Chers lecteurs,
Merci pour vos commentaires, questionnements et réflexions. N'hésitez plus pour ceux que je ne lis jamais : le petit bouton review n'a jamais mordu personne. C'est difficile d'écrire, et vos mots sont d'un réconfort fou.
Aujourd'hui, de l'apport théorique (bon en même temps le titre du chapitre est explicite, je trouve).
Merci à Nictocris pour la relecture.
Portez-vous bien, summer is coming, à vendredi,
Al
« Non. »
La réponse d'Abelforth Dumbledore n'étonna pas Harry outre mesure. Il commençait à connaître le sorcier : il était aussi bourru que son frère avait été cordial, mais leur entêtement devait être un trait de famille.
« Comprenez-moi bien, Abelforth, ce n'est pas par appétit de puissance ou de pouvoir que je vous demande ça. »
Ils se trouvaient entre fumeurs de champifleurs sous la tonnelle du Terrier, à frotter leurs mains l'une contre l'autre tout en tirant sur leurs cigarettes. Charlie, par discrétion, faisait semblant de ne pas écouter la conversation que menaient Abelforth et Harry.
« La puissance magique, je l'ai déjà. J'ai justement besoin de la baguette de votre frère pour la réguler. Je réussis à la canaliser la plupart du temps, en pratiquant beaucoup de magie pure. Mais vous savez aussi bien que moi que la magie pure peut être mortelle si l'on n'y prête pas attention. »
Abelforth soupira : un panache de fumée bleutée se condensa dans l'air. Harry ne savait plus quel argument avancer.
« Il ne s'agit pas de profanation de tombe, et vous le savez. La baguette de votre frère est spéciale. Elle m'a choisi.
- La tienne aussi, rappela Abelforth.
- La mienne ressemble trop à celle de Voldemort. Elle est puissante mais là, elle ne peut pas gérer l'accumulation magique dont je suis victime. Vous savez bien que Voldemort avait peur uniquement de votre frère, ce qui est la preuve que nos baguettes, celle de Voldemort et la mienne, sont moins puissantes que la sienne. »
Le regard aigu d'Abelforth se posa sur lui.
« Y a-t-il quelque chose dont je devrais être au courant, Potter ? »
Harry frotta nonchalamment sa cicatrice, hésitant sur la démarche à suivre. Devait-il ajouter Abelforth au cercle de moins en moins réduit des personnes connaissant l'existence de la Baguette de Sureau et des transferts magiques ? Un coup d'œil vers Charlie lui fit prendre conscience que le temps de la méfiance était terminé : l'information pouvait circuler, du moment qu'elle soit dosée.
« Il y a eu transfert magique à la mort de Voldemort. Je me suis accaparé la magie de Tom Jedusor, d'une certaine manière.
- Tu n'aurais pas dû mourir ? Voldemort était puissant, ton corps devrait avoir du mal à gérer la charge magique…
- Si. Mais c'est un peu long à expliquer, et cela touche à de la magie tellement noire que je préfère éviter d'en dire plus. »
Abelforth fixa le lointain. Son expression restait indéchiffrable.
« Laisse-moi le temps d'y penser. »
Harry sut qu'il n'en tirerait rien de plus ce soir-là. Les trois hommes rentrèrent.
L'ambiance était détendue. Toujours à table, Hagrid débattait avec Makhé devant les restes de son dessert (un cheesecake à la framboise et au lotus). Hermione sirotait une verveine en écoutant George et Bill parler avec animation de la victoire du Club de Flaquemare à la Coupe de Grande-Bretagne : George vantait les mérites de son ancien capitaine, Olivier Dubois, qui était dorénavant gardien dans cette équipe. Ron était allongé sur le canapé, à somnoler ; Molly était en face, à tricoter et discuter avec Fleur.
Arthur se tourna vers les entrants.
« Pas trop froid ?
- Non, mais une petite tisane me ferait le plus grand bien. »
Harry passa dans la cuisine chercher la boîte à tisane et fut étonné de ne pas y trouver Ginny : Percy finissait la vaisselle seul.
« Ginny ne t'aide pas ?
- Elle est partie se coucher. Elle avait l'air patraque. Le rôti de niffleur doit avoir du mal à passer. »
Harry la soupçonnait plutôt d'avoir pris la fuite : elle ne lui avait pas adressé la parole de toute la soirée et avait réussi à éviter son regard, même pendant l'échange des cadeaux, alors qu'Harry lui avait offert Les Harpies, histoire de celles qui ont fait l'histoire du Quidditch, un livre dont elle lui avait jadis parlé avec beaucoup d'enthousiasme.
