Le week-end étant là, Shura se débrouilla comme il put, il avait vraiment envie de faire de la pièce un endroit plus agréable pour Aiolia. Un petit cocon rien qu'à eux.

Seulement voilà, il n'avait pas les moyens d'acheter un mobilier adéquats ou quoi que ce soit d'ailleurs, alors il se débrouilla, fit toutes les maisons du sanctuaire et demanda aux gens avec qui il s'entraînait pour récupérer des matelas et des oreillers, il finit même par aller voir à la déchèterie s'il trouvait quelque chose d'encore utilisable et de pas trop sale.

Il lui fallut bien tout son week-end pour que tout soit fin prêt. Prêt pour le retour d'Aiolia.

Lundi soir, Shura attendait sur le dessus de l'horloge, il avait laissé des instructions plus bas, Aiolia devait l'appeler quand il serait entré, et aurait éteint.

Il vit la petite silhouette arriver en bas, prendre le sentier et arriver sous l'horloge, Shura ne put s'empêcher d'avoir un grand sourire, puis il plaqua ses cheveux en arrière.

Quand le lion arriva dans le sas, il y avait une bougie, et un petit mot.

"Regarde la pièce, puis éteint tout, et après seulement tu pourras m'appeler. Je suis juste en haut."

Aiolia fit un sourire, et souffla sur la première bougie. Il entra dans la pièce et vit plusieurs matelas sur le sol, avec des couettes, et des oreillers un peu partout. Et toutes les bougies tout autour. Le sol de la pièce était de base, légèrement sous-élever de deux petites marches, ainsi, Shura avait posé les matelas dans le grand trou et les bougies sur les marches. Aiolia remarqua également le radiateur disposer là pour chauffer un peu, mais il s'en ficha presque et se dépêcha d'éteindre toutes les bougies pour ensuite appeler son ami.

- C'est bon ! Tu peux venir !

Ni une ni deux pour Shura qui sauta presque littéralement dans la trappe. Il descendit en grande vitesse et sentit Aiolia courir contre lui pour se blottir dans ses bras.

- Oh là… Toi ça ne va pas ?

- Si… si… C'est juste que j'avais peur que tu ne sois plus là.

- Faut pas avoir des peurs comme ça. Je tiens toujours mes promesses. Si je dis que je serais là, c'est que je le serais.

- On m'a si souvent menti dans ma vie, je ne suis pas habitué aux personnes sincères.

Shura eut l'impression qu'on avait retourné sa propre excalibur contre lui, en plein coeur. Pour la première fois de sa vie, il mentait, et pour la première fois de sa vie, il pensait aussi que mentir était la meilleure solution. Et pour un homme comme lui, qui mettait les règles, et la justice au dessus de tout, c'était violent.

- Je suis là.

Il caressa un peu son dos doucement, puis Aiolia le traîna jusqu'aux matelas où il s'assit en tailleur.

- Comme je ne peux pas savoir à quoi tu ressembles, tu m'autoriserais à toucher ton visage ? J'ai vu ça dans un film. Et, je suis un peu curieux.

- Bien sûr… Si tu m'y autorises après.

Après réflexion, Shura se dit qu'il serait normal que lui aussi soit curieux, comme il n'était pas censé connaître son visage. Il s'assit en face de lui et laissa faire. Il sentit une main hésitante sur sa nuque, puis après avoir compris qu'il n'était pas au bon endroit, Aiolia remonta sa main. Il passa ses mains tout doucement sur son menton, son pouce sur ses lèvres, et quand les mains montèrent trop haut, Shura ferma les yeux. C'était étrange, et plutôt agréable de se faire toucher le visage comme ça. Les sourcils ensuite, et il caressa un peu ses cheveux.

- C'est drôle, je t'imaginais différemment, même si clairement, je ne suis pas plus aidé sur la forme de ton visage !

- J'ai les traits plutôt fins pour un garçon, et des yeux bizarres, qui sont très larges mais pas grands pour autant.

- De quelle couleur ?

- Vert.

- Jolis pour un roux.

- Merci. À moi ?

- Oui, vas-y !

Bêtement, Aiolia ferma les yeux et avança le visage. Shura l'imagina faire et il avait raison, ainsi, il posa ses mains délicatement sur ses joues, bien que pour lui, ce n'était pas vraiment un jeu car il savait, et il tricha même un peu.

- Je devine que tu as de grands yeux, des lèvres plutôt pulpeuses... Des sourcils plutôt fournis.

- Si c'est pour me dire que tout mon visage est bouffi, ce n'est pas gentil.

