Chers lecteurs,
Après moult vérifications, je SAIS que je ne pourrai pas poster demain. Donc au lieu d'avoir quatre jours de retard, je poste avec un jour d'avance (eh ouais calculs mentaux et autres réjouissances cervicales).
Merci à vous pour vos commentaires.
Ce chapitre n'aurait bien sûr jamais vu le jour sans l'aide précieuse de Nictocris.
Portez-vous bien, écoutez en boucle la Tribu de Dana, à samedi,
Al
PS : réponse à la review de Ze best guest : moi j'ai toujours adoré tes commentaires à chaud ^^ merci pour ta review !
« Bonjour Narcissa, bonjour Drago.
- Bonjour. »
On n'aurait pas pu faire plus froid, pensa Harry, assis sur un pouf dans le salon, en entendant les voix qui venaient de l'entrée. Les Weasley au sens élargi du terme, réunis au grand complet dans le salon pour découvrir (ou redécouvrir) Malefoy, attendaient l'arrivée de leurs invités. Mrs Weasley, Malefoy mère et fils, entrèrent dans le salon. Malefoy paraissait toujours aussi fatigué, mais maintenant qu'Harry en connaissait la raison, la ressemblance avec Lupin était frappante : les mêmes cernes et le même teint maladif, le même regard blessé et coupable. Néanmoins, leur comportement différait : Lupin était toujours resté en retrait, comme gêné, alors que Malefoy levait haut ses yeux pleins de défi.
« Bonjour tatie Cissy, salut cousin, les salua Makhé, qui était accroupie devant la cheminée pour enchanter des bûches (les bûches, en brûlant, changeaient la couleur du feu).
- Ma nièce, répondit Mrs Malefoy d'un ton encore plus froid que le salut qu'elle avait adressé à Mr et Mrs Weasley (comme quoi, c'était possible, songea Harry).
- Salut cousine, répondit Malefoy Jr, apparemment rasséréné de voir une Lestrange chez les Weasley. Donc ton mec c'est un Weasley ?
- Charlie. » se présenta Charlie en se levant et en tendant une main franche à Malefoy.
Le regard méprisant que lui lança Malefoy ne le fit même pas frissonner. Harry retint un sourire moqueur : Charlie manipulait des dragons, bon sang ! Ce n'était pas un regard froid qui allait l'impressionner.
« T'as trouvé un Weasley satisfaisant ? Incroyable…, relança Drago Malefoy en ne quittant pas des yeux le dragonnier.
- Comme toi, cousin, répliqua Makhé. Faut croire que c'est de famille… »
Son ton froid dut pousser Malefoy à repenser sa tactique.
« Drago. » se présenta-t-il enfin en serrant la main de Charlie.
Harry remarqua que Mrs Malefoy était restée raide comme un Nimbus, à observer d'un air hautain la décoration du Terrier. Son froncement de nez, comme si elle sentait une mauvaise odeur, ne passa pas inaperçu.
« Puis-je vous proposer quelque chose à boire ?, lança Mr Weasley, prêt à passer outre les dissensions familiales pour sa fille.
- Pourquoi pas. Vous avez du rhum Antik ? Je ne bois que ça. »
Mr Weasley rougit :
« Nous avons un très bon whisky écossais ou une vodka aromatisée au pavot apportée par Charlie et Makhé. »
Ron se tourna vers Harry, rougissant :
« Le rhum Antik est le rhum le plus cher d'Angleterre. On n'a pas les moyens. Dix points pour les Malefoy. »
Harry comprenait la gêne de son ami. Mrs Malefoy n'avait pas l'air de vouloir laisser la moindre ouverture mais Mr Weasley avait décidé de montrer ses propres appuis : la famille et l'hospitalité.
« Je me contenterai de la vodka, déclara Mrs Malefoy en jetant un œil noir aux sièges qui s'offraient à elle. Si c'est de l'importé…
- Il n'y a rien d'autre ?, demanda Malefoy d'un ton inquiet.
- Du thé pour les femmes enceintes, lui répondit Ginny du tac au tac.
- Ginny égalise le score. » chuchota George en passant derrière Harry.
Mrs Malefoy, pendant ce temps, avait remarqué la présence de tous les rouquins :
« Voici donc la famille Weasley.
- Voici Bill, mon aîné, professeur à Poudlard, ainsi que son épouse, Fleur, enchanteresse, les pointa Mrs Weasley pour commencer les présentations. Charlie, mon cadet, dragonnier. Percy, mon troisième, qui travaille au ministère. George, qui tient un magasin de farces et attrapes sur le Chemin de traverse. Ron et son amie Hermione Granger, que vous connaissez aussi…
- Oui, ils se sont invités chez moi l'année dernière, la coupa Mrs Malefoy. Ils ont d'ailleurs cassé un lustre de facture gobeline qui coûtait une fortune. En revanche, cela ne m'indique pas pourquoi Potter est ici. Vous trouvez que vous n'avez pas assez d'enfants pour y ajouter les orphelins ?
