Précédemment dans TA: Invités par Rolf Dragonneau, le trio a décidé d'aller passer quelques jours en Roumanie. Mais Elia doit trouver quelqu'un pour la remplacer à l'auberge.
Elia fut si occupée à recruter de l'aide les jours suivants qu'Harry ne la vit pas plus de quelques minutes à chaque fois. Elle rentrait démoralisée par ses recherches infructueuses en fin de journée et Luna faisait des cupcakes galaxie pour lui remonter le moral. Harry l'aidait avec ses tâches journalières pendant qu'elle se reposait en jurant que la paresse des gens causerait la fin du monde.
Ce n'était pas agréable de la voir aussi déprimée et Harry aurait voulu pouvoir l'aider, même si ça signifiait menacer quelqu'un pour qu'il postule.
Lorsqu'il la croisa le soir du quatrième jour, cependant, elle avait retrouvé sa bonne humeur. Elle refusa de s'expliquer sur la question et Harry n'insista pas. Elle finirait par le lui dire. N'est-ce pas ?
Pour ne pas rester oisif en attendant que quelque chose se passe, Harry visita les derniers lieux qu'il voulait voir à Paris. Il prit le bus pour Montmartre avec Luna pour visiter la basilique et ils partagèrent un thé glacé dans un café sur la butte après avoir grimpé tous ces escaliers. Le lendemain, ils firent un saut dans le quartier chinois du treizième arrondissement et achetèrent des baozi, des gâteaux de lune et huit figures de chat différentes, qu'ils posèrent ensuite sur le manteau de la cheminée dans le salon de l'auberge. De son côté, Harry découvrit le Parc des Buttes Chaumont, avec son temple, ses cascades, sa végétation luxuriante et sa foule de familles, et Shakespeare & Cie, la librairie anglophone la plus célèbre de la capitale.
Intelligemment, il savait qu'il n'en avait pas terminé avec le tourisme, mais l'idée de partir bientôt pour un autre pays était distrayante, et en plus, il était satisfait de ce qu'il avait vu en un mois et demi.
Il acheta pour Luna un guide sur la Roumanie et ils le lurent tous les deux le soir, quand Elia était encore trop occupée pour passer du temps avec eux. Sans surprise aucune, Luna n'était pas franchement intéressée par les préoccupations matérielles telles que le transport ou l'hébergement, et préférait parler en long et en large des dragons et du Code du Secret Magique très particulier du pays.
Le sixième jour après la lettre de Rolf, alors que la première semaine de septembre touchait à sa fin, Harry, Luna et Elia se retrouvèrent pour déjeuner dans l'arrière-cour. L'étouffante chaleur de l'été avait laissé la place à une température plus supportable. Elia n'était réveillée que depuis quelques minutes et elle clignait des yeux au-dessus de sa tasse de café bien-aimée. Luna chantait à propos de la couleur des yeux d'Elia, ou peut être des papillons, et Harry l'écoutait distraitement tout en réalisant qu'il n'avait jamais mangé de kebab avant ce jour. (Il ne partagea pas cette remarque avec la tablée ; Elia n'avait pas besoin d'une raison supplémentaire pour se moquer de lui jusqu'à la fin des temps.)
La porte du bureau s'ouvrit soudainement, et le visage soupçonneux de Céleste apparut dans l'embrasure.
« Eliana Louise Charles, » appela-t-elle.
Sa fille se redressa automatiquement.
« Qu'est-ce que j'ai fait ? »
Le « encore » implicite ne passa pas inaperçu. Céleste la fixa un instant sans rien dire.
« Tu sais ce que tu as fait. Viens, il y a quelqu'un qui te demande. »
Elia sembla réfléchir, puis son visage s'éclaira.
« J'aurais dû me douter que tu en viendrais à ça. » Céleste leva les yeux au ciel, mais son expression était plus amusée qu'agacée. « Allez, ne le fait pas attendre. »
Elia reposa sa tasse, embrassa Luna sur le haut du crâne et annonça à Harry qu'elle serait de retour dans un moment, puis suivit sa mère à l'intérieur. Même si Harry ne savait pas ce qu'il se passait, il n'était pas inquiet, car Elia avait semblé réjouie par l'annonce. Il continua à manger ses frites et sa viande grillée pendant que Luna s'appropriait le reste du café d'Elia au lieu de manger.
