Précédemment dans TA: Après les procès des Mangemorts en juin 1998, Kingsley a convaincu Harry d'aller à Poudlard pour les réparations.
A son arrivée à Poudlard, Harry fut accueilli par la nouvelle directrice, Minerva McGonagall. Elle lui adressa un de ses sourires sévères habituels, un qu'il savait cacher quelque chose comme : "Je-suis-contente-de-vous-voir-Potter". Le fait de revoir son ancienne directrice de maison lui fit du bien. C'était comme si il revenait des années en arrière, en un sens. Il avait quitté Poudlard un peu moins d'un an plus tôt pour partir en quête des Horcruxes avec Ron et Hermione et cela lui semblait dater d'une éternité.
Minerva McGonagall était une sorcière qu'Harry respectait profondément, bien qu'il n'ait jamais eu de relation approfondie avec elle comme il avait pu avoir avec Remus Lupin. Elle lui avait donné sa chance en première année avec le Quidditch, alors qu'il brisait ostensiblement les règles. Elle avait toujours essayé de le protéger, de quelque manière que ce soit ; lui et tous les autres. (Même Drago Malefoy, qu'elle ne pouvait souffrir, du sort de Barty Croupton sous l'apparence de Maugrey.) Il associait Poudlard à sa première maison, et la professeure de Métamorphoses en était indissociable.
Elle lui proposa une chambre à proximité de la salle commune de Gryffondor, après qu'il eut décliné la proposition de s'installer seul dans son ancien dortoir. Il aurait trouvé cela trop bizarre et il n'avait pas besoin de plus de raisons pour ne pas dormir. La chambre était sommairement meublée mais le lit était confortable.
La nuit de son arrivée, il se réveilla après minuit (Ron et Hermione, tués devant ses yeux) et en profita pour déambuler dans les couloirs. Après une rencontre impromptue avec Peeves qui caquetait plus fort que jamais, il regretta d'avoir laissé la Carte des Maraudeurs au Terrier. Il pensait honnêtement ne plus en avoir besoin. Les nuits suivantes, il changea d'itinéraire. C'était presque irréel de se balader dans les couloirs, seul et sans risque de se faire attraper par Rusard ou pire, Rogue.
Néanmoins, ces nuits lui laissèrent un arrière-goût amer car il réalisa que cette époque de sa vie était bien terminée et que ce n'était pas très sain d'essayer de vivre avec les fantômes de sa jeunesse - dans tous les sens du terme.
Pour son premier jour, Harry ne fit rien de particulier. La directrice lui apprit que le travail ne commencerait que le lendemain et il n'avait rien prévu pour s'occuper. Hagrid était en voyage en France, probablement du côté de Beauxbâtons et la plupart des professeurs étaient eux-aussi partis; le château paraissait désert.
Harry évita soigneusement de se rendre à la lisière de la forêt interdite, pour deux raisons. D'abord, il avait assez vu de créatures malveillantes pour le reste de sa vie. Ensuite, Hagrid n'était pas là pour atténuer les effets négatifs de l'endroit.
Son champ d'action assez réduit malgré la taille du domaine, il fit le tour du lac noir (en prenant bien soin de passer au large de l'île et sa tombe) et en remontant au château, il passa devant les serres de botanique. Il n'avait pas pour but de s'y attarder mais il changea d'avis en entendant un bruit de verre brisé à l'intérieur. Il revit brièvement Maugrey Fol Œil répéter d'un ton sans réplique « Vigilance constante » et pénétra dans la serre la plus proche, baguette à la main. L'endroit était assez sombre à cause des feuillages luxuriants couvrant le plafond et il y régnait une agréable tiédeur. Harry avança doucement, le cœur battant et se demandant s'il était juste paranoïaque ou s'il y avait réellement un danger dans les parages. On ne pouvait être sûr de rien, surtout à Poudlard.
Le bruit du verre brisé à nouveau le fit sursauter et il continua à progresser dans la serre en tentant de se calmer. Heureusement pour lui, il n'y avait pas de plante d'apparence meurtrière dans sa proximité directe.
Il était quasiment arrivé au fond du bâtiment lorsqu'il aperçut une forme humaine dans l'ombre, accompagnée par des murmures. Il s'approcha un peu plus et fronça les sourcils.
« Neville? »
Le jeune homme se retourna et Harry put constater qu'en effet, c'était bien son ancien camarade de classe qui se trouvait là.
