Précédemment dans TA: Harry a découvert que la petite-amie de sa nouvelle amie Elia était en fait Luna Lovegood. Elia veut savoir comment Luna et lui se sont connus.
« Que sais-tu de la deuxième guerre des sorciers ? » demanda Harry à Elia.
Elle but un peu de café avant de répondre.
« Au-delà des faits notoires? Luna ne m'a pas raconté grand-chose. Elle ne voulait pas que je m'inquiète, » expliqua-t-elle avec un regard appuyé à l'attention de sa petite amie qui fit semblant de ne pas le voir. Harry hésita, ne sachant pas s'il devait tout raconter, ou juste le minimum.
« Tu sais que la première guerre a commencé dans les années soixante-dix à cause d'une opposition entre un Mage Noir, Voldemort, et ses fidèles, contre le reste de la population sorcière, les Moldus et la plupart des créatures magiques, n'est-ce pas? »
« Oui, je connais cette partie. On a des journaux et internet. Il voulait se débarrasser de tous ceux qui n'étaient pas des crétins avec des préjugés sur la magie. »
« C'est un bon résumé. Tout le monde pensait qu'il avait été vaincu au début des années quatre-vingt, mais il est revenu dix ans plus tard, et la guerre a repris. A cause de ma famille, j'ai été impliqué très tôt. »
C'était une manière de le dire.
« Le leader de la résistance contre Voldemort était le directeur de Poudlard, Albus Dumbledore. Il est mort l'année dernière. »
Harry garda pour lui les circonstances particulières et sordides de cette nuit-là. Il ne voulait pas commencer à parler de Rogue et de son rôle d'agent double, ni entendre à nouveau le rire dément de Bellatrix incendiant la cabane d'Hagrid.
« Mais avant ça, il m'avait confié sa théorie sur l'apparente invulnérabilité de Voldemort, et le moyen de mettre fin à son règne. Et c'est là que les choses ont commencé à se gâter, parce que j'étais le seul à pouvoir le faire. »
Elia ouvrit grand les yeux et Luna eut juste l'air triste, deux réactions qu'Harry n'avait jamais reçues à la suite d'une telle confession. Les gens avaient plutôt tendance à le féliciter pour son courage et son sacrifice, ou à trouver que c'était un véritable honneur d'être le seul espoir du monde sorcier.
« Toi? Mais tu avais quoi, seize ans? »
« Plus ou moins, oui. Dumbledore avait compris que ce crevard avait utilisé un rituel de magie noire pour éviter de mourir, peu importe combien de fois on essayait de le tuer, et je suis le seul à qui il en ait parlé. »
Harry n'était pas sûr d'avoir mentionné l'existence des Horcruxes à d'autres que Ron et Hermione, mais Luna ne semblait pas particulièrement surprise ; soit elle savait, soit elle pensait à autre chose.
« Donc avec Dumbledore six pieds sous terre et Voldemort pas mort du tout, on s'est enfui durant une attaque, avec mes amis Hermione et Ron, et on s'est tenus à l'écart du monde sorcier pendant des mois. C'était dur, et ça a failli foutre en l'air notre relation, en plus de tout le reste. »
Luna empêcha le Niffleur de s'enfuir avec son bracelet et il commença à bouder. Elia leva les yeux au ciel, et même Harry se fendit d'un sourire, malgré l'histoire qu'il était en train de raconter.
« Les Mangemorts, et tous ceux qui étaient assez cupides, essayaient de nous attraper sans arrêt. Ils savaient qu'on n'était pas retournés à l'école au début de l'année puisque Voldemort y avait placé plusieurs de ses pions. On a fini par se faire capturer, et c'est là qu'on a retrouvé Luna et d'autres alliés. »
« Je t'ai dit qu'ils voulaient m'utiliser pour empêcher mon père de critiquer Voldemort dans son journal, » rappela Luna à Elia. « Chantage et censure. Mais à la fin, ils ont eu ce qu'ils méritaient. »
« Luna a raison, » soupira Harry. « On savait qu'on avait intérêt à s'enfuir rapidement parce que Voldemort nous reconnaîtrait si on restait dans cette cellule. Donc on s'est fait la malle avec Luna et les autres. »
« J'imagine que c'était bien plus dangereux que ce que tu laisses entendre. »
« J'aimerais bien t'épargner les détails, et moi les souvenirs, » se justifia Harry.
