Précédemment dans TA: Harry a passé sa première journée à Paris avec Elia, la fille de la tenancière de l'auberge, et elle a parié qu'il était parti pour rester.


Deux semaines après son arrivée, Harry logeait toujours à l'Auberge du Chat Noir et s'était habitué aux trois femmes qui la dirigeaient. Il s'était appliqué à apprendre leur langue, et même s'il était encore loin de la maîtriser, il pouvait au moins préciser à Marthe ce qu'il voulait manger - et depuis qu'il l'avait complimentée sur sa confiture de cerise, elle était nettement plus aimable avec lui.

Il avait aussi découvert l'incroyable richesse de la cuisine Indienne lors de ses sorties du côté moldu, entre autres choses. Il s'y promenait souvent, tirant avantage de son anonymat pour se mêler aux touristes. Paris, remarqua-t-il plus d'une fois, n'était pas très différente de Londres – sauf en termes d'architecture. S'y pressait des foules bigarrées à l'enthousiasme délirant et des locaux qui avançaient à toute vitesse en regardant droit devant eux ou qui attendaient sur le béton qu'une bonne âme daigne leur accorder un instant d'attention.

Elia remplissait ses soirées avec des leçons sur la bonne tenue d'une auberge, ou sur ce que ça représentait d'être un citoyen du monde non-magique en France. Elle avait tant de choses à raconter que la conversation ne faiblissait jamais. Harry était à la fois apaisé et intrigué par cette facilité de communication. Il s'était demandé si elle parlait autant parce qu'elle n'avait pas d'amis de son âge, et avait ressenti un élan de compassion pour elle, ayant lui-même passé de très longs étés en compagnie des Dursley. Mais Elia semblait être naturellement disposée à l'enthousiasme, et Harry aimait l'écouter.

Ainsi entouré par ses nouvelles connaissances et la magie saisissante de l'Allée, il sentait les angoisses qu'il portait depuis la fin de la guerre se dénouer. Certains matins, il se réveillait et se demandait quelle partie de sa vie était réelle et laquelle était un rêve. Il arrivait presque à se convaincre que le passé n'était jamais arrivé, qu'il n'avait jamais eu à combattre un Mage Noir et à tout sacrifier pour le vaincre, qu'il n'avait jamais perdu ses parents de manière atroce. Certains matins, il arrivait à se convaincre qu'il n'avait plus à paniquer dès que quelque chose bougeait trop vite dans son champ de vision.

Elia savait qu'il ne lui disait pas tout. Il l'avait deviné à la manière qu'elle avait de bafouiller et de changer de sujet sans attendre quand leur conversation se rapprochait de la guerre. Elia avait appris à lire les gens comme des livres grâce à ses années d'expérience à l'auberge, et dans cette situation, Harry en était reconnaissait.

Il savait qu'il finirait par lui raconter ce qu'il avait vécu, au moins en partie. Il se sentirait mieux d'en parler à quelqu'un, il commençait à comprendre qu'il n'arriverait pas à tirer un trait sur le passé sans rien faire. Il fallait qu'il agisse. Et en plus, Elia lui offrait la possibilité de se faire des souvenirs qui méritaient d'être gardés.

Par une matinée particulièrement ensoleillée dans le salon, Harry fut dérangé par des cris. Un homme était campé devant Céleste, les bras croisés, et visiblement très mécontent. Céleste apparaissait calme, mais Harry comprit qu'elle était agacée. Et puis l'homme tapa sur le bureau avec son poing et Harry fut debout en un instant.

Mais avant qu'il puisse intervenir, l'inopportun se prit un rayon de magie en pleine poitrine et vola à travers la porte de l'auberge qui se referma poliment derrière lui. Céleste baissa sa baguette et soupira, puis sembla se rendre compte qu'Harry la fixait. En réponse à son expression perplexe, elle haussa les épaules, comme pour minimiser l'importance de l'altercation.

« Certaines personnes ne comprennent pas lorsqu'on leur parle poliment. Ce client nous rend la vie impossible à chaque visite, il trouve toujours des raisons de contester le service et de ne pas payer la note à la fin. C'était sa dernière chance. »

« Au moins vous savez leur faire prendre la porte. »

Céleste sourit.