« Harry! Mais qu'est-ce que tu fais ici? »
Il posa sur l'établi l'horrible plante qu'il tenait entre ses bras et sorti sa baguette de sa poche pour lui jeter un sort. Les tentacules rouges se rétractèrent et Harry jura entrapercevoir une grimace pleine de dents.
« Voilà, ça devrait faire l'affaire,» murmura Neville. « Elle va juste être intenable tout à l'heure. »
Effectivement, la plante ne bougea plus mais Harry préférait la surveiller du coin de l'œil. Neville rangea sa baguette dans sa poche et se tourna vers son ami.
« Alors, qu'est-ce qui t'amène ici? » Demanda-t-il comme s'il s'était attendu à cette visite. Il avait en tous cas l'air bien plus reposé qu'Harry.
« Kingsley m'a demandé de venir pour une histoire de réparation des protections magiques.»
« Oh, je crois en avoir entendu parler. » Neville fit un grand sourire. « J'aurai pu me douter qu'ils te demanderaient à toi. »
Harry fit la moue et décida de changer de sujet.
« Et toi, tu t'occupes des serres?»
« Oui! » répondit le jeune Londubat, plein d'enthousiasme. « Le Professeur Chourave est rentrée dans sa famille et elle m'a demandé si je pouvais prendre soin des plantes en son absence. »
« Et tu as sauté sur l'occasion. »
« Eh bien, oui. En plus, ma grand-mère est totalement survoltée depuis qu'elle a compris que je n'étais pas un cas perdu, c'est fatiguant. »
Harry fut intrigué par cette confession. Les rapports de Neville avec sa grand-mère n'avaient jamais été idylliques mais il aurait pensé qu'avec la guerre et le rôle qu'il y avait joué, cela aurait justement amélioré les choses. Peut-être que c'était trop soudain et qu'il lui fallait du temps pour s'habituer ? (Merlin sait qu'Harry aussi avait besoin de temps.)
« Comment es-tu arrivé dans la serre, sinon?»
« Je passais devant quand j'ai entendu un bruit de verre. J'ai décidé d'aller voir ce qu'il se passait, » avoua Harry en faisant la grimace.
« Ah, je vois! C'est la Tentacula vénéneuse, elle a attrapé des tubes à essais et les a balancés un peu partout. Elle a du mal à se contrôler parfois. » Neville expliqua comme s'il parlait d'un chiot qui avait fait une bêtise, et pas d'une plante pleine de dents.
Harry ne voulait pas savoir de quoi d'autre cette terreur était capable. Il n'avait jamais été fan de botanique, contrairement à son ami.
« J'étais juste parano, alors. Bon, je vais te laisser, j'ai des choses à faire. » Annonça Harry avec une grimace d'excuse. Si c'était agréable de revoir son ami dans de telles circonstances, il pouvait sentir l'anxiété commencer à monter, et il devait sortir, vite.
« Tu restes combien de temps à Poudlard? »
« Oh, environ deux semaines je crois. On aura l'occasion de se recroiser. »
« Super! Passe une bonne journée alors, et merci pour être venu à mon secours avec la Tentacula. »
« De rien, » Harry répondit automatiquement au clin d'œil de Neville, avant de fuir l'atmosphère étouffante de la serre.
[...]
Il eut le sentiment d'évoluer dans une dimension parallèle à peu près toute sa première semaine. En le comptant, il y avait quatorze personnes dans le château : Minerva, Neville, et onze autres adultes recrutés pour aider. La plupart lui étaient familiers, comme les professeures Sinistra et Vector, même s'il ne les connaissait pas personnellement.
Les séances de travail étaient pour le moins étrange. Le groupe établit ses quartiers dans la Grande Salle qui - d'après les calculs élaborés de Septima Vector - était l'endroit où la magie était la plus concentrée, et fut séparé en paires, comme les Fondateurs des siècles plus tôt – d'où le nombre paire de participants.
Harry se retrouva avec Hestia Jones, ce qui était une bonne chose car elle était raisonnable et patiente même quand il n'était pas attentif. Ils devaient visualiser la magie qui les entourait, puis réciter avec leur partenaire de longues incantations. C'était fastidieux et éprouvant et lorsqu'Harry se couchait le soir, il ne pensait à rien; il était trop fatigué. Cependant, cela ne l'empêchait pas de se réveiller en larmes plus tard dans la nuit, sans avoir personne à qui parler, ou d'activité pour se distraire.
