Chers lecteurs,
Bonne année 1999 !
Merci à vous pour vos reviews, c'est toujours un immense plaisir de vous lire, pour vos suivis, une gigantesque joie de voir que je conquiers peu à peu des lecteurs, et vos sourires électroniques, une allégresse incommensurable de grimacer par accents circonflexes interposés.
Portez-vous bien, déguisez-vous en oiseaux des îles, à jeudi,
PS : quoi ? des commentateurs non-identifiés ? répondons-leur de ce pas.
Guest : le triangle ne tourne pas, malheureusement. ton perso préf is back, j'espère que ça te plaira ! merci pour ta review !
Nictocris : j'ai toujours l'impression que tu découvres les chapitres quand ils sont postés. bravo, quel jeu d'acteur !
Teddy s'était enfin endormi, ses cheveux roses épars sur l'oreiller. Harry était certain qu'en dix-huit ans de vie, il n'en avait jamais autant bavé.
« C'est parce que c'est un demi-garou, annonça Luna dans son dos.
- Comme le chanteur moldu ? » tenta Harry.
Luna n'étant pas Hermione, elle ne saisit pas la référence. Elle continua sans relever :
« Les demi-garous sont très souvent gênés par leurs habitudes contradictoires : les habitudes humaines et les habitudes animales. Il faut qu'ils apprennent à faire cohabiter les deux.
- Andromeda m'a dit que Teddy n'était pas un loup-garou, pourtant, s'étonna Harry en quittant la pièce.
- Le lycanthropisme se transmet par le sang, par morsure. Même si Teddy n'a pas été mordu, il n'empêche qu'il a dans son sang, par son père, des traces d'animalité. »
Les explications éthérées de Luna tarabustaient Harry : ainsi, comme Bill, son filleul avait des comportements lupins. Il avait naïvement espéré que Teddy ne présente aucun caractère animal : quand Mrs Tonks lui avait dit que, la première pleine lune, Teddy ne s'était pas métamorphosé, Harry avait cru que l'enfant n'allait subir aucun désagrément de la nature paternelle. Néanmoins, comme la jeune sorcière était experte en créatures magiques et en hybrides, ses explications devaient être avérées : Teddy souffrirait, en plus de sa métamorphomagie, d'un caractère lupin.
Il garderait physiquement trace de son père et de sa mère.
« Et si on lui fait boire de la potion Tue-loup quand il est jeune ? »
Ils avaient rejoint la cuisine du Square Grimmaurd. Le déjeuner venait de se terminer : Hermione faisait la vaisselle, Neville la séchait. Neville s'était installé au Square Grimmaurd la veille, Luna y habitait depuis deux jours. Leur présence faisait du bien à Harry : la maison de son parrain était vivante et animée. Comme Ron et Hermione passaient très souvent, il était constamment entouré de gens qu'il aimait.
« Je pense que ça ne marchera pas. Les potions sont dosées pour des adultes, pas pour des nourrissons. Et puis être un demi-garou peut aider dans la vie. Ils sont plus sensibles aux vibrations éthérostatiques. »
Hermione, qui avait entendu la fin de la conversation, ouvrit la bouche pour répliquer mais fut coupée par Ron, qui sortait une théière d'un placard :
« Teddy dort ?
- Oui, répondit Harry. Il a braillé comme Mrs Black puis s'est calmé d'un coup. Luna m'a montré comment mettre des étoiles au plafond pour éviter qu'il fasse trop sombre dans la chambre.
- Tes étoiles ne brillent pas trop ? » demanda Hermione.
Les sorts qu'Harry lançait avec sa nouvelle baguette avaient une légère tendance à être très performants. En revanche, la magie d'Harry s'exprimait sans déborder, et c'était très agréable.
« Non, j'ai réussi à doser. » répondit Harry sans préciser que Luna avait dû faire disparaître le mini-soleil qui était apparu dans la chambre quand il avait lancé son sortilège.
