Un bon nombre de villageois s'étaient levés tôt ce matin-là pour pouvoir profiter de la fraîcheur matinale. Harmony attendit que la voie soit libre pour prendre la lampe et aller rendre visite à Grand-mère Feuillage dans l'espoir d'obtenir des réponses. Notre jeune princesse emporta un sac pour transporter la lampe ainsi que la boussole que son père lui avait offert, la même qui avait aidé sa mère auparavant, puis partit dans la forêt, suivi de Flit, Meeko et Percy. S'y rendre en canoë aurait été plus rapide mais plus fastidieux à cause de la chaleur. Harmony préféra marcher en restant à l'ombre des arbres. Ses pieds eurent droit à un bon rafraîchissement grâce à l'humidité de l'herbe encore mouillée par la rosée du matin. Enfin, lorsqu'elle pénétra dans le domaine de Grand-mère Feuillage, l'air devint plus frais et plus respirable. La magie émanait de partout dans ce lieu. Une magie que seules les âmes les plus pures pouvaient ressentir.

« Grand-mère Feuillage ! »

Sur le tronc d'arbre qui lui servait d'enveloppe charnelle, le visage de Grand-mère Feuillage apparut.

« Bienvenue, ma douce enfant. Oh mais je sens la curiosité émanée de toi comme jamais auparavant. »

Grand-mère Feuillage avait le pouvoir de lire l'âme des gens jusqu'au plus profond d'eux-mêmes. Rien d'étonnant donc qu'elle devine les émotions d'Harmony.

« C'est exact. » Répondit-elle avec une touche d'enthousiasme. « On a fait une découverte extraordinaire l'autre jour. Mais avant, j'ai besoin de savoir une chose à propos de la cascade. »

« Ho ho, cette bonne vieille cascade ! De mère en fille, nous adorions nous jeter du haut pour faire le grand plongeon. Avec cette chaleur, ça n'aurait pas été de refus. Enfin, que souhaites-tu savoir au sujet de la cascade, Harmony ? »

« Savais-tu qu'il existait une caverne à l'intérieur ? »

« Une caverne ? » S'étonna Grand-mère Feuillage. « Eh bien… pas à ma connaissance. »

« Eh bien figure-toi qu'il y a en une au sein de la falaise d'où tombe la cascade. Avec Meeko, Flit et Percy, nous l'avons explorée, et on a découvert un objet très étrange. »

Harmony sortit la lampe de son sac et la montra à Grand-mère Feuillage. Celle-ci prit l'objet avec ses branches pour l'examiner de plus près.

« Curieux objet que voici. Jamais je n'en ai vu de tel. Est-ce un de ces chefs-d'œuvre qu'on fabrique au pays d'où vient ton père ? »

« Aucune idée. » Répondit la jeune princesse en haussant les épaules. « Tout ce que je sais, c'est qu'il s'agit d'une lampe. »

Harmony préférait ne pas révéler en détail comment elle avait appris que l'objet en or était une lampe. Des images très brèves du cauchemar qu'elle avait fait la nuit précédente lui revinrent en tête. Rien que d'y penser, elle en frémissait de terreur. Grand-mère Feuillage continuait d'observer la lampe de plus près. Puis son regard s'assombrît.

« Mmmh… Je ressens une puissance phénoménale provenant de l'intérieur. Ce n'est pas là une lampe comme les autres. Elle renferme une magie qui dépasse tout ce que j'ai pu connaître jusqu'à ce jour. »

« Magie ? » Murmura Harmony alors qu'une idée lui vînt de suite. « Grand-mère Feuillage, si cet objet est magique, on pourrait s'en servir pour sauver le village de la sécheresse qui s'abat sur les récoltes ! »

« Prudence, Harmony. Prudence. Le pouvoir que renferme cette lampe pourrait très bien nous sauver, mais aussi nous détruire. Il serait plus sage que tu ailles la remettre à l'endroit où tu l'as dénichée. »

« Mais Grand-mère, et si c'était le seul moyen d'empêcher la catastrophe ? On pourrait au moins essayer ? »

« Je crains hélas que non. J'ignore ce qui se trouve réellement dans cet objet, mais je sais que c'est extrêmement puissant, et de ce fait, potentiellement dangereux. On ne doit jamais se servir d'une telle magie comme il ne faut pas jouer avec le feu. Cela pourrait avoir de terribles conséquences. Une fois libre, elle pourrait s'emparer de toi et te consumer, et par la suite, faire du mal à ceux que tu aimes. Crois-moi. » Suggéra-t-elle en lui redonnant la lampe.

