Chers lecteurs,
Ce ouikende, j'ai pris du champifleur et l'esprit de Trelawney s'est emparé de moi.
Quand le maître se sera lancé, et que le serviteur fidèle aura corrigé, il y aura 44 chapitres de frivolités pour cette histoire alambiquée qui se finira pendant l'été. Et un sinistros, faut pas oublier.
En espérant que cette prédiction se vérifie.
Je vous remercie, comme d'habitude, pour vos réactions en tous genres, et espère que vous avez passé un ouikende ensoleillé.
Portez-vous bien, lisez votre avenir dans les feuilles de thé, à dimanche,
Al
PS : you know what for you know who :
Nictocris : faut que t'arrêtes de me fournir en champifleur. libellule et papillon, je t'aime putain.
Harry ouvrit les yeux dans le salon du Square Grimmaurd. Il était allongé par terre, sur un matelas posé à même le sol. Une forme humaine était allongée à côté de lui : les fleurs qui se fanaient dans la masse de cheveux blonds sur l'oreiller lui indiquèrent que l'humain en question était Luna. La jeune fille était recroquevillée, le visage tourné vers lui, caché sous un monceau de cheveux. Harry se demanda si elle n'étouffait pas sous sa masse capillaire. Il chaussa ses lunettes et observa autour de lui.
Neville était affalé sur le canapé, ses jambes dépassaient des accoudoirs. Le soleil hivernal entrait à pleins flots dans le salon : il devait être au moins onze heures du matin. C'était un beau jour pour un premier de l'an. La lumière semblait un peu étouffée : il devait avoir neigé.
Harry se souvint vaguement de leur arrivée la veille : Ron et Hermione étaient allés se coucher plus tôt, et Ginny et Malefoy avaient squatté chacun une chambre. Harry avait terminé la soirée avec Luna et Neville à jouer au Monopoly, expliquant cinquante fois les règles à Neville et Luna. Ç'avait été un échec. Neville n'osait pas attaquer ses amis et Luna préférait acheter les rues sur la joliesse de leurs noms plutôt que pour construire des maisons et des immeubles. Plus jamais ça, s'était dit Harry. La prochaine fois, il proposerait un rami.
Ils s'étaient endormis sur le plateau de jeu.
Harry se leva en essayant de ne pas réveiller sa voisine. Il sautilla jusqu'à la porte en évitant les cartes de Monopoly étalées par terre et retint un petit cri quand une maison en plastique vert fit une rencontre fusionnelle avec la plante de son pied droit. Jurant et maugréant dans ses trois poils de barbe, il parvint à la cuisine sans faire trop de bruit.
« T'es à la une de la Gazette, Potter.
- Tu veux du café ? »
L'attaque différait entre Makhé et Charlie qui prenaient leur petit-déjeuner. Enfin, Makhé était allongée sur un banc en train de lire attentivement la Gazette et Charlie griffonnait des notes sur un parchemin sur la composition d'un nouveau remède à la conjonctivite devant une tasse de café fumant. Harry accepta le bol de café, y ajouta une rasade de lait et but le tout cul sec. L'opération finie, il la réitéra. Au bout du troisième bol, il se sentait un peu plus d'attaque.
« Skeeter dit quoi, cette fois ?
- Elle est super contente. En une seule soirée, elle a eu ton mariage avec Lovegood, le scandale Malefoy et une photo d'Hippolyte Chiron, le chef de Sainte-Mangouste, en train de rouler un patin à Rose As, la femme du ministre. Soirée très rentable pour le scarabée. »
Harry se sentait blasé : l'année nouvelle venait à peine de commencer, qu'il se coltinait déjà des journalistes sur le dos.
« Elle dit quoi sur Ombrage ? Sa présence n'a pas dû choquer que moi…
- Rien. Si ce n'est que ce n'était pas exactement le même rose qu'elle porte habituellement. Les toilettes ont été commentées.
- Les toilettes ?, s'inquiéta Harry en se rappelant son excursion dans les toilettes du ministère la veille.
- La robe de Weasley ter a été très appréciée. Ta tenue aussi, mais il paraît qu'elle jurait avec les fleurs de ta future femme. »
Harry cacha la rougeur soudaine qui lui envahissait les joues en plongeant dans son quatrième bol de café :
« Il ne me reste plus qu'à faire une campagne de presse pour montrer ma bonne foi. Super.