Ron relança la conversation sur les demi-garous :
« Ça veut dire que le bébé de Ginny sera aussi un demi-garou ? »
Dans la tête des Weasley, c'était le bébé de Ginny, et en aucun cas encore celui de Malefoy.
« Il y a de fortes chances, répondit Luna. Il ne se transformera jamais mais il adoptera quelques caractéristiques de l'animal. Un peu hyperactif, clanique, loyal à vie, insomniaque les nuits de pleine lune, poilu… Et une très bonne affinité avec les animaux. »
Les cinq sorciers prirent leur café et leur thé en discutant de choses et d'autres.
« On va à Caerleon, ce soir ? »
Le 31 décembre 1998 marquerait la fin d'une période. Judd As, le ministre de la magie, avait proposé aux sorciers de fêter ensemble la fin définitive de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom : une fête était organisée au Ministère, à laquelle étaient invités tous les héros de guerre, et serait suivie d'un tir de feux d'artifice depuis Caerleon, un site magique lié à la légende de la Table ronde. Le site magique permettrait de réduire les émissions de feux sorciers. Dans le ciel moldu, un feu d'artifice supplémentaire passerait inaperçu. George avait été ravi de fournir le Ministère en feux Fuseboums : comme Ron et Percy l'avaient aidé à faire ses comptes pour vérifier que la comptabilité du ministre soit en règle, ils avaient tous trois renforcé leur lien fraternel et l'absence de Fred s'était fait sentir, mais n'avait pas terni l'ambiance festive.
« Je ne sais pas trop. Déjà que j'ai envie de sécher la fête au Ministère…
- Neville, on n'est pas obligés d'y aller, répondit Hermione, pragmatique. Mais si on y va, on fait taire pas mal de rumeurs. Notamment celle selon laquelle tu es devenu un bourreau des cœurs et Ron n'aurait pas pu résister à ton charme. »
Cette fois, Ron ne s'offusqua pas : il avait dû lire le Sorcière-hebdo dont Hermione tirait ses informations.
« On peut aussi lancer de nouvelles rumeurs, proposa-t-il. On pourrait créer une romance entre Neville et Harry.
- Ça permettrait surtout aux journalistes de changer de cible, nota Hermione. Si Skeeter et Verbiage se tournent vers Harry et Neville, il n'y aura plus personne pour parler de tes amours. »
Ron rougit, déconcerté d'avoir été grillé aussi rapidement. Harry grimaça :
« En attendant, j'ai bien envie d'aller à Caerleon, mais revoir As, ça…
- On verra les copains, c'est déjà ça, avança Neville, toujours soucieux de la bonne entente entre ses amis.
- On peut les voir ailleurs qu'au Ministère. On pourrait faire une contre-soirée ! »
La proposition d'Harry ne souleva pas l'enthousiasme voulu. Hermione grinça des dents :
« Tu sais bien que si tu veux être tranquille pour les prochaines années, il faut faire profil bas. Aller à la fête du Ministère, c'est s'assurer trois semaines d'articles et reportages contrôlés. Ne pas y aller, c'est risquer trois mois de médisances et de calomnies.
- Je sais que tu as raison, mais serrer la main des officiels, il n'y a rien de pire. Vous vous souvenez de la dernière fois ? »
Harry faisait référence à cette soirée, trois jours après la Bataille de Poudlard, durant laquelle il avait failli être écrasé par la foule de ses fans. Il s'était retrouvé en chemise et caleçon et n'avait dû qu'aux réflexes de Ginny pour lui éviter d'être totalement dénudé par des groupies (hommes, femmes, elfes…)
« Et encore, tu ne t'es pas retrouvé dans la Gazette du lendemain en "tueur de serpent le plus performant", ajouta Neville, encore traumatisé par cet incident. Heureusement que Luna était là, elle a aussitôt pu faire un démenti dans le Chicaneur pour me faire passer pour un ami des bêtes. Et encore, ça n'a pas calmé toutes les ardeurs… Je reçois encore des propositions pour aller tuer du reptile en Amérique du Sud. »
OoO
« Je ne suis pas trop ridicule ? »
Hermione lança un regard attentif à Harry. Il était vêtu à la moldue version sorcier. Il portait une chemise noire sobre et un jeans de la même couleur où l'on sentait la patte affûtée de Mrs Guipure. Ses bottes étaient en dragon importé de Grèce : les écailles étaient particulièrement brillantes, ce qu'il n'avait jamais vu chez les dragons de Charlie. Sa veste en cuir de sombral lui allait à ravir.