Lorsqu'Elia revint à la table, elle était radieuse. Derrière elle, arriva un homme sec et musclé, à la peau d'une teinte plus sombre qu'elle, portant un treillis avec un t-shirt des Sex Pistols. Il avait une paire d'anneaux à l'oreille gauche, des tatouages élaborés sur les bras, un bouc et des cheveux foncés en bataille.
« Hola Luna. C'est bon de te revoir enfin, hermosa mía. »
Il avait un accent qu'Harry n'était pas capable de replacer.
« Dan ! Elia ne m'a pas dit que tu venais ! »
Luna paraissait ravie.
« Toujours à faire des surprises celle-là, hein ? »
Il ébouriffa les cheveux d'Elia, et c'est à ce moment précis qu'Harry comprit qui il était, même s'il aurait dû deviner depuis le départ, vu la ressemblance entre Elia et lui.
« Harry, voici Dan, mon père. Ne l'appelle pas Daniel, il déteste ça, et seule ma mère le fait. »
C'était agréable d'avoir deviné avant la révélation et Harry serra la main de l'homme avec un sourire amical.
« Dan, voici Harry. Luna et lui sont allés à Poudlard ensemble, et maintenant il voyage. »
« Un homme selon mon cœur, » reconnut Dan. « C'est un plaisir de ton rencontrer, Harry. Elia m'a tellement parlé de toi dans ses lettres. »
Elia poussa malicieusement l'épaule de son père.
« Ne l'écoute pas, Harry. Il est juste suspicieux parce que j'ai dit qu'il n'était plus le seul homme de ma vie. »
Sous son ton léger, Harry pouvait deviner qu'elle était sincère, et une vague de chaleur envahit sa poitrine. Elia reprit sa place et Dan fit le tour de la table pour s'asseoir à côté d'Harry. Luna versa deux tasses de café et les distribua aux nouveaux arrivants.
« Muchas gracias, » la remercia Dan avant de se brûler la langue dans sa précipitation. Visiblement, l'attrait pour la caféine était un trait de famille. Satisfaite, Luna commença enfin à manger après avoir jeté un sort de réchauffage sur son assiette.
« Alors c'est ça, ta solution ? » Demanda Harry à Elia après un instant de silence.
« Clairement, je n'arrive pas à comprendre pourquoi je n'y ai pas pensé avant. Dan a vécu ici pendant des années, il sait tenir une auberge, même si c'était il y a très, très longtemps. »
« ¡Ay! J'ai l'impression d'être vieux, maintenant, » remarqua Dan, volant une frite sur l'assiette de Luna.
« Tu l'es, » déclara Elia. « Pour en revenir au sujet, Dan a déjà travaillé avec ma mère, donc ça ne sera pas un problème. Une des raisons pour lesquelles je n'arrive pas à embaucher c'est que personne ne veut travailler avec elle, » ajouta-t-elle pour Harry.
« Sois gentille avec ta mère, querida, » demanda Dan, sans méchanceté. « Elle vaut plus que n'importe lequel d'entre nous. »
Elia leva les yeux au ciel, dans l'imitation la plus parfaite d'une adolescente en colère.
« Rhâ, c'est épuisant d'avoir deux parents. J'ai trop hâte de partir et d'être débarrassée de vous. »
Dan secoua la tête avec bonne humeur, et Harry lui-même ne put s'empêcher de sourire, profitant du fait qu'Elia ne le prenait pas en pitié ou n'essayait pas de s'excuser lorsqu'elle disait ce genre de choses. Il appréciait ses précautions sur les sujets sensibles, et sa charmante manière de venir à bout de toutes ses réticences.
« Plus sérieusement, » intervint Dan en se versant une autre tasse de café. « Pour combien de temps as-tu besoin de moi ici ? »
« Une semaine, plus ou moins ? »
« Ça devrait être bon, » approuva-t-il. « J'ai dit à Estefanía que je ne serai pas de retour avant le quatorze, de toute manière. »
« Merci, je t'en dois une. Attend, tu vas vraiment rentrer à Mérida ? »
« Elle veut que nous soyons tous les quatre là-bas cette année. Même Miguel revient de sa ferme en Australie. Je ne sais pas ce qu'elle a pu lui dire. »
« Avec quoi elle t'a menacé ? » riposta Elia.
« Rien, querida. Elle pense qu'il est temps de faire la paix, et je suis d'accord. »
Elia n'avait pas l'air convaincue, mais elle finit par hocher la tête.
