Précédemment dans TA: Harry a passé la nuit au Square Grimmaurd après un mois à Poudlard et s'apprête maintenant à quitter le pays.


Malgré sa réticence tout à fait compréhensible à l'idée de revenir à Gringotts après y avoir volé un artefact et un dragon trois mois plus tôt, Harry n'avait pas le choix que d'y aller.

Il avait besoin des Gobelins à la fois pour retirer de l'or pour son futur voyage, et pour obtenir plus d'informations sur la communauté magique de Paris – Hermione lui avait souvent répété qu'ils possédaient les meilleurs archives du monde sorcier, après Poudlard bien sûr.

Harry prit une grande inspiration avant d'entrer dans le bâtiment familier. Il fut reçu avec suspicion (enfin, encore plus que d'habitude) à cause de son accoutrement, jusqu'à ce qu'il annonce son numéro de coffre et son désir d'être reçu en privé.

Il faillit saisir sa baguette quand le Gobelin fit un brusque signe de la main, mais se rassura en voyant sa requête voler vers un bureau. Harry patienta et espéra de toutes ses forces que la culpabilité n'était pas lisible sur son visage. Il n'avait pas besoin d'attirer l'attention sur lui aujourd'hui.

« Le Gobelin en chef Nadlok va maintenant vous recevoir. Par ici s'il vous plaît. » Déclara le guichetier après quelques minutes d'attente.

Il descendit de sa chaise, accompagna Harry jusqu'à un bureau fermé, et fit demi-tour. Harry frappa et fut aussitôt invité à entrer.

« Mr Potter, c'est un plaisir de vous rencontrer enfin. Que puis-je faire pour vous aujourd'hui ? » Nadlok ne s'adressa à lui ni comme à un voleur, ni comme à un sauveur, et Harry en était plus que reconnaissant.

« Je voudrais récupérer cinquante gallions dans mon coffre. Vous pouvez doubler votre commission habituelle si c'est fait discrètement et dans la prochaine demi-heure. »

Si Nadlok n'était pas satisfait avant d'entendre la requête, il l'était maintenant, car c'était une somme importante en échange d'une tâche insignifiante. Il appela un de ses collègues qui repartit avec la clef d'Harry.

Puis, semblant se rendre compte que le paiement était disproportionné par rapport à l'acte, il jeta un regard inquisiteur à Harry.

« Je suis aussi venu vous voir parce que je souhaiterais consulter vos archives sur les communautés magiques en dehors du Royaume-Uni. »

« Que désirez-vous savoir ? »

« Je cherche des informations sur Paris. Je sais qu'il y a un équivalent du Chemin de Traverse, mais pas où le trouver, ni s'il y a bien une banque là-bas. »

Après ça, Harry pourrait se vanter auprès de Ron d'avoir laissé un Gobelin sans voix.

« Si je ne me trompe pas, elle s'appelle l'Allée de la Verrière. Laissez-moi une minute et je vous indiquerai l'adresse. »

Nadlok alla jusqu'à une imposante bibliothèque dans un angle de son bureau et en retira un épais volume qu'il feuilleta après l'avoir posé sur son bureau.

« Ah oui, c'est bien cela, » murmura-t-il en tournant les pages de ses longs doigts.

Harry remua sur sa chaise, curieux et impatient. Nadlok recopia les mots sur un morceau de parchemin qu'il lui tendit ensuite.

« C'est une allée couverte, d'où le nom. Du côté moldu, vous trouverez des magasins et des restaurants, mais si vous prenez les escaliers sur la gauche, vous découvrirez le côté sorcier. On m'a dit que c'était une vue qui valait le détour. »

« Et pour la banque ? »

« Bien évidemment, Gringotts possède une succursale là-bas, et je suis certain que mes collègues seront ravis de vous aider. »

Harry hocha la tête.

« Je crois que j'ai tout ce qu'il me faut. Merci pour votre aide, Nadlok. »

« Puis-je me permettre de vous poser une question en retour, Mr Potter ? »

« Allez-y. »

« Pourquoi partez-vous ? »

Nadlok n'était pas accusateur, simplement curieux, aussi Harry répondit-il sincèrement.

« Honnêtement ? J'ai besoin de partir un moment. Pour voir comment sont les choses ailleurs, j'imagine ? »

« Et pour combien de temps ? »

« Quelques mois, je pense. Je ne sais pas encore. »

Il surprit le Gobelin pour la deuxième fois depuis le début de la discussion. Comme s'il ignorait qu'on puisse partir en voyage plus de quelques jours.

« Si longtemps ? »

Harry se contenta de lui jeter un regard, et Nadlok laissa tomber le sujet.

« Bien sûr, vous ne m'avez jamais rencontré, et vous n'avez aucune idée de l'endroit où Harry James Potter pourrait être. Dans l'hypothèque où quelqu'un, disons le Ministre de la Magie, vous poserait la question. »

Nadlok ne sembla pas apprécier, mais puisque Harry l'avait payé, il pouvait difficilement refuser.

« Très bien. Bon voyage en France, Mr Potter, » finit-il par dire d'une voix neutre, et Harry sourit poliment.

« Merci pour votre temps, Nadlok. Bonne journée. »

L'employé revint et rendit à Harry son argent et sa clef.