« Très bien. Les demoiselles vont te poursuivre toute la soirée. Tu as vraiment décidé de te faire remarquer, c'est ça ?
- De toute façon, je me ferai remarquer, ajouta Harry, rougissant sous le compliment. Ron est prêt ?
- Pas encore, gloussa Hermione. Il a trouvé sa vieille robe de soirée, mais comme il a encore grandi, elle lui arrive au niveau des chevilles. Il a voulu se débrouiller tout seul avec des sortilèges d'élongation, mais il s'est planté. Tweed essaie d'arranger ça. »
Mr Tweed était un apprenti de Mrs Guipure. Il pouvait dans la même minute se montrer affable comme Flitwick et froid comme une porte d'Azkaban. Pour la magie, tout était matière ; pour Mr Tweed, tout était style. Il avait créé pour Hermione une robe sublime, dans un tissu si fluide qu'on avait l'impression qu'il était liquide. Il avait trouvé pour Harry le jeans et sa ceinture en serpent. Et il rattrapait les bourdes vestimentaires de Ron.
Mr Tweed était venu à la demande de Neville qui avait voulu que ses amis soient les plus présentables possible pour leur apparition au Ministère. Quand on était un sorcier, on ne lésinait pas sur l'apparence. Le couturier avait approuvé le costume moldu de Neville et s'était extasié sur la robe à marguerites géantes de Luna (il avait même dit qu'elle était à l'avant-garde du style sorcier). Il s'était montré poli jusqu'à ce qu'il rencontre Ron : malheureusement, les deux sorciers s'étaient pris en grippe.
« Nous arriverons en retard, alors. De toute façon, moins on y sera, mieux on se portera. Andromeda a récupéré Teddy, je pourrai donc rentrer ivre mort.
- Je voulais te dire quelque chose, Harry, dit Hermione au bout d'un moment.
- Ah, je n'aime pas cette tête-là.
- Les Malefoy sont invités. »
La tête d'Harry devint soudain une faute de goût : son teint blafard jurait avec ses chaussures.
« Comment ça ?
- Les aristocrates paient toujours pour aller à cette réception. Et en plus, ça permet de montrer le ministre sous un bon jour : il intègre les repentis à sa société. »
Harry se massa les tempes : il commençait de plus en plus à ne pas vouloir assister à cette mascarade. Puis il vit la tête d'Hermione : elle se mordait les lèvres et se triturait les mains. Elle avait encore quelque chose à dire.
« Achève-moi, vas-y. Je suis prêt à tout entendre.
- Rita Skeeter. »
Le regard d'Harry se glaça. Hermione ajouta à toute vitesse, comme s'il n'allait jamais la laisser s'exprimer :
« Je voudrais que tu me promettes de ne pas faire de bêtise. Elle voudra absolument des potins en tous genres, ne lui tends pas de perches. Ron est déjà à deux doigts de lui lancer les pires maléfices dont il est capable, et je ne peux pas vous surveiller tous les deux. Et avant que tu me dises que tu es un grand garçon et que tu fais ce que tu veux, continua-t-elle en voyant Harry ouvrir la bouche pour répliquer, je te connais, je sais que tu es impulsif et que si l'on touche à ceux que tu aimes tu vois rouge. Promets-moi de ne pas faire d'esclandre. »
Le regard suppliant d'Hermione adoucit Harry.
« Je demanderai à Luna et Neville d'être mes gardes du corps, si ça te rassure. »
Hermione lui sourit largement. Elle articula un remerciement et quitta la pièce en entendant des bougonnements ronaldiens parvenir de l'étage inférieur.
