Jamestown

En aval de la rivière, dans les champs agricoles de Jamestown, nos deux compères Ben et Lon travaillaient sur l'installation de pièges pour attraper des animaux forestiers qui oseraient s'aventurer dans leurs champs.

« Et voilà le travail ! » dit Lon en plaçant une mâchoire d'acier. « Si avec ça on ne parvient pas à capturer une bestiole ou deux… »

« Dis, t'es vraiment sûr de ton coup ? » demanda Ben, peu convaincu de ce qu'il voyait.

« Formel ! Avec cette chaleur qui assèche nos récoltes, il y aura forcément un animal suffisamment bête pour venir fouiller dans la grange où sont stockées nos dernières réserves. Ça, je suis prêt à te le parier. S'il ose passer par-là, il sera cuit ! »

« Ouais bah avec tous les pièges que t'as posés, on est sûr de dormir tranquille. Je me demande si t'en n'as pas fait un peu de trop quand même. »

Effectivement, le champ était parsemé de pièges pour animaux. À la limite, ce n'était carrément plus un champ de blé, mais un champ de mâchoire d'acier. Lon leva les yeux au ciel et rétorqua à son ami :

« Qu'est-ce que tu peux être négatif, Ben ! Je te le dis : ça va marcher. Observe bien le mécanisme : l'animal sort de la forêt, passe par le champ, et dès qu'il s'approche trop près de la grange, TAC ! Il se fera prendre la patte dans le sac, comme disent les Français. J'ai tout calculé au centimètre près. L'animal n'aura aucune chance de- AÏE ! »

Par mégarde, Lon se prit le pied dans un de ses pièges. Il tenta bien de s'en débarrasser, se contraignant à sautiller sur une jambe, mais perdit vite l'équilibre et tomba dans tous les pièges présents autour de lui, poussant des cris de douleurs à répétition. Ce pauvre Lon essaya plusieurs fois de se relever pour sortir du champ mais n'arrivait pas à faire un seul pas sans trébucher. De ce fait, on voyait des mâchoires d'acier sauter partout dès que Lon marchait dedans. Ben préféra ne pas voir ça. Quand Lon se releva enfin, son corps était parsemé de mâchoires d'acier le mordant sur tout le corps, y compris sur la tête, de quoi le comparer à une momie en ferraille. Ben éclata de rire en voyant le résultat.

« Hum… Un coup de main s'il te plaît ? » demanda Lon qui ne trouvait pas cela amusant.

Ben parvint à apaiser son fou-rire et vint détacher une par une les gueules d'acier qui recouvrait le corps de Lon. Thomas, qui passait dans le coin juste à ce moment, à la recherche de nos deux compères, constata le fiasco du piège de Lon et ne plus ne put s'empêcher de sourire en voyant le résultat.

« On dirait que c'est le pêcheur qui s'est fait mordre par l'hameçon. » dit Thomas.

« Tiens, bonjour Thomas ! » le salua Lon. « Qu'as-tu de nouveau à nous apporter ? »

« Vous devriez vite rentrer, les gars. Un navire de la flotte royale vient d'arriver à Jamestown. Tout le monde se rassemble sur la berge pour entendre le message du roi. »

« Eh ben c'est pas trop tôt. » dit Ben en continuant d'enlever les mâchoires d'acier. « Le roi nous envoie enfin un de ses messagers pour faire le point sur la situation, et surtout qu'est-ce qu'ils ont prévu pour nous tirer d'affaire. Encore faut-il que ce soit dans leurs moyens. »

Lon tourna le regard vers la forêt dont les arbres ne ressemblaient plus qu'à des cadavres hauts de plusieurs mètres. Même les arbres les plus proches des eaux était complètement morts. La sécheresse avait rendu la vie impossible dans ce paradis terrestre. Ce même paradis dont la tribu des Powhatans leur ont démontré l'importance. Et dire qu'à leur arrivée, les colons avaient pour projet de détruire tout ça. Finalement, c'est le soleil qui a décidé d'accomplir le sale boulot. Lon poussa un soupir désespéré.