« D'accord. On va en reparler. En attendant, raconte-nous comment était l'Inde. »
Dan ne se fit pas prier et se lança dans le récit de son récent séjour de quatre mois en Inde, et comment il avait fuis la chaleur torride de Delhi en mai pour s'installer dans le Tamil Nadu rural, dans la partie la plus au sud du pays. Mais là, personne ne semblait pouvoir comprendre son anglais lourdement accentué, bien qu'il soit une des langues officielles, et il avait loué un appartement avec un sorcier espagnol pour avoir quelqu'un à qui parler en attendant d'apprendre suffisamment de Tamoul pour discuter avec les locaux. Il était en train de songer à rester un peu plus longtemps quand Elia avait réclamé son aide.
Dan était un incroyable raconteur d'histoires, et les trois amis étaient suspendus à ses lèvres. Harry pouvait s'identifier sans mal, même s'il ne voyait que depuis deux mois à peine. Comme Dan en Inde, Harry s'était fait de nouveaux amis, avait appris une nouvelle langue et s'était découvert, loin de chez lui. Sa rencontre avec Elia avait changé sa vision de l'amitié et de la vie en général, mais ça ne voulait pas dire qu'il avait oublié Ron et Hermione et tous ceux qui importaient. La Roumanie serait sans aucun doute une expérience différente, principalement parce qu'il ne partait pas seul.
Plus tard dans l'après-midi, Dan partit aire des courses et les autres vaquer à leurs occupations. Harry fit son sac et rangea sa chambre, devinant que le départ n'était plus qu'une question de jours ; ce qui lui fit réaliser qu'ils ne savaient toujours pas comment ils allaient se rendre en Roumanie. Heureusement, au dîner ce soir-là, qu'ils partagèrent avec Marthe dans la salle à manger du sous-sol, Dan leur fit la surprise de trois allers simple pour un Portoloin partant le lendemain. Il avait invoqué une faveur vieille de dix ans auprès d'un ami du Ministère, et Harry s'interrogea sur le contenu de cette faveur, sachant qu'Elia avait mentionné à quel point il pouvait être ardu de réserver une place sur un tel trajet . Dan ajouta qu'il s'agissait d'un cadeau d'anniversaire en retard pour Elia, et Harry apprit ainsi qu'elle était née en mai.
Il apprit bien d'autres choses cette nuit, à propos de chaque membre de la famille et même à propos de Luna. Le groupe qu'ils formaient à cinq était disparate, mais il était aussi clair qu'ils faisaient partie d'un tout. Contrairement à sa fille et petit-fille, Marthe maîtrisait l'espagnol, au grand plaisir de Dan. Céleste et lui ne parlaient pas beaucoup mais échangeaient des regards tour à tour tendres et appuyés. (Et même si Harry n'était pas un grand romantique, c'était touchant.) Luna et Dan eurent un débat si passionné que personne n'osa les interrompre, à propos de mudrā et d'asana, quoique ces choses fussent.
Harry apprit aussi qu'avant de quitter sa terre natale à l'âge de vingt-deux ans, Dan avait été le plus jeune d'une fratrie de quatre, né et élevé à Mérida, au Mexique. Il s'était éloigné de sa famille à la fois parce qu'il voulait explorer le monde, et parce que les suites de la disparition de son père avaient été brutales – et pas seulement à cause de la peine. Les deux aînés, Estefanía et Miguel, et leur mère s'étaient déchirés sur les clauses du testament. Les deux plus jeunes, Daniel et Antonio, s'étaient abstenus de prendre parti, ce qui les avait exposés à des années de disputes et de ressentiment.
Maintenant, presque trente ans plus tard, leur mère était également décédée et en tant que nouvelle cheffe de famille, Estefanía essayait de réparer les choses avec ses trois frères. Harry pouvait comprendre qu'Elia soit sceptique en entendant que Dan voulait y retourner tout d'un coup.
Ils discutèrent jusqu'à tard dans la nuit, vidant une bouteille de la légendaire eau-de-vie de Marthe, et Harry fut rapidement trop pompette pour se sentir moins que parfaitement à l'aise avec eux.
[…]
Ils partirent le jour suivant, un mardi morose, avec des sentiments partagés. Ils dirent au revoir à Céleste, Daniel et Marthe dans l'après-midi, protégés de la pluie dans le salon de l'auberge.
