Chers lecteurs,

J'ai cru comprendre que le chapitre dernier vous a retourné les tripes. Tant mieux. Il le faut de temps en temps.

Plus sérieusement, c'est une immense joie de vous voir réagir, de voir que de nouveaux lecteurs se joignent à nous, de savoir que vous tremblez ou êtes émus par des personnages fictifs. Je crois que c'est vraiment ça qui me plaît ici : de la fiction nous fait ressentir des émotions réelles (bon, je clos là mon délire mélomane).

Me voici de retour (mais il est probable que vous recroisiez Nictocris dans les prochains chapitres, je préfère vous prévenir). Pour la rédaction, il me reste un chapitre à écrire (modérez votre enthousiasme). Vous voyez ainsi le work in progress. Nicto a la tête dans la relecture du chapitre suivant, on l'encourage bien fort.

Merci vraiment pour vos mots et vos followitudes et autres favoritatés. Continuez comme ça.

Portez-vous bien, éventez-vous, à vendredi,

Al

PS : Pour la petite info, le rokh est un oiseau de feu des mythologies persane et indienne. Il apparaît notamment dans les contes de Sinbad le marin. Voilà pour votre belle jambe.


La lumière était éclatante. Non, plutôt aveuglante.

Il y avait des bruits de conversation dans une langue chantante qu'il ne reconnaissait pas. Une odeur de camphre et de potion calmante flottait dans l'air. Une odeur de propre, de savon et de lessive impersonnelle.

Harry ne connaissait qu'un seul endroit où la lumière avait cette particularité et où les odeurs prenaient à la gorge ainsi. Il se trouvait à l'hôpital. Il cligna des yeux et préféra refermer les paupières immédiatement.

« Harry ? Harry, tu m'entends ? »

Il aurait reconnu cette voix entre mille. Mrs Weasley était à son chevet. Il entendit la porte s'ouvrir, Mrs Weasley piailler : « Arthur viens vite ! Il est réveillé ! »

Des bruits de cavalcade. Harry avait mal partout. La porte se rouvrit et il entendit des pas. Il sentit une forme s'approcher de lui et se décida à entrouvrir les paupières. Même cela lui parut infaisable. Alors soulever un bras…

« Harry, ça va ? Tu nous as fait une peur bleue ! Nous avons cru que tu allais mourir ! »

Une main douce lui posa ses lunettes sur le nez et immédiatement tout devint plus clair.

Molly Weasley le regardait avec des yeux inquiets, qui n'étaient pas sans rappeler son affection, au moment du retour de Voldemort, dans l'infirmerie où Harry assimilait la mort de Cédric Diggory. Harry voyait bien qu'elle hésitait à lui faire une scène : elle frémissait, partagée entre la colère et l'inquiétude d'une mère. Arthur Weasley se tenait au bout du lit, l'air soulagé :

« Content de te revoir parmi nous. »

Les cernes noirs de Mr Weasley, ses vêtements froissés et sa barbe de trois jours laissaient penser que du temps angoissé avait dû passer depuis la dernière fois qu'il était conscient.

Harry voulut parler mais sa gorge était trop sèche pour qu'il puisse articuler un son. Mrs Weasley comprit : elle lui tendit un verre d'eau, qu'il but goulûment.

« Herm… Ron ? »

Il n'arrivait pas à penser à autre chose.

« En vie tous les deux, grâce à toi. »

Le soulagement qui étreignit Harry fut si puissant qu'il eut l'impression que son cœur se remettait à battre.

Vivants.

Ils étaient vivants.