« Je comprends. »
Elle embrassa la tempe de Luna, qui cacha son visage contre l'épaule d'Elia.
« Et puis peu de temps après ça, Voldemort a été tué, pour de bon cette fois, » conclut Harry avec un soupir d'apaisement et de peine mêlés. C'était agréable de pouvoir révéler seulement ce qu'il voulait et de laisser l'Élu de côté.
« Et ses fidèles ? »
« La plupart a été jugée en juin, mais il en reste encore en cavale. »
« Mais ils ne peuvent plus rien faire, si ? »
« Ils ne sont plus à la tête du Ministère, non, et les choses se remettent en place doucement. Le plus gros de la reconstruction est fait, mais... »
Harry sentit une boule dans sa gorge et secoua la tête pour échapper à la vision des murs brisés, des éclairs de magie, et des corps étendus dans la poussière. Une main vint se poser doucement sur la base de sa nuque. Il tourna la tête et vit les longs cheveux blonds de son amie contre son épaule.
« Luna et toi avez tous les deux quitté le pays après la guerre. Qu'ont fait les autres ? »
« Rolf ne voulait pas que je reste avec mon père, Elie, » remarqua Luna. « On a suivi la piste d'un troupeau de Sombrals sauvages en Irlande du Nord. »
« C'est vrai. Et toi, Harry ? »
Le jeune homme releva la tête. La main de Luna resta posée contre son dos, lui apportant chaleur et courage. Il pouvait le faire.
« Je n'arrive pas à comprendre que la guerre est terminée. »
Il ne l'avait jamais dit à voix haute, mais lorsque les mots passèrent sa bouche, il sut que c'était la racine du problème.
« Enfin, d'une certaine manière, je le sais, parce que j'ai témoigné dans les procès, aidé aux réparations et côtoyé des familles en deuil, mais au fond, je ne comprends pas. Je ne dors plus. Je sursaute au moindre bruit. Je regarde derrière moi quand je marche dans la rue pour vérifier que je ne suis pas suivi... J'ai passé un an en cavale, et j'ai l'impression que ce n'est pas fini. Même si c'est plus facile ici, » expliqua-t-il, ses mots brouillés par la nervosité.
Il parvint néanmoins à esquisser un sourire pour rassurer Elia qui le regardait avec inquiétude.
« Je vais mieux, mais visiblement, il me faudra encore un peu de temps pour aller bien. » Harry fit une pause pour inspirer profondément. « Voilà ta réponse, Elia. Je n'ai plus de courage en stock, donc j'ai choisi de venir me cacher là où personne ne me chercherait. »
Il remarqua après coup qu'il sonnait plus amer et fataliste qu'indifférent et détaché comme il l'aurait souhaité.
« Je ne crois pas que ce soit tant une question de courage que d'instinct de survie, Harry. Mais en toute modestie, je crois que tu as trouvé le bon endroit. Tes secrets seront bien gardés, et je parle au nom de toute ma famille quand je dis que ta présence à l'auberge est très appréciée. »
Harry accepta le compliment avec un hochement de tête et un mélange de contentement et de gêne. Luna reprit sa main et retourna s'asseoir en face de lui, à côté d'Elia qui passa aussitôt son bras autour de sa taille, un geste qui aurait pu paraître possessif si elles n'avaient pas été aussi radieuses.
Ils passèrent l'après-midi à se détendre, discutant de tout sauf de la guerre, buvant du café et pourchassant le Niffleur qui avait réussi à dévisser une poignée de porte en cuivre et voler le bracelet de Luna. A contrecœur, Luna accepta de le remettre dans la valise qui, selon elle, était plus grande à l'intérieur.
Ils dînèrent tôt et Elia alla travailler, Luna se reposer à l'étage, et Harry retrouver sa chouette. Elia lui fit promettre de la lui présenter le lendemain au plus tard. Harry jura, leur souhaita une bonne soirée, et rejoignit sa chambre pour vérifier qu'Aderyn n'avait pas tout détruit par contrariété.
Il la trouva juchée sur le haut de l'armoire et elle le fit sursauter lorsqu'il entra. Il referma la porte et posa son sac à dos à côté du lit, sentant ses yeux jaunes suivre chacun de ses gestes. Il s'assit sur le bord du lit et l'appela doucement. Elle le gratifia d'un léger hululement qu'il ne sut interpréter.