« Profite de ton voyage, ma chérie, » dit Céleste à sa fille. « Et fais attention à toi. »
« Harry s'en assurera, j'en suis certain, » ajouta Dan en faisant un clin d'œil à Harry.
Il ne manqua pas l'ironie de la chose. Même s'il n'était pas connu pour rester à distance du danger, il ferait tout son possible pour que rien n'arrive à Elia et Luna.
« Bien sûr, » jura-t-il, évitant de peu le coude avec lequel Elia tenta de le frapper pour la forme. Elle portait le t-shirt Sex Pistols de son père, et il flottait sur sa stature moins musclée. (Et comme elle voulait qu'ils soient assortis, Harry avait choisi les Beatles et Luna David Bowie dans sa collection infinie de t-shirts.)
« C'est l'heure d'y aller. Ce serait trop bête d'être en retard. » Rappela Elia.
Elle prit la main libre de Luna dans la sienne, l'autre tenant la curieuse valise. Harry s'assura une dernière fois qu'il avait son sac à dos et sa baguette. Il avait envoyé Aderyn rejoindre la Roumanie par ses propres moyens et réduit sa cage pour la transporter sans mal.
Partir était doux-amer, mais dès qu'ils quittèrent l'Allée, l'excitation avait à nouveau pris le dessus. Plutôt que de Transplaner, ils décidèrent de prendre le métro. Après un court trajet, ils descendirent à la station Palais Royal et se rendirent au Ministère de la Magie.
Ils eurent à attendre trente minutes de plus au guichet des Portoloins Internationaux une fois que leurs billets furent vérifiés et leurs sac réduits dans leurs poches pour éviter de les égarer en route. Puis un employer les mena, avec sept autres passagers, dans une pièce quelconque où un parapluie plus long que de coutume les attendait. L'employé compta jusqu'à cinq, et tout le monde attrapa le Portoloin, certains avec plus d'appréhension que d'autres.
Dix longues minutes plus tard, ils atterrirent sept cent kilomètres à l'est de Paris, à Munich, en Allemagne. Harry marcha à pas feutrés le temps de reprendre ses esprits et se rendit compte qu'Elia n'avait pas l'air enchantée.
« C'est horrible, » annonça-t-elle. « Je déteste officiellement les Portoloins. On aurait dû prendre l'avion. »
Une des passagères, une sorcière très mince avec un chapeau pointu violet, marmonna une remarque désagréable à propos des satanés Moldus et Luna la fit trébucher sur ses lacets lorsqu'elle quitta la pièce. Elle devait bien avoir supporté le voyage si elle était encore capable de venger sa petite-amie.
Ils découvrirent qu'ils avaient une heure à attendre avant leur correspondance et lorsqu'Elia entendit un employé allemand évoquer un café décent dans le Ministère, elle les y traîna. Là, ils en eurent pour leur argent, car, non content de les servir, un sorcier d'une vingtaine d'années appelé Gabi leur raconta tout ce qu'il savait sur les voyages sorciers, et notamment la nécessité de faire des escales sur les longues distances en Portoloin. Lorsqu'il ne préparait pas de boissons sophistiquées pour les employés du Ministère, Gabi étudiait les moyens de transport magiques. Il fut ravi d'entendre Elia lui raconter sa première fois en avion puisque, contrairement à la France, la communauté magique en Allemagne était encore réticente à accepter des façons de faire non-magiques. Harry et Luna eurent littéralement à arracher Elia à la conversation au dernier moment, ce qui lui laissa à peine le temps de confier son adresse à Gabi afin qu'ils puissent s'écrire.
Trois autres parapluies les emmenèrent à Zagreb, en Croatie, à Timișoara, à la frontière Serbe et Roumaine, et enfin, à Bucarest, leur destination finale.
Lorsqu'ils sortirent de la gare, Gara de Nord, à onze heures, heure locale, ils étaient épuisés et prêts à aller se coucher. Harry jura qu'il n'oserait plus jamais prendre quatre foutus Portoloins le même après-midi. Il n'était pas dans son élément, seulement Luna savait à quoi ressemblait Rolf, et elle était occupée à calmer un Niffleur d'humeur massacrante dans la valise. Ils marchèrent jusqu'à un banc sur la place, et moins de cinq minutes plus tard, Elia somnolait avec sa tête sur l'épaule d'Harry. Malgré son propre épuisement, Harry n'avait pas intérêt à l'imiter, et donc il monta la garde, comme il l'avait toujours fait, et comme il l'avait promis aux parents d'Elia.