Mrs Weasley le vit respirer plus amplement et continua :

« Hermione a une cheville cassée et Ron a… reçu un coup de griffe à la tête. Il a perdu beaucoup de sang, on a dû appeler George pour lui faire une transfusion sanguine. Il gardera une cicatrice à vie et a failli perdre son œil. Mais tout va bien, il est maintenant hors de danger. »

Ce qui pouvait expliquer qu'Harry l'ait cru mort : les blessures à la tête saignaient toujours beaucoup. Mrs Weasley se mit à lui donner les dernières nouvelles sans attendre qu'il pose des questions, tout en tapotant ses oreillers :

« Vous avez été retrouvés par Mr Rokh, le patron de Charlie. Charlie et Makhé étaient un peu plus loin. Ils ont eu un peu moins de chance : ils ont été brûlés au troisième degré. Mais heureusement, les guérisseurs du Bol'nitsar ont l'habitude et ont pu les soigner rapidement. Ils sont un peu secoués, mais ça ira. Quant à votre ami Kosma… »

Harry ferma douloureusement les paupières : il se sentait partagé entre la joie de savoir ses amis vivants et sa tristesse de savoir Kosma mort. Ce déchirement était si intense qu'il préféra l'enfermer dans un recoin de son esprit. Il y réfléchirait plus tard, au calme. Il ne pouvait pas tout gérer en même temps.

« C'est quoi le Bol'nitsar ?

- L'hôpital sorcier russe, répondit Mr Weasley. Vous avez été déplacés ici dès que Mr Rokh vous a trouvés.

- Vous étiez tous dans le coma. Makhé est la première à s'être réveillée. Elle nous a appelés. »

Ainsi ils se trouvaient toujours en Russie. Si les deux parents Weasley se trouvaient à ses côtés, c'est qu'il était le dernier à émerger : si Charlie, Ron ou Hermione étaient encore dans le coma, un des deux serait resté à son chevet.

« Les autres ? »

La voix d'Harry ne lui avait jamais paru aussi faible.

« Ron et Hermione se sont réveillés il y a trois jours. Les guérisseurs ont mis Charlie sous élixir de Dzedka pour le soigner le mieux possible : il était trop agité. Il s'est réveillé hier. »

Mrs Weasley lui tendit un autre verre d'eau :

« Nous sommes venus par portoloin dès qu'on a su.

- Je crois que notre cher ministre se souviendra à jamais de notre passage…, gloussa Mr Weasley.

- Arthur, je te répète, il l'avait cherché. M'empêcher de venir alors qu'ils étaient tous les cinq en danger… »

Il tiqua : tous les cinq ? Mrs Weasley avait donc fini par intégrer Makhé dans la famille. Et s'il y avait bien une chose dont il était certain, c'est que quiconque touchait à la famille Weasley devait être certain de pouvoir fuir très loin et très vite.

Harry entendit la porte s'ouvrir :

« Salut Potter, grinça Makhé.

- Salut, souffla Harry, sans réussir à tourner la tête vers la nouvelle arrivante. Tu vas bien ?

- C'est plutôt à toi qu'on devrait poser la question. Tu as dû passer une semaine dans le coma. Et tu nous as fait une démonstration de puissance magique comme on en a rarement vues. Et bien sûr, j'ai tout raté. » ajouta-t-elle d'un ton pincé.

Elle s'approcha de lui. Elle portait une blouse d'hôpital de laquelle émergeaient ses bras nus, couverts de cicatrices rosâtres. Ses cheveux, coupés court, voletaient autour de son visage, ce qui atténuait la ressemblance qu'elle avait avec sa mère.

« C'est à cause des brûlures ?, demanda Harry en lorgnant les cicatrices.

- Oui, normalement ça va disparaître avec le temps. Ou en tout cas se résorber. Les baumes des guérisseurs russes font des miracles.

- Tes cheveux ?

- Ils avaient pris feu. »

Sa voix était plus rauque et éraillée que ce qu'il avait l'habitude d'entendre, comme si elle avait beaucoup toussé. Un guérisseur petit et velu entra à la suite de Makhé.

« Bonjour Mr Potter, dit l'homme avec un fort accent russe. Je suis le guérisseur Aleksei Vrach. Vous vous trouvez actuellement dans le service des blessés par créatures magiques. Vous êtes sous charme anti-douleur et potion anesthésiante. Éprouvez-vous toujours de la douleur ?

- Oui, répondit Harry, en ayant assez de jouer les gros durs.

