Chers lecteurs,

Alors, après demandes, petit rappel sur les concepts qu'en fanatique mythologue j'invente. Un dragopote (maître de dragon) est un sorcier pourvu d'une forte puissance magique, qui rappelle aux dragons (qui se transmettent une mémoire millénaire de dragon en dragon) Siegfried, un héros nordique qui a tué un dragon par ruse (le salaud). Harry est dragopote depuis qu'il a hérité de la puissance magique de Voldynouchet, donc les dragons sont particulièrement méfiants envers lui : il est un des rares à pouvoir les soumettre et à les faire obéir. Pour plus d'indications, revoir chapitres 22 et 33 (c'est vraiment trop stylé de se renvoyer à soi-même).

Sinon... Toujours un immense plaisir de vous lire, voir vos théories, guetter vos réactions.

Portez-vous bien, bonnes vacances à ceux qui en ont, bon courage à ceux qui n'en ont pas (de vacances ou de courage, au choix), à mardi,

Al


« Kosma ! »

Le dragonnier était à terre, aux pieds du magyar toujours actif, et convulsait : ses jambes étaient noircies, ses vêtements brûlés, ce qui ne présageait rien de bon. Harry piqua vers lui et vit Ron faire de même.

« Harry ! Soumets le magyar !

- Je le sens pas ! » s'exclama Harry, exaspéré par son sentiment d'impuissance.

Charlie et Ron lancèrent chacun un sort de sommeil au magyar : la double charge fit tomber l'immense bête à terre.

Kosma sanglotait. Toute sa superbe avait disparu : de la morve lui coulait sur le menton et des gémissements de douleur lui échappaient. Ses vêtements étaient soit brûlés, soit déchirés. Un rouge déplaisant couvrait le tissu de sa veste au niveau de l'abdomen.

« Makhé, Hermione, vite !

- Quoi ?

- On a besoin de vous, Kosma est touché ! »

Ron s'agenouilla à côté de Kosma :

« Ça va aller, mon vieux. »

Makhé, juchée sur son balai, Hermione agrippée à son torse, slaloma entre les corps des dragons endormis et grimaça quand elle vit l'état de Kosma.

« Ben il t'a pas raté, dis donc. »

Kosma essaya de ricaner. Hermione retrouva son professionnalisme et leva sa baguette :

« Je vais te lancer un sort pour atténuer la douleur, le temps que Makhé t'ausculte. On va te déplacer sous le couvert des arbres.

- Hermione ! Il est intransportable…, tenta Charlie.

- On ne peut pas rester ici, coupa-t-elle. Il faut qu'on s'occupe de ses blessures et j'ai besoin d'une marge de manœuvre. Et on ne peut pas le déplacer comme ça. »

Charlie finit par acquiescer. Kosma hocha la tête pour donner son accord : il paraissait souffrir le martyre. Harry bénit le savoir-faire d'Hermione : elle savait toujours quoi faire dans n'importe quelle situation, elle connaissait toujours le sort qui peut faire la différence.

Une fois le sort d'Hermione lancé, Kosma bascula sa tête en arrière d'extase et put enfin parler :

« Le magyar m'a eu par surprise. Il a feinté : je le pensais déjà endormi.

- Tu sens tes jambes ?

- Maintenant, non.

- Avant le sort, tu sentais tes jambes ?

- Ça faisait un mal de dogue. »

Harry voulait aider :

« Je peux utiliser ma baguette, maintenant ?

- Non, répondit Charlie, sombre. Je m'en occupe. Levicorpus. »

Harry commença à ruminer dans son coin : il se sentait inutile, et il n'aimait pas ça. Il s'approcha de Ron qui fouillait dans son sac :

« Tu cherches quoi ?

- Un truc à manger, avoua Ron, penaud. À mon avis, on n'en a pas fini, et je déteste affronter des dragons le ventre creux. Je me dis que ça me donnera du goût si je me fais bouffer : autant leur faire plaisir. »

Harry ricana nerveusement et attrapa une banane dans le sac de Ron. Ils rejoignirent les quatre autres à l'orée de la forêt. Hermione murmurait des incantations censées affaiblir la douleur tandis que Charlie se mettait torse nu :

« Je ne suis pas sûre que ce soit le bon moment pour faire admirer tes pectoraux, Weasley. Bien que la vue soit très agréable. » tenta Makhé dans une tentative d'alléger l'atmosphère.

