Bonjour tout le monde, c'est encore moi (Nictocris)

Al n'étant pas dispo ces temps-ci, je reprends les rênes et je meurs d'envie de satisfaire mes instincts trollesques et divulgâcher la suite ... mais je dois avouer que j'adore vos réactions spontanées alors je me tairai (pour cette fois).

Merci d'avoir apprécié le chapitre précédent. Nous l'avons vraiment écrit à quatre mains (enfin plutôt trois : deux pour Al et une seule pour moi puisque il devait y avoir un café dans l'autre) et c'était assez éprouvant.

Merci de la part d'Al et moi pour vos commentaires, suivis et approbations, ils sont toujours reçus avec beaucoup d'émotions. Merci aussi aux lecteurs silencieux, j'espère que l'histoire vous plaît.

Je vous laisse avec la suite ... et les dragons puisque ce n'est pas fini.

Réponses aux z'anonymes :

Guest : ça nous faire plaisir que tu sois ému par l'histoire. J'espère que la suite ne te décevra pas. Merci pour ta review.

Nictocris : même situation, même punition : est-ce vraiment nécessaire de me répondre à moi-même ?


Makhé était allée chercher Charlie au bout d'un moment. Ron s'était dévoué et était allé renforcer les sorts d'endormissement sur les dragons. Quand Harry avait fait mine d'aller l'aider, Ron avait répondu, avec les intonations charliesques :

« Hors de question. Si tu pratiques de la magie, ça risque de les réveiller. »

Même si Charlie était hors d'usage pour un moment, son frère, en fidèle disciple, s'arrangeait pour faire respecter ses décisions.

Harry resta donc avec Hermione, Makhé et Charlie auprès du feu, à se morfondre. Ils étaient tous exténués : les cernes d'Hermione lui faisaient une tête de panda neurasthénique, les yeux de Makhé étaient injectés de sang. Quant aux mâchoires et aux jointures des doigts de Charlie, elles étaient si crispées qu'Harry s'attendait à tout moment à entendre un craquement sinistre venant de leur part.

Quand Ron revint, blanc comme Nick-quasi-sans-tête, l'air fraîchissait. Le ciel s'assombrit d'un coup, comme si Ron avait rappelé toutes les lumières du ciel dans son déluminateur : c'était le plein hiver, il fit nuit noire à 17 heures.

« Tes potes dragonniers arrivent dans combien de temps, à peu près ? »

Charlie mit du temps à répondre, mais quand il le fit, ce fut de sa voix claire et posée habituelle, comme si les trois dernières heures n'avaient jamais eu lieu :

« Environ une heure et demie deux heures. L'aire de transplanage est finie ?

- Oui, si mes sorts de protection tiennent bien, répondit Hermione. J'ai beau les avoir faits une bonne centaine de fois l'année dernière, j'ai toujours peur qu'ils craquent. J'ai ôté le sort reliant les oreilles à rallonge pour essayer de réduire au maximum les émissions magiques si on doit passer près des dragons. »

Harry savait qu'Hermione avait admirablement bien lancé ses sorts. En revanche, vu leur niveau de fatigue, il était probable qu'ils soient moins performants qu'habituellement. Il jeta un regard à la sorcière : elle était blottie contre Ron et paraissait endormie, alors qu'elle venait à peine de parler.

« Je crois qu'il faudrait instaurer des tours de garde pour que les autres essaient de dormir un peu, proposa Harry. Je prends le premier quart. Je suis le moins fatigué.

- Je prends avec toi. Harry a raison. Essayez de vous reposer. »

Le ton autoritaire ne laissait plus aucun doute : Charlie reprenait les rênes de leur expédition. Makhé lui lança un regard noir :

« Weasley… »

Elle fut interrompue par un gazouillis d'oiseau totalement incongru dans une forêt pleine de dragons.

« Qu'est-ce que c'est ? »

Harry était déjà debout, baguette à la main, prêt à toute éventualité : ses réflexes acquis l'année précédente lui prouvaient encore une fois qu'il aurait fait un excellent Auror. Être sur le qui-vive, c'est comme le balai : ça ne s'oublie pas.

Hermione avait blanchi, si c'était encore possible.

« Mon alarme. Les œufs. Ils éclosent. »

Cela sortit tout le monde de sa torpeur. Charlie se leva :

« Il fallait s'y attendre. La température de la dragonne était trop élevée, ç'a dû accélérer le processus. J'y vais. Qu'est-ce que tu fais ? »

Il s'adressait à Makhé, qui renfilait ses mitaines, prête à partir.

