Précédemment dans TA: Elia et Luna ont invité Harry à dîner dans un restaurant mexicain pour fêter son premier mois à Paris, et Elia a raconté la rencontre de ses parents.
Aderyn rentra de sa livraison de l'autre côté de la Manche neuf jours plus tard. Harry, qui avait eu le temps de s'inquiéter, soupira de soulagement en la voyant réapparaître. Il était sur le point d'ouvrir la lettre qu'elle lui avait ramenée lorsqu'on frappa à la porte. Il s'était réveillé trop tard pour le petit-déjeuner mais n'avait pas encore trouvé en lui l'énergie nécessaire pour quitter sa chambre et se mêler au monde.
Il ouvrit la porte et découvrit Luna dans le couloir. Ce jour-là, elle portait une robe vert pomme aux motifs floraux, ses cheveux attachés à la va-vite avec une paire de baguettes en bois.
« Bonjour Harry. »
« Salut Luna. Comment ça va ? »
« Elie est partie faire une course, tu veux déjeuner avec moi ? »
Harry ne pouvait pas dire qu'il s'était attendu à cette proposition, étant donné que Luna et lui n'avaient pas encore passé de temps ensemble.
« Avec plaisir. »
Il l'aimait bien, avec ses remarques décalées et spirituelles et sa manière troublante de toujours dire la vérité. Il laissa sa lettre sur le bureau, prit son sac, caressa la tête d'Aderyn et suivit Luna au rez-de-chaussée.
« Je crois que le Niffleur n'aime pas beaucoup Aderyn, » remarqua Luna alors qu'ils descendaient l'escalier.
« Peut-être qu'il a essayé de lui voler quelque chose? »
Luna songea à cette éventualité et acquiesça.
« Tu dois avoir raison. Il a un autel à objets volés sous mon lit, » révéla-t-elle en souriant, et Harry ne put que l'imiter.
« J'imagine qu'Elia n'est pas au courant. »
Ils sortirent de l'auberge et se dirigèrent vers un quartier plus animé de l'Allée.
« Elle sait qu'il existe quelque part, mais dès qu'elle menace de chercher, je lui rappelle que ce qu'elle ne sait pas ne peut pas lui faire de mal, » répondit Luna.
« Tu veux aller du côté moldu ou rester ici? » demanda-t-il, à la fois par souci de praticité et parce qu'il ne savait pas quoi lui répondre.
« J'ai envie de manger une glace, » énonça Luna pour toute réponse.
« Va pour une glace. »
Harry n'était pas plus avancé et décida de la suivre au lieu de se poser des questions.
Luna regarda les vitrines des différents commerces en passant et resta plus de cinq minutes en admiration devant les figurines animées dans la vitrine de l'animalerie. Harry fut tenté d'entrer pour saluer Diane et Anthony, sauf qu'au moment où il allait se décider, Luna décida de continuer son chemin.
Ils empruntèrent une ruelle qu'il ne connaissait pas, perpendiculaire à la rue principale qui menait directement à Gringotts, à l'auberge et à la Poste.
Harry vit l'enseigne d'un bar, fermé à cette heure de la journée, celle d'un vendeur de plumes, parchemins et fournitures diverses et enfin, celle d'un glacier.
Luna poussa la porte en verre. La boutique était étroite, avec des murs rose bonbon et un sol recouvert de carreaux bleu et blanc. Il y avait une armoire réfrigérée et un présentoir avec des menus plastifiés, et dans le coin, une table ronde et trois chaises.
« Bienvenue au Palais des Glaces. » s'exclama une voix chantante depuis l'arrière de la boutique. « Bonjour, bonjour. »
La femme avait les cheveux gris coupés court, une armée de bracelets à breloques aux poignets, et un tablier du même rose que les murs.
« Luna, ma chérie, ça fait longtemps ! »
« Bonjour Madeleine. J'ai ramené un ami. »
« Je vois ça, » répondit Madeleine, regardant Harry de haut en bas. « Anglais aussi ? »
« C'est écrit sur mon front ? » ne put-il s'empêcher de demander, mais elle se contenta de sourire.
« Je vous laisse regarder le menu. La Bénédictine est en promotion cette semaine. »
Les combinaisons, et surtout les parfums, semblaient sans fin. Il en avait déjà vus certains chez Florian Fortarôme sur le Chemin de Traverse, comme Patacitrouille et Suçacide – qu'il n'avait jamais osé prendre – mais la plupart lui étaient complètement inconnus.