« On peut échanger de l'argent moldu ici ? »

Le Gobelin soupira comme si Harry se montrait particulièrement stupide de son plein gré.

« Par ici, Mr Potter. »

[...]

Harry quitta la banque, protégé par l'anonymat de sa nouvelle coupe de cheveux, les poches pleines d'or.

Il bailla longuement et regarda autour de lui. La boutique de Quidditch était encore fermée. Il lorgna sur la vitrine et sourit en pensant au nombre d'heures passées avec Ron à rêver devant les balais de course. Sur une note différente, il évita du regard la vitrine de la boutique de créatures magiques.

Il traversa les rues pavées, relativement désertes à cette heure de la matinée. Il se rendit d'abord dans une boutique de vêtements où il acheta une bourse en cuir pour ranger ses pièces. Elle était fort heureusement pourvue d''un sortilège d'Extension indétectable, comme celui qu'Hermione avait utilisé sur le sac en perles qui leur avait évité une mort certaine plus d'une fois.

Harry s'arrêta ensuite chez Fleury et Bott et fut ravi de trouver dans le rayon consacré aux voyages un livre qui tombait fort à propos, « Sorts Salutaires pour Sorciers sur les Sentiers ». Il l'acheta après l'avoir à peine feuilleté, à la fois parce qu'il était convaincu de son utilité et parce que le titre était très drôle à prononcer à haute voix, sans doute à cause de l'ironie de retrouver les sonorités du Fourchelangue maintenant qu'il ne le parlait plus.

Enfin, il fit une pause au Chaudron Baveur, lui aussi très calme en ce milieu de matinée. Il prit place dans un coin, commanda un jus de citrouille et sortit son nouveau livre. Il parcourut rapidement la préface et les premières pages avant de trouver le sommaire. Il y avait urgence d'apprendre le sort d'Extension, puisque son argent pesait lourd dans ses poches et qu'il avait encore d'autres achats à faire.

Heureusement, il figurait dans les cinq « Sorts Essentiels » selon l'auteur, et était facile à localiser. Harry lut l'explication deux fois avant de lancer le sort sur son sac, qui grossit et changea de couleur (quoique ce vert clair était plutôt réussi) avant de finalement faire ce qui lui était demandé. Harry le souleva de la table et s'estima satisfait ; il ne pesait plus que le poids de quelques livres.

Il but son jus et jeta un regard autour du bar. Après les adieux à Poudlard et au Square Grimmaurd, il était temps de quitter le Chemin de Traverse et la communauté magique britannique au sens large.

Il rangea le livre, laissa un pourboire pour Tom sur la table et s'en alla sans se retourner.

[…]

Quatre heures plus tard, Harry regardait la banlieue de Londres disparaître par la fenêtre d'un bus longue-distance, la capuche de son nouveau pull sur la tête et son sac sur le siège à ses côtés.

La plupart des passagers étaient surexcités, notamment les touristes traversant l'Europe et les personnes partant retrouver leur famille. Et puis il y avait les voyageurs comme lui, avec un simple bagage et un air fatigué.

Malgré tout, Harry ne pouvait s'arrêter de sourire, de soulagement comme d'incrédulité. Le moment lui semblait surnaturel, même s'il était entièrement dépourvu de magie.

Tout s'était bien passé jusqu'ici. Il s'était rendu à la gare routière Victoria dans le centre de Londres (merci Hermione pour l'idée, une fois de plus) et avait acheté un billet simple pour Paris,avec un départ le jour-même. Puisqu'il n'avait pas de papier d'identité d'aucune sorte à présenter au chauffeur, il lui avait discrètement lancé un sort de Confusion et était monté dans le bus sans aucun problème. Il y en avait pour huit heures de trajet, mais c'était peu cher payé pour la sécurité. Personne de sain d'esprit n'irait chercher Harry Potter dans un bus moldu.

Pour tuer le temps avant le départ, il était allé traîner au centre commercial à proximité de la gare, une véritable ruche plein de lumières artificielles aveuglantes et de personnes désagréables – était-ce sa faute s'il ne savait pas comment se tenir sur les escaliers automatiques ?

Il s'était procuré quelques essentiels ; des stylos (ce serait tenter le diable que de ranger un encrier avec ses livres et ses vêtements), quatre t-shirts de couleur unis, une brosse à dents et du dentifrice, et le pull à capuche en laine douce qu'il portait en ce moment. Il avait aussi ajouté au dernier moment un guide de conversation française de poche, pour ne pas être complètement désemparé en arrivant à Paris.

Il réalisa que la plupart des affaires qu'il transportait étaient relativement nouvelles. Il avait laissé au Terrier ses quelques vêtements en bon état et ses uniformes d'école, les cadeaux de Noël des sept dernières années, la carte du Maraudeur, la cape de son père, les lettres de Sirius et son Vif d'Or, car il n'aurait pu supporter l'idée de les perdre en voyage.

Lorsque la banlieue laissa la place aux champs, Harry s'ennuyait déjà. Le bus était peut-être la meilleure manière de quitter le pays, mais ça n'en était pas pour autant amusant. Comment allait-il tenir toute la route ? S'il devait être tout à fait honnête, il était aussi un peu désemparé par ses dernières décisions. Il partait vers l'inconnu, espérant qu'il serait plus facile de respirer là-bas, mais sans aucune certitude.