Plus tard, il remarqua un jeune de leur âge se rapprocher d'un pas décidé. Il avait la peau sombre, les cheveux courts, et un sourire amical.
« Luna! » Appela-t-il une fois qu'il fut assez proche.
Luna refila aussitôt sa valise à Harry et se jeta dans les bras du nouveau venu.
« Salut, » dit-il ensuite. « Harry, c'est ça? »
« C'est moi. Ravi de te rencontrer. »
Sentant Harry bouger, Elia ouvrit les yeux et cligna comme si elle n'avait pas entendu Rolf arriver.
« Oh, salut, » marmonna-t-elle avec un sourire fatigué.
« Salut. Bon, pas que je ne sois pas content de faire votre connaissance, mais on devrait vraiment y aller. Le réseau de Cheminette était bouché à l'aller, et il est déjà super tard. »
Ce n'était pas une vraie excuse pour son retard, mais c'était mieux que rien, pensa Harry alors que Rolf les dirigeait de nouveau vers la gare.
« On ne peut pas accéder au village avec des moyens moldus, » expliqua-t-il en s'arrêtant devant une large cheminée qui irradiait la magie. « Il s'appelle Creastamică, » ajouta-t-il, attendant impatiemment que Luna prenne une poignée de poudre et la jette dans l'âtre. Elle disparut dans les flammes vertes, serrant sa valise contre sa poitrine. Elia, tenant à peine debout, fut la suivante, et enfin Harry se soumit au moyen de transport magique.
Avant que ses genoux purent entrer en contact avec le sol en pierre, Harry se demanda s'il avait plus horreur des Portoloins ou de la Cheminette. Heureusement, Elia et Luna étaient toutes les deux trop fatiguées pour se moquer de sa maladresse.
Ils avaient atterri dans une pièce à peine éclairée, vide si on omettait la cheminée. Rolf en sortit à peine quelques secondes après, frais comme un gardon. (Harry n'était pas du tout jaloux.)
« Tout le monde est là, génial. » Annonça-t-il vivement. « Vous feriez mieux de vous jeter un sort de Réchauffage avant de sortir si vous ne voulez pas vous les cailler. »
Harry fit ce qu'il conseillait et sentit la chaleur envahir son corps comme s'il entrait dans un bain brûlant. Avec cette plaisante sensation arriva une vague d'épuisement et il fut soulagé d'être pressé à l'extérieur.
Rolf montra le chemin et alluma une flamme dans une lanterne d'aspect rudimentaire. Bien que Harry ne puisse s'empêcher de remarquer que celles d'Hermione étaient mieux, cette lumière les aida à voir le sentier de terre sur lequel ils mettaient les pieds. Harry inspira et sentit l'air frais de la montagne envahir ses poumons.
Leur marche fut heureusement brève et, avant peu, ils se tenaient devant un chalet à un étage.
« On y est, » dit Rolf. Il éteignit la lanterne et la posa contre le mur, puis ouvrit la porte et entra, les autres à sa suite.
Avec ses murs en bois brut, ses poutres apparentes et ses dalles de pierre sombres comme du charbon, la pièce aurait pu sembler austère s'il n'y avait pas eu le tapis tissé rouge et bleu et la paire de fauteuils devant un poêle à bois éteint.
« Il n'y a que deux pièces à l'étage donc je vais en partager une avec mon père et vous pouvez avoir l'autre, » annonça Rolf à Elia et Luna. « Et tu peux avoir un siège inclinable, » ajouta-t-il pour Harry. « Il est très confort. »
Malgré son angoisse grandissante à l'idée de dormir dans un lieu ouvert, Harry n'avait pas envie de déranger le jeune homme qu'il venait juste de rencontrer, et il finit par acquiescer.
Elia et Luna leur souhaitèrent à tous les deux une bonne nuit et disparurent à l'étage. Rolf sembla ensuite se rendre compte du tas de livres et de divers articles de papeterie sur l'un des fauteuils et il soupira.
« Mon père se plaint tout le temps qu'il ne retrouve rien, mais en même temps... »
Harry devait l'admettre, il était plutôt curieux de rencontrer l'homme en question, après tout ce qu'il avait entendu sur lui.
Rolf conjura une paire de couvertures épaisses et les posa sur le fauteuil libre.
« Je vais te laisser t'installer. La cuisine et la salle de bain sont à l'étage. Bonne nuit. »
« Bonne nuit, » répondit Harry, mais Rolf était déjà en train de monter les escaliers.