« Bénédictine ? Ça a quel goût ? » Demanda-t-il à Madeleine, ne sachant pas par où commencer.
« Vanille, avec une touche d'une liqueur d'herbes française du même nom, » révéla-t-elle. « Un des quelques parfums qui n'a pas besoin de magie pour être incroyable. »
Aussi tentant que ce fut, Harry était surtout intéressé par l'idée des glaces magiques. Il continua à lire le menu jusqu'à ce qu'un énoncé accroche son attention.
« Je vais prendre le Vif d'Or, s'il vous plaît. »
« Excellent choix. Et toi, Luna ? »
« Le Mont-Blanc, s'il-te-plaît Madeleine. »
« Tu n'as même pas hésité, hein ? » La taquina-t-elle. « Allez vous asseoir, je reviens. »
Harry et Luna suivirent son conseil et s'assirent l'un en face de l'autre en attendant leur commande. La boutique était colorée et vivante, son ambiance un mélange de calme et d'optimisme.
« Et voilà, mes chéris. Marron glacé, meringue et barbe à papa au citron pour toi. » Madeleine tendit à Luna un cône sur lequel un nuage blanc déposait de la neige. « Et chocolat noir, caramel et noix avec du sucre pétillant pour toi. » Elle déposa devant Harry une coupe avec trois boules pourvues d'ailes translucides qui battaient sans bruit.
« Incroyable, » murmura-t-il, impressionné.
« Ravie qu'il te plaise. C'est une de mes meilleurs ventes. »
Elle semblait vraiment ravie. Harry attrapa un Vif avec sa cuillère et ricana ; c'était sans aucun doute la victoire la plus facile de sa carrière d'attrapeur. Luna jouait avec la barbe à papa au lieu de la manger avec un sourire rêveur.
« Tu viens souvent ? » demanda-t-il.
« Madeleine a inventé le Mont-Blanc pour moi, » répondit Luna, et elle n'avait pas besoin d'en dire plus.
Harry ne regrettait pas du tout d'avoir suivi Luna, même si c'était la première fois qu'il mangeait une glace pour le déjeuner.
Lorsqu'ils revinrent à l'auberge, Elia jaillit du bureau comme un diable hors de sa boîte.
« Vous ! » les pointa-t-elle du doigt. « Je vous ai cherchés partout ! »
« On est allés manger une glace, » expliqua Harry, essayant de paraître désolé.
« Laissez-moi un mot la prochaine fois, d'accord ? » demanda-t-elle. « Comment allait Madeleine ? » Ajouta-t-elle sans transition.
« En forme, comme d'habitude. Harry a mangé un Vif d'Or, » jugea raisonnable de répondre Luna.
« C'était plus agréable que de s'étouffer avec le vrai, » remarqua-t-il.
Elia soupira de désespoir.
« J'aimerais vraiment savoir ce que tu n'as pas fait dans tes folles années, Harry. »
« Tu veux vraiment savoir ? Je ne suis jamais mort, » déclara-t-il, son expression impassible tout en étouffant un rire nerveux, bien que l'idée n'ait rien de drôle.
« Il n'a jamais embrassé un garçon, » offrit Luna, d'un seul coup bien trop impliquée dans la conversation au goût du principal concerné.
Harry et Elia ouvrirent de grands yeux.
« Comment tu sais ça ? » pressa-t-il.
« Voilà, ça c'est ce que j'appelle une information digne de ce nom. Merci, Mooncalf, tu es la meilleure. »
Luna fit un son de satisfaction quand Elia embrassa sa tempe. Harry leur jeta un regard noir.
« Rappelez-moi pourquoi je traîne avec vous ? »
« Parce que tu t'ennuierais sans nous, » déclara Elia avec un large sourire, sans doute déjà en train d'élaborer un plan avec ce qu'elle venait d'apprendre.
« C'est pas faux. Mais sérieusement, comment tu as su, Luna ? »
Elle haussa les sourcils.
« Tu viens de te trahir, Harry. »
Il eut soudainement très envie de se frapper la tête contre un mur. C'était un miracle qu'il ait survécu à la guerre s'il était capable de tomber dans des pièges aussi évidents.