Pour se distraire, il prit le carnet et sa liste de choses à faire (allant de « trouver l'Allée » à « apprendre le français ? »), écrivit la date et raconta sa journée et ses sentiments en quelques phrases. Le voyage avait commencé pour de vrai.

Bercé par le rythme constant du bus, il commença à somnoler. Il se réveilla quand, vers dix-neuf heures, le bus entra dans un large conteneur opaque. Personne ne semblait paniquer, aussi essaya-t-il de se calmer. Puis il entendit une passagère expliquer à sa fille qu'ils allaient maintenant traverser la mer là-dedans. Harry ne s'était même pas posé la question.

Il mangea les derniers sandwiches et la pomme, puis, comme les lumières restaient allumées, lut les premières pages de son guide de conversation.

Le bus atteignit sa destination, la Gare de Bercy, avant minuit, heure locale. Harry se frotta les yeux et vérifia qu'il n'avait rien oublié à sa place, puis sortit dans la nuit parisienne. Il resta sans bouger pendant que les autres passagers partaient chacun de leur côté, avant de se décider à demander de l'aide au chauffeur.

Grâce à l'homme, il dénicha une station de métro dix minutes plus tard et s'approcha d'une femme d'âge moyen, somnolant derrière un guichet. Il toussota pour attirer son attention.

« Oui ? » Demanda-t-elle en relevant la tête, la voix traînante.

« Er, hello? »

Harry ne savait pas ce qu'il pouvait dire d'autre et se contenta de lui montrer l'adresse de l'Allée.

La femme dit quelque chose qu'il ne comprit pas et tapa sur son clavier. Puis elle déplia un plan, entoura leur station, celle de sa destination, et lui montra la ligne violette qui reliait les deux. Super, au moins ça ne devrait pas être trop difficile, songea Harry en empochant le plan. Il la remercia pour son aide, et elle lui accorda un sourire faiblard avant de reposer sa tête ses bras.

Le prochain obstacle était la machine à tickets. Ne sachant pas lequel acheter même si le menu était en anglais, Harry en prit plusieurs. Il n'avait jamais pris le métro avant. Lorsqu'il quittait la maison, sa tante l'emmenait en voiture, car Dieu préserve les Dursley d'être vus en public avec lui. Il résista à la tentation de jeter un sort à la stupide machine et parvint finalement à passer les portillons sans encombres.

Il eut un flash de la journée de sa rencontre avec Hagrid, quand ils avaient pris le train ensemble pour revenir de l'île où Vernon les avait isolés, espérant échapper à la magie de Poudlard. Pour n'importe quel Moldu, ce souvenir n'aurait rien eu d'exceptionnel, mais après sept ans dans le monde sorcier, Harry mesurait son impact.

Il recommença à somnoler dès qu'il fut assis dans un wagon bruyant du métro – stupide rythme de sommeil – et évidemment, manqua son arrêt. Il préféra chercher son chemin à la surface plutôt que de faire demi-tour dans les souterrains et d'avoir à menacer les portillons une deuxième fois pour qu'ils le laissent passer.

Peu après minuit, il trouva enfin l'entrée de l'Allée de la Verrière. La rue était déserte et il s'attarda un instant pour observer l'imposante verrière qui brillait sous la lumière des lampadaires. Tout était comme Nadlok l'avait décrit ; un passage étroit avec un carrelage blanc et des magasins fermés de chaque côté.

Il entra, prit la première à gauche et monta l'escalier, ignorant la soudaine nausée au contact de la magie étrangère. L'escalier qui semblait sans fin le mena alors sur une mezzanine entourée d'une balustrade métallique finement ouvragée. La magie l'avait reconnu et l'avait laissé passé, juste comme ça ?

La mezzanine laissait voir le rez-de-chaussée où Harry se trouvait encore quelques minutes plus tôt, bien que le sol soit flou, comme vu au travers d'un film d'eau. Cela devait servir de glace sans tain, car il était persuadé de ne pas avoir vu l'étage avant de monter.

Mais le point le plus remarquable était une machine compliquée et imposante, flottant tranquillement un mètre au-dessus du vide, et dont les pièces métalliques brillaient et roulaient sur elle-mêmes sans un bruit. C'était complètement hypnotique et Harry resta planté devant la machine volante de longues minutes. Il n'avait pas la moindre idée de ce que ça pouvait être. Avec un peu de chance, quelqu'un pourrait répondre à cette question plus tard, s'il parvenait à trouver quelqu'un parlant sa langue bien sûr.

Les quelques boutiques (vêtements, apothicaire, librairie) de la mezzanine étaient fermées à cette heure tardive. Ni Gringotts, ni le moindre endroit où dormir, donc Harry supposa qu'il n'avait pas sous les yeux la totalité de l'Allée.

Il descendit par un autre escalier, à côté de la librairie. Une route pavée partait plus loin dans les ombres et se séparait en plus petites portions. Les bâtiments étaient de toutes les couleurs, majoritairement dans des teintes chaudes, même s'il en avait d'une étonnante couleur violette, avec plusieurs étages et des jardinières pleines de fleurs devant la porte d'entrée. Certaines avaient même des balcons en fer forgé, eux aussi recouverts de plantes en tous genres. Les quelques lampadaires avaient des formes si particulières qu'on aurait cru que les boules de lumières flottaient dans l'air. L'ensemble était chaleureux, et très différent des rues qu'Harry avait visitées en sortant du métro.