Harry aurait aimé avoir la volonté d'aller à la salle de bain, mais pour une fois, la perspective de pouvoir s'allonger était bien trop alléchante. Le brossage de dents attendrait qu'il ait dormi au moins quelques heures.
Il retira ses chaussures et ses lunettes, jeta un sort d'avertissement autour de lui par habitude, et tourna le fauteuil afin de voir à la fois la porte d'entrée et l'escalier. Il s'allongea avec ses vêtements et s'enterra sous les couvertures qui, curieusement, sentaient l'été.
Il s'endormit aussitôt.
[…]
Harry se réveilla plusieurs fois au cours de la nuit. Il alla à l'étage boire un verre d'eau glacée vers deux heures, aux toilettes une heure après, et sortit même faire un tour dehors peu avant l'aube. Il était agité et épuisé en même temps, un mélange qui, il le savait d'expérience, n'aiderait en rien sa paranoïa rampante.
Enfin, quand neuf heures sonnèrent, il décida qu'il pouvait décemment commencer sa journée. Il n'y avait aucun bruit dans le chalet, ce qui voulait dire qu'Elia devait encore dormir.
Harry plia les couvertures sur le siège inclinable et se rendit à la salle de bain. L'installation était rudimentaire, avec un robinet et une bassine au lieu d'une cabine de douche, mais ça avait peu d'importance pour lui tant que l'eau était chaude. Il se sentit un peu mieux après, ses sens aiguisés et son anxiété atténuée. Il se sécha les cheveux et enfila des vêtements propres.
Elia attendait dans le couloir lorsqu'il sortit, l'air chiffonnée avec un t-shirt Iron Maiden gris et un pantalon de pyjama vert foncé.
« Oh, salut, » dit-il. « Déjà réveillée? J'aurais pensé que tu ferais le tour du cadran. »
« Ha ha, très drôle. » Elle leva les yeux au ciel. « Pour ton information, tu avais aussi une sale mine hier soir. »
Harry fit un vrai sourire. Leur échange de plaisanterie habituel adoucit les bords tranchants de l'environnement inhabituel.
« Bien dormi? » Finit-il par demander.
« Comme une souche. Et toi? »
« J'ai connu mieux, » avoua-t-il sincèrement.
« Les personnes nées sous le signe du Lion ont du mal à accepter les changements de routine, » intervint Luna. Elle était déjà habillée, ses cheveux lâchés sur ses épaules.
« Tu as compris quelque chose? » Elia demanda à Harry, l'air perplexe.
« Rien du tout. »
« C'est bien ce que je pensais. »
Elia alla ensuite une douche, et Harry et Luna à la cuisine, où ils furent rejoint par Rolf. Ensemble, ils parvinrent à préparer un petit-déjeuner digne de ce nom, composé de pain plat, yaourt nature, raisins et thé anglais fort.
« Où est ton père? » Harry interrogea Rolf.
« Il est parti à l'aube, » répondit Luna.
« Il fait souvent ça, » ajouta Rolf en se servant un autre morceau de pain. « Alors, c'était comment Paris, Lu? Tu as vu des Grinchebourdons? »
Harry décrocha après quelques minutes. Heureusement, Elia les rejoignit et changea le sujet pour des questions plus pressantes.
« Alors, quels sont les plans pour aujourd'hui? » Demanda-t-elle, inhalant la vapeur de sa tasse de thé.
« Voir les dragons, évidemment, » répliqua Luna.
« A ce propos, » remarqua Rolf. « La nurserie n'accepte pas plus de quelques visiteurs à la fois, et mon père est déjà là-haut, donc il faudra qu'on y aille séparément. »
« Tu peux y aller d'abord avec Rolf, Mooncalf, » dit Elia. « Harry et moi attendrons. »
« Merci, » répondit Luna, soudainement éclatante d'enthousiasme.
« Si seulement tu étais aussi impatiente de passer du temps avec moi qu'avec les dragons, » soupira Rolf.
« C'est aussi valable pour nous, » lâcha Elia.
Luna se contenta d'un regard confus entre les deux.
Observant la scène, Harry comprit enfin pourquoi Rolf le perturbait. Il regardait Luna exactement comme Elia le faisait. Soit Elia l'ignorait, soit elle n'était pas du genre jalouse, Harry ne savait pas. Dans tous les cas, ça avait plus de sens, la manière dont Rolf s'adressait à Luna, s'il était amoureux d'elle.