« Mais tu savais avant de poser la question ? »
Harry ne pensait pas que c'était possible, puisqu'elle ne l'avait pas suivi à Poudlard, mais on ne sait jamais.
« Ne soit pas fâché, Harry. Tu as le temps d'y remédier. »
Elia avait vraiment l'air de s'amuser. Harry leva les yeux au ciel. Tout ça parce qu'il n'avait pas nié ?
« Ce n'est pas franchement ma priorité en ce moment, » se défendit-il, sachant qu'elle ne laisserait pas tomber le sujet maintenant qu'elle savait.
« C'est parce que tu n'as pas essayé. »
« Oh, parce que toi oui ? »
« Eurk, » frissonna Elia. « Je préfère me concentrer sur ma merveilleuse copine plutôt que sur les garçons que j'ai eu la malchance d'embrasser par le passé. »
« Trop d'information. »
« Écoute, tu m'as dit que ça n'avait pas marché avec tes copines. Peut-être que changer de cible pourrait... »
« Je ne dis pas que je suis contre, juste que ce n'est pas le moment. »
Harry regretta de n'avoir aucune remarque sarcastique à lancer. Elia s'en rendit compte, mais dans sa grande magnanimité, elle changea finalement de sujet.
« Et toi Mooncalf ? Encore le Mont-Blanc ? » demanda-t-elle à sa petite-amie.
« Évidemment, » répondit Luna. « Je pourrais manger de la barbe à papa tous les jours. »
« Ma préférée, c'est Fierté. Elle te fait les cheveux arc-en-ciel, » ajouta Elia pour Harry. « Enfin bref. J'aimerais pouvoir continuer à traîner avec vous, mais malheureusement, j'ai plein de choses à faire. On a une ribambelle de clients qui ne vont pas tarder, et ma mère ne se sent pas bien, donc je la remplace cet après-midi. On parlera français plus tard, Harry ! »
« J'espère que Céleste va aller mieux. Je vais retourner dans ma chambre. Appelle-moi si tu as besoin ? »
« Merci, Harry. »
« A plus tard ! »
Il fit un signe de la main à ses amies et monta au premier. Aderyn l'accueillit avec un hululement déterminé et donna un coup de bec à la boîte de friandise sur le bureau. Souriant à ses manières, il céda et lui en offrit une. Puis il remarqua la lettre qu'il n'avait pas eu le temps de lire et l'ouvrit sur l'écriture désordonnée de son meilleur-ami.
« Harry,
Tu as du pot que je sache parler à Hermione, ou tu aurais reçu une Beuglante ou deux il y a un mois. Elle était furieuse, mon vieux. Je ne veux pas être à ta place la prochaine fois qu'elle te verra.
Je t'en voulais aussi mais Kingsley m'a expliqué pourquoi tu avais besoin de partir comme un voleur, donc je comprends.
La formation d'Auror commence dans une semaine, et Hermione et Ginny retournent à Poudlard au même moment. Hermione veut étudier pour ses ASPICs « dans les meilleures conditions », enfin tu sais comment elle est. Je trouve toujours ça injuste que le Ministère ne nous ait pas donné notre diplôme pour services rendus pendant la guerre. (Hermione dit qu'un an dans les bois ne vaut pas un an à l'école, mais je ne vois pas pourquoi j'aurais besoin de cette foutue Histoire de la Magie pour devenir Auror.) Ça va être la folie de réviser, mais au moins je peux commencer ma formation directement.
Je pensais que tu rentrerais en septembre, mais ce n'est pas dans tes plans, hein ? (Je dois un gallion à George par ta faute, merci bien.) J'espère que tu t'éclates, quoi que tu fasses. Je me souviens de notre voyage en Égypte, c'était hyper cool.
N'oublie pas tes amis, OK ?
A plus,
Ron »
A cet instant, Harry se rendit compte que Ron lui manquait terriblement, quand bien même il n'en avait pas le droit. Il était soulagé que Ron ne soit pas en colère, mais pas si surpris. Ron avait prouvé sa maturité après les malheureuses circonstances qui avaient failli ruiner leur amitié dans la forêt de Dean.
« Harry James Potter !
As-tu la moindre idée du souci que je me suis fait? (Et n'écoute pas Ron, je n'étais pas furieuse. C'est lui qui était bien trop tranquille. Il est seulement vexé que tu sois parti sans lui.) Même si je comprends ta décision, je n'accepte pas le secret que tu en as fait. Tu es tellement irréfléchi, quand tu veux !
