Bonjour tout le monde ! J'espère que vous apprécierez ce chapitre :)
Chapitre 6
Percy sourit. La douceur acidulée d'une sucette au citron dans la bouche, il observait sa mère aller d'un client à l'autre pour prendre les commandes et débarrasser les tables, servir un plat ou donner un simple coup d'éponge. Elle bougeait sans cesse, circulait avec grâce entre les chaises, évitant de justesse des petits garnements, et il plaisait à Percy de penser qu'elle était en réalité une danseuse étoile, et non une simple serveuse dans un café. Mais peu importe ce qu'elle fasse, qu'elle travaille ici le soir ou chez Douceurs d'Amérique la journée car pour lui, Sally Jackson était le cœur qui faisait battre sa vie, le centre de son univers, celle pour qui il aurait été capable de tout. Elle était sa seule amie, sa confidente… sa mère, tout simplement.
À l'automne de l'année dernière, Percy avait décidé qu'il n'accepterait plus la situation. Dans un sursaut de courage, il avait assommé Gaby Ugliano alors qu'il s'apprêtait à frapper sa mère une fois de plus. Les actions de son beau-père avaient rongé Percy de l'intérieur, qui n'avait eu de cesse de se traiter de lâche, d'avoir honte de ne pas réagir et de ne pas protéger sa mère correctement. Quand bien même elle lui répétait maintes fois que c'était à elle de le protéger. Et pour cela, disait-elle, ils avaient besoin de Gaby. Elle l'avait exhorté à plusieurs reprises de prendre sur lui, de ne jamais répondre aux tiques et insultes de Gaby.
Quand elle ne le regardait pas, Percy la considérait avec pitié. Il la pensait simplement trop amoureuse pour se rendre compte de l'horreur dans laquelle elle vivait. En ce temps-là, les rêves les plus heureux de l'adolescent étaient ceux où son beau-père se retrouvait figé en statue de pierre, le regard vide fixé droit devant lui, une expression de semi-horreur peinte sur le visage alors même qu'il jouait au poker, son jeu de cartes préféré et qui lui portait chance, d'après lui. Plusieurs fois, il avait forcé Percy à y jouer, mais ne connaissant pas les règles et Gaby refusant pratiquement de les lui expliquer, c'était plus de l'extorsion de fonds qu'autre chose.
Quand le jeune homme avait enfin répliqué, il s'était senti délivré, libéré d'un poids, et il espérait que sa mère ressentirait la même chose. Au lieu de ça, au réveil de Gaby à l'hôpital, elle l'avait supplié de le pardonner, que ce n'était qu'un enfant, qu'il avait pris peur. Ces suppliques eurent pour seul effet l'abandon des charges à l'encontre de Percy, ainsi Sally n'aurait pas à payer les factures d'hôpital. Gaby avait refusé de le voir, et avait déclaré avec une pompeuse confiance de soi que c'était Percy ou lui. Percy aurait payé pour voir la tête de son ex-beau-père au moment où Sally lui avait annoncé qu'elle ne pouvait pas abandonner son petit garçon. Un grand moment d'anthologie.
Le jeune homme s'attendait bien à ce que les prochains mois soient difficiles. Gaby représentait à peu près soixante-dix pourcents de leurs revenus. Pour commencer, ils avaient dû déménager dans les Queens, le quartier le moins cher de New York après le Bronx. Au début, Sally était constamment sur ses gardes, un œil regardant sans cesse par-dessus son épaule, l'autre sur son fils. Percy mit ça sur le compte de la réputation légèrement dangereuse des Queens et assura sa mère qu'il viendrait la chercher au boulot si elle avait peur. Au bord de la panique, elle l'avait agrippé par les épaules et lui avait fait promettre de ne jamais sortir de la maison après les cours. Il avait accepté sans trop réfléchir, effrayé par son regard et petit à petit l'incident avait été laissé derrière eux. Ce n'est pas comme s'il avait des amis avec qui sortir de toutes façons.
Au bout de quelques mois, Sally s'était détendue. Cependant, elle avait dû prendre un deuxième job afin de joindre les deux bouts, alors Percy avait décidé de rompre sa promesse et d'accepter quelques jobs par-ci par-là, histoire d'assurer au moins ses propres dépenses. Rien d'illégal, ou presque, juste promener le chien de la voisine pour trois dollars, aider à peindre la nouvelle chambre pour bébé de la jeune femme enceinte du quatrième, sortir les poubelles du vieux du dessous. À un certain moment, il avait aidé une bande de racaille du coin à cambrioler des épiceries. Il était chargé d'attirer le gérant à l'extérieur ou guetter l'arrivée des flics, mais ce job l'avait très vite rendu malade de dégoût et il avait finit par raccrocher.