Harry suivit la route principale et se retrouva rapidement à un croisement où il découvrit un bâtiment bien plus impressionnant que les autres. Il soupira de soulagement. Il n'était pas si perdu que ça s'il avait trouvé Gringotts!

Il prit à gauche à l'intersection car il semblait y avoir plus de commerces sur cette portion de l'Allée. Il parcourut encore quelques mètres avant d'arriver devant un bâtiment d'un bel orange vif muni d'une enseigne sur laquelle était peinte un chat noir assis sur un lit au-dessus des mots « Auberge du Chat Noir ».

De la lumière filtrait à travers les rideaux de la fenêtre et Harry décida de tenter sa chance. Il n'avait pas vraiment d'autre choix. Il toqua à la porte et attendit.

Il allait retoquer lorsque la porte s'ouvrit sur une pièce d'allure chaleureuse. Le sol était recouvert de plancher sombre et les murs étaient peints en orange clair. Il y avait une cheminée sans feu contre le mur de droite, un épais tapis gris et divers canapés et fauteuils en cercle autour de l'âtre.

La porte se referma derrière lui et Harry reporta son attention sur la personne qui venait de le faire entrer. Une jeune femme d'à peu près son âge, à la peau brun clair, aux courts cheveux foncés et aux yeux pétillants de curiosité non-dissimulée.

« Je peux t'aider? » Demanda-t-elle poliment en français, comme si ça lui arrivait tous les jours de découvrir un étranger sur le pas de sa porte après minuit.

« I, er, no... »

Elle sourit.

« Anglais ? »

« Oui, » confirma-t-il.

« Que puis-je faire pour t'aider dans ce cas, jeune voyageur ? » Demanda-t-elle dans un anglais étonnamment bon.

« Je viens d'arriver de Londres, et je cherche une chambre pour cette nuit, » soulagé d'être compris aussi facilement.

« C'est ton jour de chance ! Bienvenue à l'Auberge du Chat Noir. Je m'appelle Elia, et je suis l'apprentie aubergiste. »

« Ravi de te rencontrer, Elia. Moi c'est Harry, et je suis en voyage. »

« Bien, Harry. On va te trouver une chambre, je parie que tu dois rêver d'un bon lit ! Heureusement, tu es venu chez nous et pas chez Hector. Ce minable ne saurait être un bon hôtelier même si sa vie en dépendait. De toute manière, qui voudrait dormir dans un endroit appelé La Grenouille Ivre ? »

Harry la regarda sans ciller et finit par hocher la tête. La vigueur émanant d'Elia était à la fois bienfaisante et perturbante.

« Suis-moi, je vais te montrer l'étage. »

Ils empruntèrent un escalier à côté de la porte d'entrée et arrivèrent dans un couloir avec une enfilade de portes identiques. Elia s'arrêta devant l'une d'entre elles et sortit sa baguette. Harry ne connaissait pas le sort qu'elle prononça, et sa maigre connaissance du Latin ne lui permettait pas non plus de deviner.

« Avant on utilisait des clefs, mais nos clients les perdaient. Puis on a installé un système de reconnaissance des baguettes, mais figure-toi que certains sont aussi capables de perdre la leur. » Elle leva les yeux au ciel. Elle était très expressive. « Donc maintenant, on tente les mots de passe. Tu a choisi le tien? »

Harry était trop fatigué pour réfléchir et annonça le premier mot qui lui passait par la tête.

« Chaussette. »

Il ramena avec lui des souvenirs de Dobby et Harry plissa les yeux. Il n'avait pas besoin de ça tout de suite. Il entendit Elia étouffer un rire.

« Je suis désolée, je ne devrais pas, » s'excusa-t-elle. « La semaine dernière, un client voulait utiliser un foutu poème en entier. Au moins le tien est facile à dire. »

Harry se trouva incapable de lui en vouloir. Il aurait ri aussi, à sa place. C'était vraiment un mot de passe stupide. Et imprévisible, ce qui voulait dire que c'était un bon choix.

« C'est fait. » Annonça Elia après avoir jeté un autre sort sur la poignée. « Tu peux entrer maintenant. »

Harry répéta le mot de passe et la porte s'ouvrit. Elia se garda bien de rire cette fois et actionna un interrupteur pour allumer la lumière. Les murs étaient vert d'eau, la literie grise et le sol et les meubles du même bois foncé qu'il avait vu au rez-de-chaussée. Les couleurs rappelaient celles de la salle commune de Serpentard à Poudlard, avec moins de substance. L'ironie des choses.

« Si tu as besoin de moi, je serai dans le hall pour quelques heures encore. Oh, et ne t'inquiète pas ; le sort que j'ai jeté sur la porte m'empêche d'utiliser ton mot de passe sauf en cas de danger. Bonne nuit! »

« Merci, et bonne nuit ! » Répondit-il, encore un peu déconcerté par sa prévenance et son enthousiasme combinés.

Elle lui fit un petit signe de la main et referma la porte derrière elle. Harry se retrouva seul dans cette chambre inconnue. Elle paraissait un peu plus grande que de l'extérieur, sans doute parce qu'il s'agissait d'un bâtiment magique.

