Kagami n'avait pas vraiment réalisé ce qui venait de se passer.
Ou plutôt, son cerveau refusait de l'admettre.
Pourtant, les faits étaient là : après Himuro c'était Hayama qui était tombé face à ces intrus.
La haine que le muteur tigre éprouvait déjà pour ces envahisseurs ne fit qu'aller crescendo en voyant le muteur guépard perdre une grande quantité de sang.
« Celui là est trop dangereux, surtout maintenant qu'il est blessé. Autant s'en débarrasser maintenant » déclara l'homme qui avait blessé le fauve et le prédateur en désignant Hayama.
Kagami songeait à utiliser sa force de fauve pour défendre son meilleur ami, mais avant qu'il n'ait pu tenter le moindre mouvement, il fut bousculé par Izuki qui l'avait rejoint dès qu'il avait vu le fauve tomber.
Toisant celui qui tenait l'arme Izuki, se plaça en évidence entre le guépard et l'homme qui le menaçait : le regard du brun semblait vouloir dire « Si tu y tiens, vas-y. Mais moi vivant, jamais tu ne le toucheras »
L'homme armé sembla comprendre le message et répondit d'une voix amusée : « Alors, tu veux défendre ton petit camarade jusqu'au bout ? Eh bien soit, je commencerai donc par toi… »
Joignant le geste à la parole, l'homme s'apprêtait à tirer de nouveau quand un de ses propres complices se jeta sur lui, faisant ainsi dévier le coup de feu, avant de se mettre à le sermonner :
- Makoto ! On a des ordres, espèce de sadique ! On est censé ramener les prisonniers vivant ! De plus ce muteur-ci ne peut même pas se défendre !
- Raison de plus, puisqu'on peut s'amuser, pourquoi ne pas en profiter ?
- Tu n'es qu'un grand malade ma parole ! Alors écoute-moi bien : tant que je serai en vie, je ne te laisserai pas toucher, ne serait-ce qu'une plume, d'un muteur oiseau.
- Alors peut être devrais-je te tuer en premier ?
« Dites les gars, vous savez que si vous continuez à vous battre entre vous, ils vont finir par s'enfuir ? » intervint l'un des hommes, celui dont la voix avait fait frémir Hayama un peu plus tôt… »
Et, avant même que qui que ce soit aie eu le temps de réagir, il jeta un filet sur le jeune brun et le guépard toujours à terre, garantissant ainsi leur immobilité, puis il s'adressa à Kagami et Takao (qui semblait prêt à arracher les yeux et tout autre organe vital de leurs adversaire à main nue) : « Bon, écoutez moi vous deux : 2 de vos amis sont gravement blessés et l'un d'eux nous est inutile puisqu'il ne peut pas muter. Aussi, je vais vous faire une proposition : vous reprenez vos formes humaines et vous laissez docilement faire et, en échange, je m'engage à ce qu'on soigne vos amis et à laisser partir celui qui ne peut pas muter. C'est un marché honnête qu'en pensez-vous ? »
Kagami rageait : sa fierté de fauve refusait qu'il se soumette à un tel chantage mais sa raison, elle, lui hurlait de mettre son égo de côté pour le bien d'Hayama et Himuro.
Cependant ce n'est pas le fauve qui obéit le premier mais Takao.
Reprenant forme humaine, le faucon demanda d'une voix mortellement sérieuse à celui qui avait fait la proposition :
- Quelle garantie avons-nous que vous tiendrez parole si nous obéissons ?
- Aucune. Mais si vous n'obéissez pas, vous avez la garantie que les deux autres vont se vider de leur sang… De plus, notre but n'est pas de vous tuer. Il s'agit là de notre dernier recours si nous ne pouvions pas vous maitriser.
- Difficile de croire à ça après ce que votre « ami » a fait à mes camarades.
- Makoto est spécial. Quoi qu'il en soit, quel est votre décision?
- Je crois qu'on a pas le choix…Taiga, reprends ta forme humaine.
Le tigre lâcha un feulement agacé mais obéit au faucon.
« Voilà une réaction intelligente. » déclara « le négociateur » du groupe à l'adresse des deux muteurs avant de faire signe à ses complices.
Ceux-ci, comprenant l'injonction silencieuse qui leur était faite s'approchèrent du groupe d'adolescent.
Kagami vit un homme à la carrure massive s'approcher d'Himuro et le soulever comme s'il n'avait rien pesé, avant de le charger dans une grande cage, sans la moindre brusquerie on aurait même pu dire qu'il faisait attention à ne pas aggraver l'état du renard.