Il s'acheta de nouvelles chaussures, les anciennes ayant deux grands trous à l'avant là où les semelles étaient censées coller, et lorsque sa mère lui demanda où il les avait eus, il répondit nerveusement qu'elle les lui avait achetées la semaine dernière. Le mensonge était si gros que Percy pensait sa dernière heure arrivée, mais à son étonnement Sally avait juste répondu « Oh. C'est vrai », la mine légèrement confuse.
Cet événement aurait dû alerter Percy. Il aurait dû réagir dès ce moment-là. Mais il ne l'avait pas fait, il avait seulement haussé les épaules et s'était dit que sa mère n'avait probablement pas assez dormi cette nuit-là. Ce n'est que bien plus tard que Percy s'est souvenu de cet instant. Bien trop tard.
Il la regardait danser entre les tables, et tout ce à quoi il pensait était à quel point il était fier du chemin qu'ils avaient parcourus, à quel point il la voulait heureuse et profitant de la vie. Il savait que ce n'était pas encore pour tout de suite, mais après avoir acquis son diplôme il pourrait travailler pour s'occuper d'elle, afin qu'elle puisse enfin écrire ce bouquin dont elle rêvait tant. De temps en temps, elle s'amusait à lui raconter ce qu'il se passerait à tel ou tel moment, comment le héros arriverait à temps pour sauver la petite fille des griffes du tueur en série et Percy ajoutait son petit grain de sel, ce qui la faisait toujours rire. Parfois il lui racontait ses cauchemars, et alors son visage se couvrait d'un voile qu'elle s'empressait de chasser d'un sourire. Plus tard, lorsque sa mère lui racontait son roman, il retrouvait des morceaux de ce qui l'avait terrorisé, cette fois-ci tournés au ridicule, et l'homme imposant qui ralentissait le temps se transformait en vieux monsieur qui suite à une expérience ayant mal tourné était coincé dans le corps d'un jeune garçon, mais avec toutes ses douleurs lombaires de vieux savant fou.
Percy était heureux, et il pensait que cela durerait encore longtemps. Exceptionnellement, il était venu chercher sa mère au travail et avait hâte qu'elle le remarque, assis comme il était dans un coin de la pièce, lui permettant ainsi une vue imprenable sur toute la salle. Aussi fut-il le premier à remarquer qu'elle était tombée.
— Les Parques sont cruelles, murmura-t-il pour lui-même alors qu'il sortait des bois.
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o0o0o0o
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— Tu as dit quelque chose ? s'enquit Josh, quelques pas derrière lui.
— Non, rien.
Ils avaient marché sans prononcer un seul mot depuis leur rencontre avec Térée. L'excitation et la bonne humeur du début de la ballade l'avait quitté après ça, le laissant à ses pensées, et pas les meilleures. Percy ne savait pas exactement ce qu'étaient les Parques, mais il était convaincu qu'il devait faire des recherches dessus. Ugh. Des recherches. Qui disait recherches disait Annabeth. Et Annabeth… Son humeur sombra encore plus bas si c'était possible.
— Percy ! Josh !
Tiens, quand on parle du loup…
— J'y crois pas, s'exclama-t-elle une fois à leur hauteur. Je vous laisse seuls deux secondes et vous en profitez pour sécher les cours !
Sa course à travers le parc avait beau l'avoir à peine essoufflée, le vent n'avait pas épargné ses cheveux blonds qui fouettaient à présent son visage sans discontinuer, tandis que deux yeux gris cachés derrière la masse lançaient des éclairs aux garnements.
Josh se passa une main derrière la nuque, honteux.
— Désolé, je pensais que ça ferait du bien à Percy…
Annabeth darda sur lui des yeux froids. Si un regard pouvait tuer, Percy serait déjà réduit en poussière.
— Vraiment ? Je pensais que monsieur n'avait pas besoin de réconfort, siffla-t-elle d'une voix polaire.
Percy se dandina sur ses pieds.
— À propos de ça… Je suis sincèrement désolé, Annabeth.
Elle haussa un sourcil.
— J'aurais vraiment besoin de ton aide, osa-t-il. Dans la forêt, on a rencontré ce gars bizarre et il a parlé de Parques, ou je ne sais quoi…
Son deuxième sourcil se haussa.
— Va falloir faire mieux que ça si tu veux que je t'aide.
Sur ce, elle fit volte-face et s'éloigna. Sans trop savoir ce qu'il faisait, Percy la rattrapa en deux pas, puis lui agrippa sèchement le poignet avant de le serrer extrêmement fort. Annabeth retint une grimace.
— Ma mère est morte.
Percy s'arrêta net, le souffle coupé. Lui-même n'avait pas anticipé ce qu'il allait dire. Il ferma les yeux un instant avant d'inspirer pour se donner du courage. Il rouvrit les paupières, mais garda la tête baissée.