En face de lui se trouvait un lit deux places ; et la perspective de s'y allonger était extrêmement tentante. Sur sa droite, tout près de la porte, se trouvait une grande penderie. Il passa entre les deux meubles et découvrit une porte qui donnait sur une petite salle de bain moderne. En face de la porte et à droite du lit se trouvait un bureau et une chaise sous une large fenêtre. Les rideaux étaient tirés.

Ayant épuisé sa dernière bribe de curiosité pour la journée, il posa son sac sur le bureau et se laissa tomber sur le lit tout habillé.

[…]

Dire qu'Harry se réveilla un peu décontenancé le lendemain matin est un euphémisme. Il se frotta les yeux avec le dos de la main, découvrit qu'il avait gardé ses lunettes, et contempla les poutres du plafond avant de se relever et de s'asseoir sur le bord du lit. Il n'y avait pas un bruit dans la pièce et un rayon de soleil passait à travers les rideaux.

Il trouva sa baguette dans les plis du dessus de lit et lança un Tempus. Il était dix heures passées. Il vida le contenu de son sac sur son lit et récupéra des vêtements propres et ses affaires de toilette. Il n'avait pas eu accès à une douche depuis son dernier jour à Poudlard, ce qui paraissait une éternité plus tôt.

Lorsqu'il se sécha les cheveux devant le miroir de la salle de bain, il se rendit compte que son sort de métamorphose physique s'était annulé durant son sommeil et réfléchit à la possibilité de ne pas l'utiliser de nouveau. Après tout, il était moins connu ici, pas vrai ? Et il était venu depuis l'Angleterre avec des transports moldus, il doutait que quelqu'un l'ait suivi dans son périple.

Harry se contenta d'un sort léger pour faire pousser ses cheveux de manière à ce qu'ils cachent bien son front.

Une fois habillé, il ferma sa chambre et descendit les escaliers, son sac sur l'épaule – une habitude dont il ne se débarrasserait pas de sitôt. Une source invisible diffusait du rock à plein volume et un homme en costume avec un haut de forme lisait le journal sur un des canapés.

Soudainement, une femme replète d'une quarantaine d'années, vêtue d'une robe d'été claire avec un col en dentelle bleue, apparut derrière le comptoir d'accueil. Ses cheveux étaient longs et sombres et reposaient sur sa nuque en un chignon lâche.

« Bonjour, jeune homme. Vous devez être Harry ? »

Elle n'avait pas l'air de lui vouloir du mal et en plus, même si son accent était bizarre, elle parlait anglais.

« Oui, c'est moi. »

Elle sourit tranquillement.

« Bien, on va pouvoir faire les formalités d'accueil. Approchez, approchez ! »

Il avança de quelques pas et écarquilla les yeux lorsqu'il vit qu'elle utilisait un ordinateur. Il n'en avait jamais vu dans le monde sorcier, et celui-ci semblait bien plus avancé que celui que Dudley avait reçu pour ses neuf ans – le seul auquel Harry ait jamais touché. D'un geste de la main de la femme, le volume de la musique diminua. Ces engins fonctionnaient avec la magie ?

« Oh, j'oubliais. » Remarqua-t-elle avec un petit rire. « Je m'appelle Céleste Charles et je suis la tenancière de cette auberge. Il me semble que ma fille vous a accueilli cette nuit. »

Harry hocha la tête ; il pouvait voir la ressemblance maintenant qu'elle en parlait, même si Céleste avait la peau claire et quelques mèches grises dans ses cheveux foncés.

« Elle a prétendu que vous étiez trop fatigué pour remplir le registre, je crois surtout qu'elle voulait se débarrasser des formalités. »

Elle ne perdit pas son sourire en critiquant le comportement de sa fille.

« Alors, » commença-t-elle en se préparant à taper sur le clavier. « Nom et prénom ? »

« Harry Evans, » répondit-il sans trop hésiter.

« Durée du séjour ? »

« Euh, indéterminée ? »

Elle releva la tête de l'écran, intriguée.

« Au moins une semaine, » annonça-t-il finalement.

Elle acquiesça et écrivit la réponse.

« Vous venez d'où ? C'est pour nos statistiques. »

« Londres. »

« Il semblerait que ce soit le moment. Vous êtes loin d'être le seul. »

Harry se contenta de sourire poliment.

« Je vais vous demander de régler maintenant pour deux nuits et le reste à la fin de la semaine. C'est bon pour vous ? »

« Combien pour deux nuits ? »

« Six gallions, huit mornilles et cinq noises. Pour ce prix vous avez aussi le petit déjeuner. »

A ce rythme, il allait devoir retourner voir les Gobelins avant la fin de la semaine, mais ça ne paraissait pas hors de prix. S'il se souvenait bien, c'était ce qu'il avait payé pour sa baguette chez Ollivander – oui, il avait des souvenirs très spécifiques. Il plongea la main dans son sac, sortit la bourse, compta l'argent et le tendit à Céleste qui le remercia.

« Si vous avez faim, la salle à manger et au sous-sol. Le petit-déjeuner est servi jusqu'à onze heures. »

Elle lui désigna un autre escalier au fond de la pièce, près de la cheminée.