Il avait le sentiment d'avoir passé sa vie avec les mêmes personnes et de devoir d'un seul coup construire sa propre version de la vie, avec des choix différents des leurs. Il pensait à Ron et Hermione mais pas seulement. Il pensait à toutes les personnes qu'il avait fréquentées en ces lieux, et surtout celles qu'il ne reverrait jamais. Il ne pouvait pas s'en empêcher et il savait que cela n'allait pas s'arrêter d'un claquement de doigts en restant dans un lieu qui contenait encore l'écho de leurs rires et les ombres de leur présence.
Mais que pouvait-il bien faire?
A la fin de la première semaine, il fut convoqué dans le bureau de la directrice – où il n'avait pas mis les pieds depuis une éternité – par un elfe de maison pendant sa pause déjeuner. Il n'avait presque rien mangé mais il se sentait nauséeux depuis le matin, alors il se leva sans attendre pour quitter la Grande Salle, reconnaissant que ses collègues ne fassent pas de commentaire.
Le large bureau n'était plus recouvert de piles de papiers et les objets sorciers farfelus et désordonnés avaient trouvé refuge dans une vitrine près de la porte, comme si Minerva n'avait pas pu se résoudre à les voir disparaître. (Harry refusa de reconnaître qu'il y avait en fait eu un autre directeur que Dumbledore avant elle.)
En avançant dans la pièce, Harry entendit les chuchotements des portraits et se sentit scruté. Il rentra un peu la tête dans les épaules par réflexe.
« Potter, je suis confuse,» s'excusa-t-elle, très sérieuse. « J'ai oublié de préciser que vous pouviez venir quand bon vous semblait. Ce n'était pas pressé. »
Devant le regard perplexe du jeune homme, elle poursuivit.
« Le portrait du professeur Dumbledore est assez impatient de vous voir, je dois dire. »
Il releva machinalement la tête mais n'aperçut pas l'ancien directeur au premier coup d'œil.
« Il est là. »
Minerva lui indiqua une place assez importante sur sa droite et Harry le découvrit dans un excentrique cadre doré. Elle l'enjoignit à se rapprocher et s'éclipsa ensuite.
« Bonjour Harry. C'est bon de te voir.»
« Professeur. »
Ce n'était qu'un portrait, mais Harry aurait pu jurer que ses yeux brillaient comme de son vivant.
« Alors, comment avancent ces réparations? J'avoue avoir eu envie d'y prendre part, mais il est difficile de réparer quoi que ce soit dans ma condition. »
Rien à propos de la guerre, de l'issue de la bataille, du poids qu'Harry avait dû porter seul car Dumbledore était parti en laissant tout derrière lui? Le jeune homme sentit une bouffée de colère monter en lui.
« Bien, je crois. Tout le monde fait de son mieux.»
« Je crois qu'il y a de bonnes chances pour que l'école puisse rouvrir cette année. »
La bataille avait eu lieu en mai et on était début juillet. Il restait donc un peu moins de deux mois, mais d'après ce qu'Harry avait pu voir, la majorité des bâtiments avait été réparée avant qu'ils s'attaquent aux protections du domaine.
« Oui, » se contenta-t-il de répondre.
« Comment te sens-tu, mon garçon? » Demanda soudainement l'ancien directeur, toujours souriant.
Est-ce qu'un tableau pouvait s'inquiéter ou est-ce qu'il était juste poli? Quelqu'un lui avait un jour dit que les tableaux n'étaient que des parcelles de personnalité, qui pouvaient projeter une apparence réaliste mais qui n'avaient plus grand chose à voir avec la personne d'origine.
« J'ai connu mieux, monsieur,» répondit-il sincèrement.
« Puis-je te demander ce qui te tracasse? »
Comme avec Kingsley, Harry décida qu'être sincère serait mieux que de cacher ses sentiments.
« Beaucoup de choses, j'imagine. J'ai passé un an hors de Poudlard avec Ron et Hermione et ce n'est plus pareil de revenir ici. Et il y a eu la bataille... Je ne peux pas oublier ce que j'ai vu et reprendre ma vie comme si de rien n'était. C'est ce que tout le monde attend de moi, mais je ne peux pas. Je ne peux pas revenir à Poudlard comme Hermione et je ne peux pas m'entraîner pour devenir un Auror comme Ron.»
Dumbledore l'observa pendant de longues secondes derrière ses éternelles lunettes en demi-lunes.