Enfin. je suis soulagée de savoir que tu vas bien et que tu t'es même fait des amis. Le fait que tu aies rencontré Luna n'est pas si surprenant en soi, elle passait rarement ses vacances en Angleterre lorsque nous étions encore à Poudlard.
En parlant de ça, j'y retourne bientôt pour ma dernière année – et pas juste pour faire main basse sur les livres de la bibliothèque. (Il n'y en a plus beaucoup que je n'ai pas lu, après tout)
La directrice McGonagall a ouvert une « huitième année », pour les élèves majeurs qui voudraient reprendre leurs études pour passer les ASPICs en juin. Je ne sais pas encore qui a décidé de revenir, mais visiblement, nous ne serons pas nombreux. Il y aura aussi trois nouveaux professeurs. Et même si cette fois encore, celui de Défense est incompétent, au moins nous avons déjà un certain entraînement.
Ron est fermement décidé à entrer à l'Académie des Aurors sans même se préoccuper de la théorie. Et toi, Harry ? Tu as une idée de ce que tu vas faire quand tu vas rentrer ?
Aderyn est un enchantement. Elle a attaqué Pattenrond lorsqu'il l'a accueillie avec un peu trop d'enthousiasme à son goût, et Ron en rit encore.
Mes parents vont beaucoup mieux. Il leur manque encore certains souvenirs, tous me concernant, mais au moins ils se souviennent que je suis leur fille. J'ai dû les emmener au Chemin de Traverse et leur expliquer l'existence du monde magique encore une fois, mais au moins, il n'ont plus à craindre qu'un cinglé s'en prenne tous les ans à l'école de leur fille. Je m'en vais passer quelques jours avec eux, et ensuite ils auront tout le temps de se faire à ces révélations. Ils ont vraiment aimé l'Australie, par contre. Il n'est pas impossible qu'ils décident d'y retourner de leur propre chef pendant le triste hiver anglais.
Je crois que c'est tout pour les nouvelles. J'espère que tu vas bien, écris moi dès que tu peux !
Et fait attention à toi !
Hermione »
La lettre était presque aussi longue qu'un de ses devoirs en Potions, mais bien plus intéressante. Harry comprenait sans mal sa frustration et son inquiétude, mais il n'était pas désolé. Il était sincèrement soulagé pour ses parents, et au moins il n'avait pas enduré une conversation avec le portrait de Rogue pour rien.
Il décida d'ignorer la partie à propos des ASPICs puisque Hermione n'aimerait pas sa réponse, et il se la représenta ricanant en Défense, levant les yeux au ciel et jugeant le professeur s'il était vraiment inutile.
Hermione était une force de la nature, Ron et lui le savaient mieux que personne. Ils seraient morts des dizaines de fois si elle n'avait pas été là, et Harry espérait sincèrement, pour le bien du futur professeur, qu'il était doué.
« Tu as montré à Pattenrond qui était le chef, hein ? » Dit-il à Aderyn, tendrement. Perchée sur la tête de lit, elle lissa ses plumes d'un air satisfait. Harry rangea la lettre et s'allongea sur le lit défait, ses mains derrière la nuque, pensant aux mots d'Hermione et Ron sur le futur.
Il était venu à Paris parce qu'il ne pouvait supporter d'y penser, et voilà qu'il était rattrapé par tout ce qu'il avait essayé de laisser derrière.
Qu'était-il censé faire ? Il ne pouvait pas rester à Paris pour toujours, n'est-ce pas ? Sa vision du monde avait changée depuis qu'il avait découvert l'Allée de la Verrière. Il avait rencontré des personnes formidables, visité des endroits incroyables, et il avait commencé à faire la paix avec lui-même. Même s'il faisait encore des cauchemars et qu'il se retrouvait parfois anéanti par le deuil, il était certainement sur la bonne voie.
Il fallait juste qu'il trouve un moyen de continuer comme ça.
[...]
Parce que parfois, le hasard fait bien les choses, il n'eut pas à réfléchir à quoi que ce soit de plus. Une proposition vint à lui le lendemain.