- On peut toujours essayer de développer une romance entre toi et Drago, ça prouverait que tu acceptes bien les repentis dans ton entourage, proposa Makhé, pince-sans-rire.
- On n'est pas dans ce genre de scénario, gloussa Harry. Déjà j'héberge une Lestrange, ça devrait être dans mon dossier à décharge. »
La grimace de Charlie n'échappa pas à Harry.
« Quoi encore ? »
La moutarde lui montait peu à peu au nez. Qu'allait-on encore lui annoncer ?
« Il se trouve que Skeeter a eu accès en avant-première au dernier numéro de Théorie sorcière.
- Celui où vous expliquez que les sorciers nés-moldus happent la magie ?
- Exactement. »
Harry attrapa le journal et lut enfin l'encadré concernant les récentes découvertes des chercheurs en matière de magie.
Il serait donc scientifiquement prouvé que les Nés-moldus "volent" la magie des sorciers pour s'accaparer leurs pouvoirs. Cela devrait pousser à repenser leur statut : la diminution du potentiel magique chez les sorciers de souche leur incombe totalement, même s'ils n'ont pas conscience de leurs actes. Ils sont donc responsables involontaires de la dispersion magique remarquée par tous depuis quelques générations sur nos enfants. Une source du département des Mystères, qui préfère garder l'anonymat, craignant les représailles des adeptes de Potter, nous confirme cette baisse effarante. Que fera notre gouvernement face à cette menace ?
« L'année commence bien. »
OoO
« Ça pourrait être pire, tenta Hermione, philosophe.
- Si par pire, tu penses que je vais annoncer que je fais une crise de foie à cause de nos excès d'hier, évite de prédire des malheurs. » ronchonna Ron.
Une flopée de hiboux avait empli les combles du Square Grimmaurd, dévolues aux volatiles. Les rapaces étaient tous pourvus de lettres d'insultes bien senties envers Hermione ("sale Sang-de-bourbe, qui ose voler la magie et s'en vanter" ou "vous apportez des preuves au discours des adeptes de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, vous devriez avoir honte") et de félicitations pour Makhé ("vous êtes la digne fille de votre mère, en montrant que les théories du Seigneur des Ténèbres étaient avérées"). Les Aurors étaient arrivés sur les lieux depuis trois heures, pour tenter de remonter le vol des hiboux : peut-être parviendraient-ils à retrouver, grâce aux lettres d'éloge ou d'insulte, d'anciens Mangemorts encore en fuite.
Ils avaient voulu se réfugier au Terrier, mais la bâtisse familiale souffrait des mêmes désagréments plumeux.
« De toute façon, on rentre ce soir à la Mag'fac, annonça Ron d'un ton morne.
- Si le Ministère accepte de vous déléguer un portoloin. Ç'a l'air mal barré, ils voulaient vous garder sous la cape pour les besoins de l'enquête. »
La remarque d'Harry leur arracha un soupir à fendre l'âme. Ils se trouvaient tous trois dans la cave du Square Grimmaurd, partie de la maison non encore explorée. Neville était parti à Sainte-Mangouste pour visiter ses parents, et Luna lui avait proposé, avec son détachement habituel, s'il voulait être accompagné. Les deux amis étaient donc partis en promenade londonienne, suivis par Charlie et Makhé qui devaient absolument aller voir un disquaire cracmol qui proposait à la vente des vinyles sorciers à bas prix. Malefoy et Ginny étaient partis au manoir Malefoy pour prendre le thé avec Mrs Malefoy (comme d'habitude, il y avait bien trop de Malefoy).
Harry se retrouvait donc seul avec ses deux meilleurs amis. Dans la folie des derniers jours, ils s'étaient peu retrouvés tous les trois ensemble. La dernière fois, c'était devant Jeff Bridges dans le cinéma moldu.
« Vous croyez qu'on va pouvoir continuer longtemps ? Un jour ou l'autre, on ne pourra plus se voir autant qu'avant… On ne fait que repousser l'échéance.
- Ben dis donc, la nouvelle année ne te réussit pas, remarqua Ron. À moins que ce soit le sevrage de champifleur… »
Ce dernier était affalé contre un monumental fût de rhum vieux d'au moins vingt-cinq ans, première grosse trouvaille dans la cave des Black. Hermione avait refusé qu'ils se servent dedans avant d'avoir passé l'alcool par tous les tests "détection de poisons" qu'elle connaissait.