Harry aida Percy à finir la vaisselle. Cela ne demandait pas tant d'efforts que cela : il fallait juste surveiller les fourchettes, qui avaient tendance à attaquer les couteaux et les cuillers dès qu'on avait le dos tourné. Harry sécha à la main, refusant d'utiliser sa magie. Percy fit chauffer de l'eau pour les adeptes de tisane en échangeant quelques banalités avec lui.
Vers une heure du matin, Hagrid et Abelforth prirent congé, suivis de près par Harry, Charlie et Makhé. Harry avait prévenu Kreattur qu'il allait rentrer pendant la nuit, et lui avait demandé de préparer un lit pour ses invités. Il avait peur de retrouver des vers dans les draps. Kreattur était capable de tout…
Le lendemain, après une nuit agitée (bien que sans vers ni cloportes), Harry trempait consciencieusement sa tartine dans son café quand Hermione fit son apparition dans la cuisine par la cheminée.
« Skeeter a encore frappé ! »
Elle lança la Gazette sur la table avec rage. Harry lut la une : "Détournement de niffleurs : la suite de l'affaire Gold".
« Ça ne nous regarde pas.
- Les informations intéressantes ne sont pas forcément en première page, insista Hermione d'un air revêche. Page 11.
- Ah oui, effectivement. »
Une des nombreux "esclaves sexuels" de l'Élu vole des livres.
« Elle parle de toi, constata Harry en lisant rapidement l'encadré. Ça te gêne qu'on te considère comme une de mes esclaves ?
- C'est l'autre partie du titre qui me dérange. »
Harry réfléchissait : Hermione avait longtemps été intouchable pour Rita Skeeter, ce qui était dû au fait qu'ils étaient les seuls à savoir qu'elle pouvait se transformer en scarabée.
« Mais… À une époque, tu pouvais faire pression sur elle !
- Elle s'est déclarée animagus il y a deux jours. Je ne peux plus faire de chantage. Elle a dû trouver plus de bénéfices à être déclarée. »
Harry grimaça : le dernier rempart qui aurait pu contrer les horreurs que proférait Rita Skeeter venait de sauter.
« Et elle a des preuves ?
- Non. Je ne sais pas comment elle est au courant ! Je viens de recevoir un hibou de rappel de la bibliothèque de la Mag'fac : j'ai des livres en retard. Mais là, je vais avoir le Département des Mystères et Durmstrang sur le dos. Ils vont se rendre compte que je leur ai emprunté des livres sans autorisation. Elle a ruiné ma réputation, plus aucune fac ne voudra m'engager et considérer mon travail comme sérieux. »
Harry laissa passer un temps.
« Qu'en dit Ron ?
- J'ai dû lui lancer un sort pour éviter qu'il se lance à la recherche de Skeeter pour le lui faire payer. Il est toujours pétrifié dans notre chambre. »
Hermione tournait dans la cuisine, comme une lionne en cage. Harry essaya de voir le bon côté des choses :
« Elle a toujours raconté n'importe quoi, plus personne ne la croit…
- Tout le monde la lit !
- Tu veux faire un démenti au Chicaneur ?
- Surtout pas, s'offusqua Hermione. Ce serait reconnaître qu'elle a frappé au bon endroit. »
Des bruits de pas annoncèrent l'arrivée de Makhé.
« Ben tiens, Granger, que fais-tu là ? »
Le regard courroucé d'Hermione la poussa à s'asseoir devant son café et la Gazette. Elle lut l'article en diagonale et soupira :
« Ça devait arriver. Et on aura encore pire quand on publiera ce qu'on a découvert, Granger. Autant t'y habituer. »
Harry leva les yeux vers Hermione :
« Quoi ? Vous avez découvert quoi ? »
Hermione haussa les épaules :
« C'est un peu long à expliquer. Et autant que Ron entende ce que nous avons à dire. On se voit pour dîner ?
- Au Terrier ?
- Non, ici si ça ne te gêne pas. J'aimerais bien que les Weasley ne soient pas tous au courant. »
Harry acquiesça : si Ron acceptait de cuisiner, ils ne regretteraient pas la cuisine de Mrs Weasley. Hermione disparut dans la cheminée et les deux caféinomanes reprirent leurs tasses et leurs tartines, bientôt rejoints par un Charlie ébouriffé, ensuqué et encore en pyjama.
Ron et Hermione revinrent à l'heure du thé, heure favorite de tous les sujets de sa Majesté, qu'ils soient sorciers ou moldus. Ron s'installa avec Kreattur devant les fourneaux : le vieil elfe avait d'anciennes recettes Black à lui montrer. Les quatre autres s'attaquèrent à la partie des combles dont Harry ne s'était jamais occupé. Il restait encore du crottin d'hippogriffe : Buck était retourné à Poudlard depuis que Malefoy et ses acolytes n'y étaient plus. De toute façon, comme on l'appelait Vendebout, l'animal pouvait passer inaperçu, si tant est qu'une bête de cette taille puisse l'être. Le nettoyage fut plutôt un décrassage. Les talents de Charlie en sorts ménagers firent merveille. Il trouva des doxys qu'il mit de côté pour George, pour le plus grand plaisir de Makhé qui les asticota dans leur cage. Charlie dut se rendre au Chemin de Traverse avant que les doxys soient tous traumatisés.