Il dormit peu et fut réveillé à l'aube par des coups sur la porte. Luna passa la tête dans l'embrasure et lui apprit qu'elle avait envoyé Elia se coucher et que Céleste n'allait pas mieux. Harry comprit tout de suite et se leva pour aller l'aider à la réception pendant qu'Elia et sa mère se reposaient.
Elia vint les remplacer vers midi. Luna alla faire une sieste, et Harry se plongea dans la lecture d'un guide de Paris dans le salon, essayant en même temps de comprendre les conversations d'Elia et des clients. Il s'améliorait doucement, bien qu'Elia continue à se moquer de son accent.
Vers dix-neuf heures, il s'aventura du côté moldu et acheta des plats chinois à emporter pour le dîner. Les yeux d'Elia brillèrent lorsqu'il ramena son butin et ils mangèrent dans le salon après avoir appelé Luna, ne souhaitant pas déclencher la colère de Marthe en mangeant devant elle des plats faits par un autre.
Après s'être rassasiés, ils restèrent étendus sur les canapés. Luna était assise sur ses jambes rempliées, avec la tête d'Elia sur ses cuisses, et Harry était assis en tailleur en face d'elles. Ils discutèrent de choses et d'autres pour passer le temps, laissant parfois le silence remplir les blancs, ce qui était inhabituel, car Elia s'arrêtait rarement de parler. Mais après tout, elle était sans doute inquiète pour sa mère, et ils étaient tous fatigués.
Peu après onze heures, Elia raccompagna sa grand-mère à la maison et alla jeter un œil sur Céleste.
« Sa fièvre a baissé, elle devrait aller mieux demain matin, » révéla-t-elle, s'allongeant sur le canapé avec les bras de Luna autour de ses épaules.
« Je serai là pour t'aider, si jamais, » promit Harry.
La famille avait été si gentille avec lui ; c'était le moins qu'il puisse faire.
« Merci, Harry. Luna viendra te chercher si c'est nécessaire, » dit Elia, étouffant un bâillement.
Ils restèrent silencieux jusqu'à ce que Luna se manifeste.
« J'ai reçu une lettre de Rolf aujourd'hui. »
« Que dit-il ? »
« Un bébé dragon est né. »
Harry ne pouvait pas dire qu'il partageait son enthousiasme, se remémorant Norbert, le premier et dernier bébé dragon qu'il avait vu de sa vie.
« Et ? » l'encouragea Elia.
« Tina a demandé à Rolf et Newt de rentrer à Coniston, mais Newt attendait la naissance, et maintenant Rolf demande si je veux venir à Creastamică ou si je les rejoindrai plus tard à la maison. »
« Tu veux aller voir ce bébé dragon, n'est-ce pas? »
« Je n'en ai jamais vu, » murmura Luna.
« Alors tu devrais y aller. »
Harry trouva qu'Elia cachait plutôt bien sa déception dans sa voix, mais pas vraiment sur son visage. Luna se mordilla l'ongle du pouce en réfléchissant.
« Oui, mais je ne veux pas rentrer à la maison tout de suite. »
« Alors demande à Rolf de te laisser en Roumanie ? »
Elia n'était même pas convaincue par sa propre proposition.
« Voyons, Elie. Rolf ne me laisserait pas toute seule avec les dragons, » objecta directement Luna.
Elia haussa les épaules, l'air de dire « j'aurais essayé ».
Soudainement, le visage de Luna s'illumina.
« Rolf ne pourra rien dire si tu viens avec moi. » annonça-t-elle à Elia, qui eut l'air pleine d'espoir et déçue en l'espace de cinq secondes.
« Mooncalf, chérie. Je ne peux laisser l'auberge, surtout avec ma mère qui ne peut pas se lever en ce moment. »
« On peut attendre quelques jours, » assura Luna, désespérée de convaincre sa petite-amie. « Ça ne posera pas de problème à Rolf. »
« J'aimerai que ce soit aussi simple, chérie. »
« Je suis sûr que tu pourras trouver quelqu'un pour te remplacer une semaine ou deux, » intervint Harry. « Tu mérites des vacances, Elia. »
Luna mima sa reconnaissance pour son intervention pendant qu'Elia étudiait la proposition, partagée entre son enthousiasme et ses considérations matérielles.
« Je ne peux rien promettre, d'accord ? » Finit-elle par dire. « Je demanderai à ma mère demain, et on verra ce qu'on peut faire. »
« Et toi, Harry ? » demanda Luna.
