Précédemment dans TA: Harry, Luna et Elia sont arrivés à la Réserve de Dragons Roumaine et ont rencontré Rolf Dragonneau. Le matin, Harry et Elia ont fait un tour dans le village.


Rolf et Luna les retrouvèrent une heure plus tard. Harry et Elia avaient tué le temps en écrivant en français dans le journal de Harry, ce qui s'était révélé bien plus amusant qu'aucun d'eux ne l'aurait cru (et bien évidemment, Harry l'avait taquinée à propos de Gabi, l'employé du Ministère avec qui elle avait sympathisé pendant le voyage, ce à quoi elle avait répliqué que lui n'était même pas capable de prendre la Cheminette sans tomber).

Dès qu'elle entra dans la pièce, Luna entoura les épaules d'Elia de ses bras, qui était assise à côté de Harry sur le fauteuil.

« Le bébé dragon est adorable, Elie » dit-elle, faisant la moue, comme déçue d'avoir dû le quitter aussi vite.

Elia passa la main dans ses cheveux pour la réconforter. Rolf prit le temps de retirer sa veste chaude avant de rejoindre le cercle.

« Vous avez fait quoi pendant ce temps, alors ? »

« On a marché dans le village, et on a fini par rentrer parce que le vent était trop fort et qu'on avait fait le tour. »

Objectivement, ils auraient pu continuer ; pourtant, après un mois dans la plus grosse ville française, Harry avait besoin d'un temps d'adaptation. Et il était super fatigué.

« Vous comptez monter bientôt ? »

« J'ai reçu une lettre de Charlie. Il dit qu'il va prendre une pause dans son travail pour nous retrouver. Tu pourrais nous montrer le chemin jusqu'au refuge ? »

« Bien sûr. Vous voulez partir quand ? »

« Je ne sais pas, » répondit Harry avant de jeter un regard à son amie à ses côtés. « Elia, t'en penses quoi ? »

Elle haussa les épaules.

« Pourquoi pas maintenant ? Charlie a dit qu'il nous attendait, après tout. »

Luna fronça les sourcils.

« Ne sois pas triste, Mooncalf, je serai très vite de retour, et on pourra passer toute la soirée ensemble. »

« Eh, je suis là aussi ! Tu ne vas pas rester toute seule. Et en plus, tu ne m'as toujours pas raconté tes vacances d'été, » intervint Rolf, sourcils vaguement froncés.

En temps normal, Elia aurait levé les yeux au ciel face à son comportement, mais comme sa distraction fonctionna, elle s'en empêcha.

« Alors, vous êtes prêts ? » demanda Rolf.

Elia prit le temps d'embrasser Luna et de lui chuchoter quelque chose au creux de l'oreille, puis elle attrapa sa veste d'extérieur.

« Vous voyez ce sentier là-haut ? Il vous guidera jusqu'aux dernières habitations du village, et de là au col et au refuge. Vous devriez l'atteindre dans une quarantaine de minutes, » expliqua Rolf quelques minutes plus tard, devant le chalet.

« Et si on se perd ? »

« Ça n'arrivera pas, sauf si vous le voulez vraiment. Et vous verrez le village jusqu'au bout, donc dans le pire des cas, vous pourrez toujours redescendre. »

Harry ne savait pas si Rolf était direct ou nonchalant, et malgré son séjour prolongé dans les bois l'année précédente, Harry se méfiait toujours des explications trop simples. Peut-être que Rolf essayait de se débarrasser d'Elia et lui pour rester seul avec Luna ? Harry grogna intérieurement de la direction que prenaient ses pensées. Il avait vraiment besoin de s'occuper l'esprit s'il se mettait à douter de chaque nouvelle connaissance.

« Merci, on va se débrouiller, » réagit Elia, puisque Harry était occupé à se prendre la tête.

« Amusez-vous bien. A plus tard ! »

« Prends soin de Luna, » ajouta Elia, le ton bien trop tranquille pour être honnête.

Rolf fit un salut militaire et retourna à l'intérieur.

En montant le sentier jusqu'au col, Harry jeta de fréquents coups d'œil au village qui devenait de plus en plus petit, et remarqua différents points d'intérêt qu'il partagea avec Elia lorsqu'ils firent une courte pause pour reprendre leur respiration.