Harmony était triste. Triste d'avoir entre ses mains la chance miraculeuse de sauver les siens, mais de ne pouvoir l'utiliser. Néanmoins, elle prenait toujours les conseils de Grand-mère Feuillage au sérieux. Elle était une source de sagesse irréprochable. Harmony se rendit à l'évidence qu'il y avait des choses qu'il valait mieux laisser là où elles étaient. Une branche d'arbre vint lui lever le menton pour croiser le regard de Grand-mère Feuillage qui lui adressait un sourire encourageant.

« Ne perds pas espoir, mon enfant. Laisse le vent te guider jusqu'à la bonne solution. »

De par ces mots, Harmony se rappela ce que son père lui avait dit une fois :

« À tous problèmes, il y a toujours une solution. Toujours. »


Pendant ce temps, dans un camp caché sur des côtes isolées

Ratcliffe n'avait presque pas fermé l'œil de la nuit, trop occupé à mettre en œuvre sa vengeance. Son esprit était concentré à élaborer des plans, tout en étudiant une carte de la région. Il avait l'intention de prendre d'assaut le village des Powhatans. Dans ses moments de distraction, Ratcliffe imaginait le spectacle que ce serait, de voir sa petite armée obéissante massacrer les amérindiens, puis lui ramenant John Smith et Pocahontas en vie pour avoir le plaisir de les torturer à sa façon avant de leur ôter la vie de ses propres mains. Et une fois le village détruit et pillé, il trouverait la lampe et en libèrerait la magie qui lui permettrait de devenir le maître absolu. Un arrivé surprise vint interrompre l'ex-gouverneur de ses monstrueuses pensées.

« Les voici, les voilà : nos meilleurs experts en orientation en forêt, m'sieur. »

« Parfait, capitaine Twatt. Vous pouvez disposer. » Dit Ratcliffe.

Sur ce, le capitaine obéit, laissant les trois hommes qu'il avait amené jusqu'ici seuls avec l'ex-gouverneur. À la vue de leurs têtes, Ratcliffe se demandait si cette bande de bras cassés étaient vraiment les mieux placés pour la tâche qu'il allait leur confier. Des incapables, il en avait vu. Il espérait que ceux-là seraient à la hauteur. Buvant une gorgée de vin, Ratcliffe en vint au fait :

« J'ai une mission à vous confier, messieurs : chercher le village où se terrent le capitaine Smith et ces sauvages d'indiens. Espionnez-les. Voyez ce que vous pouvez m'apprendre de nouveau sur Smith et sa dénommée Pocahontas. Exécution ! » Ordonna-t-il.

Armant leurs fusils, aiguisant une dernière fois leurs poignards, les trois pirates obtempérèrent et prirent la direction des bois. Ceux-là étaient préparés à abattre le premier indien venu.

« Toute cette nature, ça ne me met pas à l'aise. Les sauvages doivent sûrement être en train de nous observer. »

« À ce qu'il paraît, ils connaissent tellement bien la nature qu'ils ne font plus qu'un avec elle. Mais comment ils font ça ? »

« Ils font ce qu'on leur a appris : ils se fondent dans le paysage. En forêt, un arbre, c'est un ami. Un rocher, c'est une cachette et un moyen de défense. Un animal, c'est un être à protéger… et à croquer aussi. Un caillou et une branche d'arbre, ce sont des armes. La boue, c'est un camouflage. Et quand ils trouvent du houx, ils le rapportent pour l'accrocher dans une de leurs cabanes. Ça fait joli. »

Suite à ce discours pseudo philosophique, les deux autres regardèrent leur compagnon en haussant un sourcil. Voyant leur mine interloquée, il rétorqua :

« Bah quoi ? On peut bien être expert dans l'art de la survie et être coquet à la fois, non ? »

« Oui enfin bon, les indiens sont des chasseurs beaucoup plus expérimentés que nous. Du moins, tant qu'ils sont dans leur élément. »

« C'est pas faux. »

S'ensuivît une minute de marche sans rien dire avant qu'une explosion venant de loin n'attire leur attention.

« Regardez ! »

À cette distance, ils ne voyaient pas grand-chose. Mais cette explosion-là n'avait rien d'un coup de canon ou d'un quelconque explosif. Non. C'était plus mystique que ça.

« Je le sens mal, les gars. Et si on rebroussait chemin ? »

« La ferme. Allons voir ça de plus près. On tient sûrement quelque chose de gros. »


Cinq minutes plus tôt, non loin d'ici

Sur le chemin du retour, Harmony songeait encore aux conseils de Grand-mère Feuillage au sujet de la lampe et de ce qu'elle devait en faire. Pour notre princesse, pas de doute possible : si cette lampe était magique, elle tenait la clé qui sauverait sa tribu. Mais d'un autre côté, Grand-mère Feuillage avait raison sur un point : libérer la magie qui s'y trouve serait un risque énorme, surtout si Harmony n'arrivait pas à la maîtriser. Elle suivrait donc les indications de Grand-mère Feuillage. À force d'avoir la tête dans les nuages, Harmony ne faisait plus attention où elle marchait et se prit le pied sur un caillou, elle trébucha par terre et fît tomber la lampe au passage. Elle ramassa l'objet et essuya la terre qui s'était collée dessus. Soudain, Harmony haleta lorsqu'elle se rendit compte de son erreur : elle venait de frotter la lampe. L'objet se mît à trembler en brillant d'une couleur rouge flamboyante avant de cracher des jets d'étincelles qui explosèrent. Un grand nuage de fumée bleu étincelant s'éleva ensuite dans les airs jusqu'à hauteur des arbres. De ce même nuage apparut un être gigantesque qui poussa un cri résonnant.