« Je t'accompagne. »

La voix était sans appel. Un duel de regards ou quelque chose d'approchant s'engagea entre les deux sorciers. Le regard de Charlie était furieux, mais Harry savait sans la voir que celui de Makhé devait être encore plus dur. Le dragonnier finit par acquiescer.

« Vous autres, attendez Elyas.

- Je viens aussi, annonça Ron.

- Hors de question. Maman n'y survivrait pas. »

Harry réfléchit à ce qu'il venait de se passer en si peu de mots sans écouter Hermione qui essayait de calmer Ron. Charlie et Makhé partirent à pied en direction de la clairière.

Charlie avait accepté que Makhé parte avec lui mais avait refusé que son frère les suive. Est-ce c'était parce qu'il préférait risquer la vie de Makhé plutôt que celle de son frère ? Ou sa propre vie ? Harry était sûr d'une chose : Makhé tuerait Charlie s'il osait la mettre de côté. C'était peut-être ça, l'amour véritable : s'aimer puis vivre, se battre, mourir ou survivre ensemble. Ils lui firent penser à ses parents qui étaient morts ensemble, à Tonks et Lupin qui avaient combattu ensemble, à Ron et Hermione qui tentaient de survivre ensemble.

C'était, somme toute, incroyablement romantique. Effrayant, mais romantique.

Charlie était parti avec Makhé en sachant que leurs chances de survie étaient minimes. Mrs Weasley ne survivrait jamais si deux de ses fils restants mouraient au combat ce jour-là. Et la seule personne que Charlie pouvait encore protéger à ce jour était son petit frère.

Charlie savait qu'il allait mourir. Et Makhé avec lui.

Harry décida qu'il avait vu suffisamment de morts pour l'année.

« On y va. »

Hermione lui lança un regard bizarre :

« Tu es sûr que c'est une bonne idée ?

- C'est du suicide, il est hors de question que je reste sans rien faire. »

Elle paraissait sceptique : l'instinct d'Harry lui hurlait que Charlie et Makhé n'en reviendraient pas. Il fallait qu'elle le croie.

« Hermione… »

Sa supplication dut avoir l'intonation qu'il utilisait quand il voulait absolument la convaincre. Avec Hermione, le temps des grands discours était révolu. Harry comptait inconsciemment sur la sorcière : il s'en rendit compte quand elle reprit ses esprits et les choses en main. Son esprit pratique prit le dessus :

« Prenez une gourde d'eau. Et des Fuseboums, ça peut toujours servir pour faire diversion. »

Elle boitilla jusqu'au foyer encore fumeux et leur versa un gobelet de son ersatz de philtre d'euphorie qu'elle avait préparé pour Kosma :

« Ça ne peut pas faire de mal. »

Une sensation de béatitude et de sérénité s'empara d'Harry : c'était presque le ressenti qu'il avait après une bonne séance de yoga. Ron dut ressentir les mêmes effets que lui vu l'air étonné qui se peignit sur son visage.

« C'est super, ce truc ! Je me sens bien !

- Et encore, imaginez ce que ça donne quand c'est le vrai philtre. On développe rapidement une accoutumance. »

Hermione prit le balai de Makhé et l'enfourcha. Ron grimaça :

« Tu montes seule ? Avec ta cheville ?

- Bien sûr que oui. Souviens-toi, on a révisé les bases en septembre. »

Une esquisse de sourire vint chatouiller les lèvres de Ron. Harry, lui, osa ricaner :

« Et c'était fabuleusement impressionnant ! Du niveau de Krum, mais plutôt à finir en miettes !

- Comme un Krum-ble ! »

Le mot d'esprit de Ron n'était pas des plus fameux, mais l'effort prouvait que leur trio reprenait ses marques. Dans une conjoncture aussi hasardeuse que leur escapade au ministère déguisés en employés ou leur visite à Gringotts sous les traits de Bellatrix Lestrange et autres, ils partaient affronter douze dragons.

Ron et lui se hissèrent sur leurs balais respectifs. Ron prit instinctivement la tête de leur formation, Hermione dans son sillage. Ils n'avaient plus leurs oreilles à rallonge, et devaient rester assez proches pour réussir à communiquer.

Fort heureusement, à leur niveau d'amitié, on aurait presque pu parler de télépathie. Ils survolèrent la clairière. Ce fut Harry qui remarqua les grognements du magyar manchot : il se tournait et se retournait dans son sommeil.