« Ça ne ressemble plus à l'Écosse, hein ? » s'amusa Elia.

Effectivement, un vignoble s'étendait sur la pente en aval, et le relief était bien plus haut que ce à quoi Harry était habitué.

« Tu as compté les toits ? » Demanda-t-il.

« J'en ai vingt-deux, et on sait déjà que certains sont des boutiques, donc je ne pense pas qu'il y ait grand-monde qui vive ici. »

Elia avait les yeux brillants, ses cheveux noirs voletant autour de son visage détendu.

« Je n'aurais jamais cru qu'on puisse vivre dans un endroit aussi calme. Écoute. »

Elle se tût et aussitôt, ils n'entendirent plus que le bruissement des feuilles dans le vent, et de temps à autre le cri d'un oiseau haut dans le ciel.

« J'ai l'impression que même mes pensées sont trop bruyantes, » se plaignit Elia avec bonne humeur.

« Paris te manque déjà ? » la taquina Harry.

« Pas une seconde. Toi ? »

« Un peu, » avoua-t-il. « Enfin, c'est magnifique ici, mais je sais pas, je crois que je suis un peu à l'ouest. »

« Le village fantôme n'est pas franchement accueillant, c'est clair, » reconnut-elle. « Mais on va rencontrer Charlie ! »

Harry leva les yeux au ciel.

« Encore avec ça ? » Il lui jeta un regard noir, et elle battit des cils innocemment.

« Il doit nous attendre, allez, » ajouta Elia avant de reprendre la montée.

Puisqu'elle essayait juste de le pousser à bout, Harry la suivit sans rien dire de plus. Le sentier devint plus pentu encore, et Elia prit la tête, laissant Harry marcher derrière elle. Ils arrêtèrent aussi de discuter, le vent assourdissant leurs voix.

Lorsque enfin, un toit pointu caractéristique apparut entre deux pointes rocheuses quelques trente minutes plus tard, Harry poussa un soupir de soulagement. Et effectivement, le chemin cessa de grimper et ils atteignirent un plateau battu par les vents. Là se trouvait le refuge que Rolf avait mentionné, un long mais étroit chalet en bois peint en blanc, au toit recouvert de tuiles en terre cuite, et vingt mètres plus loin, une grange, elle aussi en bois. De l'autre côté du col, la piste descendait dans une vallée arborée. La vue était incroyable, et valait bien l'effort fourni pour monter, songea Harry.

Avant qu'ils aient le temps de s'approcher, la porte du refuge s'ouvrit et une personne aux flamboyant cheveux roux leur fit signe de loin.

« Par ici, » la voix les appela.

Harry suivit le conseil et reconnut Charlie Weasley, vêtu d'un t-shirt ocre révélant ses avant-bras musclés et un treillis, ses cheveux à peine plus courts que ceux de son frère aîné relevé en un chignon désordonné. Il n'avait pas changé d'un iota depuis le mariage de Bill et Fleur, même si Harry ne pensait pas l'avoir un jour vu sourire aussi largement.

« Salut Harry ! Je suis super content de te voir. Comment s'est passé le voyage ? » le salua Charlie avant de lui taper dans la main, geste que Harry rencontra maladroitement.

« Épuisant, » dit-il honnêtement. « Il n'y a vraiment rien de pire que les Portoloins. »

Charlie hocha vivement la tête.

« Ça, c'est clair. Je préférerai encore voler en balais jusqu'à Londres plutôt que d'en prendre un. En tous les cas, tu es là maintenant, et c'est le plus important. »

Rassuré par l'amabilité de Charlie, Harry relâcha la respiration qu'il n'avait pas eu conscience de retenir. Puis, Charlie se tourna vers Elia, qui tendit la main vers lui.

« Je m'appelle Elia, » dit-elle. « Je suis la copine de Luna. »

« Je l'ai rencontrée à Paris, » ajouta Harry. « Elle tient une auberge avec sa mère. »

« Oh, wow. Ça doit être un sacré boulot, » siffla Charlie. « Ravi de te rencontrer, Elia. Moi c'est Charlie. »

« Pas plus difficile que de travailler avec des dragons, je pense, sauf si on compte certains clients aussi agréables que des harpies. »

Charlie éclata de rire.

« Ma sœur t'adorerait, » dit-elle avant de rediriger son attention sur Harry.