— Ma mère est morte, et c'est la première fois que j'ose l'admettre à voix haute.
Long silence. Le jeune homme ne savait pas trop à quoi s'attendre. La voix d'Annabeth finit par retentir, claire et forte malgré le vent :
— OK. Je vais t'aider.
~O~
Après deux heures à fouiller la bibliothèque, le trio n'avait pas beaucoup avancé. Le seul indice qu'ils avaient trouvé consistait en un gros bouquin défraîchi, narrant toutes les histoires de la mythologie Grecque. Les coins racornis ainsi que les pages jaunes et craquelées à cause de la vieillesse les incitaient à la plus grande délicatesse lors de la consultation de l'ouvrage.
Au fil des pages, ils avaient découvert que les Parques, anciennement appelées Moires, étaient considérées dans les religions grecque et romaine comme les divinités maîtresses de la destinée humaine, s'élevant au nombre de trois : la naissance, le déroulement de la vie, et la mort. C'était elles qui décidaient du destin de héros tels que Thésée, Persée, Héraclès, et bien d'autres encore. Spoiler : ça se terminait rarement bien.
— Quelle horreur ! s'indigna Annabeth. Je n'arrive pas à croire qu'Œdipe finisse ainsi alors qu'il aurait vécu parfaitement heureux, si seulement cet oracle avait su la fermer !
Josh marmonna quelque chose qui commençait par « Et moi, je n'arrive pas à croire que… » mais dont la suite fut inaudible.
— Tu disais ?
— Rien, rien.
— Je me demandais, commença Annabeth, on n'aurait pas plus de chance si on fouillait dans cette partie de la bibliothèque ?
Elle pointa vers une porte près du bureau de la bibliothécaire, qui menait à une salle attenante. On pouvait voir les livres s'aligner sur des dizaines d'étagères à travers les vitres qui séparaient les deux pièces, malheureusement…
— Le panneau sur la porte dit que l'accès est restreint.
— C'est la Réserve, intervint une voix qui les fit se retourner tous les trois.
James Potter se tenait là, les mains nonchalamment enfoncées dans les poches, accompagné d'Edward Spinnet et d'Isaac Finch-Fletchley.
— Seuls les Septième année y ont accès, avec autorisation d'un professeur, continua Finch-Fletchley. C'est rempli de livres de magie noire.
Spinnet laissa échapper un ricanement :
— Bien qu'on se demande en quoi la mythologie grecque relèverait de la magie noire.
— Considérant ton QI, ça ne m'étonnerait pas que tu ne saches pas.
Spinnet se renfrogna, alors qu'Isaac étouffait un rire. James décida de ne pas commenter et emmena ses deux meilleurs amis en dehors de la salle.
— Ils se sentent obligés d'intervenir à chaque fois qu'ils nous voient ? soupira Annabeth. Ils deviennent pesants, à la longue.
— Si ça se trouve, Spinnet a un crush sur Josh.
— Tu… Tu crois ? rougit ce dernier.
— Euh non, mec. Je plaisantais.
— Il me semble plutôt que c'est James qui s'intéresse à Annabeth.
Percy se crispa.
— Yerk, commenta simplement Annabeth.
Après quelques minutes de discussion intense, Percy, Annabeth et Josh s'en allèrent pour leur cours, un sourire aux lèvres et des plans plein la tête.
~O~
— Reviens ici, sale peste ! Attends voir que je t'attrape !
— Haha ! Tu ferais mieux de courir plus vite dans ce cas-là, vieille mégère !
— Raaaahhh ! Je te ferai regretter d'être venue au monde, je te le garantis !
Percy ouvrit des yeux ronds en voyant Lydia Scrimgeour dévaler les escaliers du dortoir des filles, une furie aux cheveux verts ressemblant vaguement à quelqu'un qu'il connaissait lui courant après. On aurait dit qu'un bébé kraken avait élu domicile sur la tête de la jeune fille. Après un petit instant de réflexion, Percy décida qu'il ne devrait jamais faire part de cette pensée à la concernée, au cas où il voulait vivre jusqu'à son prochain anniversaire.
— Annabeth… ?
L'intéressée s'arrêta net, semblant réaliser où elle se trouvait. Lydia en profita pour se cacher derrière le canapé où était assis Percy. Le jeune homme contempla Annabeth des pieds à la tête d'un air amusé. Son pyjama était cette adorable chose blanche et rose, avec des chats chibis imprimés partout. Son visage était rouge d'embarras et lui arborait un large sourire goguenard.
— Percy, n'essaie même p…
— C'est mignon, les chats.
Ses yeux gris devinrent meurtriers. Le reste des Gryffondor toujours présents dans la Salle Commune ricanèrent discrètement.