- Nous allons donc augmenter les doses de potion, nota Vrach. Un lazavik vous en apportera une dose supplémentaire. On vous administrera de l'élixir de Dzedka pour dormir un peu avant votre transfert à Sainte-Mangouste. »

Harry articula consciencieusement, ce qui lui demanda un effort surhumain :

« C'est quoi ?

- Un élixir de sommeil profond. »

Harry ferma les yeux :

« Vais être transféré à Sainte-Mangouste ?

- Dès que tu seras en état, répondit Mr Weasley. Ce sera plus simple. Mais si le guérisseur nous dit que ce n'est pas possible, on reste là plus longtemps, cela ne nous pose pas de problème.

- Tant qu'il ne pratique pas de magie pendant encore un mois, je n'ai rien à y redire. »

Le guérisseur fit quelques autres vérifications et finit par quitter les lieux. Mr Weasley voulut faire de même et poussa sa femme vers la sortie :

« Il y a quelqu'un avec lui, maintenant. Et il est réveillé. Allons nous reposer. »

Mrs Weasley paraissait en effet fatiguée. Elle embrassa Harry sur le front :

« Je repasse tout à l'heure. Appelle si tu as besoin de quelque chose. »

Ils quittèrent tous les deux la chambre. Harry entendit Mr Weasley proposer une visite à Charlie.

« Ils sont là depuis longtemps ?

- Depuis que je les ai appelés. Molly n'a pas dû beaucoup dormir. Si son mari n'était pas là pour lui rappeler de boire et de manger, elle aurait dépéri. Elle n'arrêtait pas de tourner entre vos quatre chambres. »

Makhé rapprocha son fauteuil du lit d'Harry. Les Weasley étant partis, il n'hésita pas à lui poser ses questions :

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- Je ne sais pas trop. »

Cela devait lui en coûter de ne pas savoir, vu son air.

« Tu m'as passé le balai d'Hermione, puis tu es reparti. Les œufs de dragon étaient en train d'éclore, j'ai demandé à Weasley de partir : nous avions un moyen rapide de s'enfuir. Il a refusé : je ne sais pas si c'est par conscience professionnelle ou si c'est pour essayer d'avoir une action sur ce qui allait se passer. Les œufs ont fini par éclore : le premier dragonneau à sortir était un hybride suédois-magyar, le tout couvé par un pansedefer ! Je n'ai jamais vu ça : je ne pensais pas que c'était possible pour ces deux races de procréer, et encore moins pour un dragon pas concerné de couver leurs œufs. Weasley a dû remarquer que les coquilles n'étaient pas exactement semblables à celles d'un suédois, ce qui peut expliquer son entêtement à rester auprès des œufs. Et puis on a entendu un rugissement monstrueux.

- C'était moi, reconnut Harry.

- Ah bon ? Tu rugis vraiment fort, alors.

- Non, je veux dire, c'est à cause de moi que le magyar a rugi.

- Ne crois pas que tout est de ta faute, Potter, le reprit Makhé qui commençait à bien le connaître. Les dragonneaux auraient réveillé le magyar de toute façon. »

C'est ce qu'avait dit Hermione : le magyar avait dû ressentir l'arrivée de nouveaux dragons dans sa meute. Harry n'avait qu'accéléré le processus. Que Makhé le reconnaisse le déchargea un tout petit peu de la responsabilité qui pesait sur ses épaules.

« La dragonne qui couvait s'est réveillée. Weasley a essayé de la calmer : très franchement, je ne pensais pas qu'il y arriverait. Calmer une dragonne sauvage couveuse, c'est impossible. »

Harry entendit la nuance d'admiration dans la voix de Makhé. D'un autre côté, il soupçonnait que c'était justement pour ça que Charlie Weasley plaisait à Makhé Lestrange : il parvenait à la surprendre assez régulièrement.