« Alors comme ça tu es en vadrouille? »

« Ouais, ça fait un mois déjà, » révéla Harry. « Paris c'était super. »

« La Roumanie est encore mieux. Donne-lui quelques jours, et tu ne voudras plus jamais repartir. »

Elia sembla à la fois enthousiasmée et dérangée par cette prédiction.

« On verra, » concéda Harry. Avec un peu de chance, Charlie leur montrerait ce qu'ils avaient manqué. « On a vu le village ce matin. »

« Pas terrible en pleine journée, hein ? »

« Non, pas vraiment, » confia Harry, soulagé que Charlie ne prenne pas la remarque personnellement.

« Tout le monde travaille à cette heure-là, alors ça peut paraître un peu vide. Et encore plus aujourd'hui, avec la tempête qui arrive, tous nos dragonniers sont d'astreinte, prêts à intervenir s'il y avait le moindre problème. »

Charlie ne semblait pas particulièrement nerveux, mais peut-être que la situation était habituelle.

« Et toi ? » demanda Elia.

« Je fais le guide touristique, » plaisanta Charlie. « Et je m'assure que vous ne vous fassiez pas dévorer pendant votre visite. »

« Oui, j'aimerais mieux pas, » rit Elia. « Ma mère me ramènerait du royaume des morts juste pour me crier dessus. »

« Sans rire, le village, le refuge et la réserve sont trois zones différentes, avec chacune leurs protections magiques et leurs règles, donc ne vous inquiétez pas. Les dragons sont confinés dans la réserve. »

«Leurs règles ? » demanda Elia.

« Pour notre protection, et celle des Moldus. Comme vous le savez sans doute déjà, le seul moyen pour venir à Creastamică est d'utiliser une des deux seules Cheminettes connectées à la notre, soit à Bucarest, soit dans la grande ville la plus proche, Braşov. Et il y a des boucliers Anti-Transplanage partout, donc vous devez marcher ou voler en balai pour passer d'une zone à une autre. Les trois sont incartables, et la réserve encore plus que les autres."

« Luna a dit que le Code du Secret Magique n'est pas le même en Roumanie, » remarqua Harry.

« Elle a raison. La plupart des Moldus croient en une forme de magie, et j'ai entendu dire que leur gouvernement pense à reconnaître officiellement les Voyants. Même s'ils ne comprennent pas la magie, ils savent que c'est une réalité pour certaines personnes, et ils l'acceptent. Historiquement, les sorcières et sorciers ont toujours vécu parmi les Moldus, et c'est pour cette raison qu'on ne trouve pas de vrai lieu magique dans ce pays. A l'exception de cet endroit, bien sûr. »

« La cohabitation semble bien moins compliquée qu'au Royaume-Uni, » ajouta Harry.

« Ouais, tant que tu ne passes pas au-dessus d'une ville moldue à bord d'une voiture volante, » le taquina Charlie, souriant.

Elia lui jeta un regard perçant que Harry préféra ignorer.

« Il caille ici, ça vous dit de rentrer vous réchauffer un moment? » Proposa Charlie en désignant la porte du refuge derrière lui.

« Je ne vais pas dire non, » acquiesça Elia, frissonnante malgré sa veste en laine.

La pièce était merveilleusement chauffée et accueillante, son carrelage noir égayé par les mêmes tapis tissés bleu et rouge qu'au village.

« Voici le refuge, » annonça inutilement Charlie, une main posée sur la hanche. « C'est notre lieu de travail lorsque nous ne sommes pas sur le terrain, et là où on se retrouve pour discuter la journée ou pour les occasions particulières. »

A droite de l'entrée, une patère ployait sous le poids d'un monceau de capes, et le sol était recouvert de solides chaussures de montagne. Plus loin dans la pièce, un groupe de personnes était assis à une longue table en pin, des livres et parchemins étalés devant eux, et c'était si évocateur de l'esprit de la Grande Salle que le cœur de Harry loupa un battement. Arrête de penser à la guerre, se morigéna-t-il.

« Les gars, » dit Charlie, s'approchant du groupe attablé. « Voici Harry et Elia. »

Il ne mentionna rien d'autre, mais peut-être qu'il avait parlé de leur venue auparavant. Un choeur de salutations amicales les accueillit.