« Le monde est beaucoup plus vaste que l'idée que tu t'en fais, Harry. Il ne se limite pas au bien et au mal, pas à ce que tu es supposé faire et ce que tu as envie de faire. Laisse-toi le temps de trouver quelque chose qui te plaira autant que lorsque tu es arrivé ici il y a six ans. »
Harry médita cette très étrange réponse de la part de son ancien directeur. Il avait pourtant toujours eu l'impression qu'il n'y avait que blanc et noir pour lui, la victoire de leur camp ou celle de Voldemort. Mais si l'on s'en tenait à cette vision, certaines personnes étaient inclassables, comme Rogue, Pettigrew, ou encore les Malefoy. Néanmoins, Dumbledore n'avait pas tort et Harry allait prendre son conseil comme une bénédiction, même s'il ne savait pas encore pour quoi exactement.
« Merci, monsieur. Je vais continuer à participer aux réparations. Et je garde votre conseil en tête. »
« Bien. Fais-toi confiance Harry, tu es un jeune sorcier plein de talents.»
Harry fit la grimace et haussa les épaules. Et il se rappela soudainement de quelque chose d'important. S'il y avait ne serait-ce qu'une petite chance pour que cela fonctionne... Oui! Il devait essayer.
« Professeur? Savez-vous si le professeur Rogue a un portrait dans le château?»
Dumbledore eu l'air véritablement intrigué par cette question.
« Le professeur Rogue a été le dernier directeur de l'école avant la Grande Bataille. De ce fait, il a eu droit à son portrait dans ce même bureau, mais j'ai l'impression qu'il est souvent importuné par le brouhaha qui y règne. Tu devrais demander à Minerva si elle a connaissance d'un autre portrait lui servant de refuge dans le château. »
Après avoir vérifié que le sobre cadre de Rogue était bien vide, Harry remercia le vieil homme et prit congé en promettant de revenir à la fin de sa tâche. Dans les escaliers, il croisa la directrice qui montait comme si elle avait su à quel moment Harry allait sortir de son bureau.
« Tout s'est bien passé? »
« Nous avons évité les sujets sensibles. Est-ce vous sauriez si le professeur Rogue a un autre portrait que celui de votre bureau? »
« Il est bien possible qu'il en ait un dans son propre bureau, je ne suis pas allée vérifier. »
« Et je pourrais y accéder ? J'ai besoin de lui parler. »
Minerva fronça les sourcils.
« Puis-je vous demander à quel sujet? »
Harry eut un sourire triste.
« Je me demandais si quelqu'un avait pensé à le consulter sur les potions pour retrouver la mémoire, vu qu'Hermione commence à être désespérée. »
Le regard de la directrice s'éclaira de compréhension.
« Il ne me semble pas que Miss Granger ait songé à cela, il serait bon de tenter, en effet. »
Elle claqua des doigts et un elfe de maison apparut devant elle.
« Gipsy, peux-tu aller dans les appartements du professeur Rogue et vérifier s'il se trouve dans un tableau? Nous allons attendre ta réponse ici.»
« Tout de suite, madame. »
L'elfe disparut dans un « pop » sonore. Ils attendirent dans un silence tendu que la créature revienne. Son retour fit sursauter Harry.
« Le professeur Rogue vous attend dans son bureau, madame la directrice.»
« Merci pour ton aide Gipsy. »
L'elfe s'en retourna aux cuisines et les deux sorciers se dirigèrent en silence vers les cachots.
[...]
Le soir même, Harry resta éveillé jusque tard pour écrire une lettre à l'attention d'Hermione. Il avait appris qu'elle ne s'était pas montrée à la bibliothèque depuis plusieurs jours et de ce fait, une lettre restait le moyen le plus rapide pour la joindre.
« Chère Mione,
J'espère que tout va bien au Terrier. Votre compagnie me manque, c'est assez bizarre d'être ici entouré d'adultes et d'être perçu comme tel. Je participe activement aux réparations, c'est épuisant mais je crois que ça te plairait, on lance des tas d'incantations compliquées pour protéger la magie du château. Mais tu connais certainement ça mieux que moi, alors je ne vais pas faire étalage de mes pauvres connaissances.
J'ai vu Neville plusieurs fois depuis que je suis là. Il garde les plantes en l'absence de Chourave et il a l'air de s'amuser! Aussi, j'ai discuté avec Dumbledore aujourd'hui, enfin son portrait. Je ne sais pas si c'est la mort qui le rend comme ça ou si c'est juste moi qui ne me suis jamais rendu compte qu'il n'était pas si absolutiste que je le croyais. Peut-être que c'était simplement la guerre qui le forçait à agir comme ça et qu'il aurait été un homme complètement différent dans un autre contexte. (Comme Rogue si ma mère était restée amie avec lui.)