- Non, du tout. Les grands yeux c'est mignon, les lèvres plutôt épaisses, paraît que c'est très agréable pour embrasser, bon, et les sourcils, ça fait de toi… toi.

Aiolia rougit un peu.

- Et ton nez.. Je dirais, petit, un peu rond et retrousser ?

- Tu es fort.

- Merci. On sent aussi tes taches de rousseurs au toucher sur tes pommettes.

- Vraiment ?

Shura retira ses mains, et Aiolia se toucha lui même le visage.

- Ah oui. J'aime pas trop… J'ai pas une jolie peau lisse.

- Quoi ? Tu préférerais être absolument parfait ? Et n'avoir rien à toi, aucun caractère, rien ?

- Si ça me permettait d'avoir des amis et une copine…

- hm… ne dis pas des choses comme ça.

- Pourquoi ?

- Parce que ce n'est pas constructif. Ça ne va pas t'aider de te dire "et si"... " et si j'étais différent ?" " Et si ça ne s'était pas passé comme ça?" C'est comme ça, et à nous de faire en sorte que sur ses bases là on arrive à construire quelque chose. Tu n'as pas à être différent pour avoir des amis. C'est juste que les autres ne voient pas qui tu es vraiment.

- Qui je suis vraiment ? Je suis le frère d'un traître.

- Non. Tu es un jeune homme gentil, certainement très mignon, qui souffre énormément de sa solitude. On s'en fout de ta famille.

- Explique ça à tout le sanctuaire, s'il te plaît. Mais ça ne marchera jamais.

- Ça a bien marché avec moi ? Moi je m'en fiche pas mal de ce qu'a fait ta famille, c'est toi qui m'intéresses, et tu n'es pas eux, tu n'es pas ton frère, et je doute qu'un jour, avec un exemple pareil, tu fasses la même sottise. D'après moi, il n'y a pas plus sûre que toi. Même moi, qui suis un chevalier fidèle et dévoué, j'ai parfois le sentiment que je pourrais avoir trahi ou trahir un jour. C'est un peu bizarre dit comme ça. Mais parfois je n'en dors plus. Crois-moi. C'est la vérité.

Shura avait dit la pure vérité, et sa voix avait légèrement tremblé. Aiolia resta une longue minute sans rien dire, à essayer de comprendre, puis il se rendit simplement compte que d'une manière ou d'une autre, son ami souffrait aussi. Et bien qu'il en ignorait la cause, il proposa.

- Tu veux un câlin ?

Shura releva les yeux surpris. Aiolia lui proposait un câlin ? Exactement comme lui le lui avait proposé au début.

- Qu'est-ce qu'il y a ? On ne t'a jamais proposé de câlins ou tu n'en as pas eu depuis dix ans toi aussi ?

- Cesse de m'imiter.

- Alors ? J'ouvre les bras là, je commence à avoir mal dans cette position.

Shura soupira et serras le jeune homme à son tour, il sentit ses bras se refermer sur lui un instant après.

- Ce n'est pas qu'on m'a pas fait de câlins ni que je n'ai jamais eu l'occasion d'en avoir. C'est juste que… Je crois que ça ne m'avait jamais plus intéressé de me rapprocher de quelqu'un.

- Jamais plus ?

- J'ai eu des amis pendant un temps, des amis très proches. Mais le meilleur d'entre eux a dû partir trop tôt. Et ça ne me branchait plus du tout les câlins et être gentil. Parce que quand ça s'arrêtait brutalement, c'était trop douloureux.

Le lion ne dit rien, resta muet longtemps. En fait, cet inconnu n'était pas si différent de lui. Lui aussi il avait aimé, lui aussi il avait espéré, et pour lui aussi, ça s'est terminé trop tôt.

- Pourquoi suis-je une exception ?

- Je ne sais pas. Tu es un enfant, on te violente, tu es tout seul, tu n'as plus de famille… Quelle personne prétendant être un être humain pouvait te laisser seul ?

- Je dirais presque tout le monde à vrai dire. L'humain est cruel. Et est capable de faire beaucoup de mal autour de lui, gratuitement et sans raison. Et parfois même, ça lui plaît.

- Heureusement que nous ne sommes pas tous comme ça.

- Je ne dirais pas que d'après mes calculs nous ne sommes que trois, mais pas loin.

- Trois ?

- Toi, moi, et mon frère.