« Ce sort a son utilité, c'est évident. Tu devrais voir ma fille quand elle l'utilise, elle envoie pratiquement voler les clients. » expliqua-t-elle. « Ne lui dis pas que j'ai dit ça, elle va croire que je cautionne. »

« Promis, » répondit Harry, levant les mains en signe de capitulation.

Céleste allait retourner dans le bureau derrière le comptoir, mais elle fit volte-face.

« Tu as un peu de temps ce matin? »

« Pour vous ? Je peux le trouver. »

Elle accepta la flatterie avec bonne humeur.

« J'ai des lettres urgentes à envoyer mais notre hibou n'est pas rentré et je n'ai pas le temps d'aller à la poste. Tu voudrais bien y aller pour moi? »

« Bien sûr! » répondit Harry, heureux de trouver une distraction.

« Je t'offre le petit-déjeuner de demain matin en échange. »

« Vous n'êtes pas obligée. »

« Si, si. Tu étais prêt à venir à mon secours et tu me rends un autre service, c'est le moins que je puisse faire. »

« Vous vous débrouillez très bien toute seule. »

Le regard de Céleste brilla de fierté.

« Il n'empêche qu'il est agréable de savoir qu'on n'est pas seule en face de ce genre d'individu. Viens, je vais te donner les lettres. »

Harry finit par acquiescer et s'approcha du comptoir.

« Assure-toi de laisser une mornille en pourboire. On ne sait jamais quand on aura besoin d'une faveur. »

Harry empocha la monnaie et les lettres et quitta l'auberge pour se rendre à la poste. C'était un bâtiment étroit, tout en hauteur, qui ressemblait à un clocher, sauf que la façade était percée de multiples ouvertures pour laisser le passage aux messagers ailés.

Il n'y avait pas grand monde à l'intérieur, seulement une vieille dame en train de confier un courrier à un employé. Harry leva la tête et vit que de larges poutres en bois soutenaient la toiture et que celles-ci étaient également recouvertes d'oiseaux. Grâce à une paire de balais ensorcelés hyperactifs, les plumes et les fientes qui tombaient du ciel n'avaient même pas le temps de toucher le sol.

« Monsieur? » appela l'employé.

Harry se reconnecta avec la réalité. Il n'avait pas vu que la vieille dame avait quitté les lieux.

« Il faudrait envoyer ces lettres, c'est urgent, s'il vous plaît. »

« Elles vont partir tout de suite. » Assura-t-il. « Ça fera trois mornilles et quatorze noises. »

Harry paya en rajoutant une mornille, accueillie par l'employé avec un sourire.

« Bonne journée, monsieur. »

« Vous aussi. » Répondit Harry en partant.

Il passa à la banque, mais avant peu, il marchait en direction de l'auberge, à nouveau désœuvré. Il contempla les devantures familières, les gâteaux aux glaçages pastels de la pâtisserie L'amie Dorée, la vitrine éclairée de la fabricante de baguettes Mme Duchêne, et l'échoppe d'artefacts peu engageante qui aurait trouvé sa place à l'Allée des Embrumes et dont l'enseigne n'était plus visible.

Et puis, comme à chaque fois, l'animalerie captura son attention.

Il eut une vision de plumes blanches et d'un regard doux, d'un éclair de lumière verte et d'une chute dans les airs.

La remplacer semblait impossible ; était impossible. L'espace d'un instant, Harry considéra la possibilité d'acquérir un nouvel animal – suffisamment différent pour ne pas avoir l'impression de prendre sa place. Il avait grandit avec elle à ses côtés. Peut-être, songea-t-il, qu'il était temps de trouver un compagnon pour sa vie d'adulte.

Il poussa la porte.

Deux personnes se tenaient derrière le comptoir au fond de la pièce, un adulte et une adolescente, aussi blondes et élancées l'une que l'autre.