Makhé trouva de vieux reliquats des Black dans des coffres : presque tous les objets étaient empreints de magie noire. Ils appelèrent Bill pour qu'il les aide : en tant que briseur de sorts, il avait une plus grande pratique des OMNI (Objet Magique Non-Identifié). Hermione s'attaqua à renforcer les sorts de protection pour éviter tout transplanage ou magie sombre aux abords du Square Grimmaurd. Harry, en bon adepte de Quidditch, passait le balai.
Leur après-midi fut bien employée. Bill et Charlie s'échangeaient des blagues presque non-stop, se montrant par là les dignes frères des jumeaux et de Ron, bien que leur humour soit plus grinçant. Quand ce dernier sonna la soupe, Bill retourna au Terrier et les cinq amis s'installèrent à table.
Harry, montrant une fois de plus son impatience chronique, lança immédiatement la conversation sur ce qui l'intéressait en se servant de salade composée :
« Alors, qu'avez-vous découvert ?
- Tout est une histoire de gènes, répondit Hermione en maniant la carafe d'eau avec sa baguette. Le laboratoire moldu avec lequel nous avons travaillé nous a prouvé qu'il y a une différence de gènes entre les sorciers et les Moldus. Tu te rappelles des histoires de gènes dominants et de gènes récessifs ?
- Vaguement. Je ne l'ai pas vu à l'école primaire, mais je me souviens avoir emprunté une encyclopédie du corps à Dudley.
- Et moi ça ne me dit rien. » claironna Ron depuis le bout de la table.
Après des explications succinctes sur les chromosomes et les gènes, puis sur les gènes dominants (yeux marron) et récessif (yeux bleus), Hermione reprit :
« En gros, les sorciers ont un gène dominant qui force le corps humain à attirer la magie, alors que les Moldus ne l'ont pas. On a décidé de l'appeler le gène M.
- Pour Makhé, coupa Makhé, fière d'elle.
- Pour Magie, corrigea Hermione avec un sourire. Mais les sorciers nés-moldus n'ont pas ce gène M : ils possèdent un gène semblable, le gène M', qui serait issu d'une mutation génétique et qui attirerait la magie lui aussi. »
Ron, qui écoutait d'une oreille, perdu depuis le mot "microscopique", coupa Hermione :
« Ça veut dire quoi une mutation ?
- Dans nos gènes, on a des marqueurs qui nous font avoir les yeux bleus ou nous font sorciers. Quand il y a une mutation, il inclut une autre séquence de protéines donc il donne une autre information.
- Et en langage sorcier, ça veut dire quoi ?, demanda Charlie, qui paraissait aussi perdu que son frère.
- En langage sorcier, c'est qu'un gène se transforme, autrement dit il se déforme. L'info qu'il donne n'est plus la même, expliqua Makhé.
- Donc la magie serait on ne sait où, reprit Hermione, et on la fixe petit à petit dans notre corps, si on a le gène M ou le gène M'. Les Moldus ne peuvent pas attirer la magie. »
Harry se resservit de riz qu'il couvrit de sauce aux champignons et à la crème. Les yeux de chien battu de Ron le poussèrent à resservir tout le monde tandis qu'il essayait de faire du tri dans ce qu'il entendait.
« Donc, notre gène sorcier, qu'il soit hérité tel quel ou issu d'une mutation, s'exprime et fixe la magie.
- Mais ce gène s'exprime au même moment pour tous ?
- Pas forcément. Les garçons font souvent leur croissance plus tard que les filles, donc pour la magie ça doit être pareil : les gènes s'expriment plus tôt, mais pas au même âge pour tous. »
Ron opina :
« C'est ce qui explique que Neville ait dû attendre longtemps avant d'être responsable de manifestations magiques : son gène a dû se développer plus tard. Vous vous souvenez ? Il nous avait dit que son oncle l'avait jeté par la fenêtre alors qu'il avait huit ans pour être sûr qu'il était un sorcier. »
La mémoire de Ron frôlait parfois le génie.
« D'ailleurs, il s'installe quand ici ?
- Après-demain, répondit Harry. Il passe un peu de temps avec sa grand-mère avant. Mais dans ce cas, continua-t-il, si on capte tous le même potentiel magique, les Mangemorts n'avaient pas tout à fait tort. En quelque sorte, les Nés-moldus volent la magie des sorciers. »
La conclusion d'Harry les laissa pantois.