« Je voudrais bien te laisser sortir, mais j'aimerais d'abord savoir ce qu'Anthony a à m'apprendre sur toi. Demain peut-être. »
Elle ne réagit pas plus que ça, mais il se sentit tout de même satisfait de lui avoir parlé. Il savait que les oiseaux magiques étaient suffisamment intelligents pour comprendre les intentions des humains. Hedwige l'était.
Aderyn descendit de son perchoir et se posa sur le bureau. Elle alla boire un peu dans la mangeoire de la cage et s'ébroua à proximité, projetant de l'eau autour d'elle.
Elle suivit Harry dans la salle de bain lorsqu'il alla se brosser les dents. Il s'agenouilla et tendit la main vers elle, paume vers le plafond. Elle se rapprocha à pas mesurés et lui donna un léger coup de bec pour voir de quoi étaient fait ses doigts.
Visiblement rassurée, elle grimpa dans sa main. Elle avait les plumes douces et les griffes pointues, mais pas au point de le blesser. Harry se releva sans la lâcher et retourna s'asseoir sur son lit. Il s'adossa contre le mur et attrapa son sac à dos avec son pied.
Il prit garde de ne pas bouger sa main gauche tandis qu'il extirpait son livre de sorts du sac. Il le posa sur sa cuisse et commença à le lire, la main contenant l'oiseau posée sur sa hanche, près de son ventre. Aderyn s'était faite au nouveau contact et s'était un peu ramassée sur elle-même. De temps à autre, quand Harry bougeait, elle remuait un peu pour regarder autour d'elle.
Harry passa une partie de la soirée de cette manière, ne s'interrompant que lorsque les événements et la fatigue de la journée le rattrapèrent.
Lorsqu'il rangea le livre, Aderyn ouvrit les yeux et hésita avant d'aller se percher sur la tête de lit, surplombant Harry comme pour veiller sur lui.
Harry sourit, agita sa baguette pour éteindre la lumière et s'endormit aussitôt.
[...]
Le lendemain, Harry passa la matinée sur l'Allée, fit quelques courses et mangea un sandwich pour le déjeuner, offrant les miettes à Aderyn. L'après-midi, il visita un musée d'art asiatique, ayant entendu des Moldus en parler un jour qu'il visitait le Louvre. Il découvrit de nombreuses civilisations dont il n'avait jamais entendu parler, sauf les Māori car leur utilisation de la magie était bien plus ancienne que celle des sorciers du Royaume-Uni.
« Harry ! Comment ça va ? » Elia lui demanda en français dès qu'il mit un pied à l'auberge.
Il s'assit à côté d'elle sur le canapé.
« Salut, Elia. Je suis allé au musée, » répondit-il dans la même langue.
« Oh, lequel ? »
Ils continuèrent à échanger ainsi pendant presque deux heures, Elia lui expliquant patiemment les formes grammaticales qu'il ne maîtrisait pas. Lorsque Luna les rejoignit, Elia ne perdit pas de temps pour rappeler à Harry sa promesse.
« Alors, ta chouette ? »
« Venez, je vais vous la présenter. »
Luna fit un signe de tête quand elle entendit le mot de passe, et Harry les fit entrer dans sa chambre.
Aderyn hulula depuis sa cachette, ou pour les accueillir, ou pour les avertir. Harry la trouva sous le lit, ses yeux jaunes luisant dans la pénombre.
« Tu peux venir, tout va bien, » promit-il en tendant la main.
Comme la veille, elle testa d'abord la solidité de ses doigts avant de s'avancer et de s'installer dans la paume de sa main. Harry se redressa et présenta son nouveau animal à ses amies.
« Oh, elle est adorable! » s'exclama Elia.
« Aderyn est un joli nom pour une jolie chouette, » murmura Luna, charmée.
« Je n'ai pas choisi le nom, mais je trouve qu'il lui va bien, » crut bon d'ajouter Harry.
« C'est est un vieux nom. Il veut dire 'oiseau' en gallois. »
« Où l'as-tu trouvée? » demanda Elia.
« Chez Berger et fille. »
Il articula le nom étranger avec difficulté.
« Ils sont supers ! C'est là qu'on a eu Louis, » approuva Elia. « J'étudiais avec Diane, il y a quelques années. Elle est plus jeune, mais elle lance un Stupefix d'enfer. »
« Tiens, à ce sujet, je trouve ça génial que les enfants puissent travailler avec leurs parents ici. »
Quand les mots sortirent de sa bouche, Harry se rendit compte qu'il était à la fois frustré car ça n'avait jamais été une possibilité pour lui, et soulagé que les familles n'aient pas autant souffert de la guerre.