Harry s'observa dans le miroir. Le contraste avec son allure de l'année passée était flagrant. Il s'était étoffé (grâce aux bons soins de Ron), paraissait plus apaisé. Néanmoins, les ridules d'inquiétude qui s'étaient formées pendant son année d'errance n'avaient pas disparu. Harry avait vieilli : il avait dix-huit ans, mais il trouvait dans son regard une sévérité et une lassitude qu'il ne s'attendait pas à voir.
« Tu viens, Harry ? »
La voix de Luna le tira de sa contemplation narcissique. Il la rejoignit dans le couloir.
Neville, Ron (enfin présentable dans une robe bordeaux) et Hermione l'attendaient devant la cheminée. Mr Tweed avait dû se faire raccompagner par Kreattur. Neville lança une pincée de poudre de cheminette et s'avança dans l'âtre en demandant le ministère. Ron suivit en attirant Hermione par le bras. Luna se tourna vers Harry :
« Prêt ?
- Prêt. »
Il lui saisit la main et ils passèrent tous deux dans l'âtre. Ils débouchèrent dans le hall du Ministère.
Le hall était bondé. Des sorciers de tous âges se promenaient, bavardant de manière guindée, n'ayant pas encore remarqué l'arrivée du Sauveur du monde sorcier. Harry vit Ron, devant eux, fermement accroché à Hermione, comme si cette dernière allait s'envoler. Il paraissait gêné dans cette foule bien habillée. Hermione remarqua Harry et Luna et leur adressa un signe de tête : elle avait dû craindre qu'Harry change d'avis au dernier moment.
Harry entraîna Luna vers le buffet, en se cachant derrière elle. Personne ne les remarqua, ou plutôt ne daigna les remarquer. Luna Lovegood était connue dans le monde sorcier : si elle était une héroïne de guerre, elle était aussi la rédactrice en chef du Chicaneur et la fille de ce vieux fou de Xenophilius. On n'avait pas envie de l'approcher.
« C'est drôle, tu es encore une fois mon cavalier, nota Luna en attrapant un toast.
- Encore ? »
Luna mordit dans son toast. Harry nota que ses ongles étaient peints chacun d'une couleur différente, non pas en suivant un dégradé, mais en mettant côte à côte des couleurs qui auraient pu jurer sur les doigts d'une autre sorcière.
« Tu m'avais demandé de t'accompagner au dîner de Slughorn, en cinquième année. C'était la première fois qu'un garçon m'invitait. Je suis surprise que tes sourcils soient de la même couleur, d'ailleurs. Je pensais que c'était une tradition d'inviter des gens avec une pilosité métamorphosée. »
Harry sourit : il n'avait pas envisagé son amie comme cela, mais l'idée lui plaisait assez. Si Luna était sa cavalière attitrée, il pourrait peut-être éviter de danser avec toutes les sorcières qui se pâmaient devant lui. Il serait chasse gardée pour la soirée. À l'idée de ne pas passer dans les bras de toutes les vieilles filles en mal d'amour du Ministère, son sourire se fit taquin.
« Dans ce cas, je ne l'ai pas fait dans les formes, dit Harry en arrachant un brin de muguet d'une couronne de fleurs suspendue au-dessus de la table. Miss Lovegood, accepteriez-vous d'être ma cavalière pour la soirée ?, déclama-t-il d'un ton théâtral.
- Avec grand plaisir, Monsieur. »
Le visage de Luna exprimait à la fois de l'émerveillement et une joie profonde. Harry accrocha le brin de muguet au moyen d'un sortilège au poignet de la jeune sorcière. Ils continuèrent leurs messes basses un moment, en commentant la probabilité qu'un demi-garou nuageux soit dans l'assistance, sans remarquer qu'ils n'étaient pas passés inaperçus.