« Et ce sont mes collègues, Tom, Ollie, Camillo, Petra et Kate. »

En dépit de leurs attributs physiques très différents (les cheveux rose pâle d'Ollie ou les arabesques tatouées sur le cou de Petra, par exemple), ils étaient tous musclés, confiants, et ne semblaient pas dépasser la quarantaine. Harry était certain de ne pas retenir leurs noms, mais il les salua d'un hochement de tête qu'il espérait suffisamment poli. Heureusement, Charlie leur fit signe, à Elia et lui, de le suivre jusqu'au fond de la pièce, devant une paire de portes fermées.

« Ça, c'est la salle des archives. On doit remplir un tas de papiers tous les jours, et on les range là une fois qu'ils ont été enregistrés. Si vous cherchez des rapports de patrouille, des certificats de naissance ou des statistiques, c'est sûrement là-dedans. »

Charlie leur parlait comme s'ils étaient deux nouvelles recrues et non de simples visiteurs; pourtant, Harry s'en moquait. Enfin, quelqu'un était transparent avec lui sur la manière dont les choses fonctionnaient.

« Pourquoi devez-vous garder la trace de vos patrouilles? » S'inquiéta Elia, jetant un coup d'œil dans la pièce pour découvrir des rangées infinies d'étagères bien ordonnées.

« Moi aussi je pensais que c'était inutile, mais il a quelques années, ça nous a aidé à prévoir une migration, donc je pense que ça a son utilité. Tu apprends à voir au-delà des apparences quand tu travailles ici. Et d'ailleurs, » Charlie agita sa main en direction de la porte à leur droite. « Voici le bureau de Sven. Le grand patron, même s'il continuera à prétendre jusqu'à la fin des temps qu'il ne voulait pas le devenir. C'était lui le meilleur dragonnier quand je suis arrivé il y a six ans, mais il est aussi très doué pour gérer une équipe. Vous le croiserez sûrement à un moment donné. C'est le type renfrogné avec une barbe. »

Si Sven était un bon dirigeant, Charlie était un excellent guide. Malgré la quantité d'informations qui se déversait sur lui, Harry se rendit compte qu'il voulait en apprendre encore plus.

« Vous voulez voir la nursery maintenant? » Offrit Charlie.

Elia sourit largement. « Si on en croit Luna, c'est l'unique raison de notre venue. »

« Luna est bien la fille spirituelle de Norbert, » confirma Charlie, amusé. « Allez, venez. »

Sans surprise, la grange était plus grande à l'intérieur. Charlie les mena le long d'un immense couloir à une pièce plus vaste que la Grande Salle de Poudlard elle-même, et une copie parfaite de la flore de montagne. Pendant que Harry et Elia prirent le temps de regarder autour d'eux avec une curiosité non feinte, une collègue de Charlie apparut de derrière un mélèze qui commençait à perdre ses épines. Son crâne était rasé, à l'exception d'une longue mèche blonde qui retombait du côté droit.

« Loués soient les Dieux, tu es là, » dit-elle avec un léger accent. « Viens surveiller le petiot une minute? Je n'ai plus de sang de poulet, et il commence à être un peu déchaîné. »

« Merde, j'arrive, » répondit aussitôt Charlie.

« Vaast sera là dans peu de temps avec le plein, » annonça-t-elle. « Merci. »

Elle les emmena le long d'un sentier entre les arbres et s'arrêta dans une clairière. Là, un bébé dragon pas si petit que ça était en train de mettre en pièces, méticuleusement, un buisson de myrtilles.

« Juste un peu déchaîné, » ironisa Charlie.

Harry se rendit compte que Freja avait déjà disparu entre les arbres.

Le dragonneau faisait un mètre de long, avec des écailles bleues et une paire de courte mais non moins acérées cornes sur le front. Honnêtement, Harry ne pouvait pas dire qu'il était « adorable », même s'il était assurément impressionnant.

Les branches bruissèrent à côté de lui, et Harry se retourna brusquement pour découvrir un homme perché sur la branche basse d'un pin. Il avait les cheveux roux bouclés et il gribouillait dans un carnet, oblitérant complètement de son esprit tout ce qui n'était pas le dragon à ses pieds.