« Au fait, ma mère a envoyé un hibou hier. Notre Portoloin est le onze. »
« Mais on vient juste d'arriver! Et Elia a enfin eu des vacances, » protesta Luna.
« Tu connais Tina, Luna. Elle viendra nous chercher elle-même si on est pas rentrés après-demain. »
« Je pourrais pas vous rejoindre plus tard? On avait envie de rester un peu plus longtemps. »
« Vous trois? Et comment vous allez vous en sortir? »
Harry fut piqué au nom de Luna, même si techniquement, Rolf n'avait pas tort. Elle était la seule à connaître le village, mais elle ne leur dirait rien qu'elle considérait inutile.
« Ne t'inquiète pas, Rolfie, » le rassura-t-elle. « Harry a un ami ici. »
Tout le monde tomba des nues, et Harry le premier, alors qu'il aurait dû être habitué à ce genre de situation depuis le temps.
« Vraiment? Qui ça? » Pressa Rolf, curieux.
« Charlie Weasley, » révéla Harry. « Mais on n'est pas amis; en fait, c'est le grand frère de mon meilleur pote, donc on se connaît, mais pas si bien. » Se sentit-il obligé d'ajouter, sous le regard appuyé d'Elia.
« Charlie a l'air d'un chic type, et il vous fera sûrement visiter. Mais Luna ne sait pas comment évaluer les risques, donc je compte sur toi, » continua-t-il, son ton presque sévère.
« Eh, je suis là aussi, » rappela Elia, et Rolf lança un bref regard dans sa direction.
« C'est vrai, Harry pourrait faire diversion pendant que tu t'enfuirais avec Luna si vous êtes en danger. »
« Est-ce que s'enfuir est vraiment une solution? » ajouta Elia, et en même temps, Harry protesta : « Je ne veux pas finir comme pâté pour dragon une fois de plus. »
Le regard de Rolf sur lui changea.
« La vache, je n'avais pas réalisé. Tu es Harry de l'histoire avec le Magyar à Pointes? Dans ce cas, je peux admettre que tu pourras la protéger. »
Rolf se montrant surprotecteur avec Luna corroborait la théorie de Harry sur ses sentiments amoureux; même si Rolf ne l'avait sans doute jamais vue en duel s'il doutait de sa capacité à se défendre seule.
Des souvenirs de la Bataille de Poudlard lui revinrent en mémoire et il les renvoya d'où ils venaient sans attendre. Ce n'était toujours pas le moment de penser au passé.
Heureusement, Luna sembla perdre intérêt pour la conversation et commença à nettoyer la table du petit-déjeuner avec des mouvements rapides mais gracieux de sa baguette.
« On devrait y aller, » dit Rolf une fois que la vaisselle se fit toute seule dans l'évier. « Pour que vous deux ayez encore le temps d'y aller dans l'après-midi. »
Harry se rendit compte qu'Elia n'était pas ravie à l'idée d'être séparée de sa petite-amie, même si c'était elle qui avait proposé cette répartition.
« Qu'est-ce qu'on peut faire en attendant? » Demanda-t-elle à la place.
« Tout le monde travaille dans la Réserve pendant la journée, mais vous pouvez vous balader. Le village est sympa, mais vous devriez surtout profiter du paysage. »
Il étira ses bras au-dessus de sa tête.
« Personne ne ferme les portes à clef, donc vous n'aurez pas à vous inquiéter pour ça. Ne partez juste pas trop loin au cas-où la météo se dégraderait brusquement. »
Il apparut à Harry qu'il n'avait aucune idée de leur localisation actuelle, seulement que le village s'appelait visiblement Creastamică, un nom qu'il n'avait jamais entendu avant.
Rolf et Luna partirent, et Elia eut l'air abandonnée.
« On va marcher? » Demanda-t-elle comme si elle aurait bien fait n'importe quoi d'autre.
Harry pouvait la comprendre; leur premier jour ne semblait pas aussi excitant qu'elle l'avait espéré.
« Ouais, allons-y, » approuva-t-il.
« Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu connaissais quelqu'un ici ? » Demanda-t-elle en quittant la cuisine.
« Comme je l'ai déjà dit, on s'est rencontrés genre deux fois. Qui sait, il ne se souvient peut-être pas de moi. »
« Seul un idiot t'oublierait, » déclara-t-elle, et Harry ne savait pas si c'était une bonne chose.