- Penalty en faveur des Weasley, souffla George.
- Harry est comme mon fils, gronda Mrs Weasley tandis que Ron serrait les poings à l'évocation de leur séjour au manoir Malefoy. J'invite qui je veux chez moi, et vous prierai de respecter tous mes hôtes. D'ailleurs, pour que vous ne soyez pas dépaysée, j'ai invité votre sœur et son petit-fils.
- Et ta mère marque ! » répondit Harry à George, jouissif.
Narcissa Malefoy prouva une fois de plus son allégeance serpentard : elle garda un visage impénétrable. Son ton calme, bien qu'incisif, ne varia pas d'un iota sous le coup de l'émotion quand elle reprit :
« Ma sœur… Cela fait longtemps que je n'ai plus de sœur. Elle est morte sous votre baguette. »
Mr Weasley para le coup :
« Molly, et si tu apportais les biscuits que Ron a faits ? Andromeda nous rejoindra.
- Avec les biscuits de Ron, on prend l'avantage, glissa George à Harry tandis qu'ils s'installaient autour de la table pour prendre le thé.
- Pas si Ron a retenté l'expérience du gâteau myrtille-banane-citron vert. Appétissant, mais un peu gluant. »
L'installation au salon avait été menée de main de maître militaire. Hermione avait dû aider Mrs Weasley à ne pas caser les mauvaises personnes au mauvais endroit. Harry et Malefoy étaient le plus éloignés possible. Ron et Hermione fuyaient Mrs Malefoy, qui était donc coincée entre Charlie, jugé de nature assez calme pour supporter ses remarques, et Percy, qui était suffisamment froid et instruit pour intéresser la mégère. Malefoy fils était à côté de Ginny, ce qui promettait de belles étincelles, vu le bloclang qui avait jailli de la baguette de Ginny quand son fiancé avait osé faire une remarque sur la propreté de la pièce. Makhé était entre Ron et George, pour être loin de sa tante et essayer de calmer le jeu : les deux plus sanguins de la famille étaient éloignés le plus possible des deux Malefoy.
Pendant le service, rien ne se passa durant le premier quart d'heure. Mrs Malefoy goûta du bout des lèvres sa tasse de thé et grimaça sans réagir pour autant. Elle se rabattit toutefois sur la vodka qu'elle sirota. La conversation essaya de démarrer, jusqu'à ce que Mrs Malefoy prenne Makhé pour cible :
« Donc, ma nièce, tu as pu prouver que les Sang-de-bourbe volent notre magie ? Ça peut finir dans les mémoires familiaux, tu sais.
- 20 à 20, dit Harry à George.
- J'espère que ça a fait plaisir à ton mari quand tu lui as raconté ce que j'ai fait, grinça Makhé. Entre ton fils mordu et ta déchéance sociale, heureusement que je remonte le niveau de la famille Black. »
Mrs Malefoy pinça des lèvres.
« Et Weasley reprend la tête, dit George à Harry, ne faisant même plus l'effort d'être discret.
- Attends, Makhé est dans l'équipe Weasley ?
- Bien sûr, coloc de Charlie, voyons.
- Oui, mais cousine de Malefoy, corrigea Harry, toujours en murmurant.
- Les gars, chuchota Bill d'un air sévère. C'est pas vraiment le moment de se croire à un match de Quidditch.
- C'est toujours le moment, Bill, gloussa George.
- Je ne savais pas qu'Hermione déteignait sur toi. » ricana Harry.
Hermione, à côté de Ron, entendit son nom : elle jeta un regard interrogateur à Harry. Harry lui renvoya un sourire qu'il espéra ravageur :
« Vous êtes pris d'un spasme, Potter ? Vous grimacez. »
La voix de Mrs Malefoy valait celle de son fils en intonation traînarde.
« Non, ce doit être un nargole, répondit Harry d'un ton assuré.
- Un nar… ?
- C'est une blague entre Harry et moi, coupa Ginny. Comme il travaille au Chicaneur, il…
- Il travaille au Chicaneur ? Il y a des gens qui travaillent au Chicaneur ? »
L'ironie mordante de Malefoy et son insistance sur le verbe "travailler" auraient dû passer au dessus des humeurs d'Harry : après tout, c'est lui qui avait tendu la perche en parlant des nargoles. Mais Harry avait du mal : Luna était trop cool pour qu'on l'attaque. Depuis qu'il la connaissait, elle avait toujours été là pour lui, quand ça n'allait pas. La veille même, il avait pu expérimenter sa nouvelle baguette sereinement avec elle, il ne comprenait pas pourquoi tout le monde se plaisait à la dénigrer.