« Bienvenue chez Berger et fille, Animaux pour sorciers. Je suis Anthony Berger et voici ma fille, Diane. »

Sa fille ne devait pas avoir plus de quinze ou seize ans, mais elle avait un air bien plus assuré qu'Harry lui-même.

« Bonjour, je suis venu pour... »

Harry s'arrêta, l'hésitation le reprenant.

« Nous avons des hiboux, des chouettes, des corbeaux, un mainate, des serpents... » commença Anthony. « Trois lézards, des crapauds, des grenouilles, des chats... » continua Diane. « Et un couple de furet et des lapins. »

Autour de lui, Harry ne vit que des vivariums et le fameux mainate, perché à côté du comptoir et très occupé à se regarder dans la vitrine.

« Vous ne gardez pas tous les animaux dans la boutique? »

« Notre animalerie est très réputée et nous avons beaucoup de visiteurs. Tout ce monde créé du tapage auquel les animaux ne réagissent pas toujours très bien. Les reptiles et les amphibiens sont ceux qui sont le moins sensibles au bruit, ils ressentent les vibrations, mais ils seront moins affectés qu'un oiseau si un enfant se met à crier, » expliqua Anthony.

« Les hiboux et les chouettes sont pour la plupart des animaux nocturnes, on les garde dans une pièce plus sombres où ils peuvent être tranquilles pendant la journée. Et les lapins préfèrent éviter de se faire caresser à longueur de temps, » poursuivit Diane.

Harry ne comprit pas tout à cause de la barrière de la langue, mais du peu qu'il entendit, leur discours tenait la route. Il gardaient les animaux à l'écart pour les protéger.

« Je suis venu voir les hiboux et les chouettes. La mienne est morte. Je crois que je suis prêt à adopter un autre oiseau. »

L'homme lui fit un sourire.

« Nous pouvons vous montrer nos oiseaux. Diane, tu veux bien t'en occuper? »

« Pas de problème. Venez monsieur, euh... »

« Evans. »

Diane lui fit signe de la suivre derrière le comptoir. Ils arrivèrent dans un couloir de portes identiques et l'adolescente poussa la deuxième. Harry entra après elle et se retrouva dans une vaste volière. Diane ferma la porte derrière eux. Le sol était recouvert d'une sorte de copeaux de bois et il y avait littéralement des arbustes et des buissons partout. Il se serait cru dans une forêt, pas dans un magasin.

« On en a douze, vous croyez que vous pouvez tous les trouver? » Lança l'adolescente sur le ton du défi.

Harry en trouva huit, un beau score d'après Diane. Elle lui donnait leur nom lorsqu'il en trouvait un mais il n'avait pas encore pris de cours de français sur les oiseaux.

« Il y en a un qui vous plaît? »

Il balaya la pièce du regard et s'attarda sur le premier oiseau qu'il avait aperçu, et aussi le plus réveillé d'entre eux.

« Le petit, là. »

Diane hocha la tête.

« C'est Aderyn, une chouette chevêche, ou chevêche d'Athéna, symbole de sagesse chez les personnes non-magiques comme chez les sorciers. »

Diane siffla et Aderyn s'ébroua. Un instant plus tard, elle s'envolait pour se poser sur le bras tendu de l'adolescente. Elle était petite et ronde, avec des plumes marron tachetées de blanc, des yeux jaunes et un air sévère.

« Je l'aime beaucoup. Je crois que je vais la prendre. » Répondit Harry d'une voix légèrement émue.

« Parfait ! Tu as trouvé une famille, beauté, » murmura Diane à l'oiseau.

Ils retournèrent dans la boutique et Diane parvint à faire entrer la chouette dans une cage avec difficulté.

« Elle n'est pas habituée aux barreaux, j'espère que vous aurez la possibilité de la laisser en liberté le plus possible. »

« Je vais faire de mon mieux, » promit Harry.

Anthony ensorcela un parchemin et le lui tendit en même temps que la cage avec l'oiseau.

« Quelques conseils sur son mode de vie. Si vous restez dans le coin et qu'elle tombe malade, vous pouvez nous l'amener. »

Harry remercia chaleureusement le père et la fille pour leur temps et leurs conseils, paya la chouette et du Miam Hibou et sortit de la boutique avec la cage sous le bras. Il se sentait à la fois nostalgique et enjoué.