Hayama lui, n'eut pas cette chance : la personne qui le prit en charge était l'espèce de brute qui l'avait attaqué un peu plus tôt. Autant dire qu'il ne se priva pas pour arracher quelques grognements de douleur au blond en le mettant lui aussi en cage. Toute fois, le « négociateur » coupa court aux actes du colosse en déclarant « Merci Nebuya. Je me charge de lui pour la suite. »
Celui qui répondait au nom de Nebuya poussa un grognement frustré mais finit par obtempérer.
Apparemment, le négociateur semblait être l'équivalent d'un « alpha » pour ce groupe.
Leurs deux blessés mis en cages, il ne restait plus que Takao, Izuki et Kagami lui-même.
Un autre homme s'approcha de Kagami mais, avant qu'il ait pu faire le moindre geste, celui qui avait mit Himuro dans une cage intervint en déclarant « Je peux gérer celui là. Retourne surveiller les alentours Haizaki.»
Celui qui s'appelait Haizaki semblait prêt à riposter quand « le négociateur » trancha : « Il a raison Haizaki. Contente toi de vérifier que d'autres muteurs n'arrivent pas. »
Puis se retournant vers l'autre homme, il ajouta :
- Je compte sur toi. Tu sauras gérer un fauve ?
- Ne t'inquiète pas, j'ai l'habitude des forts tempéraments
- Dans ce cas, il est tout à toi.
- Merci.
S'approchant de Kagami, l'homme qui allait le prendre en charge ôta son casque, et révéla son visage : c'était un garçon d'environ un an de plus que Tatsuya, aux cheveux châtains et avec un regard qui n'avait rien de mauvais.
Une fois qu'il fut au niveau du tigre, l'inconnu déclara : « Ecoute…Taiga, c'est bien ça ? Je ne tiens pas à te faire de mal. Je vais te faire monter avec tes amis alors sois sage ou le chef de l'expédition devra te confier à Makoto ou Haizaki . Tu comprends ? »
Le tigre ne répondit pas. Cependant, après avoir jeté un coup d'œil à Hayama et Himuro, il finit par hocher la tête en signe d'acceptation.
Content de voir que l'adolescent se montrait raisonnable, l'inconnu lui attacha les poignets avant de le faire monter dans une cage assez grande pour qu'il puisse y tenir assis sans se casser le dos.
Une fois le tigre en cage, l'homme qui avait manqué de se battre avec Makoto s'approcha de Takao. Ce dernier se crispa légèrement en voyant l'autre approcher mais prit sur lui.
Il devait obéir. Pour le bien de ses amis et d'Izuki.
« Je ne te ferai pas l'affront de te ligoter, je sais que tu ne tenteras pas de fuir. De toute façon, tu vas aller dans une cage, alors il serait superflu de t'entraver d'avantage. » Expliqua presque posément l'homme qui, d'après le timbre de sa voix, ne devait pas être beaucoup plus âgé que Takao.
Le faucon, sans arriver à se détendre, jeta un regard à Izuki. Ce dernier était plus pâle que la mort et on pouvait deviner qu'il retenait aussi bien ses larmes de rage que de tristesse.
Comprenant ce qui devait passer par la tête du muteur oiseau, l'homme qui prenait en charge Takao lui dit d'une voix dépourvue d'hostilité : « Si tu as quelque chose à lui dire avant qu'on parte… Tu en as le droit.»
Le jeune faucon regarda sans vraiment comprendre la personne en face de lui et quand il eut la certitude de ne pas avoir imaginé ce qui venait de lui être dit, il se hâta d'aller enlacer son jeune frère et lui glissa quelque chose à l'oreille. Le plus jeune, ne pouvant répondre verbalement, rendit l'étreinte à son ainée avec une intensité doublée, si ce n'est triplé.
Puis,se détachant de son cadet, Takao lui dit d'une voix la plus calme qu'il pouvait : « Sois courageux Shun. Je te promets qu'on se reverra. En attendant, je veux que tu fasses des efforts : entraîne-toi pour devenir un muteur oiseau exceptionnel, pour que tout le monde puisse te voir comme je te vois. Je compte sur toi petit frère. »
Izuki serra les poings en se maudissant intérieurement de ne pas réussir à muter sur demande comme n'importe qui si seulement il en était capable il pourrait défendre ses amis, son frère et Hayama .
Mais non, pas moyen. Ce blocage psychologique ne se dissipait pas, quand bien même la vie de ses proches était en jeu ! Il voulait hurler …
Il l'aurait d'ailleurs sûrement fait si, même ça, il n'en était pas incapable.
Détournant son regard de son frère, Izuki reporta son attention sur Hayama : la perte de sang lui avait fait perdre connaissance.
C'est à ce moment que le muteur oiseau décida de se séparer de son frère.