« Merci ! »

Céleste remonta le volume de la musique et se retira dans une pièce derrière le comptoir, probablement son bureau, en chantonnant.

Harry décida que d'avaler quelque chose ne serait pas une mauvaise idée et il se rendit au sous-sol.

La salle à manger ressemblait fortement à la pièce qu'il venait de quitter, mais avec des tables et des chaises à la place des canapés. Un bar occupait l'espace sous l'escalier et l'arche derrière lui menait sans doute à la cuisine. Pendant qu'Harry découvrait son nouvel environnement, une femme âgée s'approcha de lui. Elle avait de très longs cheveux blancs tressés, un tablier et était plus petite que Céleste. Elle s'adressa à lui en français et quand elle vit qu'il ne comprenait pas, elle leva les yeux au ciel, puis lui désigna une table avant de retourner à la cuisine en grommelant ce qui devait être des récriminations très créatives.

Elle revint quelques minutes plus tard, faisant léviter un plateau devant elle. Harry la remercia en français. A en juger par son hochement de tête approbateur avant qu'elle reparte, il ne s'était pas trompé de mot.

Elle lui avait apporté une tasse de café, avec crème et sucre dans des récipients séparés, un verre du jus d'orange fraîchement pressé, un bol avec des quartiers de pêche, ainsi que six tranches de pain grillé, du beurre et de la confiture de cerise. Il mangea autant que son estomac le lui permit et profita du calme de l'endroit.

L'homme au journal et haut de forme avait disparu du rez-de-chaussée et Céleste discutait avec un garçon qui ne devait pas avoir plus de dix ans quand Harry remonta. Il s'installa sur l'un des canapés. Il avait tout le temps du monde devant lui, après tout. Rien ne pressait.

Il mit à jour sa liste de choses à faire dans le carnet de Regulus. A la suite, il commença une nouvelle liste : les questions à poser dès qu'il pourrait. Au premier abord, la communauté magique française se différenciait bien de la seule qu'il connaissait.

Harry sortit ensuite son nouveau livre de sorts et se plongea dans la lecture, espérant apprendre quelques sorts utiles.

Il releva les yeux lorsqu'il sentit quelqu'un s'asseoir à côté de lui.

« Bonjour, Harry ! Bien dormi ? »

Elia semblait d'excellente humeur.

« Très bien, merci. Je me suis écroulé sur le lit dès que j'ai pu. »

« C'est bien. Tu avais une sale mine, » approuva-t-elle sans méchanceté.

« Si j'ai bien compris, c'était ton excuse pour ne pas avoir rempli le registre? »

Elle se contenta d'un sourire narquois.

« Je vois que tu as fait la connaissance de Céleste. »

« Bien vu. Est-ce qu'il y a seulement des femmes ici ? »

« Cette auberge se lègue de mère en fille depuis sa création en 1812. Mon arrière grand-mère a émigré au Portugal il y a quelques années, ma grand-mère est encore active, mais c'est ma mère qui en est officiellement à la tête. Et comme je l'ai dit cette nuit, je prendrai un jour sa suite. » Expliqua Elia, sa fierté palpable.

« Est-ce que ta grand-mère serait cette charmante vieille dame qui a essayé de m'engraisser avec un seul repas? »

Elle lui jeta un regard perçant.

« Tu as de la chance que je ne sache pas si tu es sérieux ou moqueur. En tout cas, pas de doute, c'est ma grand-mère, Marthe. Elle n'a plus toute sa tête, elle passe sa journée à faire semblant d'être désagréable, mais en vrai, elle est adorable, et elle fait encore très bien la cuisine. »

« Je confirme. Je n'avais pas aussi bien mangé depuis un moment. » Et pourtant, Merlin sait que les elfes de maisons sont de bons cuisiniers. « J'imagine que ce n'est pas elle qui s'occupe du bar ? »

« Alors ça, ça vaudrait le détour, » rit Elia. « Non, c'est moi. Je travaille la plupart des jours de seize à deux heures du matin, et j'accueille les clients, je résous des problèmes, je répond aux réclamations, et je tiens le bar, entre autres. Oh, et je laisse les formalités d'accueil à ma mère. »

Harry ne put s'empêcher de sourire.

« Je n'ai jamais rencontré quelqu'un de mon âge aussi investi dans son travail. Sauf ma meilleure amie à l'école. »

Elia fit la grimace.

« Ça n'améliore pas l'image que j'ai de ton pays. »

Harry se rendit compte que pour le moment, il ne pouvait qu'être d'accord. Heureusement pour le déroulement de la conversation, Elia rebondit sur sa précédente remarque.

« Si tu veux continuer à croire que je suis investie, n'essaye jamais de me réveiller avant onze heures. Et avant mon café. »

« Il n'est pas encore onze heures, » Objecta Harry.

« C'est vrai, mais c'est un jour particulier. Aujourd'hui, un de nos clients est un intéressant voyageur. »

Elle lui lança un regard appuyé lorsqu'il ne réagit pas.