Hermione était assise à côté de lui, l'air un peu pincé. Harry savait que ce n'était pas la saleté ambiante qui la dérangeait, plutôt cette impression de magie noire qui imprégnait l'air. Elle avait toujours eu un sixième sens pour les ennuis magiques. Pour l'instant, elle feuilletait un vieux grimoire et murmurait de vieilles incantations runiques incompréhensibles pour chasser le mal de la pièce. Harry avait proposé d'attendre Bill, mais Hermione était obstinée.
« Je ne suis pas accro, se défendit Harry. C'est juste que je ne veux pas que les Aurors aient de nouveaux moyens de me décrédibiliser. Le mec qui fume du champi, ça ne fait pas très sérieux.
- De toute façon, vue notre poisse, Skeeter va te trouver un nouveau fiancé et on ne pourra pas quitter l'Angleterre à cause des groupies devant le terminal des portoloins du ministère. J'espère que mon boss ne va pas trop m'en vouloir.
- Pourquoi pas une fiancée ?, demanda Harry, un peu confus par le sous-entendu de son ami
- Regarde les chiffres de vente. Tu comprendras.
- J'ignorais que ma prétendue homosexualité était si vendeuse. Mais après réflexion, c'est une mauvaise idée pour le Chicaneur.
- Tu n'as pas sérieusement envisagé cette possibilité, répondit Hermione. Après tout, il reste le seul journal d'investigation correct. »
Harry apprécia le compliment à sa juste valeur : Hermione validait donc son travail journalistique.
Ron aurait dû repartir le matin-même : on l'attendait en cuisine. Le fait d'être coincé avec des Aurors lui déplaisait, surtout que, dans sa loyauté aveugle envers Harry, il en était venu à douter de cette instance qui dépendait du Ministère.
« On peut faire confiance aux Aurors, vous croyez ?
- Je pense, répondit Hermione en relevant le nez de son livre. Ils ne sont pas tous mauvais, contrairement à ce qu'en dit Harry.
- Je n'ai pas dit ça, nia l'intéressé. Je dis juste qu'on en connaît des vendus.
- Et d'autres ont appartenu à l'Ordre du Phénix et t'ont toujours soutenu, même s'ils n'ont jamais compris ce qu'on fabriquait. »
Harry reconnaissait que sans Hermione, il aurait toujours eu des positions fermes et tranchées, sans reconnaître que tout n'était pas aussi net. Il n'y avait jamais eu d'un côté les bons, de l'autre les méchants. La seule opposition nette et précise, c'était Harry face à Tom Jedusor. Le reste n'était que littérature.
Harry se lança alors dans un de ces coqs à l'âne dont il devenait friand suite à une trop grande fréquentation de Luna Lovegood :
« Je crois qu'il faut que je retrouve la Pierre de résurrection. »
Il savoura son petit effet tandis qu'Hermione s'étouffait d'indignation et que Ron se cognait la tête contre le fût.
« Tu as dit que tu ne voulais plus y toucher, s'exclama Hermione. Qu'elle était dans la forêt interdite et qu'elle y resterait !
- J'ai dit pareil pour la Baguette, et j'en ai eu besoin, répondit Harry, placide.
- À quoi ça te servirait ?
- Justement, je ne sais pas. Mais savoir qu'une Relique se promène dans la nature, quand on sait qu'elle est chargée de magie noire, et que j'ai l'utilité des deux autres reliques, ça me turlupine. »
Ron gardait inélégamment la bouche ouverte comme un crapaud béat. Hermione reprit :
« Je conçois l'attirance que peuvent inspirer les Reliques, mais elles sont mauvaises. Même Dumbledore les a fuies et a reconnu leur influence néfaste !
- Je ne suis pas Dumbledore, s'assombrit Harry. Et je suis le vrai Maître de la mort, c'est même lui qui me l'a dit.
- Quand, pendant ta mort ? »
La voix d'Hermione frôlait l'hystérie.
« Tu sais bien que c'était dans ta tête, ça n'a même pas dû exister !
- C'était réel, asséna Harry.
- Tu étais mort ! »
La brisure dans sa voix stoppa Harry dans la diatribe qu'il s'apprêtait à lui sortir. Il y avait quelque chose qu'Hermione Granger n'avait toujours pas digéré. Qu'elle perde le contrôle de ses nerfs était suffisamment rare pour qu'Harry se sente mal à l'aise.
