envahissante dans laquelle il se retrouvait en caleçon sur un Brossdur mal poli, c'est-à-dire bourré d'échardes. Il essaya de s'intéresser à ce que venait de dire son amie.

« Les murènes ?

- Les mureines, corrigea Hermione, comme si elle avait pu entendre la faute d'orthographe d'Harry (correction qu'Harry n'entendit pas, bien entendu). Les œufs de ces petits poissons bleus sont utiles pour faire les potions de transformation, comme le Polynectar. Tu ne te souviens pas qu'on en a utilisé pendant notre deuxième année ?

- Pas vraiment, grogna Harry. J'étais trop occupé à entendre des voix dans les murs. »

Hermione se replongea dans son livre. Harry essayait de faire un croquis d'une aile de dragon pour l'ajouter à ce qu'il allait envoyer à Luna. Le dernier message de son amie l'avait bien fait rire : elle s'enthousiasmait pour son reportage sur les dragons, sans se soucier du fait que c'était un sujet dangereux à étudier (c'était un grand garçon, il pouvait mettre sa vie en jeu s'il le voulait) et que les lecteurs n'allaient peut-être pas apprécier (comme aurait dit Hagrid, plus c'est grand, plus ça fait peur, alors qu'en vérité c'est tout mignon). La rubrique "créatures magiques" devenait enfin un peu plus sérieuse, pour la plus grande joie d'Hermione : on n'y parlait plus de nargoles ou de joncheruines, mais de créatures existant bel et bien.

Le Chicaneur avait beaucoup changé en quelques mois. Harry avait bataillé ferme avec Hermione, qui acceptait dorénavant de créer des jeux de mots et énigmes sorciers pour l'hebdomadaire : le fait que le journal arrête de raconter ce qu'elle considérait comme des âneries avait beaucoup joué dans sa décision, ainsi que le souvenir de l'interview d'Harry en cinquième année. Ron avait ajouté sa page recette, Krum sa rubrique balais. Le magazine augmentait son tirage : la publicité que lui faisaient les héros de guerre et les joueurs de Quidditch permettait à Xenophilius Lovegood de renflouer ses caisses et de sortir de la misère dans laquelle il était plongé depuis la guerre.

« Tu t'es décidé à aller voir Ollivander ?, reprit Hermione sans quitter le schéma d'une macumbaleine bleue des yeux.

- Il ne m'a toujours pas répondu, grogna Harry, visiblement vexé.

- Il a toujours autant de travail, tu sais. Il a fabriqué énormément de baguettes depuis qu'il a repris le travail. Toutes les baguettes confisquées ou volées n'ont pas été retrouvées, donc les sorciers font la queue pour aller le voir. Tu te souviens qu'il m'en a fait une très rapidement. »

La voix de la raison s'appelait Hermione, mais cela n'empêchait pas Harry de se sentir blessé. Il attendait la réponse d'Ollivander depuis plus d'une semaine, il pensait que le vieil homme lui aurait écrit plus rapidement.

Un hibou grand-duc arriva deux jours plus tard. Il tenait une lettre scellée magiquement. Harry posa sa baguette sur le sceau pour le déverrouiller. Il lut la lettre rapidement et, devant l'air interrogatif d'Hermione, lui lut les passages les plus intéressants.

Pour répondre à votre question, une baguette pourrait être considérée comme un canal magique. Voyez-la comme un tuyau qui laisse passer la magie : plus la baguette est puissante, plus elle laisse passer de flux magique. Elle choisit son sorcier, comme je vous l'avais expliqué, et peut changer d'allégeance si elle est conquise par un autre sorcier. Normalement, sorcier et baguette s'accordent, selon la puissance magique et les modes de sorts préférés (métamorphose, sortilèges…) Une baguette happe la magie et la canalise.

La vôtre, je vous le rappelle, est une baguette puissante et souple, c'est-à-dire qu'elle accepte de faire toutes sortes de magie. Si vous avez des problèmes de baguette, je vous propose de passer me voir dans ma boutique du Chemin de Traverse le plus tôt possible.

« Ollivander est fort aimable, convint Hermione. J'ai bien envie d'aller discuter avec lui pour en apprendre plus sur ce qu'il savait de la magie et des baguettes. Et toi, que vas-tu faire ? Y aller ?

- Je peux attendre un peu. Les Weasley nous ont invités à passer Noël chez eux. On pourra en profiter pour aller voir Ollivander. »

Penser à la Baguette de sureau comme à un canal magique donnait un nouvel éclairage : si la magie était bien matérielle, alors une baguette permettait de diriger cette matière au bon endroit et de la forcer à faire ce qu'on voulait. En n'utilisant pas de baguette mais uniquement sa puissance magique, Harry n'arrivait jamais à la précision voulue.

« Je crois qu'il va vraiment falloir que j'aille voir Abelforth. »

Hermione ne releva pas : elle griffonnait dans son nouveau carnet. Harry quitta la pièce et sortit à l'air libre faire un tour de balai au dessus de la mer Méditerranée.

C'était quelque chose de fou, de suivre les vagues et de frôler l'écume à balai. Les embruns embuaient ses lunettes, le soleil étincelant lui brûlait les yeux. Mais Harry se sentait plus vivant qu'il ne l'avait jamais été. Il avait fait son premier tour au dessus de la mer avec Krum : on recommandait aux sorciers n'ayant jamais volé par dessus une mer ou un océan de voler avec un sorcier expérimenté. Les réactions de l'air et les altérations étaient différentes au dessus des eaux, cela pouvait surprendre la première fois. Harry avait adoré : depuis sa première sortie, il en profitait au maximum.

D'autres étudiants de la Mag'fac filaient au dessus des eaux. Harry se lança avec eux dans une partie de water-quidditch. Krum les rejoignit au milieu de la partie : le jeu fut déséquilibré dès qu'on mit Harry et Viktor dans la même équipe.

Après trois victoires consécutives, Harry se posa sur un rocher d'entrée à la Mag'fac et se décida à poser quelques questions à Krum.

« Tu sais pourquoi Rogue a mis Makhé dans son testament ? »

Ce n'était pas par curiosité déplacée envers Makhé qu'il posait la question, mais plutôt par obsession pour la figure de Rogue, qui avait si bien caché son jeu pendant toutes ces années.

« Pas vraiment. Elle a toujours été très discrète sur sa vie privée. On était bons camarades à Durmstrang, mais je n'ai jamais su que le nom de son parrain, Karkaroff. Après tout, je ne savais même pas que ses parents étaient des Mangemorts… Je l'ai découvert grâce à vous. Cela fait pourtant longtemps que je la connais. »

Harry se renfrogna : il se doutait qu'il n'allait pas pouvoir poser la question directement à Makhé. Le sujet paraissait trop sensible. À tous les coups, sa dernière solution pour avoir des informations sur son ancien professeur de potions se trouvait en la personne de Charlie Weasley.

Harry sut immédiatement ce qu'il allait faire le lendemain, devant la grotte de Délivrance.