« Vous vous rappelez quand on a vu cette forêt pour la première fois ? Tous ces grands arbres qui grouillaient de vie. Maintenant, ce ne sont plus que des carcasses debout. À croire qu'un fléau venu d'Égypte s'est abattu sur la région. Ça me pince le cœur rien qu'à l'idée de devoir quitter cet endroit. » dit-il.

« Nous ne serons pas les seuls, vous savez. John et sa tribu ne pourront plus vivre ici, eux non plus. » dit tristement Thomas en contemplant à son tour la forêt mourante.

Cela faisait mal de l'admettre, mais Thomas avait raison. Les conditions obligeraient l'équipage de la Virginia Company à dire adieu à John Smith et Pocahontas. Ils ne pouvaient plus compter que sur un miracle pour que tout s'arrange. Un chant de trompettes retentit depuis la berge. C'était le moment. Nos trois amis se rendirent à l'entrée de Jamestown où la population commençait à se réunir pour écouter le message d'Angleterre. Les colons sauraient enfin quel plan le roi avait prévu pour les tirer d'affaire.


Pendant ce temps, dans la forêt

Avançant en catimini, les trois éclaireurs envoyés par Ratcliffe gardaient les mains serrées sur leurs fusils, prêts à s'en servir à la moindre occasion, alors qu'ils approchaient de l'endroit où ils avaient aperçu la mystérieuse explosion étincelante. Il leur semblait également avoir entendu un drôle d'orchestre et puis plus rien. Cachés derrière une rangée de buisson, ils observèrent la scène bouche bée. Devant eux, une jeune autochtone aux cheveux blonds discutait avec un géant tout bleu.

« Alors, jeune maîtresse, qu'est-ce que ce sera ? »

« Est-ce vrai ? J'ai droit à trois souhaits ? Et je peux te demander n'importe quoi ? » demanda Harmony.

« Mmh, oui. Enfin disons qu'il y a deux ou trois conditions. » répondit le Génie, en imitant William F. Buckley Jr.

« Qu'entends-tu par-là ? »

« Règle n°1 : je ne peux assassiner personne, *CHLACK*, Laisse tomber. Règle n°2 : je ne peux obliger les gens à tomber amoureux, *SMACK*, Petite canaillou ! Et Règle n°3 : désolé mais je ne peux pas ressusciter les morts. C'est un manque de savoir-vivre et je trouve ça dégoûtant ! Mais à part ça, c'est du tout cuit ! »

Harmony réfléchit. Les pouvoirs du Génie avaient leurs limites. Fort heureusement, elle n'avait besoin de n'enfreindre aucune de ces restrictions, encore moins la première. Si le Génie ne peut interagir sur la vie humaine, pouvait-il le faire sur la vie végétale ? Si oui, alors tout le monde pouvait être sauvé.

« Mmh, je comprends parfaitement. Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Une question seulement : peux-tu sauver l'équilibre de toute une région ? Faire revivre la faune et la flore ? Tu saurais le faire ? » demanda Harmony.

« Voyons voir… » dit le Génie en prenant l'apparence d'un comptable face à une caisse, puis se mit à parler vite. « Si on calcule le nombre infini de possibilités dont dispose mon génie pour sauver la planète, multiplié par les taxes magiques que cela impose, en comptant en plus de cela les bénéfices aussi rigolos que frauduleux de la Company Business School, cela vous coûtera entre autres et notoirement… » il marqua une pause pour prendre le ticket sur lequel était marqué le montant total. « …La peau des fesses. »

« Quoi ? »

« C'était pour rire ! Changer de décor, c'est dans mes moyens, même en temps de faillite ! » affirma-t-il avec un clin d'œil, puis prit l'apparence du Dr Sait-Tout de A.I. Intelligence Artificielle. « Manuel de jardinage, option météo, encyclopédie animalière, documentaire sur l'agriculture, tout pour comprendre et préserver l'environnement. Sont inclus : manuel de survie pour apprenti ermite et équipement anti-sorcière si vous êtes un étudiant rêvant de finir découpé en morceaux ! Ce sera tout ? »

Plus aucun doute n'était possible. Notre jeune princesse prit conscience qu'elle tenait enfin la solution à tous les problèmes auquel sa tribu faisait face. Le vent l'avait guidée jusqu'à cette chance inouïe. Harmony ne pût s'empêcher de danser de joie avec Meeko et Percy dans ses bras. Elle remercia intérieurement les esprits pour leur aide précieuse.