« Oh, c'est moi l'intéressant voyageur ? »

« Peut-être bien. On va voir. » Répondit-elle avec un clin d'œil. « Bon, pas que je m'ennuie mais je voulais te montrer le coin. Ça te plairait ? Ma mère m'a dit que tu comptais rester au moins une semaine. »

« Oui, c'est vrai. Ça dépendra de ce que je trouverai à faire ici. »

« Je vois, tu es venu sans rien prévoir ? Parce que c'est l'impression que ça donne. »

« C'est presque ça. Pour être honnête, j'ai appris l'existence de l'Allée de la Verrière il y a seulement quelques jours et je me suis dit que ce serait un bon point de départ, vu que je n'avais jamais quitté mon pays avant. »

« Dit comme ça, l'Allée semble être l'endroit à voir absolument, et ça me fait trop plaisir. Elle devrait figurer dans chaque foutu guide de voyage. Enfin, au moins le côté non-magique l'est. »

Harry se frotta l'arrière du crâne. Il avait rencontré Elia seulement la veille, mais il appréciait déjà sa compagnie, et quelque part, il sentait qu'il pouvait lui faire confiance pour le distraire efficacement.

« J'aimerai beaucoup que tu me montres les environs. Tu pourras tout me dire à propos des endroits à éviter. »

Elle sembla satisfaite qu'il se rappelle de son avertissement.

« Super ! Je vais prévenir Céleste, une seconde. »

Elle se leva comme une furie.

« Mamaaan, je sors ! » cria-t-elle à la porte du bureau..

Elle n'attendit pas de réponse et rejoignit Harry d'un pas sautillant.

« Voilà ! » S'exclama-t-elle. « On y va ? »

[…]

Ils marchèrent jusqu'à ce qu'Harry ait les pieds en sang et qu'il supplie Elia de faire une pause. Elle avait clairement raté une vocation de guide touristique. Pour autant, il se sentait aussi bien si ce n'est même mieux que le matin même.

En à peine quelques heures, Elia et lui avaient posé les bases de ce qui deviendrait une solide amitié, même s'ils ignoraient encore en ce point. Harry ne savait pas comment c'était possible de pourvoir faire confiance à quelqu'un que l'on venait de rencontrer.

Si Elia semblait inoffensive au premier abord, elle pouvait se montrer furieusement protectrice ; que Merlin protège ceux qui disaient du mal de sa famille ou de son travail – comme le fameux Hector. Elle était aussi pleine d'esprit et d'énergie, et curieuse, mais pas dépourvue de tact. Elle avait bien senti qu'Harry ne parlait pas facilement de lui-même et n'insistait pas quand elle le voyait gêné.

Au lieu de ça, il raconta le fiasco chez Madame Pieddodu à Pré-au-Lard et Elia le rassura sur l'absence de confettis roses dans le salon de thé où ils s'arrêtèrent.

« Alors, ça vaut bien ton Chemin de Traverse ? » Ne put-elle s'empêcher de demander en jouant avec sa tasse de café – la troisième depuis qu'elle était levée, pas étonnant qu'elle soit aussi vive.

Harry réfléchit à sa question en mâchant sa bouchée de croissant.

« C'est difficile à comparer. C'est bien plus coloré et animé ici, mais ce n'est pas très juste de s'en servir comme argument puisque les gens recommencent à peine à fréquenter le Chemin de Traverse. Ici, c'est comme si rien ne s'était passé. Ça fait du bien de voir que certains endroits ont été épargnés. »

Ce n'était pas la première fois depuis le début de leur conversation qu'Harry parlait de la guerre sans vraiment la nommer. Elia supposait que malgré son âge, Harry y avait joué un rôle particulier, qui lui avait coûté, mais elle se garda bien de continuer sur ce trajectoire glissante. Même si elle était curieuse, elle avait appris depuis son plus jeune âge, en suivant sa mère et au contact des clients de l'auberge, à reconnaître les limites de chacun. Et les souvenirs de guerre étaient une limite fréquente.

« Qu'as-tu remarqué d'autre? » Demanda-t-elle, ramenant la conversation sur le sujet de départ.

« Les boutiques ! Je n'en reviens pas que vous vendiez des objets moldus. »

« Eh, ce n'est pas parce qu'on vit en marge qu'on ne doit pas profiter de leurs inventions géniales ! Même s'ils auraient pu s'abstenir pour les Moon Boot.»

« Ne me dis pas que ça existe encore. » Harry éclata de rire, se surprenant lui-même. « Tu peux m'expliquer comment vous arriver à avoir de l'électricité, à la place ? »

Elle plissa les yeux, tentant de savoir s'il se moquait d'elle.

« Pourquoi, vous vous éclairez à la bougie en Angleterre ? »

Harry se gratta l'arrière du crâne d'un air gêné et Elia éclata de rire.

« Sérieux, vous êtes super bizarres ! On est en 1998, pas au Moyen-Âge. Pourquoi vous ne profitez pas de tout ce que le monde non-magique a à offrir ? »

« J'avoue que j'étais assez surpris quand j'ai découvert le monde sorcier, » reconnut Harry. « Mais je n'ai pas posé de question, vu que mon expérience du monde moldu n'était pas terrible. »

« Comment ça, découvert ? »

« Oh, c'est vrai. »

Il avait réussi à oublier qu'il venait à peine de la rencontrer.

« J'ai passé mon enfance avec des Moldus et j'ai découvert le monde sorcier à mon arrivée à Poudlard, à onze ans. Je ne connaissais absolument rien à la magie, encore moins que je pouvais en faire. »

« Les sorciers et sorcières ne se mélangent pas avec les personnes non-magiques, c'est ça ? Sans compter cette connerie de Mage Noir, et le Code du Secret, évidemment. »

Le choix de mot d'Elia le fit presque rire à nouveau.