« Quoi, je suis invité aussi ? »
« Évidemment, » Luna leva les yeux au ciel, et c'était une vision qui valait le détour.
Il se frotta la nuque sous leurs regards inquisiteurs.
« Je ne sais pas. J'ai déjà vu des dragons, et je ne peux pas dire que j'en garde un bon souvenir. »
Luna sembla déçue.
« Et je ne veux pas non plus vous déranger. »
Cette fois, cette Elia qui manifesta son impatience.
« Combien de fois tu vas m'obliger à me répéter, espèce d'idiot ? Tu ne nous dérange pas. » Elle combattit l'envie de l'embêter mais céda. « Et puisqu'on va te trouver quelqu'un, tu ne seras plus tout seul quand Luna et moi voudrons être toutes les deux. »
« Ce n'est pas la question. » Il fronça les sourcils.
« Si ma mère accepte, tu viens avec nous. Ce n'est pas négociable. »
Il soupira pour la forme et garda ses pensées pour lui. Il attendrait de voir la réaction de Céleste. Pour être honnête, il était tenté de céder. Il pourrait continuer à voyager sans se poser de questions. Il se demanda ce que ferait Ron à sa place.
Son esprit choisit cet instant précis pour se rappeler que le frère aîné de son meilleur ami, Charlie Weasley, travaillait là-bas. Harry l'avait seulement croisé deux fois, pendant le Tournoi des Trois Sorciers et au mariage de Bill et Fleur, et il ne pouvait pas dire qu'ils se connaissaient bien.
Harry avait quitté le Royaume-Uni pour échapper à son passé et à sa popularité. Il ne s'était pas attendu à rencontrer Luna, mais ce n'était pas grave parce qu'elle n'était pas comme tout le monde.
Mais ne serait-ce pas différent avec Charlie ? Harry était tenté de croire qu'il réagirait comme Luna. A l'évidence, il avait bien d'autres choses à faire que de passer du temps avec l'ami de son plus jeune frère.
Harry se dit qu'il pouvait au moins essayer. Que pouvait-il se passer de pire, après tout ?
[…]
Harry ouvrit les yeux sur un éclair de lumière verte et l'impression que des centaines de fourmis rampaient sur lui. Il se redressa et attrapa ses lunettes, se détendant à peine une fois son environnement visible. Puis il se rendit compte que quelqu'un frappait avec insistance à la porte.
« Il était temps, » le salua Elia. « Je me suis demandé si tu étais mort dans ton sommeil. »
Il n'avait pas très envie de penser à la mort maintenant, merci bien.
« Pourquoi tu n'as pas utilisé le mot de passe ? »
Il lui en avait officiellement donné le droit une semaine plus tôt, et Luna en avait déjà profité.
« Pour te trouver déshabillé ? Non, sans façon. »
« Tu es volontairement réveillée avant midi, » remarqua-t-il, croisant les bras sur sa poitrine. « Tu vas bien ? »
« On est allés se coucher à deux heures, Harry, même moi je peux m'en sortir. Allez, bouge maintenant. Il fait beau, et on prend le petit-déjeuner dans le salon. »
« Laisse-moi prendre une douche d'abord ? »
« Dépêche toi ! Il n'y a plus beaucoup de croissants, et je ne vais pas t'en garder. »
Avant qu'Harry puisse ouvrir la bouche pour répondre, Elia se volatilisa dans le couloir. Il se gratta la nuque et décida sagement de suivre son avertissement. Il n'avait pas honte d'avouer avoir une faiblesse pour les viennoiseries.
Il était en train de sécher ses cheveux avec un sort lorsqu'Aderyn rentra par la fenêtre. Elle ne portait pas de lettre, mais semblait satisfaite de son récent voyage.
Harry entendit la voix d'Elia avant même d'arriver dans la pièce, et il sourit à sa gaieté. Après un mois en sa compagnie, il était désormais convaincu qu'elle ne pouvait être ennuyeuse.
Elia et Luna était étendues sur les canapés, exactement de la même manière que la veille. Céleste était assise avec elles, pâle et les traits tirés, mais réveillée. Elle salua Harry d'un sourire aimable lorsqu'il se rapprocha de leur cercle.
Il jeta un regard de convoitise au petit-déjeuner promis sur la table basse, et surtout au panier de viennoiseries encore chaudes, et s'assit à côté de Céleste, en face de ses amies.