Lorsqu'il rentra, Céleste faisait le ménage dans le salon en chantant et elle n'accorda qu'un regard et un sourire de remerciement à Harry quand il posa la monnaie de la poste derrière le comptoir.

Il ne perdit pas une seconde et monta à sa chambre pour faire connaissance avec Aderyn. Une fois la cage ouverte, elle ne se fit pas prier pour sortir explorer son nouvel environnement.

« Salut, Aderyn, » dit-il doucement, et elle hulula, un son beaucoup plus criard et aigu que Hedwige.

Elle détourna son attention lorsqu'elle aperçut la boîte de Miamhibou sur le bureau à côté de la cage, et elle commença à l'attaquer avec son bec. Harry s'approcha sans faire de mouvement brusque et attendit qu'elle se calme pour ne pas prendre un coup de bec. Il ouvrit la boîte, attrapa une friandise et la referma. La friandise au creux de la main, il attendit que la petite chouette prenne confiance. Il sentit la douceur de ses plumes, et son bec acéré lorsqu'elle attrapa la friandise à toute vitesse puis s'en alla la manger tranquillement un peu plus loin.

Harry remplit la petite gamelle d'eau dans la cage et essaya ensuite de comprendre le mot d'instructions laissé par Anthony. Il ne comprit pas grand-chose et finit par abandonner. Il trouverait bien le moyen de demander à Elia ou Céleste plus tard.

« Je vais aller manger, je peux te laisser là? »

Aderyn tourna la tête vers lui et le darda de son regard sévère.

« J'imagine que ça veut dire oui? »

Il se gratta l'arrière du crâne et récupéra son sac à dos.

« A plus tard. »

Elle lui offrit un hululement avant qu'il ne referme la porte.

Il allait atteindre le bas de l'escalier lorsqu'il manqua de se faire percuter par quelqu'un qui arrivait de l'autre sens à toute vitesse.

« Harry ! »

Elia avait l'air encore plus énergique que d'habitude.

« Salut Elia ! »

« Tu as bien dormi? Je venais te chercher. »

« A cette heure-ci? »

« Je dois aller chercher ma copine dans deux heures, j'ai pensé que tu voudrais venir pour déjeuner avec moi en attendant. »

Harry resta bloqué sur le début de la phrase.

« Tu as une copine? »

Le sourire d'Elia s'effaça un peu.

« Tu n'as pas de problème avec ça, j'espère? »

« Mon seul problème, c'est le temps qu'il t'aura fallu pour me le dire! » avoua-t-il.

Elia leva les yeux au ciel, la tension disparaissant de ses épaules.

« Tu m'as foutu la trouille, idiot. Du coup ça te tente? »

« Ça me tente. Mais je ne vais pas vous déranger? »

« Mais non, puisque je te le propose. »

« Très bien, mais tu as intérêt à tout me raconter. »

Les yeux de la jeune femme brillèrent.

« Deal. »

Céleste leur jeta un coup d'œil, appuyée sur son aspirateur magiquement trafiqué.

« Allez, du balais. Il y a des gens qui travaillent ici. »

Les deux amis sortirent de l'auberge en riant.

[...]

Ils déjeunèrent dans le restaurant indien qu'Harry affectionnait du côté moldu, près de l'Opéra Garnier. Autour d'une assiette de kasundi paneer tikka, de raita de concombre et de riz au saffran, Elia raconta leur histoire.

« On s'est rencontrées il y a deux ans, pendant l'été, à l'auberge. Elle vivait en Angleterre et elle passait quelques jours à Paris avant de partir vers le Portugal. C'était la plus jolie fille que j'avais jamais vue. J'ai tout de suite su que je ne pourrais pas la laisser partir avant qu'on ait eu une chance de se connaître, alors que jusque-là, l'attirance était un drôle de concept pour moi. Tu vois ce que je veux dire ? »

Elle n'attendit pas de réponse pour enchaîner.