« Il a presque réussi. Et puis on a entendu un autre rugissement. Cette fois, Weasley a reculé. Il m'a dit que c'était un appel au combat : les dragons allaient attaquer. La dragonne a voulu nous cracher dessus. Weasley a créé un bouclier magique. Mais, tu l'auras compris, faire de la magie dans ce contexte, c'est pas le truc le plus intelligent qui soit… »

Harry imaginait bien la suite : les dragons qui se tournent vers Charlie et Makhé pour les rôtir sur place, Charlie qui essaie de mettre Makhé en sécurité, Makhé qui refuse de l'abandonner… Le scénario classique d'un blockbuster de Marvel.

« Et après ?

- Après le bouclier de Weasley a commencé à battre de l'aile. Sa magie était défaillante, soit qu'il soit trop fatigué, soit que la magie des dragons ait perturbé tout ça. J'y réfléchis. Mais là, sans livres ni possibilités d'expérimentation, c'est compliqué de savoir ce qui s'est passé. »

Elle fit une pause, comme pour se remémorer ce qui s'était passé.

« Charlie s'est évanoui. J'ai cru qu'il était mort… »

Harry respecta ce silence : il avait ressenti exactement la même chose en voyant Ron et Hermione à terre. Et le fait que Makhé utilise pour la première fois le prénom de Charlie Weasley prouvait à quel point elle était encore chamboulée.

Un temps passa, et Makhé reprit, la voix plus douce :

« Et je me suis évanouie à mon tour. Quand je me suis réveillée, j'étais dans un lit d'hôpital. Rokh était là je lui ai demandé de prévenir les parents Weasley. Et on a attendu le réveil des autres. »

Harry sentait une boule grossir dans sa gorge. Il s'accrocha à ce qu'il avait entendu et répondit :

« Rokh ?

- Elyas Rokh, le dragonnier qu'a appelé Weasley, embraya Makhé, ravie de revenir sur un terrain plus neutre. C'est en quelque sorte le grand manitou des dragonniers.

- Manitou, c'est me faire trop d'honneur. Mais c'est vrai que je suis grand. »

L'homme qui venait d'entrer dans la pièce était en effet si grand qu'il aurait largement pu tenir concurrence à Hagrid. Il devait avoir une quarantaine d'années. Sa peau était si sombre qu'Harry prit quelques minutes avant de remarquer qu'il était tatoué de partout : malgré la température basse, il ne portait qu'un boléro de fourrure qui laissait voir une grande partie de sa peau nue. Sur ses bras couraient des dragons tatoués de races différentes : ses biceps, aussi gros que la cuisse d'Harry, présentaient des paysages rocailleux ou montagneux encrés en noir. En regardant plus attentivement, Harry remarqua que si les dragons tatoués se promenaient librement sur les bras de l'homme, les paysages ne variaient pas. C'était comme si l'homme s'était tatoué une vraie réserve de dragons sur la peau. Un œil de dragon ornait son front et des œufs de dragon roulaient entre ses phalanges.

C'était très beau et légèrement effrayant.

« Bonjour Harry. »

Sa voix était grave et basse : elle fit vibrer la cage thoracique d'Harry. L'homme était impressionnant : son aura de pouvoir et d'autorité était de celles des Dumbledore ou de Tom Jedusor.

Harry n'était pas du genre à se laisser décontenancer facilement. Néanmoins, parfois, son cerveau faisait des associations bizarres.

« Vous connaissez Hagrid ? »

L'homme se mit à rire :

« Le demi-géant ? Je ne l'ai jamais rencontré, mais j'ai beaucoup entendu parler de lui. Par Charlie, entre autres. »

Harry voulait profiter de la sensation bienfaisante des potions calmantes dont il était bourré pour poser ses questions impunément, sentant confusément au fond de lui qu'il n'oserait pas les poser en étant dans son état normal (c'était fou, cela lui faisait beaucoup plus d'effet que le champifleur. Il comprenait qu'Hermione dise que ça rendait dépendant).

« Vous avez combien de tatouages ?

- Dix-huit dragons. Et neuf paysages.

- Pour les dragonniers qui ont prêté serment ?

- Makhé et Charlie m'avaient dit que tu pigeais vite, mais je ne pensais pas que c'était à ce point. »

Il s'assit de l'autre côté du lit. Même assis, sa tête touchait presque le plafond.