Shura ne dit rien mais resserra légèrement ses bras. Entendre Aiolia prononcer cela comme ça, comme quand ils jouaient ensemble quand ils étaient plus jeunes. Ou plutôt quand Aiolia voulait jouer, que lui voulait s'entraîner, et qu'Aiolos le poussait à jouer avec son frère en surveillant avec bienveillance. Une époque que Shura voulait oublier, mais dont il n'arrivait à se séparer.

C'était trop précieux pour lui.

- Dit.

- Je t'écoute petit ?

- On peut rester ici… Toute la nuit ?

- Tu es sûre que ça ne posera pas de problème ?

Demanda Shura, sachant bien que des gardes veillaient sur son temple et toutes ses allées et venues, et que s'il découchait, le pope en serait averti, et il risquait d'avoir des problèmes.

- Oui. Je peux. Je rentre juste de mission, je n'ai même pas encore signalé ma présence, j'étais trop pressé de revenir te voir.

Il fit un petit sourire.

- D'accord, alors je reste aussi. Par contre, demain, je pars tôt. J'ai patrouille à Rodorio.

- Tu es souvent de patrouille.

- Bah, comme je rentre de campagne, on m'assigne souvent à la maison, plutôt que de me refaire voyager. Puis je suis plutôt doué dans le domaine on va dire.

- Je vois.

Ce soir-là, ils continuèrent à discuter, de chose superflue en rigolant et de choses sérieuses à ne pas prendre à la légère. Et quand la fatigue gagna Aiolia qui rentrait tout juste de voyage Shura ne put s'empêcher de l'imaginer dormir, en restant à côté de lui. Il avait tant envie d'allumer, et de voir son visage endormi et serein. Les seules fois où il voyait Aiolia dans la vie de tous les jours, c'était ce regard noir de haine qu'il lui adressait.

De toutes les personnes du sanctuaire qui voudrait être amies avec lui, il était le seul qu'Aiolia refuserait catégoriquement, et aussi triste ce soit… C'était pourtant le seul qui voulait être son ami et qui souhaitait l'aider.

Shura se leva des matelas et partit chercher des couettes et des oreillers un peu plus loin, il couvrit le garçon et se cala ensuite sous la même couverture, calant sa tête sur son bras, lui même sur un oreiller. Puis il passa sa main libre dans le dos du lion, et fit reposer sa tête contre son torse, caressant doucement ses cheveux. Se voulant rassurant. Et c'est là que Shura s'endormit.


Aiolia ouvrit plusieurs fois les yeux au cours de la nuit, il savait que c'était toujours la nuit, car l'inconnu avait dit qu'il partirait tôt et il était encore là. Il changea plusieurs fois de positions, comme à son habitude, reprenant toujours un bras de Shura pour qu'il le serre contre lui, le corps du capricorne était inerte et se laissait lourdement transporter sans difficulté. Aiolia n'avait jamais dormi aussi bien, alors même qu'il s'était réveillé plusieurs fois et que cela interrompait son sommeil. Chaque réveil était un rêve éveillé. Il dormait avec son inconnu à lui. Son ami. Son sien à lui. Et il avait de plus en plus l'impression qu'ils se faisaient confiance, Aiolia lui avait même avoué être le frère d'un traître et il n'avait pas bronché.

Il se dit que si ça se trouve, il n'était pas au sanctuaire du temps de la traîtrise d'Aiolos, et que donc, il ne savait rien de tout ça. Quelle chance pour lui. Il était sans doute tombé sur la seule personne qui ne savait pas. Et ça lui faisait si plaisir.

Il avait parfois des moments de doutes, quand il se réveillait, se disant que peut-être, c'était une farce, et qu'il allait raconter ça à tout le monde pour se moquer de lui. Mais dès qu'il était contre lui, il oubliait ces angoisses, et pouvait se rendormir.

Quand il se réveilla une fois de plus, cette fois-ci, il était seul sur le lit, il parcourut les autres matelas adjacents à tâtons et ne trouva malheureusement personne. Il ralluma une bougie et décida de traîner un peu au "lit". Il faisait bon, le radiateur était là et chauffait bien, les draps avaient tous été lavés bien qu'aucun n'aille avec un autre, pareil pour les oreillers. L'inconnu lui avait créé un cocon parfait. Un endroit loin de tout, confortable, spacieux et si accueillant malgré sa noirceur.

En sortant bien plus tard, Aiolia trouva un mot au pied de la porte.

-" À ce soir, je serais là à 18 heures."

Aiolia partit, tout sourire, et emporta le petit mot avec lui.


Ca commence à être pipou, mais ça va bientôt se gâter, vous le sentez ?
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