« Non, ils ne se mélangent pas. Les parents de ma meilleure-amie sont des Moldus, et ils l'ont accompagnée sur le Chemin de Traverse une fois, mais ce n'était pas... »

Harry ne put trouver le mot qu'il cherchait, mais Elia avait compris l'idée.

« Même si la guerre est terminée et que les familles ayant des préjugés sur la pureté du sang ont perdu leur influence, il faudra du temps pour que les mentalités changent en profondeur, et je n'ai absolument aucune idée de la tournure que ça prendra. »

Harry termina la pâtisserie qu'il avait déchiquetée en petits morceaux, et Elia lui vola sa tasse de café encore à moitié pleine quand elle se rendit compte qu'il ne la finirait pas.

« Pour en revenir à ta question, peut-être que tu as vu la machine sur la mezzanine hier soir ? »

« Oui, et je me demandais ce que c'était. Je n'ai jamais rien vu de tel. »

« Elle convertit l'électricité en un courant qu'on peut utiliser derrière les protections magiques. Ça nous permet aussi d'avoir la télé, Internet, et pratiquement tout ce qu'on a envie de copier. »

Harry pensa brièvement à Arthur Weasley et à sa fascination pour les Moldus. S'il avait vécu en France, peut-être que Molly ne l'aurait pas menacé de jeter sa collection de fils électriques aussi souvent. Ou alors, il n'aurait jamais eu besoin d'avoir une telle collection.

« C'est génial ! Honnêtement, ça aurait été plus facile pour moi de vivre dans le monde magique si ça avait été comme ça. Tu imagines, apprendre à écrire avec une plume quand tu as toujours utilisé un crayon ? Mes professeurs n'ont jamais cessé de penser que je faisais exprès d'avoir une écriture illisible. »

Elia renifla de dédain.

« Et Hermione, ma meilleur amie, me disait que les appareils moldus ne fonctionnaient pas à Poudlard, à cause de la magie. »

« Hermione ? J'ai déjà entendu ce nom-là quelque part. C'est commun, en Angleterre ? »

Harry fut déstabilisé. Quelle était la probabilité pour qu'ils parlent de la même personne?

« Je ne connais qu'elle. » Il haussa les épaules. « Elle aurait bien aimé pouvoir regarder la télévision pendant l'année scolaire. »

« Je ne suis pas allée à Beauxbâtons, donc je ne sais pas comment c'était là-bas. »

« Pourquoi ? »

Elia fit un signe de la main pour dire au revoir au serveur et à Harry pour qu'il la suive à l'extérieur.

« J'en avais envie, mais si j'y étais allée, je n'aurais pu travailler à l'auberge que pendant l'été. »

« Comment tu as fait alors ? »

« Quoi, pour apprendre la magie ? »

Harry confirma d'un signe de tête.

« Ma mère a engagé des professeurs particuliers et m'a envoyée en camp d'été magique jusqu'à mes quatorze ans, et ensuite j'ai étudié toute seule ou avec d'autres jeunes du voisinage jusqu'à ce que je sois capable de passer mes examens à quinze ans. »

La situation, commune pour Elia, posait tellement de questions à Harry.

« Et les sixième et septième années ? »

« Pas obligatoires pour devenir aubergiste, Dieu merci, et j'en avais assez d'étudier. » Expliqua Elia, et Harry ne pouvait qu'être d'accord avec le sentiment. « Tu as l'air vraiment perplexe. Ce n'est pas commun, chez toi ? »

« Pas vraiment, non. Je ne suis pas retourné à l'école pour ma septième année, mais c'était à cause de la guerre. Et je ne connais personne qui se soit arrêté, de son plein gré en tout cas, après la cinquième. »

« Pourquoi perdre deux ans quand on sait déjà ce qu'on veut faire de sa vie ? »

Harry voulut lui dire que peu de gens étaient aussi décidés qu'elle à quinze ans, puis, avec un pincement au cœur, revit Fred et George quitter l'école, et s'efforça de chasser le souvenir.

« Donc tu pouvais utiliser la magie où tu voulais ? Nous on ne pouvait en faire en dehors de l'école. »

« J'ai entendu dire ça, oui. On n'a juste pas le droit d'en faire dans le monde non-magique avant d'avoir dix-huit ans, mais sinon le Ministère n'est pas très regardant. Rien que sur l'Allée, il y a beaucoup d'adolescents qui aident leurs parents dans leur commerce, ou qui font leur apprentissage ailleurs, et ils ont besoin de la magie. C'est aussi comme ça qu'on apprend à la maîtriser. »

« Ça paraît logique. Sérieusement, je ne sais pas comment ils font pour être aussi procéduriers dans mon pays. »

« Heureusement, tout ça est derrière toi maintenant. » Le sourire d'Elia s'élargit. « Tu paries que tu es toujours là dans un mois ? »

Harry protesta pour la forme ; elle avait raison. Il pouvait déjà se voir rester un moment.


(Aucune Moon Boot n'a été blessée dans l'écriture de cette histoire)

Chapitre corrigé 28.04.2020

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