« Oui, enfin, vous vous allez à Poudlard, et nous on apprend les sorts de nettoyage et la gestion d'une entreprise magique. »
« Un point pour toi. »
Luna profita de la discussion pour prendre Aderyn de la main d'Harry et caresser ses plumes avec son index. La petite chouette sembla apprécier l'attention.
« Au fait, tu pourrais traduire ça pour moi ? » demanda Harry à Elia, après avoir récupéré un parchemin sur son bureau.
« C'est de qui ? » demanda-t-elle, amusée.
« Ne te fais pas d'idées ; c'est Anthony qui a écrit ça. Sur Aderyn. »
« OK, laisse-moi réfléchir, » prévint-elle après une minute de lecture silencieuse. « Alors, ça dit qu'Aderyn a deux ans, que c'est une chouette chevêche, qu'elle ne grandira pas plus que ça et que c'est une espèce qui est plus diurne que nocturne. »
« J'avais remarqué. »
« Elle aime les insectes, les petits mammifères comme les campagnols ou les lézards et parfois elle attrape aussi des chauves-souris. Elle reste éveillée en journée mais préfère chasser le soir et la nuit. »
« Tu crois qu'elle trouvera de quoi se nourrir dans cette région ? »
« Elle mettra un peu de temps pour survoler la région parisienne, mais elle trouvera des champs et des forêts au bout d'un moment » le rassura Elia. « Et enfin, elle est tout à fait capable de livrer du courrier, bien qu'elle soit un peu moins rapide que les autres espèces du fait de sa plus petite envergure. » termina-t-elle. « Voilà, c'est tout ce qu'il y a comme conseils. »
« Merci Elia. Anthony et Diane font vraiment tout ce qu'ils peuvent pour que les animaux soient bien traités. »
Elia acquiesça et se tourna vers Luna avec un regard calculateur.
« Tu vois, Mooncalf. Aderyn est adorable et en plus elle ne fait pas de bêtises. Pourquoi on n'irait pas voir si on peut t'en trouver une? » proposa Elia en se tourna vers Luna qui releva légèrement la tête, comme réticente à l'idée de lâcher Aderyn du regard.
« J'aime bien le Niffleur, Elie. »
Harry remarqua qu'Elia faisait un gros effort pour sourire à sa petite-amie et ne pas soupirer de frustration.
« J'aurais essayé, » souffla-t-elle à l'adresse de son ami. « Mooncalf, tu veux bien la rendre à Harry maintenant? Il faut qu'on aille dîner maintenant. Harry, tu veux venir? »
« Je vous suis, » répondit-il. « Je te fais sortir tout à l'heure, » glissa-t-il à sa chouette avant de suivre ses amies au rez-de-chaussée.
Céleste mit sa fille au courant des dernières arrivées et lui passa le relais. Elia lança son sort de détection habituel, qui lui permettrait de savoir si quelqu'un avait besoin de son aide, et entraîna ses amis au sous-sol.
« Faites comme chez vous, j'arrive, » annonça Elia, affichant son sourire professionnel avant de rejoindre le bar où attendait un client. Mais pour être exact, elle était si rarement de mauvaise humeur que son sourire ne paraissait jamais forcé. Elle commença à préparer une boisson pour le client et Marthe arriva vers eux avec son plateau habituel, flottant devant elle.
« Bonsoir, Marthe » lancèrent Harry et Luna en même temps, lorsqu'elle le posa sur la table.
« Bonsoir les jeunes »
Sans rien ajouter d'autre, elle fit demi tour et retourna vers la cuisine. Harry et Luna répartirent entre eux et Elia les assiettes de ratatouille de riz. Elia les rejoignit quelques instants plus tard et ils attaquèrent le repas sans se faire prier.
Plus tard dans la soirée, quand Marthe fut montée se coucher après avoir fait la vaisselle et que le client du bar soit aussi remonté dans sa chambre, Elia montra à Harry comment préparer un cocktail sorcier. Le secret, lui expliqua-t-elle tandis que Luna, perchée sur un tabouret de bar, finissait une chanson à propos d'une belle et d'un ours, était de mélanger tous les ingrédients, puis de lancer le sort correspondant.