« C'est formidable, les amis ! Les Esprits ont entendu notre appel ! Nous sommes sauvés ! On va pouvoir rester ! Plus besoin de partir ! Vous vous rendez compte de ce que ça signifie ? »

Perplexe, le Génie prit l'apparence d'Homer Simpson.

« Euh… qu'il va pleuvoir de la Duff et qu'on va tous se foutre en slip de bain ? » supposa-t-il.

« Oh, je ne t'ai pas mis au courant, Génie. » se souvint Harmony, désolée d'elle. « Ma tribu est confrontée à une grave sécheresse qui détruit nos récoltes. Mais maintenant que tu es là, tu pourras tous nous sauver avec ta magie. Tu es notre seul espoir. » Expliqua-t-elle.

« Un peuple en danger ? Mais il fallait le dire tout de suite, ma puce ! »

« Tu acceptes de nous aider ? » demanda la jeune princesse avec un sourire rempli d'espoir.

D'un claquement de doigt, Harmony se retrouva assise à une table décorée de façon très sicilienne avec devant elle le Génie sous l'apparence de Marlon Brando jouant Don Vito Corleone dans Le Parrain.

« Maaa c'est tout naturel, ma jeune enfant. Vous m'avez rendu un immense service en me délivrant de la lampe, il est donc tout à fait normal que je vous rende la pareille. La météo me paraît coriace, mais ne vous inquiétez point. Je vais lui faire une offre qu'elle ne pourra pas refuser. » dit-il avant de reprendre son apparence normale. « No Problemo ! Sauver le monde, c'est une de mes spécialités ! »

Ni une ni deux, le Génie prit l'apparence d'un super-héros très costaud puis installa Harmony et ses amis sur ses épaules.

« Alors, viens avec moi, si tu veux vivre ! Les issues de secours sont ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, partout ! Mettez votre ceinture, accrochez-vous bien, et c'est parti ! »

Tel un véritable feu d'artifice, ils s'envolèrent dans les airs en laissant trainer derrière eux un arc-en-ciel d'étincelles. Terrés derrière les buissons, les trois éclaireurs qui avaient assisté à toute la scène n'en crurent pas leurs yeux.

« Il faut prévenir le gouverneur. » dit l'un d'entre eux.


Retour au camp de Ratcliffe

Le retour précipité des trois éclaireurs ne passa pas inaperçu dans le camp secret des pirates. Tout le monde fut étonné de les voir courir comme si le diable était à leurs trousses, alors qu'en réalité c'était tout l'inverse. Un de leur compagnons, plus curieux que les autres, les interpella.

« Eh les gars ! Qu'est-ce qui vous arrive ? On dirait que vous avez vu un fantôme ?! »

« C'est notre cas, imbécile ! » rétorqua l'un des trois sans s'arrêter.

Ils foncèrent droit jusqu'à la tente de fortune où résidait le gouverneur Ratcliffe.

« Gouverneur ! Gouverneur ! »

Entrant dans la tente sans prévenir, et visiblement pas au bon moment, les trois éclaireurs trouvèrent l'ex-gouverneur Ratcliffe en train d'étudier une carte des côtes de Virginie. Ce dernier n'aimait pas qu'on le surprenne.

« Quoi encore ?! » hurla-t-il.

L'ancien gouverneur ne supportait pas d'être dérangé dans son travail ; ou dans le cas présent, pendant qu'il préparait un mauvais plan qui lui tenait mortellement à cœur. Celui qui était en tête du trio s'arrêta brusquement, puis les deux autres se heurtèrent à lui, les faisant tomber tous les trois à la renverse.

« Là-bas, dans la forêt, on a… on a vu… » commença le deuxième entre ses essoufflements générés autant par la peur que par la fatigue.

« On a vu un monstre ! » continua le troisième, presque en hurlant d'effroi.

« Mais enfin qu'est-ce que vous me racontez ? » demanda le gouverneur, très perplexe.

« Je vous assure que c'est vrai ! Un grand monstre ! Un énorme ! Accompagné d'une de ces sauvages ! » affirma le premier.

Incrédule à l'écoute de ce récit irréaliste, l'impatience du gouverneur augmenta sa colère.