« Ainsi, Potter s'est entiché de la fille Lovegood ? Pas étonnant qu'elle l'ait embauché. »
La voix de Rita Skeeter agressait toujours autant les tympans. Harry se tourna vers elle : la journaliste était parfaitement maquillée, coincée dans une robe bustier ajustée, perchée sur des talons effilés. Sa fidèle plume à papote était coincée dans son chignon. La fin de la guerre avait dû être une période fructueuse pour la journaliste (écrire des notices funéraires rapportait) : l'époque où elle était miséreuse, coincée par la promesse faite à Hermione, semblait bien loin.
« Bonjour, répondit Harry en se plaçant chevaleresquement devant Luna (cette dernière leva les yeux au ciel, soit par exaspération devant son attitude, soit pour chercher des nargoles dans le gui suspendu à la voûte du hall).
- Harry chéri, mes sources ne mentaient donc pas, minauda Skeeter sans remarquer le regard dégoûté dudit Harry chéri. Tu as largué la fille Weasley pour les beaux yeux d'une demoiselle. Il me semblait que c'était pour ceux de l'héritière Lestrange, pourtant.
- Quelles sont vos sources ? Elles me paraissent périmées. »
Le ton énervé d'Harry n'eut aucun effet sur Rita Skeeter.
« Tu ne sais pas ? Je pensais que tu avais deviné, pourtant. Un garçon intelligent comme toi… Finalement, tu as une cervelle de moineau. »
Le tilt se fit. Harry repensa à plusieurs faits : une fois, Édith, la chouette de Charlie, était surexcitée, comme si elle avait parcouru des kilomètres. Si les hiboux possédaient une cheminée de descente pour entrer dans la Mag'fac, ils en sortaient la plupart du temps légèrement assommés, pas sur les nerfs. Quant à Coucou, il revenait souvent avec du sang humain sur les serres. Sans oublier le hibou de la Mag'fac qui indiquait à Hermione qu'elle avait des livres en retard.
« Vous agressez les hiboux…, souffla Luna, arrivée à la même conclusion. Vous attaquez les oiseaux pour lire leur courrier ! Vous n'avez pas honte ?
- Moins fort, petite écervelée, siffla Skeeter. Il faut bien avoir de bonnes sources, je ne vais pas t'apprendre ça. Les lettres de la fille Weasley sont toujours fort instructives. Et le vieux machin qui sert de hibou à la famille Weasley se laisse facilement attraper. »
Le vieil Errol subissait donc lui aussi les attaques de Skeeter. La journaliste ajouta :
« Enfin, votre couple n'apparaissait pas dans les lettres que j'ai lues. Je vais faire un scoop !
- Fermez-la, grogna Harry, furibond.
- Oh, j'ai vexé l'Élu ? Il a vaincu Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom et il a peur d'une journaliste ? Pauvre trésor… À moins qu'il ne s'inquiète pour la réputation de la blondasse qui lui sert de patronne.
- Taisez-vous.
- Ça me fait penser, à propos de blondasse, que tu pourrais m'en dire plus sur la relation entre blondie et rouquine en chef.
- Si vous croyez que je vais vous donner des informations pour vos tissus de mensonges, vous vous fourrez le balai dans le c…
- Harry ! »
Luna l'interrompit à temps.
« Dégagez. »
Le ton était glacial. Skeeter dut sentir que la situation pouvait dégénérer et s'éloigna, suivie par le regard meurtrier d'Harry.
« S'attaquer aux oiseaux, elle devrait avoir honte, remarqua Luna. Ces pauvres bêtes n'ont rien fait.
- Je suis désolé, Luna, répondit Harry en essayant de reprendre son calme. Tu vas faire la une de la Gazette demain, et ce ne sera pas élogieux.