« Donc j'ai pris une grande inspiration et mon plus beau sourire et je suis allée lui parler. En fait, Céleste venait de lui parler de moi, et elle m'a regardée comme si on se connaissait depuis toujours. C'était incroyable, et en même temps ultra bizarre. On a commencé à discuter, et je sais ce que tu vas dire, c'est cliché, je sais, mais tout d'un coup il n'y avait plus rien qui avait de l'importance. Céleste a dû nous interrompre pour que je retourne travailler ; je ne m'étais pas rendue compte qu'on y avait passé l'après-midi. »

Elle sourit.

« Heureusement, elle aussi avait vu quelque chose en moi et on a passé trois jours jamais bien loin l'une de l'autre. On a parlé de tout et de rien, sans même quitter l'auberge, tant on savait que le temps nous était compté. Et puis c'est arrivé, son père a décidé qu'ils devaient partir, et on a dû se dire au revoir. J'ai cru que je ne la reverrai jamais, mais elle est revenue à la fin de l'été. Et on a commencé à sortir ensemble à ce moment-là. » Ses yeux brillaient. « On ne s'est pas beaucoup vues depuis, mais on s'écrit, et on a passé des vacances ensemble. »

Elia termina l'histoire sur une note plus positive, et Harry s'autorisa un sourire face à son bonheur évident, même s'il n'avait jamais vu sa copine.

« Je suis curieux de la rencontrer. »

Il ne voulait pas poser trop de questions, et ils terminèrent de déjeuner en parlant de ses dernières trouvailles dans une boutique de souvenirs. Après le repas, ils Transplanèrent à quelques kilomètres au sud, au Ministère de la Magie, juste sous le musée du Louvre. Si en Angleterre on y entrait par une cabine téléphonique, à Paris il fallait entrer dans le métro et prendre la direction « Ministère ». Elia lui expliqua que les personnes non-magiques pouvaient voir le panneau, mais que les sorts entourant l'endroit leur faisait oublier leur intérêt pour cette destination inconnue.

Puis ils passèrent devant un guichet et Elia annonça leur identité, récupérant deux cartes magnétiques. Harry allait dire que jusque-là, ça ressemblait à ce qu'il connaissait, mais s'arrêta quand Elia les utilisa pour passer un portillon. Juste comme ça, ils se retrouvèrent dans le hall principal du Ministère de la Magie.

C'était bien plus contemporain et lumineux qu'en Angleterre. Le sol était carrelé de dalles brillantes et les murs en pierre étaient clairs. Le plafond était en verre et la lumière du jour nimbait la pièce de son halo. Le hall était en fait une rotonde, une pièce circulaire de laquelle partaient une multitude de couloir – trop pour que la magie ne soit pas impliquée. Il pouvait presque la sentir vibrer sous sa peau.

« Viens, c'est par là » annonça Elia en lui prenant le bras pour l'arracher à sa contemplation et ne pas le perdre dans la foule.

Elle devait déjà être venue plusieurs fois, car elle n'hésita pas une seule fois aux nombreuses intersections qu'ils rencontrèrent. Ils arrivèrent finalement à un hall de taille raisonnable. « Portoloins internationaux » indiquait un panneau accroché au mur. Il y avait une petite sorcière à lunettes assise à un bureau, et des personnes qui patientaient sur des chaises pliantes.

« Bonjour madame. Est-ce que le portoloin de Bucarest via Munich est arrivé? » lui demanda Elia.

« Il ne devrait pas tarder, ma chérie. »

Elia la remercia et ils allèrent s'asseoir avec les autres personnes.

« Ça a beau faire plus d'un an qu'on est ensemble, à chaque fois je suis nerveuse juste avant qu'on se retrouve, » avoua-t-elle à mi-voix.

Harry tourna la tête vers elle. Elle ne tenait pas en place, et elle se mordillait la lèvre.