— Qu'est-il arrivé à tes cheveux ? questionna Percy pour détourner le sujet.
— Un certain petit gobelin hideux a changé le contenu de ma bouteille de shampooing.
— Un classique ! s'exclama Colin Crivey en s'installant sur le canapé après avoir fait un check avec Percy. Tout le monde connaît cette blague, c'est vieux comme Dumbledore au moment de sa mort. Ça a été inventé même avant l'époque des Maraudeurs.
— Les quoi ? demanda-t-elle en s'affalant sur le canapé.
Elle semblait avoir abandonné la traque de Lydia. Aussi Percy se garda bien de mentionner qu'elle était juste derrière eux.
— Les Maraudeurs, reprit Colin. Un groupe de quatre Gryffondor qui ont fait les farces les plus folles des trois derniers siècles. Enfin, j'ai entendu dire que le jour où les jumeaux Weasley ont quitté Poudlard était plutôt exceptionnel aussi…
— Qu'ont-ils fait ?
— Euh… Je… Je sais plus… C'est Lydia qui me raconte ces histoires…
— Je te l'ai déjà dit, enfin ! soupira celle-ci en surgissant de derrière le dossier. Ils ont lancé des feux d'artifices avant de s'enfuir en balai, en insultant la directrice de l'époque au passage !
— Oh, vraiment ?
Lydia pâlit au ton menaçant d'Annabeth, comme si elle venait de se rendre compte qu'elle était censée rester cachée. Ce qui était probablement le cas. Annabeth poussa un cri de guerre monstrueux avant de se lancer à sa poursuite, bousculant Josh au passage lorsqu'elle quitta la Salle Commune.
— L'heure du couvre-feu est passé ! les prévint celui-ci. J'ai encore foiré ma potion de Polynectar, ou les cheveux d'Annabeth sont-ils vraiment verts ? continua-t-il en s'approchant.
— Lydia a encore fait une blague à Annabeth.
Josh leva les yeux en ciel, l'air résigné.
— Tout à fait d'accord, compatis Percy.
— Menteur, grimaça Josh. Tu adores ça.
Percy papillonna des yeux en signe d'innocence.
— Moi ? Nooonnn…
Cela fait déjà plusieurs fois que Lydia rendait Annabeth furieuse, et ces scènes étaient devenues plutôt communes au sein de la Tour Gryffondor. Quand Percy avait demandé la raison derrière tout ça :
— Je veux savoir à quel moment elle va mettre sa menace à exécution, avait expliqué Lydia.
— Celle de lui attacher un boulet au pied et de la laisser couler au fond du lac, avait ajouté Colin.
Percy n'avait rien trouvé à répondre à cela, mais il se fit quand même la réflexion qu'en réalité, Poudlard n'était pas une école mais un asile de fous.
Cette nuit-là, Percy fit un tout autre genre de rêves que ce dont il avait l'habitude. Annabeth était là. Et tout changeait.
Les images n'étaient pas baignées de sang, les émotions ressenties n'étaient que joie. Il la vit jeune et rebelle, encore une enfant, les yeux emplis de suspicion. Puis une autre Annabeth, un peu plus vieille, lui souriait amicalement alors qu'ils discutaient le long d'une plage. Il apprécia la douceur de ses lèvres contre les siennes, et ce geste à lui seul réussit à éclipser l'odeur de soufre les entourant. Il se sentait calme, confiant… heureux.
Soudainement, Annabeth et lui étaient assis sur la jetée d'un lac, la jeune fille installée entre les jambes de Percy. Ils contemplaient le soleil se coucher au-dessus des arbres. Seul le bruit des criquets troublait le silence. Annabeth tourna la tête pour rencontrer les yeux de Percy. Autrefois, son regard intense le mettait mal-à-l'aise, mais à présent le jeune homme discernait une douce chaleur qui se répandait dans son ventre. Elle lui sourit, et Percy ne put se retenir de l'embrasser.
— Qu'y a-t-il ?
Annabeth lui vola un autre baiser avant de s'appuyer de nouveau contre son torse.
— Je me disais… Tout est fini maintenant, n'est-ce pas ?
— Oui.
— On ne fera plus de quêtes ?
— J'espère pas. J'en veux déjà assez aux dieux. On a perdu tellement de monde…
— Je n'espère pas non plus… Mais si ça devait arriver, tu me promets que tu m'emmèneras avec toi, d'accord ?
— Annabeth…
— Promet-le-moi ! Percy, s'il te plaît… Si jamais il arrive quelque chose, tu dois me le dire.
Percy sourit :
— C'est promis, Puits de Sagesse. Je n'irai nulle part sans toi. Jamais. Et si par malheur, on nous séparait, je te retrouverai, OK ?
— Même à l'autre bout du monde ? Demanda-t-elle malicieusement
— Toujours.
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