- Tu sais, ça ne me fait rien d'être traînée dans la boue par la presse. Papa a toujours été extrêmement critiqué pour ses positions concernant les vampires. J'ai l'habitude. »
Harry n'arrivait pas à s'expliquer son comportement. Savoir que Rita Skeeter était capable d'écrire sur ses amis… Il sentait une brûlure dans ses entrailles, comme si des magyars se promenaient dans son ventre, sans réussir à la définir. Ce fut Luna qui, d'une voix détachée, mit les mots dessus :
« Tu es en colère. Tu vas mettre le feu à ma robe. »
Ces mots lui firent comprendre que sa magie pulsait suffisamment fort pour que Luna le remarque. Elle le tira par le bras vers les toilettes du Ministère. En un seul mouvement, elle ouvrit la porte des cabinets d'aisance pour hommes, le happa à l'intérieur et referma la porte d'un collaporta.
« Respire. Ce n'est pas le moment de faire de la magie spontanée. Hermione m'a dit que la dernière fois les murs ont tremblé, là tu risques de créer une émeute. »
La voix douce de Luna le calma peu à peu. Elle fit apparaître un verre d'eau qu'il but avidement. Harry décida que ce n'était pas assez et se rafraîchit le visage dans un lavabo. Ses mains tremblaient encore.
« Tu sais, tu n'as pas à me protéger. Je suis assez grande pour me débrouiller toute seule.
- Je sais, souffla Harry en regardant les motifs floraux de la robe de Luna dans le miroir.
- Et Neville aussi. Il a tenu tête à Tu-sais-qui. Et à sa grand-mère.
- Je sais.
- Et Ron et Her…
- Je sais !, s'exclama Harry en se tournant violemment vers elle. C'est plus fort que moi ! J'ai toujours fait ça ! On m'a formé pour protéger les autres ! »
Luna s'approcha de lui. Harry avait du mal à respirer : il sentait sa fureur l'étouffer.
« C'est un peu le cas de tous les Gryffondor, non ? Le sacrifice pour sauver les autres.
- Je ne sais pas, grinça Harry. Je l'ai juste poussé jusqu'au bout. Et ça marque. »
Un pli soucieux apparut sur le front de Luna. Elle posa sa main fraîche sur celui d'Harry, son autre bras s'accrochant à son épaule.
« Tu es tout chaud. Soit tu as un rhume, soit un joncheruine a pris possession de toi. La deuxième option est plus problématique. »
Les magyars dans le ventre d'Harry se calmaient peu à peu : sa magie ne menaçait plus de sortir de lui. Sa respiration s'apaisa. Harry sentait le contraste entre sa tête bourdonnante et la main fraîche de Luna sur son front : comment faisait-elle pour avoir les mains froides quand lui avait si chaud ? Il inspira de longues bouffées : l'odeur de la fleur qu'elle avait au poignet l'apaisa complètement. Il se mit à étudier le détail de ses boucles d'oreille en plume d'hippogriffe : au deuxième trou, elle portait une bulle transparente dans laquelle il crut distinguer un arbre entier qui bougeait au gré d'un vent imaginaire. Il sursauta lorsqu'un oiseau sortit de l'arbre, vola vers lui et disparut juste avant de crever la bulle. La magie faisait de belles choses, et les boucles d'oreille de Luna aussi.
« Je penche pour le joncheruine, chuchota Harry en osant à peine rompre le silence confortable dans lequel ils étaient. J'ai toujours attiré les problèmes. »
Cet aveu fit rire Luna :
« Je suis un problème ?
- Je t'attire ? »
Luna parut un instant désarçonnée : Harry sentit la main posée sur son bras se crisper brièvement. Elle cligna des yeux et retira lentement la main posée sur son front.
« Donc on y retourne ? Plus de magie spontanée ? » chuchota-t-elle.
Il sentait encore les mains de Luna sur son bras et sur son visage. Ce qui bougeait dans son ventre ressemblait à cet instant plus à des jeux follets dansants qu'à des magyars : c'était chaud sans être désagréable. Lorsqu'elle s'éloigna vers la porte, son corps sembla soudain se rafraîchir.
Harry se secoua :
« Ouais, ça va aller. Je ne brûlerai rien. »
Il suivit Luna et débarqua au milieu d'un crépitement d'applaudissements et la voix doucereuse de Judd As :
« Et voici le Sauveur du monde sorcier, Harry Potter ! »