« Regarde, je te montre. »
Luna commença à chanter sur des mains d'or et le baiser d'une femme. Elia versa du jus de mangue, du martini rouge et de la glace dans un shaker, secoua le tout, et versa la boisson rougeoyante dans un élégant verre à pied. Puis elle agita sa baguette et lança le sort.
« Eruptio ! »
La boisson commença à bouillonner à tout-va, comme un volcan miniature. Luna arrêta de chanter pour applaudir et Harry écarquilla les yeux. Après avoir passé des années dans le monde magique, il n'aurait pas dû être intrigué par ce genre de phénomène, mais il ne pouvait s'en empêcher. Sans doute à cause de son éducation conservatrice et de la répression magique associée.
« C'est quoi, ce sort ? » Demanda-t-il, sans pouvoir quitter le verre des yeux.
« Eruptio ? Je l'ai trouvé moi-même. Enfin, son usage en cocktail, en tout cas. »
« Tu as fait quoi ? »
« J'avais de bonnes notes en Sortilèges, donc j'ai expérimenté un peu, » Elia semblait fière d'elle. « Et il se trouve que le sort peut aussi être utilisé littéralement. »
« Tu veux dire... »
« C'est dommage qu'il n'y ait pas de volcan dans la région, » remarqua Luna avec complaisance. « Mais Elia a fait un geyser dans la Seine un jour. »
« Un foutu geyser à Paris, » répéta Harry. « Je ne sais pas si c'est dément ou brillant. »
« A ton tour, » annonça Elia à la place, l'air bien trop amusée pour son propre bien.
« Aide-moi, Merlin. »
Sachant pertinemment qu'elle ne lâcherait pas l'affaire, Harry s'autorisa à lever les yeux au ciel avant d'accepter son livre de recettes. Il le parcourut et trouva un cocktail qui semblait intriguant (et qui s'appelait Mélusine, comme si Harry était incapable de laisser passer la moindre allusion aux serpents) pendant que Luna s'octroyait le Volcan. Il versa dans un verre ballon un mélange de jus de poire, d'Italicus et de Curaçao, obtenant une boisson bleu-vert aux reflets chatoyants et parfumée aux agrumes.
« Maintenant, le sort. » Elia lui montra le mouvement de baguette.
« Splendor, » copia Harry, et son cocktail commença à étinceler.
« Bien joué ! » l'applaudit Elia.
« Le sort fonctionne aussi en remplacement de Lumos maxima, mais il est un peu capricieux, » admit Luna par-dessus le bord de son verre.
« Surtout parce que tu as décidé de l'utiliser pour illuminer toute l'Allée l'année dernière, » rit Elia. « C'est l'intention qui importe, plus que le sort lui-même, » ajouta-t-elle pour Harry. « Enfin bref, tu es maintenant dans le secret de la subtile fabrication des cocktails sorciers. Ça peut s'avérer utile, si tu souhaites impressionner une certaine personne, par exemple. »
Harry feignit de ne pas voir le clin d'œil qu'elle lui adressa et goûta son Mélusine. Il n'impressionnerait personne si c'était imbuvable. Mais à sa grande surprise, le goût n'était pas si terrible. Doux-amer, avec un arrière-goût d'alcool fort.
« Je ne me rappelle pas avoir dis que je voulais impressionner qui que ce soit. »
« Ce qui ne veut pas dire que tu ne peux pas t'amuser un peu ! Tu n'es pas obligé de penser au mariage dès que tu rencontres quelqu'un. Tu peux juste prendre un peu de bon temps, tu sais ? »
Harry se demanda si Elia l'avait au moins écouté.
« Si je voulais fréquenter quelqu'un, il faudrait déjà que cette personne me plaise vraiment. » Et que je lui fasse confiance, se retint-il d'ajouter.
« Tu n'es pas drôle, » bouda Elia.
« Harry n'a besoin de personne, » intervint Luna. « Il nous a, nous. Et Aderyn. »
Il lui lança un regard reconnaissant pour essayer de le protéger des tendances de marieuse d'Elia.
« Tu veux dire que tu n'as pas besoin de sortir avec moi parce que tu as un Niffleur ? »
« Elie, chérie, je n'ai pas besoin de sortir avec toi, » expliqua Luna comme si c'était une vérité universelle. « Je le fais parce que j'en ai envie. »
Elia leva les yeux au ciel pour cacher l'émotion que lui procurait cette déclaration.