Et puis très franchement, il commençait à en avoir sa claque de voir la tête des deux Malefoy.
« Molly, veuillez m'excuser, je vais prendre l'air. » dit-il en sentant sa magie vibrer sous sa peau.
Ron se leva à sa suite et ils prirent tous deux la fuite.
« Je suis dépassé, confia Ron à Harry. Ma sœur a fait un gosse avec cette sale fouine. Et il va entrer dans la famille. »
Ils s'étaient installés sous la tonnelle, à l'extérieur, pour respirer au calme.
« Et encore, ça aurait pu être avec Crabbe, gloussa Harry en se roulant une cigarette.
- J'aurais presque préféré. Lui, au moins, on aurait pu l'éliminer sans créer d'esclandre… »
Faire disparaître l'unique héritier d'une des plus vieilles familles sang-pur semblait en effet plus ardu que volatiliser un perpétuel acolyte.
Ron fouilla dans ses poches à la recherche de son déluminateur pour allumer la cigarette d'Harry, mais ce dernier décida d'utiliser sa baguette : un petit Incendio plus tard, Hermione, alertée par l'éclat lumineux qui avait jailli sous la tonnelle, les rejoignit.
« C'est très gentil de m'avoir laissée seule avec ta famille, Ronald. »
Le ton froid d'Hermione et l'utilisation du prénom de Ron en entier alertèrent Harry. Elle se pencha vers eux et prononça deux trois sorts pour effacer les traces de suie qui les couvraient tous deux.
« Ils ont été affreux ?
- Pires que ça.
- Je suis désolé.
- Je sais.
- Je n'aurais jamais survécu à ce thé si tu n'avais pas été là.
- J'en ai conscience.
- Et ma famille t'a adoptée, tu le sais.
- Vous êtes la meilleure famille de substitution que l'on pourrait avoir. Mais il n'empêche que c'est la tienne avant tout. Tu pourrais lui montrer un peu plus de soutien : on ne s'aperçoit pas à quel point c'est important avant de tout perdre. »
Hermione cligna des yeux, sûrement pour chasser les larmes qui envahissaient son visage. La sorcière avait toujours réussi tous les sorts qu'elle lançait. Le sort qui avait changé les souvenirs de ses parents avait réussi au-delà de ses espérances : elle n'arrivait pas à le briser. Après en avoir discuté avec un guérisseur à Sainte Mangouste, elle avait renoncé à changer une deuxième fois les souvenirs de ses parents, pour éviter de les trouver un jour voisins des parents de Neville ou camarades de chambre de Gilderoy Lockhart. On ne peut pas toucher sans cesse aux souvenirs, à la mémoire et à la conscience des gens. Hermione avait donc recherché ses parents en Australie, les avait vus et essayait dorénavant de maintenir un contact, bien que non filial, avec eux. Être considérée comme une inconnue par ses propres parents la blessait plus qu'elle ne voulait l'admettre.
« Et donc, qu'est-ce qui se trame à l'intérieur ?
- Ils discutent mariage. »
Devant le regard étonné de ses deux amis, elle expliqua :
« Ginny est enceinte de Malefoy. Pour sauver les apparences, dans la bonne société sorcière, il faut que l'enfant naisse dans un foyer sorcier légitime. Apparemment, les sorciers sont tout aussi rétrogrades que les Moldus : une fille-mère, ça ne se fait pas. De plus, un bâtard sang-pur peut quand même prétendre à quelques petites choses face aux héritiers légitimes, et cela complique tout. Autant que l'enfant naisse légitimement. Malefoy aura ainsi son héritier, il évite le mariage avec les Greengrass qui allait poser un problème politique, puisqu'il aurait insulté les Parkinson, et il regagne une réputation d'honnête homme, qui était sérieusement amochée après la guerre et son nouveau statut de loup-garou, en épousant une héroïne de guerre. En gros, ça arrange tout le monde. »
Ron commença un chapelet de jurons bien sentis tandis qu'Harry répondit :
« Je vois que tu as déjà lu le Guide des convenances selon le sang.
- Lecture fort intéressante, le remercia-t-elle, c'est très gentil de me l'avoir trouvé dans la bibliothèque du Square Grimmaurd.
- Je pensais que notre sang était trop corrompu pour eux, cracha Ron une fois sa bile sortie.