« Tu as peur qu'elle ait changé entre temps? »

« Non, c'est pas vraiment ça. C'est plus le fait qu'à force de s'envoyer des lettres, parfois le premier jour on ne sait pas trop quoi se dire, on n'a plus l'habitude de parler de choses vraiment insignifiantes. Et c'est un peu délicat, de se réhabituer. »

« Je peux comprendre. Enfin, à Poudlard c'est pareil, quand tu y es et que tu a des proches qui n'y sont pas, tu ne les vois pas souvent et quand tu les revois c'est un peu étrange. Mais là, ça va bien se passer, non? »

« Ouais, je suis nerveuse pour rien, on n'a jamais eu de problème. »

« Tant mieux, » ajouta Harry avec un léger sourire.

Il devait dire qu'il était vraiment curieux de découvrir sa petite-amie.

« Tu as déjà eu une copine, Harry? »

« Qu'est-ce qui te dit que je n'ai pas eu de copain? » Rétorqua-t-il, pour le principe.

« Parce que tu ne m'aurais pas laissée faire mon coming-out toute seule, tout à l'heure. » rétorqua Elia.

« Tu n'as pas tort. »

« Bon, alors? »

« Je ne suis sorti qu'avec des filles. Deux. Enfin, une c'était plus une passade qu'autre chose, mais... »

Elia fit un haussement de sourcil suggestif.

« Oh monsieur le tombeur! » se moqua-t-elle. « Ça s'est mal passé? » demanda-t-elle, plus sérieusement.

« Oui et non. Je pensais être vraiment amoureux, mais avec le recul, je me demande s'il s'agissait vraiment d'amour. J'en garde quelques bons souvenirs, un peu de regrets et surtout l'envie d'être tranquille pour le moment. »

Il vit qu'Elia ne savait pas trop si elle devait le taquiner ou le réconforter. Elle n'en eut pas le temps, quelqu'un s'approcha d'eux.

« Elie, tu as encore un Joncheruine qui rôde autour de toi. »

Harry connaissait cette voix. Il releva la tête et eut un instant de panique. Est-ce que c'était réel? Elia releva également la tête, le sourire jusqu'aux oreilles, sans remarquer le trouble de son ami.

« Mooncalf! » s'écria-t-elle.

Elle se leva et se jeta dans les bras de l'arrivante aux cheveux blonds. Harry resta sur sa chaise, ébahi, à repasser dans sa tête tout ce qu'Elia lui avait révélé, et tout ce qu'elle avait omis de dire: surtout, que sa copine était en fait Luna Lovegood.

Luna avait attaché ses cheveux en chignon avec un pinceau et de nombreuses mèches blondes et emmêlées cascadaient sur ses épaules et dans son dos. Elle portait ses habituelle boucles d'oreille en forme de radis et une robe jaune soleil. Elle formait un curieux contraste avec Elia, sa peau mate, ses courts cheveux noirs et son t-shirt rose vif.

Les jeunes femmes se séparèrent et Luna se tourna vers lui.

« Bonjour, Harry. »

C'était bien la seule qui n'avait pas l'air étonnée de la situation.

« Vous vous connaissez? » lâcha Elia, les yeux écarquillés.

« Harry m'a sauvé la vie. »

« D'accord, » marmonna Elia. « Bon, on va rentrer à l'auberge et vous allez m'expliquer ça tous les deux. »

Ils rentrèrent en métro parce que Luna était fatiguée des transports sorciers après les deux portoloins qu'elle avait prit dans la journée. Harry trouva que c'était encore plus surréaliste que lorsqu'il avait débarqué en ville. Il était dans le métro parisien avec une amie rencontrée deux semaines plus tôt et une rencontrée des années plus tôt et dont la présence ici était une énorme surprise.

Harry nota qu'elles se tenaient la main et qu'Elia avait l'air plus détendue, même si elle leur jetait des regards perplexes, réfléchissant sans doute à ce qu'elle allait apprendre sur eux.

Il était quinze heures lorsqu'ils arrivèrent à l'auberge. Le visage de Céleste s'illumina et elle se leva pour venir prendre Luna dans ses bras comme une mère le ferait.

« Tu es encore plus ravissante que la dernière fois que je t'ai vue, ma puce. »

« Je n'ai pas non plus trouvé de meilleure auberge cette fois-ci, » ajouta Luna, comme si ça avait du sens. Enfin, ça en avait sûrement pour Céleste.