« Au moins ça nous fait un truc à faire, trouver ton homme mystère. »
« Rolf a dit que tout le monde travaillait, » objecta Harry. « Et tu ne vas pas en profiter pour me ridiculiser devant lui, hein ? »
« Je n'oserai pas. Je veux juste vérifier s'il serait bien pour toi. »
Harry estima qu'il avait plutôt intérêt à faire profil bas pour que son stupide plan « Caser Harry » lui passe rapidement.
Un coup sec sur la fenêtre du salon le sauva. Il ouvrit le loquet et Aderyn vola dans la pièce, avant de se poser sur le dossier du fauteuil le plus proche, celui qui était recouvert par les affaires du père de Rolf.
Elia caressa doucement ses plumes et Harry fouilla dans son sac pour trouver une friandise.
« Elle n'a pas l'air d'avoir souffert du voyage, » nota Elia. « Plutôt l'inverse, en fait. »
« J'ai toujours trouvé ça dément, le fait que les hiboux puissent couvrir des distances pareilles pour livrer le courrier. »
A ce jour, c'était un des rares mystères du monde sorcier qu'il n'avait pas élucidé – ça, et la règle ridicule contre les stylos moldus à Poudlard.
« On va se promener, Aderyn. A tout à l'heure. »
Elle lissa ses plumes et s'envola pour se percher sur une poutre de la charpente, puis baissa les yeux sur les deux humains.
« J'imagine que ça lui va. »
« Tu as tout ce qu'il te faut ? » Demanda Harry avant qu'ils puissent sortir. Elia vérifia rapidement sa tenue et secoua la tête.
« Attend. Accio le pull tricoté de Luna. »
Elle attrapa le vêtement de sa petite-amie en plein vol et l'enfila.
« C'est bon. » Confirma-t-elle.
Maintenant que le soleil s'était levé, Harry pouvait découvrir les alentours. La maison était sur le flanc de la montagne, et le chemin de terre par lequel ils étaient arrivés la nuit dernière serpentait vers l'aval entre d'autres chalets similaires, ce qui devait être le fameux village. Il était entouré par des sommets d'altitude variées, et Harry pouvait aussi apercevoir des champs verdoyants, des maisons minuscules et un cours d'eau dans la vallée en contrebas. Ça ressemblait un peu à la campagne écossaise, pour être tout à fait honnête, même si ça n'en avait pas la portée émotionnelle. De façon générale, c'était relaxant et très, très calme.
« Waouh, » dit Elia, un pas derrière lui. « C'est énorme. »
Harry se contenta d'un hochement de tête et ils commencèrent à marcher vers l'aval et le centre du village, découvrant une rangée de chalets solides, certains avec une enseigne sur la porte. Ils burent de l'eau pure et glacée directement à la source et firent demi-tour lorsqu'il devint clair qu'ils avaient vu tout ce qu'il y avait à voir. Dans la journée, l'endroit ressemblait à une ville fantôme, et Harry se demanda si ça changeait le soir avec le retour de ses habitants.
Ils revinrent à leur chalet pour trouver un message magiquement maintenu sur la lourde porte d'entrée en bois. « Harry » était-il écrit dessus, en lettres majuscules.
Il déplia le parchemin et le lut avant de le tendre à Elia, qui avait bien du mal à cacher son excitation.
« Cher Harry,
Bienvenue à Creastamică, le meilleur endroit sur Terre (en toute objectivité). Je ne m'attendais pas à ce que tu sois le premier membre de ma famille élargie à venir me rendre visite, mais j'en suis heureux.
Si tu veux, je peux prendre une pause dans mon travail aujourd'hui pour te faire visiter. Demande à Rolf de te montrer le chemin jusqu'au refuge, et je te verrai là-bas.
A plus tard,
Charlie »
« Il a l'air d'un type bien, » approuva Elia. « Mais tu es sûr que vous n'êtes pas amis ? »
« Il est probablement amical avec tout le monde, » contredit Harry, essayant de cacher à quel point il était soulagé d'être le destinataire d'un si gentil message.
« On verra, » Reprit Elia, parce qu'elle ne pouvait s'empêcher d'avoir le dernier mot.
(Je crois que c'est un de mes chapitres préférés. J'espère qu'il vous plaira autant qu'à moi.)
Update du 13/09/2020 : chapitre réécrit presque entièrement
MERCI.