D'ailleurs, en parlant de lui! Je me suis souvenu de ton problème de potion et je me suis demandé si tu lui en avais parlé. Comme McGonagall m'a dit que non, j'ai essayé de voir son portrait aujourd'hui pour en parler avec lui. Et s'il y en a un qui reste fidèle à ses principes, c'est notre maître des potions préférés. Je te jure, même en peinture il était imbuvable. Mais je suppose qu'il ne s'attendait pas à me voir débarquer dans son bureau alors qu'il « jouissait enfin d'un repos bien mérité » (les mots de McGonagall).
Bref, il a eu l'air impressionné de savoir que tu n'arrivais pas à trouver une solution car ça signifie que (malheureusement, dans ce cas) ton sort était très puissant. Normalement des potions de récupération de mémoire qu'on trouve dans le commerce suffisent. Il a peut-être une idée pour toi, mais il faudra que tu ailles le voir en personne car je suis, et je le cite cette fois « un bon à rien en potions, qui ne saurait pas répéter des informations précises même si une vie en dépendait ». Au moins tu pourras lui expliquer ce que tu as déjà utilisé. J'aimerais te faire sourire en te disant qu'il avait l'air aussi content que moi de me voir débarquer dans son bureau, mais dans le fond je souhaite juste que ces informations te soient utiles.
Prends soin de toi, Mione.
Harry »
Pas certain de vouloir dormir même s'il tombait de fatigue, Harry porta lui-même la lettre à la volière et la confia à un des hiboux de l'école, un grand-duc à l'air sévère qui ne s'attarda pas une fois que la missive lui fut remise. Harry suivit l'oiseau des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse dans la nuit.
Voir le même jour ses deux professeurs disparus l'avait plus remué qu'il ne l'aurait cru possible. C'était effrayant, en un sens, de pouvoir parler avec ces tableaux comme si tout allait bien, alors qu'ils n'étaient plus que l'ombre de ce qu'ils avaient été.
Harry avait l'impression que le monde qu'il avait connu avait subi une profonde métamorphose. Se balader dans l'école en pleine nuit sans crainte était irréel, et cela ne lui faisait même plus plaisir. Il repensa au conseil de Dumbledore. Une chose était sûre, il ne reprendrait pas ses études à Poudlard à la rentrée. Peut-être fallait-il qu'il change d'air? Il n'était jamais sorti de Grande-Bretagne. Même Ron et Hermione avait déjà voyagé à l'étranger! Oui, peut-être était-ce ce qu'il lui fallait…
[...]
Harry ne resta pas deux, mais quatre semaines à cause de divers problèmes ayant retardé les réparations. Malgré les précautions prises par les sorciers et sorcières qui avaient rédigé les incantations, certaines d'entre elles entrèrent en conflit et une semaine de travail partit en fumée en un après-midi. Et au début de la quatrième semaine, lorsqu'ils testèrent les nouvelles protections, ils s'aperçurent qu'il restait quelques failles et s'occupèrent de les réparer. Il va sans dire que tout le monde fut ravi, et fier, malgré l'épuisement, quand le travail fut jugé achevé.
La directrice avait l'air également fatiguée lorsqu'Harry passa dans son bureau pour prendre congé.
« Je ne saurais comment vous remercier d'être resté jusqu'au bout, Potter. Kingsley m'a confié que vous auriez préféré ne pas revenir, mais je me réjouis que vous soyez venu.»
« Est-ce que j'ai fait une telle différence? » Demanda-t-il, sourcils froncés.
Minerva hésita sur la réponse à apporter, et comprit avec un profond désespoir qu'il ne cherchait pas les compliments mais qu'il était sincèrement peu sûr de lui. Ce qui n'était pas normal. Bien sûr, elle avait remarqué durant les quatre dernières semaines qu'il n'allait pas bien (mais qui pouvait dire le contraire?) mais n'avait pas imaginé que c'était aussi grave. Elle ressentit soudainement le besoin de l'aider, même si elle n'était plus ni sa professeure, ni sa directrice de Maison, simplement une autre rescapée de la guerre.
« Si cela peut vous rassurer, j'ai remercié tout le monde de la même manière.» Choisit-elle de dire.
« Oh, » souffla Harry, le soulagement presque visible sur son visage.