« Je m'en doutais. Bienvenue à la maison, Luna. »

Céleste relâcha Luna et Elia prit la parole.

« M'man, on peut aller à la maison avec Harry? Je te promet que je serai à l'heure pour mon service! »

« Allez-y, amusez-vous, » acquiesça Céleste.

Elia montra la voie. Ils contournèrent le comptoir et passèrent dans la pièce à l'arrière. Là, Elia ouvrit une porte Harry n'avait pas encore remarquée et ils arrivèrent dans une petite cour pavée avec des plates-bandes de fleurs colorées. Il y avait aussi une table et des chaises de jardin en bois. Et au fond de la cour, une petite maison d'un étage aux volets peints en vert sapin.

Elia déverrouilla porte d'un coup de baguette et ils entrèrent à sa suite. Il y avait un escalier en bois le long du mur de droite, une cuisine collée contre l'escalier avec des tabourets de bar pour déjeuner, et un coin salon de l'autre côté. Au fond de la pièce, une porte fermée menait probablement à une chambre ou une salle de bain.

« C'est pas très grand, mais c'est confortable. Et puis on passe tout notre temps à l'auberge, en plus, » remarqua Elia.

Harry avait envie de lui dire que, par rapport à la maison aseptisée et inconfortable dans laquelle il avait grandi, ça semblait parfait. Il y avait juste assez d'affaires personnelles pour que l'endroit ait l'air habité, mais pas assez pour que ça paraisse désordonné. Harry remarqua alors le papier-peint et écarquilla les yeux.

« Sympa, hein? »

Elia avait surprit son regard. Les murs étaient couleur ciel, même si c'était réducteur de le dire de cette manière. Ils étaient probablement enchantés comme le plafond de la Grande Salle de Poudlard, et ils représentaient fidèlement un ciel de milieu de journée.

« Il change plusieurs fois par jour, pas tout le temps, car on s'est rendues compte que ça donnait mal à la tête. »

« C'est incroyable, » souffla Harry, impressionné.

Décidément, cette famille n'en finirait jamais de l'étonner.

Pendant qu'ils discutaient, Luna était allée s'installer sur un des canapés et avait sorti sa valise de sa poche, qui faisait la taille d'une grosse noix. Luna prit sa baguette et la ramena à sa taille normale.

« Va t'asseoir avec Luna pendant que je prépare quelque chose à boire. »

Harry écouta Elia et s'installa en face de Luna qui était en train de chuchoter avec sa valise. Le jeune homme aurait trouvé ça beaucoup plus étrange de la part de quelque d'autre, pour les standards de Luna c'était presque normal.

« Elie, Louis est dans le coin? » demanda-t-elle à voix haute.

« Il doit être là-haut en train de dormir, pourquoi? » répondit Elia en suspendant son geste de remplir la cafetière manuelle avec du café moulu. Puis elle trouva la réponse à sa propre question.

« Ne dis rien. Tu as réussi à convaincre le père de Rolf de te laisser une nouvelle bestiole? »

Le sourire innocent de Luna en dit long.

« Oh, Mooncalf... Tu te souviens du dernier? Qu'est-ce que c'est, cette fois-ci? »

« Un Niffleur. »

Harry ne put s'empêcher de rire.

« Vous n'allez pas vous ennuyez. »

« Tu en as déjà vu? » lui demanda suspicieusement Elia.

« Oui. Ils sont pas méchants. »

« C'est déjà ça, je crois... » répondit Elia avant de retourner à sa préparation de café.

« Qui est Louis? » interrogea Harry, désireux de ne pas perdre le fil dès le départ.

« Louis, c'est Le chat noir. Il est un peu vieux, il dort tout le temps. »

« C'est le chat d'origine? »

Elia éclata de rire. « Les chats ne vivent pas aussi longtemps, même ceux des sorcières, et l'auberge a été fondée en 1812. » Elle arriva avec un plateau qu'elle posa sur la table basse, puis elle s'affaira à remplir les trois tasses de café fumant.