« Voici Norbert Dragonneau," offrit Charlie. « Un des meilleurs magizoologistes au monde. C'est aussi un spécialiste du Suédois à Museau Court, alors il nous donne un coup de main avec Njord. »

Elia et Harry partagèrent un regard entendu. La description correspondait à l'idée qu'ils s'étaient faite de l'homme en question.

« Il n'est pas encore assez âgé pour cracher du feu, mais ne vous approchez pas plus. »

« Je n'ai aucune envie de finir comme les myrtilles, » lâcha Harry, et Charlie rit.

« Quel âge a-t-il? » Demanda Elia pendant que Njord abandonnait son buisson à présent réduit à l'état de brindilles pour s'attaquer à un épicéa et à ses pommes de pins flottant au-dessus du sol.

« Quatre mois, » répondit Charlie. « Sa mère ne voulait plus s'occuper de lui, alors la Réserve Suédoise de Dragons nous a demandé de le prendre. Et heureusement, Freja est venue avec lui, parce que ça fait un bout de temps qu'on n'a pas eu à s'occuper d'un petit ici. Depuis Norbert, en fait, » ajouta-t-il avec un clin d'œil à l'adresse de Harry.

« Vous faîtes ça souvent? D'échanger des dragons? »

« Ça arrive, mais on échange des dragonniers plus souvent que des dragons, en réalité. Un à trois collègue étrangers choisissent de passer du temps avec nous tous les ans. »

« Et toi, tu as visité d'autres réserves? » Interrogea Elia.

« Je suis allé dans les Hébrides pendant mon apprentissage, et j'ai passé six mois au Pays de Galles en 1994. Mais je rêve de voir de mes propres yeux la Réserve Chinoise. Yu, notre consultante légal, dit qu'elle est trois fois plus grande que la notre. Tu te rends compte? »

L'enthousiasme de Charlie était palpable, et Harry se surprit à sourire malgré la présence menaçante du dragonneau. Fort heureusement, Freja choisit cet instant pour réapparaître, chargée d'un seau en bois malodorant. Elle le déposa sur le sol moussu, loin du groupe d'humains, et dès qu'elle commença à reculer, Njord sauta sur le seau comme si quelqu'un allait tenter de le lui voler.

« Cognac et sang de poulet, » se rappela Harry de sa première rencontre avec Norbert dans la cabane de Hagrid.

Njord plongea la tête dans le seau et Elia sembla dégoûtée.

« Bingo, » approuva Charlie, et c'était si moldu que Harry s'étouffa presque de rire. « On a dû agrandir le poulailler au village pour suivre la demande. »

« Vous allez le garder quand il sera plus grand? »

« On ne sait pas encore. Il ne sera pas complètement adulte avant un an et demi, du coup on a encore le temps pour trouver une solution. Les Suédois à Museau Court ne sont pas très territoriaux, mais on ne sait jamais comment ils peuvent réagir dans une situation donnée. »

« Je vais aller voir comment va Bayek maintenant, » annonça Freja en direction du pin dans lequel Norbert était toujours perché. Une branche bruissa et la tête ébouriffée du magizoologiste apparut. Il sembla interloqué qu'il y ait non pas une, mais quatre personnes au pied du tronc.

« D'accord, » répondit-il calmement. « Prenez votre temps. »

« Et il est temps pour nous de débarrasser le plancher, » Charlie remarqua pour ses visiteurs. Ils dirent au revoir à Freja dans le couloir et une fois de plus, se retrouvèrent dans le vent sur le col de la montagne.

« Vous voulez redescendre au village maintenant, ou visiter la réserve? »

« Il est encore tôt, non? »

« Dans les seize heures, » acquiesça Charlie, cherchant la position du soleil derrière les lourds nuages. « On a trois heures devant nous avant le coucher du soleil, moins si la météo se dégrade. »

« Tu crois qu'on va voir des dragons adultes? » Demanda Elia avec excitation.

Harry eut un mouvement de recul à la suggestion mais Charlie, comme s'il comprenait parfaitement sa réaction, posa une main rassurante sur son épaule.

« Sûrement, mais pour la plupart, ils préfèrent chasser à l'aube, » répondit-il sans bouger sa main, son corps à quelques centimètres seulement de celui de Harry. « N'aies pas honte d'avoir peur. Tu as tous les droits de l'être. »

Malgré l'absence de preuve concrète qu'il ne risquait rien, Harry se sentit rasséréné par le ton calme de Charlie. Elia haussa un sourcil, et Harry sourit faiblement.