« Mais personne n'a eu à subir la même pression que vous, alors je tenais à m'assurer que vous sachiez que votre temps ici n'a en rien été perdu. »
« Merci, professeur. En toute honnêteté, c'était agréable de travailler avec tout le monde ici, c'était bien plus reposant que tout ce que j'ai fait... avant. »
« Qu'allez-vous faire, à présent? Je suppose que vous ne comptez pas nous rejoindre en septembre? »
« Non... Je ne suis pas sûr que je puisse reprendre un rythme scolaire et prétendre que je suis encore un adolescent après tout ce qu'il s'est passé cette année. Je ne vais pas non plus suivre Ron dans la formation d'Auror. »
Harry chercha un signe dans les yeux de la directrice ; une étincelle qui lui dirait qu'il était en train de faire le bon choix, qu'elle ne désapprouverait pas.
« Est-ce qu'il y a un lieu comme le chemin de Traverse en France? » Demanda-til tout de go.
« Si mes souvenirs sont bons, il y a, au moins à Paris, une allée magique et un Ministère. »
« D'accord, » murmura Harry, les projets prenant forme dans sa tête. « Je pensais... Je pensais quitter le pays pour un moment, histoire de voir ce qu'il y a ailleurs... Mais... »
« Mais? »
« Comment pourrais-je? Comment pourrais-je laisser tout le monde derrière ? »
Minerva lui offrit un mince sourire et remarqua qu'il était toujours préoccupé par le bien-être des autres au lieu du sien. Il était plus que temps que quelqu'un le lui dise.
« Potter, ne laissez personne vous retenir si vous pensez que vous serez mieux ailleurs, vous m'entendez? Vous avez fait votre part, et bien plus, dans cette guerre et vous avez même aidé aux réparations. Vous ne devez rien à personne, sinon à vous-même. Alors si vous voulez aller visiter Paris, où n'importe quel autre endroit, n'attendez pas. »
Elle ne s'était pas départie de son air sévère habituel et malgré cela Harry sentit les nœuds de son estomac se dénouer. Elle lui avait donné sa bénédiction.
« Entendu, professeur. Puis-je vous demander de garder ces informations pour vous en attendant? Je ne sais pas encore ce que je vais faire, ni ce que je vais dire aux autres. »
« Je ne m'en servirai que si vous restez trop longtemps sans donner de nouvelles.»
Cette fois Harry sourit franchement.
« Je peux faire ça. »
Harry la remercia encore et prit congé pour retourner à sa chambre et faire ses bagages. Il regarda le bazar et se sentit découragé. Le dernier jour d'école avait toujours été difficile (personne n'avait envie de passer un été entier à Privet Drive), mais aujourd'hui, seul et adulte, c'était encore pire. Il soupira et commença à ramasser ses vêtements, sans oublier le t-shirt qu'il avait porté durant les dernières semaines ; noir, avec le blason de l'école sur le devant. Il l'avait trouvé sur son lit le premier jour et été heureux de pouvoir porter un vêtement sans appartenance distinctive.
Enfin, il n'oublia pas l'enveloppe en papier offerte par Neville lorsqu'il avait appris qu'Harry comptait partir à l'étranger, et qui contenait des graines (« garanties sans dents! »).
Son sac sur l'épaule, il traversa une dernière fois les couloirs silencieux. Tout le monde était déjà parti.
Il rejoignit à pieds les portes du domaine et prit une grande inspiration avant de transplaner, espérant ses souvenirs nostalgiques derrière lui.
[...]
L'odeur du centre-ville londonien lui parut encore plus agressive après un mois passé en Écosse. Il reprit son souffle dans une étroite ruelle et en sortit sans prendre la peine d'avoir l'air naturel, après tout il faisait déjà presque noir. Il marcha quelques minutes parmi les passants, grisé par sa solitude et par sa soudaine liberté.
l déchanta un peu en arrivant au Square Grimmaurd. La mort de son parrain, bien qu'antérieure à celles de Remus Lupin et Fred Weasley, était encore une blessure ouverte. Et l'austérité de la façade reflétant celle de l'habitation, il n'était finalement plus très sûr d'avoir envie d'entrer.
Il resta planté devant le numéro 12 une bonne dizaine de minutes avant de se décider à monter les quelques marches du porche. Il eut peur, l'espace d'un instant, de ne pas pouvoir entrer, quand bien même Sirius lui avait légué la maison et l'Ordre n'en avait plus l'usage.