« Je me présente dans les formes, Elyas Rokh, demi-géant et cheikh des dragonniers. »

La haute taille s'expliquait d'autant mieux. Makhé, qui n'avait plus prononcé un mot depuis l'arrivée d'Elyas, se tourna vers lui :

« Je peux voir celui de Charlie ? »

Elyas fronça les sourcils :

« La demande est inhabituelle et déplacée. »

Makhé n'avait pas l'habitude de rougir, Harry le savait bien. Pourtant une légère rougeur apparut sur ses joues : son regard était plus bravache que fier. Elyas continua, après avoir laissé passer un temps :

« Mais en tant que rani, et vu les circonstances, ta demande est recevable. »

Harry n'y comprenait plus rien, mais Makhé avait l'air de suivre :

« Je ne te demanderai jamais plus que ce que mon rang me permet. »

Il allait falloir avoir une discussion sérieuse avec Makhé : elle paraissait en connaître beaucoup plus que ce qu'il pensait sur les titres et us des dragonniers. Ses questions seraient pour plus tard toutefois. Elyas tendit son bras gauche par dessus le drap d'Harry et le tapota impatiemment : un dragon bleuté, qu'Harry reconnut comme étant un cornelongue roumain, s'approcha du doigt du demi-géant.

« Je te présente Fafnir. » annonça Elyas en s'adressant à Makhé.

La sorcière l'admira un instant puis glissa le doigt dessus : le dragon se tortilla, comme sensible à la caresse.

« Merci. »

Le ton respectueux et satisfait de Makhé parut convenir à Elyas. Harry se sentait, encore une fois, étranger à ce qui se jouait, mais cela se jouait sur son couvre-lit !

Les deux sorciers parurent se rappeler de sa présence.

« Je suppose que tu as des questions. »

Harry, toujours en train de planer, se lança, sans craindre d'affronter le ton froid du cheikh :

« Que s'est-il passé ?

- Fafnir m'a prévenu qu'il y avait un problème avec Charlie en Russie. J'ai prévenu des collègues : je ne reçois jamais d'appels de Charlie. C'est un des meilleurs dragonniers qui n'aient jamais existé, il n'a jamais besoin de mon aide. Pour qu'il m'appelle, cela devait être grave. »

Makhé, qui s'était renfoncée dans son siège, prenait des notes : elle devait entendre le récit pour la première fois vu la vitesse à laquelle sa plume grattait le papier.

« J'ai débloqué un portoloin le plus rapidement que j'ai pu pour arriver en Russie et j'ai attendu au moins un autre râja avant de transplaner dans les monts Oural. Y aller seul était du suicide : Charlie n'y serait jamais allé seul. Dès que Phineas est apparu, nous avons transplané dans l'aire de transplanage que vous aviez préparée. »

Le ton d'Elyas était dénué de tout sentiment : il énonçait des faits, racontait ce qui s'était passé sans s'investir émotionnellement. Harry comprit que ce qu'il avait pris chez Charlie pour un trait propre à lui seul était en fait un trait partagé par beaucoup de dragonniers. Le détachement devait aider pour affronter des dragons en colère. Ou des morts.

« Nous avons vu le corps de son apprenti. J'ai laissé Phineas à l'arrière et je suis allé dans la clairière, en suivant les rugissements. »

Elyas fit une pause, semblant chercher ses mots. Harry ne savait plus quoi en penser : il chercha du regard de l'aide du côté de Makhé, mais cette dernière regardait le cheikh intensément.

« Tu étais à genoux, avec la tête du plus gros magyar que j'ai jamais vu de ma vie sur ton giron, entouré d'un tourbillon de feu. »

Harry laissa l'information se creuser un chemin dans sa cervelle. Puis :

« Vous voulez rire… Le magyar ? Le magyar manchot ?

- Oui, Harry. Tu as soumis un magyar sauvage, alpha d'un troupeau de seize dragons.

- Douze, corrigea machinalement Harry.