Charlie leva les yeux au ciel et appliqua sa baguette sur le tatouage qui couvrait son épaule. Le cornelongue encré chatoya brièvement, comme illuminé de l'intérieur.

« Qu'est-ce que c'est ?, demanda Ron.

- Appel de détresse des dragonniers : tous les membres de la confrérie présents sur le continent reçoivent notre localisation précise et vont essayer d'arriver dans un minimum de temps par portoloin ou transplanage. On n'est pas de taille, on s'est fait déborder.

- Eux auront le droit de transplaner ? Ça ne risque pas de réveiller les dragons ?

- Si, c'est pour ça qu'on ne va pas rester inactifs en les attendant, expliqua Charlie en se rhabillant. On va essayer de sécuriser une aire de transplanage et maintenir les dragons endormis.

- Kosma n'a pas de tatouage, nota Hermione.

- Tu as déjà vu Kosma torse nu ? Tu ne perds pas de temps, siffla Ron.

- On nous tatoue en fin de formation, quand on a prêté serment à la confrérie. Et c'est pas forcément sur les épaules.

- Ça fait penser à la Marque des ténèbres, remarqua Harry. Un tatouage qui permet à Voldemort de rappeler tout le monde près de lui.

- C'est Tu-sais-qui qui nous a copiés, reconnut laconiquement Charlie. Il a fréquenté des dragonniers et appris certaines de nos pratiques. Yaxley en était un. Enfin, un ancien dragonnier. La confrérie l'a banni avant qu'il soit tatoué, ajouta-t-il d'un ton froid.

- Et si tu es banni après avoir prêté serment, il se passe quoi ?

- À ton avis, qu'est-ce qu'il se passe quand on laisse un mec sans baguette face à un magyar en colère ? »

Le ton cruel et détaché de Charlie laissait supposer un pan des coutumes de dragonniers beaucoup plus sanguinaire et barbare que ce que connaissait Harry. Il comprit que c'était un engagement à vie que prenaient les étudiants en dragonologie et que si Charlie avait déjà assisté à ce genre de spectacle, cela avait dû le laisser de marbre.

« Vous êtes tous tatoués ?

- Oui, mais pas aux mêmes degrés. Le premier tatouage est une écaille. Et seuls ceux qui ont prêté serment ont un dragon. Une petite vingtaine.

- Les mêmes que ceux qui connaissent la localisation du cimetière des dragons ?

- Tu comprends vite. »

Charlie se prêtait volontiers aux explications, comme s'il voulait s'occuper l'esprit et les mains pour éviter de penser à Kosma, mais Harry voyait bien le pli soucieux qui lézardait son front.

Ron avait allumé un feu et commençait à griller des pommes de terre. Il avait mis de l'eau à chauffer pour le thé. Dans un petit chaudron posé sur les braises d'un autre foyer, une décoction d'herbes, dans laquelle Hermione ajouta une pincée de safran, mijotait.

Charlie s'approcha de la civière de Kosma et lui annonça d'une voix calme :

« Elyas sera là dans quatre ou cinq heures, faudra que tu tiennes le coup encore un peu. Tu as deux charmantes infirmières : Hermione te prépare un succédané de philtre d'euphorie et Mak' va nous sortir ses recettes et ses sortilèges de mère-grand pour te faire des cataplasmes anti-douleur. Ça ira ?

- Ça dépend, c'est quoi un succédané ?

- Un substitut. Ingrédients différents, mêmes effets. »

Harry n'entendit pas la réponse de Kosma. Charlie partit peu après vérifier que les dragons dormaient bien. Ron cuisinait et préparait du thé et de quoi manger pour qu'ils puissent veiller le plus longtemps possible : la nuit allait être longue.

OoO

Au bout d'une heure et demie, les gémissements de Kosma avaient repris. Hermione somnolait contre l'épaule de Ron, épuisée par les sorts qu'elle avait lancés pour préparer l'aire de tranplanage. Makhé et Charlie étaient repartis vérifier si les dragons étaient toujours hors de combat et les rendormir si besoin. En conséquence de quoi Harry se trouvait être le seul à être encore légèrement d'attaque : il se sentit obligé d'aller tenir compagnie à Kosma.