« Hermione, qu'est-ce qui se passe ? »
Ron fit les gros yeux à Harry, alors qu'il n'avait pas osé s'interposer dans leur conversation, et essaya de consoler Hermione qui pleurait maintenant à gros bouillons. Par dessus la tête broussailleuse de la jeune fille, il rassura Harry d'une voix nonchalante :
« D'habitude, c'est moi qui la fais pleurer. Elle cauchemarde et se réveille en pleurant, en disant que je suis mort, ou toi, ou quelqu'un d'autre. Là, ça faisait bien trois semaines qu'on n'avait pas eu droit à une petite crise, ça va passer.
- Je ne fais pas une petite crise, Ronald, grogna Hermione en se calmant peu à peu. Je ne suis pas hystérique. »
Le ton de sa voix était en effet plus contrôlé. Harry la laissa se moucher tranquillement avant de répéter :
« Dis-moi, Hermione. »
Les yeux rougis, la sorcière reconnut :
« Tu es parti. Comme ça, dans la nuit, pour te faire tuer. Tu ne nous as rien dit. J'étais morte d'inquiétude. Je savais que tu ne pourrais pas rester insensible à la proposition de Vodemort. J'espérais que tu viendrais nous dire au revoir. Tu ne l'as pas fait. On aurait dû venir avec toi…
- Avoir deux morts de plus n'aurait servi à rien, remarqua Harry.
- Je sais, mais toi ? Tu y es allé seul…
- Je n'étais pas seul, j'avais…
- Des émanations de morts, évidement ! » s'exclama Hermione, clairement énervée.
Harry sentait petit à petit ses neurones faire le lien.
« Tu allais te faire tuer. Tu as vécu ça seul. Tu as dû tellement souffrir… »
Hermione repartit dans une crise de larmes et les bras de Ron, qui avait lui aussi les yeux brillants. Harry sentit une boule se former dans sa gorge : ils n'avaient jamais reparlé de ce moment. Quand il leur avait raconté, à la fin de la bataille finale, ce qu'il avait fait, il ne s'était pas étendu sur la question. Mais il se rendait compte qu'Hermione ne lui avait jamais pardonné d'être parti sans rien dire.
« On aurait pu partir avec toi, sanglotait Hermione. On aurait dû être avec toi… Tu étais seul… J'étais si mal… J'avais honte de souffrir autant parce que je me disais que tu devais souffrir encore plus que moi… Je me suis sentie tellement égoïste…
- Je ne me serais jamais pardonné si vous étiez morts pour moi, avoua Harry.
- Et nous ? Tu as pensé à nous ? Tu penses qu'on s'est pardonné que tu sois mort pour nous ? »
Le silence se fit, le temps qu'Hermione se calme, que Ron se mouche et qu'Harry chasse, avec toute la force de sa volonté, le chagrin qui l'étreignait devant la détresse de son amie. Il n'avait pas l'habitude de ressentir aussi pleinement son chagrin : il ressentait plus facilement de la colère. Même à la mort de Sirius, il avait plus ressenti de rage que de tristesse. La tristesse était venue après. Qu'Hermione lui remette en pleine face le chagrin qu'elle et Ron avaient pu ressentir quand lui n'avait été que résignation le fit flancher.
Il n'avait jamais envisagé la chose sous cet angle. Il avait été égoïste de penser que Ron et Hermione s'en sortiraient sans lui. Il avait ajouté une charge à ses deux meilleurs amis.
« Pardon. »
Cela parut suffire : il n'y avait rien d'autre à ajouter. Ron fit apparaître trois verres et leur servit une lampée de rhum.
« Maintenant, c'est fini. On ne va pas se prendre la tête sur ce qui aurait pu ou dû se passer en mai. On est tous les trois vivants, trinquons. »
Hermione sourit et essuya d'un geste vif les larmes qui restaient sur ses joues. Elle accepta le verre et Harry sentit que ses entrailles qui s'étaient amusées à créer un nœud bien complexe se détendaient.
Une fois remise d'aplomb, l'alcool aidant, Hermione reprit :
« Tu veux récupérer la Pierre pour discuter avec des morts… Quand tu t'apprêtais à mourir, je peux comprendre, mais maintenant… Pourquoi ? Le monde des vivants ne te suffit pas ? »
Harry comprit enfin où la réflexion d'Hermione l'avait menée.