« Luna t'a parlé du Tournoi des Trois Sorciers? »

« Pas vraiment, je crois qu'elle n'a pas trouvé ça très fascinant, sauf pour les Êtres de l'eau. Eux, elle en a parlé pendant des jours. Pourquoi? »

« J'ai un peu eu à voler une contrefaçon d'œuf à une mère dragon, » révéla-t-il rapidement, sachant que Poudlard allait encore baisser dans l'opinion d'Elia.

« Et il s'en est très bien sorti, compte tenu des circonstances, » approuva Charlie, et Harry se sentit rougir face au compliment. Personne n'avait rien dit de tel à cette époque quand ils s'attendaient tous à ce qu'il s'en sorte malgré tous les obstacles. Et à présent, quelques quatre années plus tard, Harry réalisa avec un mélange de honte et de soulagement qu'une part de lui avait eu besoin d'entendre ces mots.

« Je suis infiniment reconnaissante que Luna et toi ne soyez plus des élèves de cette foutue école, » soupira Elia, secouant la tête avec irritation. « Maintenant je comprends mieux que tu ne veuilles pas les approcher. »

« Ils seront bien plus calmes que ceux que tu as vu pendant le Tournoi, Harry. Ils n'ont aucune raison d'être agressifs, nous ne sommes ni des voleurs, ni leur repas. »

Harry parvint à sourire, et céda.

« Allons-y, alors. »

Ils partirent, Charlie devant, le long de la crête. La vue était grandiose, et Harry remercia la fortune que le vertige ne fasse pas partie de son bagage émotionnel, étant donné que, de chaque côté du sentier rocheux, la pente était plus raide que jamais.

« Levez les yeux, » les prévint Charlie un moment plus tard. « Et laissez-moi vous présenter le point culminant de la région, le Mont Moldoveanu. »

Le ton de Charlie était déférent, et Harry en comprenait sans peine la raison. Le ciel était nuageux, et pourtant le sommet ressortait distinctement, la crête continuant encore et encore avant de redescendre dans la vallée suivante, comme si elle disparaissait complètement.

« Le cairn ici indique la frontière ouest. Si vous allez plus loin, les protections magiques vous retiendrons. »

En effet, Harry pouvait sentir une subtile résonance magique venant du tas de cailloux à ses pieds.

« Il y en a un à chaque point cardinal, » continua Charlie. « Les Moldus les utilisent aussi, sur leurs chemins de randonnée. C'est surtout utile au printemps quand la neige fond et que les sentiers ne sont plus si visibles. »

Il désigna le nord du doigt.

« On va descendre la pente maintenant, et s'approcher du territoire de nos deux Cornelongue Roumains. Ils peuvent sembler imposant à cause de leur taille et de leurs cornes, mais ils sont assez tranquilles en réalité. »

Le soleil était en train de se cacher derrière les sommets quand Charlie s'arrêta finalement derrière un tronc tombé. Elia commença à dire à quel point elle avait mal aux pieds, mais la plainte mourut sur ses lèvres lorsqu'elle aperçut le premier dragon adulte de sa vie. Harry s'agenouilla dans l'herbe et posa ses coudes sur le tronc, plus ému qu'il ne l'aurait pensé.

Les deux Cornelongue Roumains flânaient autour d'un plan d'eau, leurs cornes dorées semblables à celles d'un taureau brillant sous la lumière du soleil couchant.

« On dirait des tricératops, » souffla Elia, et Harry lui jeta un regard confus, ne se rappelant que vaguement avoir étudié les dinosaures à l'école primaire.

« Ils sont chassés pour leurs cornes depuis des décennies, et leur nombre est vraiment bas, donc on garde un œil particulièrement attentif sur ces deux-là. »

« Ce n'est pas le but d'une réserve? Protéger les espèces en danger? » Précisa Elia, s'asseyant aux côtés de Harry sur l'herbe pendant que Charlie restait debout, aux aguets.

« Si, bien sûr, » répondit-il rapidement, regardant au loin. « La tempête arrive. On devrait rentrer. »

Découragée d'avance par la perspective de la remontée, Elia ne put s'empêcher de demander:

« Combien de temps ça va prendre? »

L'expression concernée de Charlie s'adoucit, et il lui envoya un clin d'œil.