« Ça va ?, demanda-t-il, sans se soucier d'avoir l'air stupide.

- Pas vraiment, répondit Kosma en grimaçant. Je sais que je ne vais pas m'en sortir.

- Mais si, tu vas t'en sortir, coupa machinalement Harry, sans trop y croire.

- On n'a pas tous ta propension à survivre dans ce genre de situation, répliqua Kosma, amer. La plupart du temps, quand un dragon te crache dessus, tu t'en remets difficilement. »

Harry ne savait pas quoi dire. Il s'assit à côté de lui et garda le silence, en espérant que sa présence lui ferait quand même du bien.

Quelques minutes passèrent, et Kosma reprit, dans un murmure presque honteux :

« J'ai peur. J'ai pas envie… Je suis trop jeune pour mourir, j'ai pas revu mes parents, j'ai pas vu naître ma nièce, j'ai pas encore passé mon examen de dragonnier, je suis pas tatoué… C'est effrayant, tu sais ?

- Oui, je sais, avoua Harry.

- Ah oui, Charlie m'a dit, articula difficilement Kosma. Apparemment, t'y es allé de ton plein gré. Je sais pas comment t'as fait… »

Harry laissa passer un temps.

« J'avais peur aussi, mais c'est passé. »

Il revit en un flash le chemin qu'il avait emprunté pour aller dans la Forêt interdite. Son désespoir était si grand : il n'était pas prêt, lui non plus. Il n'avait pas dit au revoir à ses amis, il n'avait pas vaincu Voldemort, il n'avait pas pardonné aux Dursley. C'était trop tôt pour lui aussi. Trop tôt, et pourtant il ne pouvait pas y couper : sa mort était inéluctable. Et à ce moment, au moment où il avait compris qu'il était au terme, il avait trouvé du soutien.

« Ça peut sembler bête, mais quand la mort est trop proche, on n'est plus tout seul. » ajouta-t-il.

S'il avait pu aller se faire tuer, c'est qu'il avait rencontré ses parents, Sirius et Lupin qui l'avaient rassuré et accompagné. Il n'avait pas été seul. Les Mangemorts et Voldemort ne les avaient peut-être pas vus, mais quand il était arrivé dans la clairière pour y mourir, il était accompagné.

Pris d'une intuition folle, qu'il ne s'expliqua pas, il sortit de la bourse en peau de moke qu'il avait gardée accrochée à son cou le vif d'or et l'embrassa en chuchotant :

« Kosma est sur le point de mourir. »

Le vif s'ouvrit et révéla la pierre de résurrection. Instinctivement, Harry sut quoi faire : il la sortit de son habitacle et la mit dans la paume ensanglantée de Kosma.

« Tourne-la trois fois. »

Kosma, interdit, obéit.

Un jeune homme apparut : grand, les yeux étincelants comme ceux de Kosma, des cheveux bruns coupés courts. Il le regardait avec un regard doux. Un couple âgé apparut et se tint à côté de lui. La femme s'agenouilla à côté de Kosma et lui caressa le front, comme une mère qui console son enfant après un cauchemar.

« Tu as réussi, mon grand, dit-elle. Tu es devenu dragonnier.

- Pas fini, souffla Kosma. Pas tatoué…

- Mais si, répondit le jeune homme. C'est pas une marque qui va décider de ton statut. Tu as combattu comme les plus grands. C'est ça qui compte. »

Harry se tenait sur le côté, sans réagir, essayant de se faire le plus petit possible. Il comprenait qu'il était étranger à cette conversation et ne pouvait s'empêcher de se sentir en trop. Néanmoins, il était sûrement le plus à même pour côtoyer les morts. Après tout, il en était revenu.

« J'ai peur, avoua Kosma, le souffle hachuré.

- Tout le monde a peur, mais tout le monde y arrive, répondit le vieux. Et tu sais que, derrière, on t'attend.

- Tu vas venir attendre les autres avec nous, ajouta la vieille. C'est très beau, d'attendre les gens qu'on aime. »

Un temps passa, entrecoupé par les halètements de Kosma.