« Ce n'est pas ça du tout, répliqua-t-il. Je ne veux pas l'utiliser. Je veux juste la mettre en sûreté. C'est un objet de magie noire, il faut que personne ne tombe dessus.
- Tu n'es pas responsable des actions des autres, objecta-t-elle.
- Non, mais je suis responsable des Reliques. Je veux éviter qu'elles se baladent dans la nature. »
Ron soupira :
« Si tu possèdes les trois Reliques, tu deviens comme la Mort elle-même, non ?
- Non, je deviens le maître de la mort. »
C'était toujours un peu pompeux, comme appellation, songea Harry.
« Et ce n'est pas dangereux ?
- Luna dit que si, c'est mauvais pour la santé. Mais je ne veux pas utiliser la pierre, je veux juste la mettre en sûreté. »
Hermione paraissait sceptique :
« Où la cacherais-tu ?
- À Gringotts, je pense. Selon Hagrid, c'est l'endroit le plus sûr au monde après Poudlard, mais c'était du temps de Dumbledore. Je pense ouvrir un coffre pour l'y enfermer.
- Tu n'essaierais pas de la détruire ? »
Harry prit le temps de réfléchir avant de répondre :
« Je ne sais pas. Elle a eu son utilité. Ce serait orgueilleux de croire que je suis légitime à la détruire. Peut-être qu'un jour, elle pourrait servir à quelqu'un…
- Tu n'es pas le plus légitime ? Tu n'es pas maître de la mort ? »
Définitivement trop pompeux, songea Harry. En plus, ça avait une connotation avec le surnom de Tom Elvis Jedusor.
« Je ne sais pas. Je vais me laisser le temps. Je veux juste que la pierre ne traîne pas dans la Forêt, près de Poudlard, où un élève un peu trop curieux pourrait tomber dessus sans faire exprès. »
En parlant des élèves sans défense, Harry savait qu'il marquait des points.
« Très bien, reconnut Hermione. Fais comme tu le sens. Mais pas de bêtises, d'accord ? Tu ne l'utilises pas pour faire remonter à la surface une ombre ? »
Harry promit.
La mise à plat de leurs sentiments était bizarrement éreintante. Les Aurors vinrent les chercher pour leur annoncer qu'ils étaient libres de partir, mais qu'il leur serait sûrement demandé de venir répondre à d'autres questions selon les besoins de l'enquête. Harry leur demanda de passer par portoloin ou cheminette internationale, pour éviter que les hiboux fassent les choux gras de la presse.
Ron et Hermione partirent faire une sieste. Vus les gloussements échangés dans les escaliers, Harry se dit qu'ils ne devaient pas avoir la même conception de la sieste. Il s'installa dans le salon et sortit un grand parchemin sur lequel il commença à dessiner la Forêt interdite.
Il n'y avait pas de carte écrite de la Forêt, Harry se mit donc à cartographier les endroits dont il se souvenait. Il s'aperçut qu'il en connaissait pas mal, finalement : entre sa retenue en première année, sa recherche d'arachnides durant la deuxième, ses pérégrinations nocturnes pour la première tâche du Tournoi des trois sorciers, Graup et les sombrals en cinquième année, il avait quand même visité une bonne partie de la forêt. Il nota ses remarques et essaya de déterminer quel avait pu être son itinéraire précis quand il était allé dans la clairière se faire tuer. Il sortit la Carte du Maraudeur pour avoir des informations supplémentaires, mais la carte ne montrait que les limites du château. La Forêt interdite étant, selon son nom, interdite, les Maraudeurs n'avaient pas dû s'embêter à s'y promener. C'était d'ailleurs surprenant, connaissant le caractère de leurs membres, qu'ils ne s'y soient pas risqués.
« La clairière aux champignons est plus près du territoire des Centaures. » remarqua une voix derrière lui qui le fit sursauter.
Luna et Neville étaient de retour.
« Je ne vous ai pas entendus rentrer, avoua Harry. Mrs Black n'a pas crié.
- J'ai trouvé comment la faire taire : je la menace de mettre des vers dans le bois de son cadre si elle ne m'accueille pas avec "Luna, je suis ravie de vous voir !" »
La menace était sérieuse, en effet.
« Tu t'y connais en Forêt interdite ?
- Oui, j'allais souvent en lisière de la Forêt discuter avec Hagrid. C'est le seul à pouvoir y aller sans se faire arracher les pattes. »
Harry sut immédiatement à qui il allait demander de venir avec lui pour rechercher la pierre.