- Plus quatre dragonneaux qui ont éclos la nuit où tu l'as soumis. »

Harry ferma les yeux un instant pour se concentrer :

« En quoi est-ce si différent que ce soit de douze ou seize ?

- Plus le troupeau est grand, plus il faut un alpha fort pour garder la cohésion au sein du troupeau, expliqua Elyas. Un dragon alpha a normalement des troupeaux de six à huit dragons. Charlie m'a dit qu'à sa réserve tu as réussi à soumettre Titus, alpha de treize dragons, mais les dragons en semi-liberté plient beaucoup plus facilement. Ils sont presque apprivoisés. Charlie a dû croire qu'un dragon sauvage te serait accessible. Il a commis une faute professionnelle. »

Devant l'air interrogateur d'Harry, Makhé compléta :

« Il t'a surestimé. Et mis en danger. Donc il ne se le pardonne pas.

- Mais ce n'est pas de sa faute, tenta Harry. C'est moi qui ai insisté pour venir ! Je voulais voir des dragons sauvages et…

- Charlie est responsable, quoi que tu en dises, coupa Elyas. Il n'aurait pas dû te demander de revenir dès qu'il a su qu'il y avait plus de deux dragons en jeu.

- C'est moi qui y suis retourné, ajouta Harry. Il nous avait interdit de revenir ! C'est moi qui ai désobéi. »

L'air fermé d'Elyas indiqua à Harry que ce dernier n'avait pas l'habitude d'être interrompu. Mais Harry n'était pas du genre à se taire quand il avait envie de réparer une injustice.

« C'est ma faute, continua-t-il. Nous avons désobéi parce que nous avons eu peur que Makhé et Charlie soient blessés.

- Ce que tu ne comprends pas, Harry, c'est qu'un alpha se nourrit de la force magique des dragons qui appartiennent à son troupeau, expliqua Elyas.

- C'est une des formes de transfert magique que j'étudie, Potter. C'est pour ça que je travaille avec Weasley.

- Et seize dragons, ça fait un bon potentiel magique. Et tu as réussi à soumettre leur alpha. Quand je suis arrivé dans la clairière, on sentait une puissance magique que je n'avais jamais vue. Je pensais qu'elle venait de l'alpha. Mais c'était de toi qu'elle émanait. Pas du dragon. »

Harry avait envie de dormir : ça faisait beaucoup trop pour un réveil. Mais Elyas n'en avait pas fini.

« Je ne sais pas d'où tu sortais ce potentiel, mais il a failli te tuer. Je pouvais à peine t'approcher tant tu repoussais tout. J'ai dû attendre les autres râjas. Tu as fini par t'évanouir, et le magyar était totalement soumis à toi. Il était prêt à te protéger, prêt à se battre pour toi : il t'avait reconnu comme son alpha et pouvait mourir pour toi. On a dû le pucer et l'enchaîner par des sorts puissants pour s'approcher de toi : il aurait pu nous blesser. Dès que j'ai pu, je vous ai transférés ici, toi en priorité. Quand Makhé s'est réveillée, elle m'a dit qui contacter. »

L'histoire était complète, même si Harry sentait qu'il lui manquait quelques informations. La porte se rouvrit brutalement sur Mrs Weasley :

« Est-ce que c'est le moment de tout lui raconter ? Il doit se reposer, dehors ! »

Harry doutait que quiconque ose s'adresser à Elyas Rokh comme Mrs Weasley le faisait, mais il n'avait jamais ressenti tant de reconnaissance envers Mrs Weasley.

« Il part dans une heure en Angleterre. Vous pourrez discuter là-bas. Pour l'instant, il a besoin de sommeil ! »

Sa voix autoritaire eut raison des deux sorciers. Elyas salua Harry et quitta la pièce, suivi par Makhé. Mrs Weasley donna une fiole à Harry :

« Bois. C'est de l'élixir de Dzedka. Ça va te faire du bien. »

Harry but : la boisson avait un goût sirupeux désagréable. Mais il sentit immédiatement ses muscles se détendre et son cerveau se mettre sur pause.

Une heure plus tard, installé sur une civière portoloin, il repartait en Angleterre.