« Ne soyez pas ridicule, messieurs ! Je suppose que ce que vous avez pris pour un monstre ne devait être qu'un arbre misérable. A part les sauvages qui peuplent les environs, je vous assure qu'il ne peut y avoir d'autres monstres dans cette forêt ! » rétorqua Ratcliffe.

« Attendez, on ne vous pas encore tout raconté en détail ! »

Mais le gouverneur devenait de moins en moins patient. Trouvant cette histoire complètement stupide, il ne voulait plus en entendre davantage. Il était même prêt à s'emparer d'un fusil et abattre ses trois éclaireurs pour les faire taire s'il le fallait.

« Ce sont des hommes de confiance, m'sieur. Si j'étais vous, je les écouterais. » intervint le capitaine Twatt.

Ratcliffe ne savait plus où mettre la tête. Entre ces trois imbéciles qui lui racontaient des choses incompréhensibles et son capitaine qui lui suggérait de les écouter. Levant les yeux au ciel d'un air las tout en poussant un profond soupir, Ratcliffe se résigna et fît signe à ces hommes de poursuivre leur récit.

« Au début, tout allait tranquillement. On avançait dans les bois. Et là, soudain, BOUM ! »

« Une explosion est survenue ! Comme ça, sans prévenir. »

« Mais attention, pas une explosion ordinaire comme celle d'un coup de canon ou d'un tonneau d'explosif. »

« On est donc allé voir ce que c'était. Et là, on a vu une petite sauvageonne en compagnie d'un monstre bleu gigantesque ! »

« Et elle détenait un objet en or aussi. » nota l'un d'eux.

« De l'or ? » fit Ratcliffe, surpris par la mention d'un objet en or.

« Oui tout à fait. Je sais que ça peut paraître idiot, gouverneur, mais- »

« Dîtes-moi en plus ! De quoi avaient-ils l'air, cette sauvage et ce monstre bleu ?! Et l'objet en or ? Décrivez-le-moi ! » ordonna Ratcliffe, avide de tout savoir jusqu'au moindre détail, avec l'espoir d'approcher du but.

« Eh bien, la gamine était jeune, un peu plus de dix ans dirais-je. Cheveux blonds, les yeux bleus. Pas tout à fait une indienne ordinaire, si vous voulez mon avis. » expliqua un des éclaireurs.

« L'objet quant à lui ressemblait à… comment dire ? »

« C'était comme une théière toute mince, à peine de quoi y contenir du thé pour remplir une tasse. »

La description sauta aux yeux de Ratcliffe, tant elle lui rappelait ce qu'il était venu chercher ici pour accomplir sa vengeance. L'ex-gouverneur se rassit lentement sur son siège, retrouvant aussitôt son calme. Mais un calme satisfait à glacer le sang.

« Beau travail, messieurs. Vous pouvez disposez. » répondit-il simplement.

Obtempérant, le trio quitta confusément la tente du gouverneur, ne comprenant s'ils avaient échoué ou réussi.

« Vous me paraissez très satisfait, m'sieur. » remarqua le capitaine Twatt.

« Tout juste, capitaine Twatt. Les choses avancent à pas de géant. Dès que j'aurai mis la main sur ce que je cherche, vous et vos hommes auront l'occasion de s'amuser… très prochainement. » répondit Ratcliffe avec un mauvais rictus.

L'esprit mauvais de Ratcliffe réfléchissait. Quelle chance a-t-on de rencontrer un indien aux cheveux blonds ? Aucune, bien sûr. Sauf par le fruit du métissage. Et il en connaissait les candidats idéaux. Ratcliffe était ironiquement charmé et se mit à imaginer les pires idées possibles qu'il réserverait pour cette mystérieuse amérindienne aux cheveux blonds qui détenait l'objet de toutes ses convoitises. Il se servit un verre de vin et but, comme pour fêter une victoire qu'il n'avait pas encore gagnée.


Hello tout le monde ! Désolé pour cette très longue absence. Mais cette fois, je vais entièrement me consacrer à cette fanficition. Promit.

PS : je ne sais pas si les mâchoires d'acier existaient déjà au début du 17e siècle. Navré si j'ai commis un anachronisme.