« Bonjour, Harry, » l'accueillit Luna en se servant une tasse de thé.
« Salut Harry ! Bien dormi ? » ajouta Elia.
« J'ai tort ou tu n'es gentille que lorsque ta mère est là ? »
« Qu'est-ce que j'entends, ma fille chérie ? » Céleste lança un regard noir à Elia. « As-tu été désobligeante avec un client ? »
« Moi ? Bien sûr que non, ma mère chérie. Je n'oserai pas. »
Céleste et Harry levèrent les yeux au ciel en parfaite harmonie, et Luna gloussa.
« En plus, Harry n'est plus un client. C'est plus un résident permanent qu'autre chose, à ce stade. »
Céleste se retint d'ajouter quoique ce soit et tendit une tasse de thé à Harry à la place. Il la remercia et attrapa un croissant dans le panier. Il avait un réveil désagréable à compenser.
« Bon, maintenant que tout le monde est correctement caféiné, je crois que tu as mentionné une certaine discussion, Elia, » annonça Céleste, s'adossant confortablement au canapé.
L'espace d'une seconde, Elia hésita.
« Luna a reçu une lettre de Rolf hier. Il dit qu'il est à la réserve de dragons en Roumanie avec Newt et il demande si Luna veut y passer avant qu'ils rentrent tous chez eux. »
« J'aimerai vraiment, mais je me demandais si Elia pourrait venir avec moi ? » demanda Luna, posant sa tasse vide sur la table et prenant la main droite d'Elia dans la sienne.
« Eh bien, je te dois des vacances depuis longtemps, n'est-ce pas ? » affirma Céleste. « La dernière fois que tu es partie plus d'une semaine, tu avais quinze ans. » Elle fit un bruit amusé, comme si elle se rappelait un souvenir particulièrement drôle – et vu la tête d'Elia, probablement à son désavantage. « Même si te trouver un remplaçant ne sera pas une partie de plaisir, je ne peux pas t'empêcher de partir en vacances avec Luna. Tu les mérites. »
Elia avait les yeux écarquillés, se demandant si la maladie de sa mère ne l'avait pas rendue plus permissive. Harry profita de la pause dans la conversation pour prendre un autre croissant.
« J'espère simplement que tu as prit après mon caractère sédentaire, et pas la bougeotte de ton père, ou il faudra que je modifie mon testament. »
« Tu ne ferais pas ça ! » s'exclama Elia avec passion pendant que Luna tapotait sa main, « Personne d'autre que moi ne te succédera. »
« C'est ce que je voulais entendre, » répliqua Céleste, le coin de ses lèvres étiré en un sourire sournois.
« Cette famille, je vous jure, » soupira Elia, mais Harry pouvait dire qu'elle faisait semblant.
« Harry, tu pars avec elles ? »
Surpris de faire soudainement partie de la conversation, Harry fit tomber des miettes de croissant sur ses genoux et attrapa une serviette en papier pour s'essuyer les doigts et limiter les dégâts.
« Je ne suis pas encore sûr. » Il fronça les sourcils à sa propre indécision. Il était presque convaincu la nuit précédente, alors pourquoi faisait-il marche arrière maintenant ?
« Fais ce que tu veux, mais sache que je serais soulagée si tu choisissais de les accompagner. »
« Je suis plus vieille qu'Harry, m'man. » Protesta Elia. « Je n'ai pas besoin d'être protégée. »
Céleste leva un sourcil.
« Tu es peut-être assez âgée pour diriger une auberge, mais tu n'as jamais vu de dragons. »
« C'est pas une raison. »
« Je ne sais pas ce que je ferais ici sans Elia et Luna donc si elles partent toutes les deux, je vais sans doute les suivre, » finit par dire Harry.
Céleste le remercia d'un sourire.
« C'est donc décidé. Elia, chérie, je me rappelle nettement quelqu'un me disant ce matin que je devais me reposer, donc c'est toi qui t'occuperas de trouver ton remplaçant. »
Oh, Céleste était vraiment sournoise, comprit Harry en retenant un rire.
« Gé-nial, » lâcha Elia, avant de laisser éclater sa joie à l'idée de partir en vacances avec ses amis.
Ils n'étaient pas au bout de leurs surprises.
Chapitre corrigé 18.05.2020