Il leva un sourcil en rattrapant Hermione : elle comprendrait, sans qu'il parle, ce qu'il lui demandait. Elle lui répondit :

« La naissance de dragonneaux doit perturber l'alpha. Il sent que de nouvelles créatures s'intègrent à son troupeau. J'y vais. Ron ? »

Avant qu'Harry ait pu réagir, Ron était passé à côté d'elle et l'aidait à monter sur son balai. Harry récupéra le balai d'Hermione et le posa sur son propre balai. Une fois installée derrière lui, elle tint fermement sa baguette et lui conseilla :

« Va donner le balai à Charlie, il en aura peut-être besoin. Je m'occupe du magyar et on revient. »

Sans attendre de réponse, Ron piqua. Harry partit dans l'autre direction, vers la dragonne couveuse. Il survola la pansedefer et aperçut une silhouette rousse qui tapotait les œufs déjà craquelés : Charlie aidait les œufs à éclore. Harry descendit et repéra Makhé qui accumulait auprès d'elle des cadavres d'oiseaux et de mulots qu'elle attrapait par petites décharges de magie pure contrôlée. Elle préparait de quoi nourrir les dragonneaux : comme leur mère était endormie, elle n'était pas en capacité de le faire. Harry descendit vers eux :

« Potter ! »

Makhé n'étant pas Charlie, elle ne chercha pas à le morigéner. Il lui lança le balai qu'elle attrapa d'un geste sûr.

« Ça peut servir ! »

Il repartit en direction du magyar : il avait senti les vibrations magiques qui indiquaient que l'éclosion était proche. Il avait déjà ressenti ces mêmes vibrations lors de l'éclosion des œufs de Délivrance, dans la réserve de Charlie. Il avait l'impression que cela s'était passé des années auparavant, alors que cette éclosion ne datait que d'une semaine. Il comprenait pourquoi Charlie avait peur pour leurs vies : si lui ressentait les vibrations, le magyar allait forcément les percevoir.

Il fila à toute vitesse vers le magyar. Pourvu qu'il ne soit rien arrivé à Ron et à Hermione. Son vieux Nimbus 1515 renâclait, mais Harry le poussa de toute sa puissance possible.

Un grognement inhumain fit alors trembler la clairière. Harry accéléra encore. Il sentait le balai tressauter et trembler entre ses cuisses, comme s'il allait s'arrêter d'un coup.

Il sentit la magie du magyar avant de le voir : son balai faillit s'arrêter et une chair de poule de mauvais augure vint tapisser ses bras de poils hérissé. Le dragon était réveillé et sa magie avec lui.

Harry accéléra et le vit. La bête se tenait sur ses deux pattes arrière et, dressé sur ses ergots, poussait des rugissements à réveiller un mort. Ou une douzaine de dragons.

Harry slaloma : tant qu'il ne ferait pas de magie, le magyar ne le repérerait pas. Enfin, c'est ce qu'il avait compris. Il comptait sur cette protection dérisoire pour s'approcher du dragon et vérifier que Ron et Hermione avaient eu le temps de s'enfuir après avoir essayé de le rendormir.

Il descendit en piqué, passa sous une patte d'un pansedefer, glissa sous une queue qui se levait, et parvint enfin à voir ce qui se passait.

Dans un grand fracas, le magyar s'affaissa à trois pattes sur le sol et souffla un air brûlant sur le sol. Il approcha son museau de deux formes allongées par terre.

C'étaient eux.

Hermione, assise, tenait dans ses bras Ron, au visage ensanglanté.

Le sang d'Harry se figea dans ses veines. Et ce n'était pas une expression. Au milieu de tous ces dragons qui recommençaient à chauffer l'atmosphère, son sang se glaça. Il sentit son estomac devenir lourd, comme du plomb.

Ron. Inanimé. Vivant ? Trop de sang.

Hermione. En larmes. Presque résignée.

Le magyar ouvrit la gueule, prêt à larguer un flot de flammes.

Harry n'était plus qu'instinct. Il ne sentait plus rien. Il vira de bord et arriva face au dragon en hurlant de manière assez désordonnée :

« Arrête ! Je t'ordonne de t'arrêter ! »

Le dragon claqua des mâchoires sans cracher de feu, décontenancé par l'attitude de sa nouvelle proie. Harry atterrit à quelques pas de ses amis et sortit sa baguette :

« Sectumsempra ! »

Le dragon baissa la tête pour éviter le sort qui sortit de la baguette de sureau et qui alla frapper un arbre derrière lui. Le pin se fendit en deux sous la puissance du sortilège. Tous les dragons se tournèrent vers Harry : c'était lui, la menace ! C'était lui, la nouvelle cible !

Mais Harry n'en avait pas fini : un coup d'œil lui apprit qu'Hermione sanglotait, serrant le corps de Ron.