« Je suis désolée, Harry. Je ne veux pas te forcer en rien, mais je ne veux pas non plus que tu te sentes mal, coincé entre nous deux. »
« Déjà, je ne suis pas coincé. Crois-moi, je ne serai pas là si c'était le cas. » Ça ne voulait rien dire, mais Elia sembla comprendre son argument. « Et ensuite, j'adore traîner avec vous. »
Il était sincère, et elle le sentit. Elle laissa un léger sourire apparaître sur ses lèves, plus doux que d'habitude, un qu'il voyait d'habitude sur le visage de Luna.
Harry n'aurait jamais pu visualiser leur relation s'il n'avait pas été aux première loges, mais il était heureux de pouvoir les voir toutes les deux ; leur camaraderie facile, leurs gestes tendres et leur complicité. Il les enviait presque. Presque, il n'avait pas menti à Elia. Il se pensait pas capable de fréquenter qui que ce soit.
Et en plus, qui voudrait sincèrement de lui ?
[…]
Harry se réveilla sans Aderyn le lendemain matin, mais avec une migraine. Il lui avait ouvert la fenêtre lorsqu'il était remonté se coucher et la petite chouette ne s'était pas fait prier pour s'envoler chasser. Il en avait ressentit un léger pincement au cœur et avait maudit Elia pour lui avoir mis des idées dans la tête.
Après un antidouleur moldu (plus efficace qu'une Potion anti-gueule de bois après avoir consommé de l'alcool moldu), une douche et un petit-déjeuner léger, Harry se sentit prêt à affronter la journée et s'assit à son bureau, devant la fenêtre enchantée. Cela faisait un peu plus de deux semaines qu'il avait quitté Poudlard et il était temps d'honorer la promesse faite à la directrice.
Il sortit un stylo-bille et une pile de parchemin froissés de son sac et commença à écrire.
« Chère Directrice McGonagall,
J'espère que vous vous portez bien.
Je suis arrivé sans encombre à Paris il y a quinze jours et vis depuis dans une auberge de la très bien nommée Allée de la Verrière. Je suis déjà en bons termes avec la fille de la tenancière, qui est un peu plus âgée que moi, et qui se trouve être une amie proche de Luna Lovegood.
Je voudrais vous remercier encore pour votre soutien, car je me sens bien mieux ici. La communauté magique française a été relativement épargnée par la dernière guerre, et même si je ne peux oublier, je peux au moins avancer.
Je me permet de vous souhaiter un agréable mois d'août et un nouveau trimestre aussi calme que possible.
Avec tout mon respect,
Harry James Potter »
Il fut étonné de constater à quel point il était facile d'être honnête avec son ancienne directrice de Maison. Un peu perplexe, il posa la lettre sur le côté et en commença une seconde.
« Cher Ron, chère Hermione,
J'espère que vous allez bien tous les deux et que vous n'êtes pas trop en colère contre moi (vous avez reçu le message de Kreattur il y a deux semaines, non ? Si c'est pas le cas, je ne suis pas responsable, je le jure!)
Je vais bien, vraiment bien. Je suis à Paris en ce moment, dans une auberge magique, mais je vais surtout du côté moldu. Et en parlant de ça, c'est stupéfiant comme les sorciers français sont plus avancés que nous. Ils utilisent l'électricité, Mione ! Ils ont même des télés et des téléphones portables ! Ton père vivrait un rêve ici, Ron.
Je me suis aussi fait une amie, Elia, la fille de la tenancière de l'auberge. Elle m'apprend le français et me fait visiter quand elle ne travaille pas. Et vous ne devinerez jamais qui elle m'a 'présenté'. Je pourrais vous laisser deviner jusqu'à ma prochaine lettre, mais en vrai, je ne suis pas aussi patient, donc je vais cracher le morceau : Luna Lovegood.
Surpris ? Moi aussi. (Mais pas elle. Je suis prévisible, ou elle est la seule à avoir appris quelque chose avec Trelawney?)
Ce voyage n'est pas ce que j'imaginais, mais tant mieux. Je profite, j'apprends des nouveaux sorts et je fais le tri dans ma tête. Ça va aller, ne vous en faites pas (trop).