« Tu as faim, Mooncalf? »

Luna secoua la tête et prit la main de sa petite-amie dans la sienne. Elia lui envoya un sourire tendre.

« Et qui est Rolf? »

« Rolf est un drôle de personnage, » répondit Luna. « Il pourrait prouver l'existence des Nargoles, mais il refuse d'y croire. »

« Rolf est aussi son meilleur ami. Il est Anglais, mais ils se sont rencontrés en France, avant Luna et moi, » ajouta Elia. « Il veut être Magizoologiste, comme son père. C'est d'ailleurs lui qui refile des bestioles à Luna, des bestioles qui atterrissent ici et qui traumatisent mon chat. La mère de Rolf apprécie de les voir s'éloigner, et je comprends bien pourquoi! »

Luna fit un sourire innocent, comme si elle ne se sentait pas concernée, et ouvrit la valise qu'elle tenait encore sur ses genoux.

Harry vit les petites pattes griffues du Niffleur avant de voir l'animal en entier. C'était une sorte d'ornithorynque avec des petits yeux vifs et de la fourrure grise. Luna le prit dans ses bras et, repoussant la valise sur le canapé, le posa sur ses genoux.

« Tu vois Elie, il ne va rien faire à Louis. »

« Sauf si Louis porte un objet brillant. »

Les deux jeunes femmes se tournèrent dans un bel ensemble vers Harry.

« Pourquoi? » s'inquiéta Elia.

« Les Niffleurs sont comme les pies. Ils volent tous les objets brillants sur lesquels ils peuvent poser leurs petites pattes, » Expliqua Harry, fouillant dans ses souvenirs des cours de Soins aux Créatures Magiques. Les Niffleurs n'étaient pas assez effrayant au goût de Hagrid, ils ne les avaient pas étudiés plus de deux semaines.

A en juger par l'expression de Luna, elle venait de comprendre quelque chose. Elia fronça les sourcils.

« Les gallions, ça brille. Tu veux dire qu'il va essayer de voler dans la caisse? »

« Je vais le surveiller, » promit Luna en caressant la fourrure du Niffleur qui semblait très sage. Jusqu'à ce qu'Harry remarque qu'il essayait de crocheter avec ses griffes le fermoir du bracelet en argent que Luna portait à son poignet.

Il pressentait qu'ils n'allaient pas s'ennuyer avec l'arrivée de Luna. Ils commencèrent à boire leur café dans un silence agréable. La journée avait été pleine de surprises et Harry sentait que leur conversation allait aborder des sujets qu'il préférait éviter en temps normal.

Il était soulagé d'être avec des personnes à qui il faisait confiance pour en parler.

« On va commencer par le début, d'accord? » commença Elia. « Vous voulez bien me raconter comment vous vous êtes rencontrés, tous les deux? »

Harry et Luna échangèrent un regard.

« On s'est rencontrés il y a presque trois ans. » raconta Harry.

« Harry était effrayé par les Sombrals. »

« Les quoi? » intervint Elia.

« Les Sombrals. Des chevaux ailés au corps squelettique qui tirent les calèches pour aller à Poudlard. On ne peut les voir que si... » Harry s'arrêta malgré lui.

« Que si on a vu quelqu'un mourir, » continua Luna, étendant ses jambes devant elle.

Elia les regarda tous les deux, la compassion visible dans ses yeux sombres.

« Enfin bref, c'était la première fois que je les voyais alors que j'étais à Poudlard depuis quatre ans et Luna m'a expliqué. »

« Harry a toujours été gentil avec moi. »

« Tu ne méritais pas de te faire harceler par des élèves qui étaient trop fermés d'esprit pour t'accepter, » remarqua-t-il, tout de même mal à l'aise de ne jamais s'être interposé pour l'aider.

« Merci pour elle, Harry. » Murmura Elia. « Et comment en es-tu venu à lui sauver la vie? »

Harry les regarda toutes les deux, ne sachant ni par où commencer, ni ce qu'Elia savait de la guerre.

« C'est une longue histoire, » commença-t-il.


(Je les aime trop)

Chapitre corrigé 18.05.2020

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