Tout le monde sait que les animaux ont des sens et des réflexes exacerbés.
Chez Hayama, c'était d'autant plus vrai qu'il était, en plus, génétiquement conçu pour la vitesse.
C'est pourquoi, dès qu'il perçut quelque chose d'anormal, il projeta Izuki au sol derrière un buisson, se positionnant au dessus du brun afin de le protéger de son corps.
Le muteur oiseau allait demander ce qu'il se passait, mais le blond le coupa dans son élan, lui ordonnant à voix basse mais avec autorité : « Ils ne t'ont pas encore vu alors reste là. »
Ces ultimes paroles lâchées, Hayama muta en guépard avant de bondir hors de sa cachette, tel un diable hors de sa boite, pour faire face à ce qui l'avait poussé à interrompre son moment avec Izuki.
Des intrus.
Ils étaient cinq.
Des hommes, vue l'odeur qui se dégageait d'eux.
Et des hommes potentiellement dangereux…
C'est ce qu'Hayama ressentait.
Et c'est pourquoi le fauve avait immédiatement mis « sa proie » hors de porté de ces nouveaux venus.
Sortant crocs et griffes, le muteur fauve se prépara à recevoir les étrangers : il ne permettrait pas que le moindre mal soit fait à Izuki.
Et ces intrus allaient l'apprendre à leurs dépends.
Histoire d'intimider les inconnus, le jeune fauve gonfla son pelage tout en feulant, afin de faire comprendre aux nouveaux arrivants qu'ils n'avaient pas intérêt à faire un pas de plus.
Mais, à sa plus grande surprise et à son plus grand déplaisir, Hayama constata que le groupe ne sembla pas touché par son petit numéro d'intimidation.
Bien au contraire même.
Un homme assez massif se détacha soudain des autres et s'esclaffa : « Z'avez vu ça les gars ? C'est une peluche ! Laissez-la moi ok ? »
« Comme tu veux, mais ne le tue pas…Mort il ne servira à rien… » Lui répondit un autre membre du groupe à la silhouette plus fine
Bizarrement, la voix du deuxième individu fit frissonner Hayama, sans qu'il ne comprenne pourquoi.
Toutefois, le fauve n'eut pas loisir de creuser d'avantage la question, car l'homme le plus massif se jeta sur lui avec la force d'un buffle.
Et ceci, au mépris des griffes et crocs que possédait le fauve.
Ne s'attendant pas à ce genre d'attaque frontale, Hayama s'en trouva déstabilisé et très vite, il fut en mauvaise posture…
Il était totalement dominé par la brute qui l'avait attaqué.
Et il détestait ça.
Il était un muteur fauve, il était donc contre nature qu'un simple humain puisse le mettre ainsi en difficulté.
Alors qu'il cherchait une solution à son problème, Hayama entendit son agresseur beugler aux autres : « Les mecs ! J'ai maitrisé la boule de poils ! Amenez les cages qu'on l'embarque ! »
Le guépard, loin de se laisser docilement faire en apprenant ce qu'on avait prévu pour lui, parvint à se tourner vers son agresseur pour tenter de le mordre.
Mais le colosse qui le retenait fut plus rapide et lui envoya un coup de poing si puissant que l'impact lui fit reprendre sa forme humaine, sans qu'il ne s'en rende compte.
Mais les problèmes ne faisaient que commencer pour le blond : suite à sa tentative de rébellion, son agresseur avait décidé de le passer à tabac.
La brute commença donc à passer ses nerfs sur Hayama avant d'être soudainement interrompu par une silhouette qui se jeta sur lui.
Se redressant, le blond avisa son « bienfaiteur » mais perdit totalement son sang froid en reconnaissant un certain muteur oiseau…
« Shun ! Tire-toi crétin ! » Ordonna le guépard au jeune brun.
Evidement, celui-ci refusa et continua, toujours sous sa forme humaine de tenter de repousser l'agresseur du fauve.
Comprenant que « son Izuki » le protégerait quoi qu'il lui en coûte, Hayama muta de nouveau et se jeta sur le colosse.
Malheureusement, leur avantage ne fut que temporaire car, très vite, les autres intrus se mêlèrent au combat.
Leurs vêtements et leurs casques étaient impossibles à transpercer et ils semblaient être autant habitués à combattre des humains que des muteurs …
Soudain, alors qu'Hayama peinait à repousser trois ennemis en même temps, il remarqua qu'un des intrus, duquel se dégageait une aura particulièrement meurtrière, s'était sournoisement faufilé derrière Izuki…
Ce dernier, lui-même aux prises avec un adversaire, n'avait pas remarqué la menace silencieuse : il n'aurait pas le temps de réagir.
Le blond n'eut cependant pas le temps de prévenir son « ami » du danger, car deux silhouettes, l'une d'un oiseau de proie gigantesque et l'autre d'un renard, s'interposèrent, se plaçant de part et d'autre d'Izuki.
Un grand et majestueux tigre bondit alors pour atterrir aux côtés d'Hayama qui le reconnut immédiatement :
- Taiga !
- Besoin d'un coup de main Kotarô ?
- C'est pas de refus, ces fumiers m'ont ridiculisé devant Izuki, ils vont me le payer !
- C'est dommage, à cause d'eux on va rater la cérémonie des déclarations…
- Je crois que je pourrais m'en remettre …Et toi ?
- Sans problème !
- Super, alors montrons-leur de quoi, le futur Alpha du clan des fauves et son pote, sont capables !
- Ok ! Je suis à 100% avec toi ! On va les éclater !
Hayama hocha la tête en signe d'approbation avant de héler télépathiquement ses deux autres amis et plus particulièrement le faucon :
- Kazunari !
- Quoi ?
- Emmène Izuki loin d'ici !
« J'ai pas attendu que tu me le dises pour y penser ! » répliqua mentalement le faucon à l'adresse du fauve. Puis il se retourna vers Himuro et lui communiqua par la pensée :
- Tatsu chan, emmène mon frère hors de danger.
- Mais…Et vous trois ?
- Deux fauves et un rapace…Je pense qu'on suffira. Il faut quelqu'un de responsable pour protéger Izuki. Tu es le seul à qui je peux demander ça.
- D'accord mais protège Taiga en mon absence, ok ?
- Je doute qu'il en aie besoin… Mais d'accord. Compte sur moi.
- Merci.
Sur cette dernière « promesse télépathique », Tatsuya se retourna vers Izuki et, l'attrapant par son vêtement, l'entraîna le plus loin possible du lieu du combat.
C'est du moins ce qu'il tentait de faire, avant d'être atteint d'une balle qui le fit s'effondrer au sol
« Tatsuya ! » paniqua Taiga en voyant son frère ainé immobile et commençant à se vider de son sang.
Izuki était tout aussi choqué que les autres muteurs.
« Pourriture ! Vous allez me le payer ! » rugit le tigre en se jetant sur le membre du groupe à l'origine du tir.
Mais l'ennemi avait déjà réarmé et mettait le tigre en joue.
Bien évidemmentù Taiga l'avait vu mais il n'en avait cure. La seule chose qui comptait c'est que l'homme avait touché à son frère. Et ça, le tigre ne le pardonnerait pas.
Il tuerait ce salopard.
Il le tuerait même s'il devait lui-même y laisser sa vie au passage.
Rien ne pourrait le stopper.
C'est ce qu'il pensait, jusqu'au moment ou il entendit la détonation, avant de voir une grande et familière forme animale s'effondrer sur le sol.