Au fait, la chouette s'appelle Aderyn. C'est son premier long voyage, je l'ai adoptée hier. Elle est maligne, et un peu hautaine, et je l'aime déjà. (Vous voyez ? J'avance)
Profitez bien du reste des vacances, prenez soin l'un de l'autre, et on se verra bientôt.
Harry »
Il s'étira, plia la lettre, et la confia à Aderyn. Il ne voulait pas qu'elle parte trop longtemps, aussi porta-t-il la première à la poste.
Lorsqu'il revint de sa mission, il était presque onze heures, et Luna descendait les escaliers avec le Niffleur sous le bras. Il essayait de s'échapper et tenait quelque chose entre ses pattes.
« Salut Harry, » Luna sourit.
« Coucou Luna. Qu'est-ce que tu fais ici ? Elia est réveillée ? »
« Ne lui dis pas que tu m'as vue, d'accord ? »
Harry fronça les sourcils. Quelque chose ne tournait pas rond. Luna n'était pas du genre à faire des cachotteries habituellement.
« Si tu me dis pourquoi. »
« Plus tard, si tu veux bien. Je dois le ramener à la maison d'abord, » dit-elle en montrant le Niffleur.
« D'accord, plus tard. »
« Merci Harry. »
Elle disparut et Harry réalisa que Céleste n'était pas non plus dans les parages. Il était à la fois intrigué et inquiet. Peut-être que le Niffleur avait fait quelque chose et que Luna avait réparé les dégâts avant qu'Elia s'en rende compte. Ça, Harry pouvait le comprendre.
[…]
Il avait presque oublié l'incident quand il surprit Luna dans le salon cinq jours plus tard. Sauf que cette fois, Elia était là aussi, et visiblement contrariée. Harry s'arrêta sur le seuil mais Elia lui fit signe de rejoindre la conversation.
Luna lui sourit, et Harry l'imita avec une touche d'embarras.
« Tu avais raison, Harry. Cette créature est pire qu'une pie. »
Harry fit semblant d'être surpris.
« Il a volé quoi ? »
« La montre en or, les boutons de manchette et les gallions d'un client. »
Luna cacha son visage contre la fourrure du Niffleur, paraissant bien plus amusée que désolée.
« J'aimerais bien que Mr MacMillan retrouve ses affaires avant que des rumeurs commencent à circuler. Je sais que le Niffleur a fait le coup, Mooncalf. »
« Mr MacMillan n'a aucune preuve, » remarqua Luna d'un ton chagrin.
Elia leva les yeux au ciel.
« Je t'en prie. Je ne vois même pas pourquoi tu t'entête à le couvrir. »
Luna releva la tête et fit face à sa petite-amie avec un air légitimement indigné.
« Le Niffleur n'a rien volé! » déclara-t-elle, sacrément farouche.
L'espace d'une seconde, Elia douta.
« Si ce n'est pas lui, alors qui ? »
« C'est moi, » avoua Luna, pas plus désolée qu'avant.
« Toi ? » lâcha Elia, sceptique. « Toi, ma copine, tu as volé les affaires personnelles d'un client ? »
« Il a été méchant avec toi hier, et avant-hier, et le jour d'avant. Donc j'ai récupéré un pourboire avant qu'il parte pour de bon. »
Elia était stupéfaite, et Harry n'était pas mieux.
« OK, donc, juste pour être sûre ; Mooncalf, tu as demandé à ton Niffleur de voler un client juste parce que tu lui en voulais d'avoir été désagréable avec moi ? »
« Oui, » confirma Luna.
Elia poussa un très long soupir, puis son expression s'adoucit.
« Je ne vais pas mentir : c'est adorable. Mais comment on va justifier ça ? »
« Que s'il arrêtait de boire, peut-être qu'il se souviendrait de l'endroit où il a rangé ses affaires. »
Elia éclata de rire.
« On n'aurait plus beaucoup de clients si on leur parlait comme ça, tu le sais ça ? » remarqua-t-elle une fois calmée, même si le coin de ses lèvres tressaillait encore.
Plus personne ne ramena le sujet après ça, Elia comprenant qu'empêcher Luna de la venger serait inutile.
Harry était juste soulagé que tout se soit bien terminé, et qu'il ait pu voir une autre facette de la relation de ses amies.
[…]
Une semaine après l'incident du Niffleur, Elia et Luna invitèrent Harry à dîner dans un restaurant mexicain pour fêter son premier mois à Paris.