« Toi, t'avais peur ?, demanda le dragonnier en se tournant vers le jeune homme.

- Bien sûr ! J'ai juste fait semblant, comme tout le monde. Et puis, à un moment, on n'a plus peur. On meurt, tout simplement. Ça devient évident. »

La main de Kosma se crispa convulsivement sur la pierre, et Harry comprit, avant même que Kosma le comprenne, qu'il n'en avait plus pour longtemps.

Il le comprit ou il le sentit, il n'aurait su le dire.

« Ils disent que je vais m'en sortir, que j'ai une chance si j'attends encore un peu. Charlie m'a dit…

- Ils disent tous ça, c'est humain. Ceux qui restent sont tristes de voir les autres partir : ils souffrent plus que nous.

- Quand nous sommes partis, c'est toi qui étais malheureux. Ce sera pareil pour eux. La vie continuera, sans toi. »

Kosma sourit faiblement. Il tourna la tête vers Harry et lui dit :

« Bon, ben, on se reverra un jour. »

Les yeux d'Harry étaient toujours secs, comme s'il assistait à un spectacle savamment exécuté mais ne provoquant aucune émotion. Il récupéra la pierre dans la main de Kosma, tandis que ce dernier regardait le ciel :

« C'est drôle, on n'a pas les mêmes étoiles en Roumanie. »

Les ombres entourant Kosma disparurent, adressant un dernier signe de tête respectueux à Harry qui tenait toujours la pierre. Harry comprit que c'était fini.

Il rangea la pierre dans le vif et ferma les paupières de Kosma, dans un geste qui lui rappela ce qu'il avait fait pour Dobby. Il commençait à assister à beaucoup trop de morts…

Il se leva et rejoignit Ron et Hermione qui le virent arriver à la lueur du feu mourant.

« Kosma est mort. » annonça-t-il d'une voix atone.

OoO

Quand Charlie et Makhé revinrent de leurs vérifications, Harry leur annonça la nouvelle.

« C'est faux. » coupa froidement Makhé, distante.

Charlie écarquilla les yeux d'incrédulité et se précipita vers le corps de Kosma qui paraissait dormir dans le clair-obscur de la forêt. Harry n'osait pas répéter à Makhé ce qu'il avait dit : elle gardait le visage fermé, sans bouger. Hermione s'approcha d'elle en claudiquant :

« Mak', viens. »

Elle lui saisit la main et l'emmena vers le feu où Ron lui servit une tasse de thé dans laquelle il avait versé une goutte d'alcool. Makhé s'assit auprès du feu en frissonnant, comme si elle était frigorifiée, tandis qu'Hermione lui disait des choses qu'Harry ne pouvait entendre.

Harry se tourna vers les deux dragonniers : Charlie était agenouillé auprès du corps de Kosma, immobile. Il avait rabattu les bras de Kosma le long de son corps. Les mâchoires de Charlie étaient blanches tant il les serrait. Et ce n'était pas de tristesse. Harry hésita à aller le voir : pour la première fois depuis qu'il le connaissait, le dragonnier lui faisait peur.

Il n'avait jamais vu une telle colère chez Charlie.

Il finit par s'approcher après avoir récupéré auprès de Ron une tasse de thé : il devait lui dire que Kosma était parti en paix.

« Charlie, tiens. »

Ce dernier ne fit pas un geste pour le débarrasser : il avait toujours le regard fixé sur le corps de Kosma. De plus près, ses yeux paraissaient fous. Harry prit son courage à deux mains et continua : il devait lui dire.

« J'ai pu discuter avec Kosma avant qu'il… parte. Il n'était pas seul. Il est parti en paix. »

Le silence se fit : Harry n'osait pas repartir. La tasse lui brûlait les mains, mais Charlie ne faisait toujours pas un geste vers lui. Harry douta même qu'il l'ait entendu.

Il espéra avoir dit les mots que Charlie devait entendre.

Puis :

« Merci. »

Harry comprit qu'il n'en tirerait rien d'autre pour le moment. Il posa la tasse près du genou de Charlie et repartit vers le foyer d'un pas lent.