- Vous êtes des Sang-pur, expliqua calmement Hermione.
- Mais c'est un loup-garou !
- On connaissait un sorcier atteint de lycanthropie, et il n'a jamais fait de mal à une mouche.
- Mais on est trop pauvres pour lui ! Il n'oserait pas se rabaisser à un mariage au dessous de ses moyens !
- Justement, ça accrédite l'idée d'un mariage d'amour, et non pas de convenance, ce qui peut relancer la réputation de Malefoy.
- Mais c'est Malefoy !
- C'est le meilleur argument que tu peux avancer, Ron, conclut Hermione. Je sais que c'est dur, mais ça ne dépend pas de toi. Je suis désolée, mais il va falloir accepter Drago Malefoy dans la famille. »
OoO
Harry, au bout de sa troisième cigarette, leur proposa de rentrer. Les trois amis furent heureux de voir qu'Andromeda et Teddy étaient arrivés.
« Il a grandi, souffla Harry en chatouillant son filleul. Il change de couleur de cheveux tous les jours ?
- Toutes les heures, plutôt. » répondit Andromeda.
Teddy, dans les bras de son parrain, gazouillait et gigotait pour faire le beau devant son parrain et sa grand-mère. Ils se trouvaient tous trois dans la cuisine pour discuter tranquillement.
« Ce chenapan n'arrive pas à fixer sa teinte. Bizarrement, il s'endort les cheveux rose fluo. Il se souvient de sa mère, je suppose. »
La voix d'Andromeda se serra à cette évocation. La mère de Nymphadora Tonks avait vieilli d'un coup en perdant la même année son mari, sa fille et son gendre. S'il n'y avait pas son petit-fils, elle aurait abandonné.
« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, proposa Harry. Je gagne ma vie, je peux vous aider.
- Merci, Harry. Pour l'instant, je me débrouille. Mais je te tiendrai au courant. Ce qu'il faudrait, c'est que tu sois plus souvent présent. »
Comme d'habitude, Mrs Tonks ne mâchait pas ses mots. Elle avait toujours été franche, ce n'était pas la guerre qui l'avait changée.
« J'essaierai, promit Harry, en prenant soudain conscience qu'il avait fui ses responsabilités en même temps que l'Angleterre.
- Tu peux lui écrire, je lui lirai tes lettres. Je peux aussi me déplacer. Je me morfonds un peu. S'il n'y avait pas Molly, je ne sais pas comment j'aurais fait. Je n'ai plus l'âge d'être mère. »
Qu'elle reconnaisse aussi facilement sa faiblesse prouva à Harry qu'elle était fatiguée. Il se proposa immédiatement de prendre Teddy le lendemain, toute la journée, pour qu'Andromeda puisse se reposer. Mrs Tonks accepta volontiers.
« Parfait, Potter, ajouta Makhé qui avait surgi derrière eux. Comme ça je pourrai faire connaissance avec mon petit-cousin. Le cheese-cake est servi, on vous attend. »
Depuis que sa tante était au Terrier, Makhé lui jetait des coups d'œil furtifs et réguliers, pour observer celle qu'elle n'avait jamais connue : Andromeda avait été reniée le jour de son mariage, alors que Makhé n'était pas encore née. Elle avait tiqué quand elle avait découvert la ressemblance frappante qui existait entre sa tante et elle : physiquement, elles se ressemblaient comme deux gouttes de potion, Andromeda Tonks ayant juste les traits plus doux.
Harry et les deux sorcières débouchèrent dans le salon animé.
« Vous êtes loup-garou depuis combien de temps ?, demandait Mr Weasley à Drago.
- Deux ans et demi.
- C'était un accident ?
- Non. Père a échoué au Département des Mystères. Le Seigneur des Ténèbres n'a pas apprécié. »
Malefoy ne put retenir un frisson à ce souvenir : Harry en vint presque à éprouver de la pitié. Comme l'avait dit Hermione, le fils avait payé pour le père. C'était d'autant plus cruel. La torture psychologique n'avait pas de limite pour Voldemort.
« Je suis un consommateur invétéré de potion Tue-loup, je ne mets pas les autres en danger les nuits de pleine lune. Mère m'enferme dans les cachots de notre manoir, il n'y a pas de danger. Les cachots sont solides, Weasley et Potter peuvent en témoigner. »
La voix de Malefoy ne tremblait pas : s'il avait prouvé à plusieurs reprises qu'il était un couard, il parvenait tout de même à le faire oublier tant sa maîtrise de soi était grande.
Mrs Weasley faisait le service. Elle tendit une part de gâteau à Harry et Mrs Tonks tandis que son mari reprenait :
« Et… C'est Greyback qui vous a mordu ?