Il tourna la poignée à tête de serpent et la porte s'ouvrit dans un long grincement. Il se glissa dans le couloir étroit et la referma. Un Lumos plus tard, il avançait le long du couloir en direction de la cuisine, sa baguette éclairant faiblement le passage. Il savait qu'il n'avait presque rien à craindre - Molly Weasley et son grand ménage avaient purgé la majorité des artefacts de magie noire que la demeure contenait, et Kreattur devait en ce moment même être à Poudlard. Il était tenté d'appeler l'elfe, mais étant donné qu'il était ici en cachette, ce n'était pas forcément une bonne idée.
Mais l'idée de passer une nuit seul ici sans ressources ne l'enchantait pas plus que ça.
« Kreattur? Kreattur tu es là? »
Il attendit un peu, essayant de se rappeler quel était le sort qu'Hermione lui avait appris pour allumer toutes les lampes d'une pièce. Il venait de le lancer quand l'elfe apparut enfin.
« Maître Potter? »
« Je vais rester ici jusqu'à demain matin et j'ai besoin de ton aide. Si tu peux m'apporter quelques provisions de Poudlard, et des draps propres aussi, ce serait génial. Je te rappellerai demain matin, entre temps tu peux retourner à Poudlard, ou traîner ici, comme tu veux. »
L'elfe hocha la tête, claqua des doigts et disparut. Harry soupira et quitta la pièce en la laissant illuminée. Il reprit sa baguette pour s'éclairer, direction le deuxième étage et la chambre de Sirius.
La pièce n'avait pas bougé depuis la dernière fois. Il posa son sac sur le lit et fouilla à la recherche de parchemin, d'une plume et d'un encrier. Il déposa son butin sur le bureau et s'installa pour commencer à écrire. Cela faisait trois jours qu'il voulait répondre à la dernière lettre d'Hermione et il n'aurait pas beaucoup de temps le lendemain matin.
« Chère Mione,
J'ai été ravi d'apprendre que tes parents vont mieux. J'imagine que Rogue doit en recueillir tous les lauriers. Continue de me tenir au courant sur les progrès?
Oui, d'ailleurs, à ce propos... Je ne vais pas rentrer au Terrier tout de suite. Pas plus qu'au Ministère ou à Poudlard. J'ai besoin de changer d'air un moment. Je vous écrirai dès que je pourrais, mais ne t'inquiète pas (je sais que tu vas t'inquiéter) je ne cours pas après les ennuis, justement, je ne serai pas contre un peu de calme. Et avant que tu me le demandes, non, ça n'a rien à voir avec Poudlard, ça s'est très bien passé; je crois que j'ai finalement beaucoup appris.
Demande à McGonagall de t'en parler, je suis sûre que tu n'attends que ça.
Bon courage pour la rentrée en septembre, je pense à toi.
Ton ami,
Harry »
Il souffla un instant puis enchaîna avec une autre lettre.
« Cher Ron,
J'espère que tu ne m'en voudras pas pour ça, ce n'est vraiment pas contre toi, c'est juste que j'étouffe un peu. Je vais partir un moment, hors du pays sans doute, pour voyager et réfléchir à tout ce qui est arrivé ces dernières années. Je reviendrai, et je raconterai tout en détails. Et je vous enverrai des hiboux aussi.
J'espère que tu seras en train de devenir un super Auror à mon retour – ou peu importe ce que tu as envie de devenir.
Embrasse toute ta famille pour moi, vous allez me manquer. Et dis à ta mère que je me débrouille en cuisine et que donc je ne me laisserais pas mourir de faim, ça devrait la rassurer un peu.
Ton ami,
Harry »
Il plia les deux parchemins et les laissa en évidence sur le bureau. Il s'étira et se leva, décidant d'aller voir si Kreattur avait fait son travail.
Sur la table de la cuisine, un peu moins sinistre maintenant qu'elle était éclairée, Harry trouva un panier recouvert d'une serviette blanche et une pile de draps propres. Il avait jugé que ce serait moins risqué de faire le lit lui-même plutôt que de demander à l'elfe d'entrer dans la chambre de Sirius.
Il puisa dans le panier pour trouver quatre sandwichs à la dinde emballés par deux, une gourde de jus de citrouille, une boîte de sablés recouverts d'un glaçage au sucre et deux pommes bien rouges.
Harry ouvrit la gourde et un des paquets de sandwich. Il avait une faim de loup et pas la moindre idée de l'heure qu'il était. L'absence de fenêtre dans la maison était perturbante après un mois au château.