Notre jeune amérindienne était en état de panique. Tout se passait comme dans son cauchemar. À une seule différence, l'être géant n'était pas de couleur rouge, mais bleu. Et pouf ! La fumée retomba sur la forêt, créant un épais brouillard dans lequel Harmony et ses amis animaux furent encerclés. Puis ce fût le silence complet. L'environnement qui les entourait était devenu sinistre. Apeurés, Flit, Meeko et Percy se collèrent auprès d'Harmony. Tout à coup, un drôle de son retentît. Ils aperçurent une chose étrange qui se déplaçait dans l'épais brouillard. Une chose que nous, les gens d'aujourd'hui, connaissons comme étant un œil de sous-marin. L'œil s'approcha tout près de la jeune amérindienne. Soudain, deux yeux en sortir de façon cartoon, suivit d'une tête joviale accompagnée de larges épaules, puis un torse, pour enfin laisser apparaître le géant tout bleu qui fixait notre jeune princesse avec un large sourire.

« Ah que coucou, toi ! »

Avant même qu'Harmony n'ait eu le temps de pousser un cri, ses amis terrorisés vinrent aussitôt se cacher derrière elle. Dans leur précipitation, ils lui firent perdre l'équilibre, et Harmony tomba en arrière tandis que le géant bleu se présenta dans sa forme complète.

« Bon sang ce que c'est bon de respirer à nouveau après un millénaire d'enfermement ! On se sent tellement à l'étroit dans ce truc ! Heureusement qu'il n'y a pas eu besoin de faire un cinq ou un huit pour me délivrer ! Ha ha ha ! » S'exclama-t-il en faisant référence à Jumanji.

Le Génie claqua ensuite des doigts. Et comme par magie, Harmony se retrouva assise sur un fauteuil dans un décor de late-night show américain. Le Génie occupa la place du présentateur tandis qu'Harmony, Flit, Meeko et Percy étaient les invités. Un jingle suivît d'applaudissements des spectateurs résonnèrent dans l'assistance avant que le Génie ne prenne la parole. Totalement éberlués, notre jeune amérindienne et ses amis animaux ne comprenaient rien à ce qui se passait autour d'eux.

« Mesdames et messieurs, petits et grands et autres tronches de cakes, soyez les bienvenus dans The Robin Williams Show ! On déménage d'Agrabah pour cette nouvelle saison ! Je ne sais pas encore où on s'trouve, mais ça ressemble pas au Kansas, ni à Woodstock d'ailleurs ! »

Une loge d'avant-scène apparut avec deux clones du Génie sous l'apparence de ces deux vieillards acariâtres de Waldorf et Statler du Muppet Show.

« C'est sûr, même Hansel et Gretel auraient plus de chance d'ouvrir un office de tourisme ! »

« Tant que t'y es, tu pourrais nous indiquer la direction de Pétaouchnock City ?! »

Les deux clones éclatèrent de rire de la même façon que les personnages qu'ils parodiaient.

« Notre invitée ce soir me semble être un jeune cas d'école ! Et c'est le cas de le dire puisqu'on détient un nouveau record : celle de la plus jeune personne ayant frotté la lampe ! On l'applaudit bien fort ! ÇA VAUT POUR TOI AUSSI, L'AMI ! Alors, championne, d'où tu viens ? Comment tu t'appelles ? » Reprit le Génie à l'attention de son invitée.

« Euh… Harmony. » Répondit-t-elle timidement dans le micro qui lui était tendu.

« Harmony ?! Mais quel joli prénom ! Enchanté de faire ta connaissance ! Depuis le temps que je n'avais pas fait de rencontre aussi harmonieuse. Mais si un jour tu as besoin qu'on t'enseigne l'harmonica, suffit de me le dire, gné hé hé ! »

« Mais… Qui es-tu au juste ? »

« Qui je suis ? Je suis à ton service. Roi des biscotos. Je sais me contenir ! Imité mais pas limité ! Et jamais reproduit-reproduit-produit-produit-duit-duit ! Le Géniiiiiiie de la lampe ! Merci, merci mesdames et messieurs, hé hé ! À vous l'antenne, Kimmel. » Déclara le Génie en changeant tour à tour d'apparence, passant d'Arnold Schwarzenegger à Ed Sullivan, sous l'acclamation de plusieurs clones.