Ils commandèrent de la viande de bœuf grillée, servie avec des tortilla de maïs, des tomates fraîches et de l'avocat à la coriandre et au citron vert et ils n'en laissèrent pas une miette.
Ils parlèrent de leur famille. Luna raconta comment Rolf et ses parents l'avait presque adoptée à la fin de la guerre, ne faisait plus confiance à son père pour prendre soin d'elle, et comment Céleste était devenue une figure maternelle depuis qu'Elia et elle sortaient ensemble.
Puis Harry, les dents serrées, parla de la famille de sa mère qui le voyait comme une bête curieuse non désirée, et de son parrain, sa famille choisie, qu'il avait perdu bien trop tôt. Luna intervint pour expliquer à Elia à quel point Harry avait été bouleversé en apprenant que Sirius était en danger et comment ils s'étaient tous rendus au Ministère pour l'aider.
Harry corrobora ; sans Luna et leurs amis, il ne serait plus là pour raconter l'histoire. Elia détendit l'atmosphère en demandant où étaient les adultes responsables dans leur satanée école, ce qui poussa Harry à parler des Weasley, qui l'avait accueilli les bras ouverts, mais avec qui il ne se sentait plus complètement à l'aise.
Elia confia qu'elle avait peu de souvenirs de son père, mais que, contrairement à ce qu'assumaient les gens au premier abord, il était toujours vivant, et il était toujours avec Céleste.
Harry ne l'avait jamais entendue évoquer son père et il écouta l'histoire avec un intérêt non feint.
« Ils se sont rencontrés au début de la trentaine. Ma mère était enfin à la tête de l'auberge et ma grand-mère prenait un mois de vacances bien mérité en Grèce. Un jour, un voyageur est arrivé et a demandé une chambre. Comme de nombreux voyageurs, Daniel Flores a eu le coup de foudre pour ma mère, et contre tout attente, c'était réciproque. Mais elle méritait mieux qu'une tentative de séduction foireuse, et il était décidé. Alors il est resté, et il l'a demandée en mariage exactement un an après leur rencontre. »
C'était génial de l'écouter, et Harry était fasciné.
« Cependant, ma mère, béni – ou maudit – soit son esprit pratique, a refusé. Elle voulait garder son nom de famille, qui était celui des propriétaires de l'auberge depuis plus d'un siècle. Et en plus, elle savait que Daniel était un voyageur au fond de lui, et elle n'était pas prête à s'enchaîner à un homme qui finirait par la quitter. Il a été forcé de reconnaître qu'elle avait raison, mais comme s'ils s'aimaient, il est resté, et ils ont continué comme ça. »
Harry pouvait reconnaître Elia dans les décisions de sa mère.
« Six mois plus tard, ma mère a découvert qu'elle était enceinte. Daniel et elle étaient ravis, pour des raisons différentes, et ma grand-mère était soulagée d'avoir enfin une héritière. J'admets que la plupart du temps, leurs motivations me sont complètement étrangères, et c'était une drôle d'enfance, mais je n'ai jamais manqué d'amour. Mon père est resté avec nous pour les cinq premières années de ma vie, mais ensuite, il a cédé à nouveau à l'appel de la route. »
Elia haussa les épaules comme pour cacher des sentiments plus profonds.
« Je ne me rappelle pas de son départ, par contre. Je me souviens juste qu'il me manquait, et que j'étais en colère, jusqu'à ce que je sois assez grande pour que ma mère me raconte leur histoire, et m'assure qu'elle savait, et que ça ne nous empêchait pas d'être une famille. Le plus longtemps qu'il ait passé avec nous depuis c'était quand j'ai eu quatorze ans et que j'ai commencé mon apprentissage pour de vrai. Il est resté six mois, et c'était franchement bizarre d'apprendre à le connaître à cet âge. »
« Il ne te manque plus ? »
« Parfois. Et je pense toujours qu'il est stupide de nous avoir abandonnées. Mais il revient toujours, et quand il le fait, on se fait de nouveaux souvenirs, et c'est vraiment bien. »
Harry pouvait sentir l'amour dans sa voix et la remercia pour avoir partagé cette histoire avec lui.
Ils rentrèrent bras-dessus bras-dessous cette nuit-là, trois jeunes esprits naviguant les eaux troubles de la vie comme ils pouvaient.
(Un point pour vous si vous avez reconnu les chansons de Luna, même si en français c'est pas évident!)
Chapitre corrigé 18.05.20