Il laissa le panier et remonta dans la chambre de Sirius, où il changea les draps du lit, se mit en pyjama et s'allongea, pas vraiment prêt à dormir, mais peu d'humeur à traîner dans la maison. Lui qui n'avait aucun plan quatre semaines auparavant se retrouvait désormais face à une perspective qui l'attirait autant qu'elle le terrifiait. Bien sûr, il avait passé des mois dans les bois avec Ron et Hermione et il n'aurait pas dû être aussi hésitant de partir seul à l'étranger, mais les circonstances étaient différentes. Il avait fait les choses sous la contrainte et avait été sauvé par les remarquables capacités de survie d'Hermione. (Après tout, c'était elle qui portait le sac contenant toutes leurs affaires et qui avait appris de puissants sorts de dissimulation avant qu'ils ne partent.) Il allait devoir s'organiser tout seul, pour une fois.
En rangeant dans un tiroir du bureau le parchemin utilisé pour ses lettres, il trouva un un petit carnet à couverture de cuir, vierge à l'exception des premières pages, couvertes d'une écriture élégante, qu'il n'avait jamais vu avant. Il voulut arracher les pages sans les lire, mais la tentation fut trop forte. A sa grande surprise, il découvrit qu'il s'agissait non pas de l'écriture de son parrain, mais de celle de son frère, Regulus.
« Sirius,
Je ne pense pas que tu liras ces mots un jour, puisque tu as juré que tu ne reviendrais jamais ici.
Dans tous les cas, cela te fera plaisir d'apprendre que tu avais raison depuis le départ, à propos de nos convictions, de la pureté du sang, et de lui. Malheureusement, je n'ai pas été assez rapide et je vais mourir en le trahissant.
Donc sois gentil, et ne me tue pas dans l'autre-monde.
Reg. »
Harry n'apprit rien de nouveau ; mais il fut tout de même secoué. Il ne put s'empêcher de repenser à Sirius et Remus qui parlaient de Regulus comme d'un Sang-Pur jusqu'à la moelle, lâche et corruptible. Comment s'était senti Sirius en lisant les derniers mots de son frère adolescent, sans doute plus de vingt ans après les faits ? Harry ne pouvait qu'espérer que, comme précisé dans le message, ils s'étaient retrouvés dans l'autre-monde, comme des frères, non comme des ennemis.
Il décida de garder les pages dans le carnet et lança simplement un sort de dissimulation dessus, par pure précaution. Pour se distraire des pensées des deux frères, Il tourna quelques pages et commença à écrire une liste de choses à faire, dans l'ordre où les idées lui venaient, ce qui allait de « Passer à Gringotts » à « penser aux lettres ».
Il s'endormit la tête sur le bureau, rattrapé par l'épuisement.
[...]
Son sommeil fut agité et il se leva avec le soleil. Il rassembla ses quelques affaires dans un sac à dos puis passa plus d'une heure dans la salle de bain à tenter de métamorphoser ses traits en quelque chose de moins tape à l'œil. Il en ressortit avec les cheveux plus longs et couleur chocolat au lait, de manière à masquer sa cicatrice qu'il ne pouvait faire disparaître.
Ainsi paré, il récupéra son sac à dos ainsi que les deux lettres écrites la veille et descendit au rez-de-chaussée. Il avait le cœur lourd de laisser la maison. Bien qu'oppressante, elle restait son dernier lien avec son parrain. Il pouvait fermer les yeux et imaginer un jeune Sirius rebelle s'en prendre à ses parents ou au reste du monde. Un jeune Sirius enfermé mais vivant.
Harry secoua la tête et se rendit dans la cuisine. Il déjeuna d'une des pommes et du reste de la gourde de jus de citrouille et rangea le reste dans son sac pour plus tard. Harry appela ensuite Kreattur.
L'elfe se présenta plus rapidement que la veille.
« Maître Potter ?»
« Tu veux bien déposer ça ce soir chez les Weasley ? » demanda-t-il en lui tendant les deux feuilles de parchemin.
« Oui, maître. »
« Je vais m'absenter d'ici un moment et je n'aurais pas besoin de toi. Fais de ton mieux à Poudlard, d'accord ? »
L'elfe acquiesça et transplana. Harry jeta un dernier regard autour de lui et fit de même, direction le Chemin de Traverse.
Chapitre corrigé 28.04.2020
(Non, je n'ai pas fait mon deuil de Regulus.)
Merci pour votre soutien et votre enthousiasme pour cette montagne russe émotionnelle.