Même si elle ne comprenait rien à l'humour du Génie, notre jeune princesse devint beaucoup moins anxieuse vis-à-vis de cet être délirant parce qu'elle semblait comprendre ses objectifs.

« Attends euh… Génie. Tu as dit que tu es à mon service ? » Demanda Harmony.

Un bureau avec un vieux téléphone et une machine à écrire apparurent devant le Génie qui prit l'apparence de la secrétaire Janine Melnitz de Ghostbusters.

« Disponible 24h/24h, 7 jours sur 7. Sauf le huitième jour de la semaine bien entendu. C'est la soirée croque-monsieur. » Imita-t-il avant de reprendre sa forme originelle. « Tout à fait, Thierry ! J'ai le pouvoir de t'exaucer trois vœux. Fais une croix là-dessus si t'espérais m'en demander plus. Trois ! Unos, Dos, Tres ! Ni repris ni échangé ni remboursé. » Reprit-il en imitant Groucho Marx.

« Là je crois que je suis en proie à des hallucinations. » Chuchota Harmony à ses amis.

Le Génie remarquait bien que son humour n'aidait pas sa jeune et nouvelle maîtresse à prendre conscience de la chance qui s'offrait à elle. Heureusement qu'il avait plus d'un tour dans son sac : il avait une méthode qui fonctionnait toujours. Et celle-ci débutait toujours sur un fond d'orchestre.

« Allons ma puce, je peux comprendre que tu sois déroutée. Mais tu ne devines pas encore ce que tu as sous la main. Alors mets-toi à l'aise, nettoie tes oreilles, et laisse le Génie de la lampe tout mettre au clair. » Dit-il en utilisant sa magie pour faire léviter Harmony pour l'installer confortablement. Puis il commença à chanter :

Si Ali Baba a quarante voleurs
Shéhérazade, mille histoires de cœurs
Toi, ma chère, tu es encore bien plus forte
Car tu possèdes un truc qui vaut de l'or
Tu as le pouvoir, enfile tes gants
Allume la mèche et tu seras gagnante
Ça va faire boum, au feu, tout ce qui te chante
Tu peux l'avoir en frottant cette lampe
Et je dis

Damoiselle Harmony
Je vous offre aujourd'hui
Un dessert du tonnerre
Un éclair
Car je suis votre meilleur ami

Hé hé hé !

Je suis maître d'hôtel
Au restaurant de la vie !
Passez commande au creux de mon oreille
Je me coupe en quatre pour mes amis

Très chère, nous sommes à votre service
Ordonnez, princesse ou reine
C'est un plaisir de vous servir
Reprenez un peu de mirabelles

Plats divers, colonne A
Fruits d'été, colonne B
J'aimerais bien vous offrir de tout
Car je suis votre meilleur ami

Wrah wrah wrah ! Oh oui !
Wrah wrah wrah ! Non ! Non !
Wrah wrah wrah ! Na na naon !
Tchak oupoukou paaaa !

Je suis un Génie
Jongleur magicien
Mon tour favori
C'est le coup du lapin
Je sais même faire Fooo !
Tu vois ce que je vois ?
Et quand je dis, Abracadabra, on s'éclate !
Et tu disparaîtras par magie

Remonte ta mâchoire, t'as l'œil hagard
J'ai le pouvoir d'exaucer tes prières
Je suis garanti, diplômé, certifié
Tu as un Génie comme chargé d'affaires
Je te soutiendrai, je t'appuierai
Quel est ton vœu, dis-moi quel est ton souhait ?
T'as déjà fait ta liste, ok, banco !
Frotte-toi les mains, moi je me frotte le dos, hé ho !

Ma princesse Harmony, fais un vœu, ou deux, je te prie
C'est toute une fête, pour toi, ma belle
Hé oui je suis ton Génie
Je suis ton ami, oh oui !
Je suis ton ami
Je suis ton ami, mais oui
Je suis… ton meilleur… aaaaaaamiiiiiiiiiiii !

Wah ah ah !
Wah ah ah !

Je suis ton meilleur ami !

Et tout ce qui fût créé par le Génie pour donner du charme à sa chanson disparut aussitôt dans un tourbillon de magie. Tout revint à la normale dans ce coin de la forêt. Le Génie tourna ensuite son attention vers les lecteurs :

« Et la suite, c'est pour la prochaine fois. »

« Ouais, à moins qu'on ait la chance que l'auteur fasse grève ! » Lança un des clones de Waldorf et Statler, avant d'éclater de rire.


Bon sang ce n'est vraiment pas facile de recréer l'humour de Robin Williams quand on n'a pas le même don d'improvisation que lui. Enfin voilà, le Génie est délivré !