Hermione n'aurait pas perdu de temps à pleurer si Ron était encore vivant. Elle aurait lancé des sorts pour le soigner, ou mis de l'essence de dictame sur ses plaies. Là, il n'y avait plus d'espoir. Ron était…

Cette information bloquait le cerveau d'Harry, comme s'il refusait d'aller plus loin. Il ne pouvait pas imaginer le monde sans Ron Weasley. Le monde sans lui n'existait tout simplement pas. Harry sentit la colère tordre ses entrailles. Une colère froide et écrasante qu'il n'avait jamais ressentie. Pire que ce qu'il avait vécu à la mort de Sirius. Pire que ce qu'il avait subi à la mort de Cédric Diggory. Pire que tout.

Le magyar grogna, comme pour conseiller à son troupeau de le laisser mener tranquille cette petite guéguerre contre un simple humain.

Mais Harry n'était pas un simple humain.

Il fit face au dragon : il n'avait plus rien à perdre. Même si c'était la dernière chose qu'il ferait. Hermione survivrait, quelque soit le prix qu'il paierait. Elle survivrait pour eux trois.

C'était égoïste, il le savait. C'était contraire à leur discussion dans la cave des Black. Mais c'était comme ça. Elle vivrait.

La magie affluait : il la sentait venir à lui en un flux puissant et ininterrompu. Il n'avait jamais attiré autant de magie à lui seul, il n'était que colère. Il voulait blesser celui qui avait blessé ses amis.

Il voulait tuer celui qui avait tué…

Il n'arrivait pas à se le dire. Ron ne pouvait pas être… Les deux mots ne pouvaient pas être dans la même phrase, la même pensée, la même hypothèse.

La magie affluait toujours vers lui, sans qu'il arrive à l'extérioriser. Il sentait son cœur gonfler, la magie pulser sous sa peau, ses doigts fourmiller, trembler.

Le magyar décida qu'il en avait assez : cette proie était bien trop tentante et paraissait sans défense. Il gronda et lâcha un torrent de flammes en direction d'Harry.

Harry leva les bras. Les flammes montèrent dans les airs et se tordirent au dessus de lui, dans une danse violente et destructrice. C'étaient comme si des Feudeymons s'étaient rencontrés pour faire un barbecue. La chaleur était telle que les lunettes d'Harry ne pouvaient même plus être couvertes de buée : toute humidité avait disparu. Le jet continu de flammes continua à monter, poussé par la magie d'Harry. Il repoussait les flammes en l'air, sans même se rendre compte qu'un pansedefer, et un autre avec lui, et encore un autre s'étaient mis à suivre l'exemple de leur maître : sa magie agissait pour lui, elle le protégeait.

Le magyar dut comprendre qu'il avait en face de lui une forte tête. Il approcha sa gueule brûlante d'Harry et gronda en montrant ses immenses dents. Harry, sans s'inquiéter de paraître ridicule ou idiot, gronda de même.

Le magyar poussa un rugissement comme Harry n'en avait jamais entendu : il sentit que tous les dragons étaient maintenant réveillés. Sa conscience magique du monde était exacerbée : il ressentait dans ses os les mouvements des dragons et sentait leur conscience animale le fixer intensément. Harry ne trembla pas un instant : il était au-delà de la peur.

Dans un recoin de sa conscience qu'il ignorait posséder, une petite voix lui fit remarquer qu'il n'était pas dans un site magique, qu'il n'y avait rien pour contenir sa magie, et qu'il mettait beaucoup plus d'énergie à repousser les flammes et à ressentir la puissance magique du lieu qu'il n'en avait jamais mis. Il n'avait plus aucun contrôle sur ce qu'il faisait. Les recommandations d'Hermione lui revinrent en mémoire : tu peux te tuer en faisant de la magie pure.

Mais sans Hermione et sans Ron, rien n'avait plus d'importance.

Harry hurla en fourchelangue et passa à l'attaque : les flammes qui le surplombaient fondirent sur le magyar.

Le magyar claqua la gueule, comme pour éviter les flammes, mais Harry continuait à riposter en envoyant tout le feu qu'il avait emmagasiné au-dessus de lui vers l'alpha du troupeau. Il regardait le dragon dans les yeux : le duel était autant de regards que de magie.

Au moment où Harry sentit ses jambes fléchir, au moment où il sentit un trou noir être à l'affût pour l'avaler et le faire disparaître, il jeta un dernier regard à Hermione qui serrait toujours Ron dans ses bras. Elle paraissait évanouie.

Et loin derrière eux apparaissait dans la fumée une silhouette gigantesque.