« Des heures si on marche, mais on ne va pas marcher. »

« Tu ne veux pas dire que... »

Charlie éclata de rire en leur faisant signe de se relever et de lui emboîter le pas.

« Non, on ne va pas voler à dos de dragon. Je ne pense pas que quiconque ayant essayé soit encore en vie pour en parler. »

Harry s'étouffa, un rire nerveux mourant dans sa gorge.

Elia et Charlie plissèrent les yeux.

« En fait, » dit-il. « Ne dis rien à ta mère? » plaida-t-il à Charlie.

« Si tu savais ce qu'elle ne sait pas! »

« On l'a fait. Enfin, Hermione, Ron et moi, » révéla timidement Harry.

« Oh, par les Dieux. Le dragon de Gringotts? »

« Comment tu le sais? »

« Je savais que ça devait être quelqu'un de l'Ordre, même si je ne savais pas qui. Il semblerait que tu sois vraiment doué avec les dragons. »

Charlie n'était visiblement pas avare de compliments.

« Je ne sais même pas si je veux entendre cette histoire, » intervint Elia.

« Peut-être un autre jour. »

« Pour en revenir à notre affaire, on doit trouver des balais. Heureusement pour nous, nous avons plusieurs cachettes éparpillées dans la réserve, pour ce genre de d'occasion. Axis scopæ.» Charlie attrapa sa baguette et lança le sort.

« Ça indique les balais disponibles les plus proches. »

Pour confirmer ses mots, un trait d'étincelles vertes jaillit horizontalement de sa baguette. Le groupe commença à marcher en direction de la lumière, les étincelles devenant plus brillantes alors qu'ils se rapprochaient de l'objectif.

La cachette était une cabane de fortune en pierre, à peine assez haute à l'intérieur pour qu'un adulte puisse y tenir debout. Charlie s'agenouilla sur la terre battue et ouvrit un coffre. Il en sortit un balais et le tendit à Harry, qui reconnut aussitôt le manche très stylisé d'une Flèche Sibérienne. Il passa sa main sur le bois poli avec déférence.

« Tu voles, Elia? » demanda Charlie.

« Je n'ai jamais essayé. »

« On montera ensemble alors. »

Charlie sélectionna pour lui un Nimbus 1500 en bon état et le trio quitta la cabane. Pendant leur bref intermède à l'intérieur, la météo s'était dégradée, confirmant la prédiction de Charlie.

« Il y aura peut-être des nuages là-haut, donc n'hésite pas à utiliser le sort si tu nous perds. » Dit-il à Harry. « Axis Refugium, pour le refuge, ou Axis Creastamică, pour le village. »

Les mêmes étincelles vertes pointèrent vers le sud. Regardant avec méfiance les nuages d'orage, Harry monta sur son balais pendant que Charlie expliquait rapidement mais efficacement à Elia les rudiments du vol en balais. Il s'envola un peu avant eux, survolant la cabane, extasié d'être dans les airs malgré ou à cause du mauvais temps.

L'électricité ambiante courait sur sa peau et il frissonna de délice. Cette activité avait perdu de son attrait jusqu'à ce jour, et il était reconnaissant de ne pas l'avoir perdue en plus de tout le reste.

Charlie et Elia décolèrent à leur tour et ouvrèrent le chemin jusqu'au col à allure modérée. Harry sentait tous ses membres le démanger d'envie de faire quelques pirouettes, surtout sur un balais aussi réactif, mais il la freina et essaya de profiter du vol tel qu'il était.

Le refuge était à peine derrière eux que le ciel s'ouvrit sur leurs têtes fatiguées, la pluie torrentielle transformant le plaisant trajet en une bataille contre les éléments. Lorsqu'ils posèrent enfin le pied dans le village quelques vingt minutes plus tard, ils étaient trempés jusqu'aux os et plus que soulagés d'être arrivés – même le sort Impervius avait ses limites.

Charlie récupéra la Flèche Sibérienne et ils se dirent au revoir devant le porche de leur logement temporaire, promettant de se retrouver plus tard dans la soirée autour d'un verre au bar.


(J'ai très envie d'aller en Roumanie pour voir le Moldoveanu de mes propres yeux.)

Update du 13/09/2020: chapitre réécrit entièrement

MERCI.