Car, aussi ignoble que puisse paraitre son raisonnement, Izuki savait que, tant que Takao ne serait pas lui aussi mis en cage, leurs amis blessés ne recevraient pas de soin.
Et par conséquent, Hayama risquait de mourir.
C'est donc dans un dernier regard échangé que les deux frères s'éloignèrent.
Takao monta dans la cage et à peine celle-ci refermée et chargée avec les autres dans une charrette métallique énorme, qu'il se mit à vociférer à l'adresse du « négociateur » :
- On a fait ce que vous nous aviez demandé ! Maintenant soignez nos amis !
- Ne t'en fais pas, c'est ce qui était prévu…Hyuga !
L'homme qui s'était chargé de Takao s'avança vers le négociateur :
- Tu veux le faire maintenant ?
- On leur a promis. Tu as des pierres avec toi ?
- Evidemment. Pour qui me prends-tu ?
- Tu as raison, excuse moi. Donc pas besoin de te dire quoi faire.
- En effet…Kiyoshi !
L'homme qui s'était occupé de Kagami et Himuro s'approcha :
- Oui, Hyuga ?
- Donne ça au renard, vu son gabarit, pas plus de deux doses.
En disant ça, le dénommé Hyuga tendit une étrange roche verte au jeune homme aux cheveux châtains, qui acquiesça silencieusement, avant de se hâter vers la cage où était Himuro.
« T'inquiète pas petit gars, ça va être presque indolore.» Il approcha d'Himuro pour apposer la pierre sur sa blessure.
Au contact de cette étrange roche, Himuro ressentit une sensation de brûlure qui lui fit lâcher un petit glapissement d'inconfort, mais rien de bien méchant.
Cependant, ce fut suffisant pour que Kagami ne s'emporte depuis sa cage.
Se retournant vers le tigre, Kiyoshi se décala et laissa à Kagami le soin de constater l'état du muteur renard : il avait l'air un peu fatigué mais sa blessure avait disparu.
Reportant son attention sur Hayama à présent qu'il était rassuré sur l'état de son frère, le Tigre constata que le « négociateur » avait retiré son casque et s'occupait personnellement de soigner le guépard avec des gestes très méticuleux.
Le négociateur avait un physique assez particulier : des yeux verts comme la pierre qu'il utilisait, des cheveux bruns mi-longs, une peau pâle et des lèvres d'une rare finesse…
S'il n'y avait pas cette odeur caractéristique, sa voix et son absence de poitrine Kagami, aurait pu croire facilement que le négociateur était en fait une négociatrice.
De son côté, Hayama ressentit un léger picotement lorsqu'on appliqua la roche sur sa plaie ouverte.
Cependant, avant qu'il n'ait pu laisser échapper le moindre feulement de mécontentement, Hayama eu la surprise de sentir une main flatter son pelage avec une certaine douceur. Levant les yeux, il découvrit que cette main était celle du négociateur. Si son instinct disait à Hayama de mordre à pleins crocs pour arracher jusqu'au bras de l'inconnu, une étrange sensation qu'il n'arrivait pas à saisir le fit se soumettre à ce geste. Ne comprenant pas, Hayama mit ça sur le compte d'une étrange torpeur qui commençait à le gagner…
Puis brusquement, Makoto déclara à l'adresse du négociateur :
- Mibuchi ! On a des choses à faire ! Arrête de jouer avec cet animal !
- Ne le traite pas d'animal Makoto ! Et je le traite comme je veux car il est à ma charge.
- Alors confie-le-moi que je puisse t'alléger de cette charge.
- Merci mais non. Je ne voudrais pas te donner plus de travail que tu n'en as déjà.
Le négociateur du nom de Mibuchi avait répondu à Makoto sur un ton qui se voulait cordial et poli. Pourtant, tous les muteurs présents pouvaient sentir l'envie de meurtre qui semblait émaner de chacun des deux jeune hommes à l'intention de l'autre.
« Les gars, on se calme, on doit rentrer au plus vite » intervint Kiyoshi en tentant d'apaiser la situation.
Ce qui sembla marcher, car Mibuchi détourna son attention de Makoto pour retourner à la charrette en déclarant « Tu as raison Kiyoshi. Rentrons »
Hyuga et Kiyoshi approuvèrent silencieusement et emboitèrent le pas à Mibuchi.
Cependant, c'était sans compter sur Haizaki qui, frustré de ne pas avoir pu « s'amuser » comme Makoto, lui arracha son arme des mains, avant de la braquer en direction d'Izuki. Pour lui tirer dessus.
La dernière chose que l'ensemble des muteurs entendit, fut le coup de feu, avant d'être simultanément pris par une incontrôlable envie de dormir.