- Oui, répondit Mrs Malefoy en coupant l'herbe sous le pied de son fils. Et j'aimerais que nous n'en parlions pas. »
Harry connaissait l'attachement de Mrs Malefoy à sa famille (si elle avait bien une qualité, c'était sa loyauté envers les siens) : savoir qu'elle avait échoué à protéger son fils devait la détruire à petit feu.
« Je dois être sûr que vous traiterez bien ma fille, répliqua Mr Weasley d'une voix calme.
- Papa, je suis assez grande pour me débrouiller seule, râla Ginny. Et Malefoy a tout intérêt à me conserver en bonne santé s'il veut rétablir sa réputation. Avoir un cadavre pour épouse quand on a servi Tu-sais-qui est forcément suspect. »
L'argument fit grimacer Malefoy : il devait déjà avoir effleuré (et rejeté) cette possibilité. Harry se promit de garder un œil sur les agissements de Malefoy.
Alors que les invités s'égaillaient, Harry tomba sur Ginny dans la cuisine. La jeune fille fourrageait dans les placards pour tout ranger.
« Ça va ?
- Pas vraiment, répondit Ginny en se reprenant. C'est pas comme ça que j'imaginais ma vie, figure-toi. »
Le ton mordant de la jeune sorcière prouva à Harry qu'elle n'était pas dans son état normal.
« Malefoy ne te mérite pas. »
Ginny lui lança un regard furieux :
« Tu n'as rien à dire sur ma vie, Harry. Tu as perdu ce droit le jour où tu m'as larguée. »
Ginny quitta la cuisine et Harry se sentit l'envie irrépressible de fumer une cigarette (la dernière, se promit-il en entendant déjà la voix d'Hermione lui reprocher sa consommation abusive de champifleur). Il sortit devant le Terrier et sortit ses feuilles de sa poche. Quelle ne fut pas sa surprise quand il fut rejoint par Drago Malefoy.
« Tu fumes, Potter ?
- Comme tu vois. »
Malefoy se posta à quelques pas de lui et sortit un paquet de cigarettes de sa poche et un briquet d'argent, gravé d'un M ouvragé.
« Donc tu n'es pas aussi parfait que ce que prétendent les journaux, souffla-t-il en allumant sa cigarette.
- Tu lis Sorcière-hebdo ? Je ne te savais pas des lectures aussi frivoles… »
Malefoy ricana et lança son briquet à Harry.
« Pourquoi ce revirement ? Tu parais presque sympathique, demanda Harry en attrapant le briquet au vol.
- Entre la dette de vie qui nous lie, mon mariage avec Weaslette et ton appartenance indéniable à cette famille bien que tu n'aies pas la teinte capillaire réglementaire, nous allons être amenés à nous fréquenter beaucoup plus souvent que ce que j'espérais, Potter. Et j'aime entretenir des relations cordiales avec mes… familiers. »
Harry leva un sourcil et rendit son briquet à Malefoy.
« Familiers ? J'ai l'impression que tu parles d'un animal de compagnie, ou d'un elfe.
- Dis-toi que j'ai fait un gosse avec ton ex et qu'il n'y a rien qui me répugne plus. Mais je n'ai pas le choix. J'ai juste bon espoir que tes relations restent toujours tendues avec ma future femme pour avoir le moins possible le désagrément de ta présence.
- Pour une fois, nous sommes d'accord. Moins on se voit, mieux on se porte. »
Ils échangèrent un regard de connivence : une trêve fragile se créait.
« Ça sera plus compliqué avec Ron, tu t'en doutes.
- Il n'a pas plus le choix que moi. »
Harry acquiesça. Le silence s'installa entre eux, et pour la première fois de leur vie commune, il ne fut pas inconfortable. Jusqu'à ce que Malefoy fronce le nez :
« Qu'est-ce que ça sent ? On dirait du crottin de centaure…
- Le champifleur, pourquoi ?
- Tu fumes ça, toi ? Tu n'as vraiment aucun goût. Après, si t'as pas les moyens de te payer de la racine de datura, tant pis pour toi… »
Harry se crispa :
« C'est pas une substance interdite par le code de santé de Sainte Mangouste ?
- Bien sûr que si, reconnut Malefoy sans ciller. Je me fournis par des réseaux détournés.
- Après la magie noire, le marché noir. Tu as toujours un côté obscur, Malefoy. »
Les lèvres de Malefoy se tordirent, dans une expression qui n'était pas son rictus moqueur habituel. Harry se dit qu'il venait de voir pour la première fois un sourire sincère de son plus vieil ennemi.