« Exact Potter, répondit Makhé tandis qu'Hermione hochait la tête. C'est pour ça que ça va faire un esclandre quand ça se saura. »
Les cinq convives laissèrent passer un peu de temps en silence, le temps de digérer toutes ces informations et la viande en sauce que Ron et Kreattur avaient préparée. Arrivés au dessert, Harry décida de se rouler une cigarette au champifleur pour faire passer la nouvelle.
« La guerre ne risque pas de recommencer, avec cette histoire ? »
Harry en était arrivé à cette conclusion. S'il y a bien une chose qu'il ne voulait pas revivre, c'était ces années sombres. Il avait vu assez de violences et de morts pour une vie entière.
« Pas si on vulgarise bien tout ça, répondit Makhé. Les Nés-moldus ne volent pas la magie de quelqu'un en particulier, ils s'accaparent un potentiel magique sur la magie commune.
- Pour ceux qui estiment que la magie est réservée aux sorciers nés-sorciers, corrigea Ron en se rapprochant imperceptiblement d'Hermione, c'est du pareil au même. Ils arriveront même à trouver que les sorciers nés-moldus sont responsables de l'existence de Cracmols. »
Harry écrasa le mégot de sa cigarette dans le cendrier, qui l'avala gloutonnement et lâcha un léger rot de fumée. Makhé reprit en mordant dans son fondant au café :
« Les sorciers devront reconnaître l'apport des Nés-moldus pour les accepter.
- C'est-à-dire ?
- Les sorciers les plus puissants ont à chaque fois un Sang-pur et un Sang-de-bourbe pour parents. Du coup, ils cumulent les deux gènes et captent d'autant mieux la magie ambiante. Ils sont donc deux fois plus puissants. »
Charlie emprunta les feuilles et le champifleur d'Harry pour se rouler lui aussi une cigarette. Ron fronça le nez de dégoût :
« Ça pue, votre truc. Tu peux t'expliquer ?, demanda-t-il en se tournant vers Makhé.
- Le sorcier le plus puissant de notre génération était Albus Dumbledore, fils d'une Sang-de-bourbe et d'un Sang-pur. Abelforth est pas mal puissant aussi. Le Seigneur des Ténèbres, lui, était héritier d'une longue lignée sang-pur par sa mère et fils d'un Né-moldu…
- Le père de Voldemort était un sorcier ?, l'interrompit Harry.
- Tout porte à le croire, répondit Hermione. Il a résisté pendant longtemps aux philtres d'amour que lui faisait boire Merope Gaunt, alors que les Moldus décèdent rapidement normalement. De plus, même avant l'arrivée de Merope Gaunt dans la vie de Tom Jedusor Senior, la maison Jedusor était déjà considérée comme bizarre par les villageois. »
Les informations arrivaient par flashes au cerveau d'Harry. Comme d'habitude, ce fut Ron qui mit le doigt sur la nouveauté.
« Donc ça expliquerait la puissance d'Harry : son père est Sang-pur et sa mère est une Née-moldue. Il avait ainsi les gènes prêts à accueillir un transfert magique. »
Charlie recracha un long jet de fumée et compléta :
« Ça expliquerait aussi qu'il soit dragopote : Siegfried aussi venait d'une lignée Sang-pur, par son ancêtre Odin, et de Nés-moldus. »
Harry trouva Charlie drôlement renseigné : Makhé devait lui faire à mesure des compte-rendus détaillés de tout ce qu'elle découvrait. Le dragonnier devait aussi être abonné à Théorie sorcière.
« Ça fait beaucoup d'informations d'un coup, nota Harry.
- Et le pire, c'est que tu as récupéré la magie d'un sorcier surpuissant. En gros, tu cumules. Même les futurs enfants de Granger et Weasley bis, qui auront le même modèle génétique que toi, ne pourront pas être de ton niveau » ajouta Makhé en ignorant Ron qui s'étouffait dans son thé et Hermione qui balbutiait un « Mais mais mais… » en rougissant violemment.
Harry ricana : Makhé était experte dans la mise mal à l'aise de ses amis. Ce fut Charlie, plein de tact, qui changea de sujet :
« Donc les Sang-mêlés seraient plus puissants que les Sang-purs.
- En théorie, les métis sont toujours plus puissants et plus résistants que les consanguins. Mais certains Sang-purs conservent des gènes puissants, donc ça doit rester plutôt équilibré. Je ne me fais pas trop de soucis pour les Black et les Weasley qui, au vu des dernières années, ont conservé un potentiel magique de qualité supérieure. Même si je suppose que tu as chopé un peu plus de magie que Percy.
- Lui a chopé l'intellect, contra Ron. On peut pas tout avoir…
- Est-ce la meilleure part ?, demanda Harry.
- Pour l'Angleterre, oui. Pour le reste, c'est difficile à dire… »
