Hello ! Vous avez le droit de m'en vouloir un peu pour cette absence de trois mois... J'étais complètement déçue par mon dernier chapitre et la vie réelle m'a bien gardée occupée. Je ne sais pas si ça va aller mieux à partir de maintenant, mais je vais faire de mon mieux !

En tout cas, bonne lecture, et merci à tous pour vos commentaires réconfortants sur le dernier chapitre.


« Alors, comment était Brașov ? » demanda Charlie lorsqu'ils furent attablés devant le dîner ce soir-là.

Bram avait donné à Harry un plat préparé par sa mère en remerciement de son aide ce jour-là, ainsi Harry n'avait pas eu à se remettre derrière les fourneaux en rentrant de sa journée en ville.

Harry posa sa fourchette pour répondre.

« Je ne m'attendais pas à ça, » avoua-t-il.

« Dans quel sens ? »

« Déjà, je pensais qu'il y avait une communauté magique dans toutes les grandes villes. »

Charlie secoua la tête.

« Les sorciers sont encore nombreux à avoir peur des Moldus en Roumanie, alors ils sont très bien cachés et évitent les grosses communautés qui pourraient attirer involontairement l'attention. A ma connaissance, l'arrivée de Cheminette de la gare de Bucarest est la seule publique du pays. Pour les autres, il faut avoir des amis ou se déplacer à la façon moldue, en voiture. »

« Ce n'était pas si compliqué d'aller de la cabane à la ville, mais de remonter la pente des heures plus tard avec le chargement qu'on ne pouvait pas ensorceler pour le rendre plus léger sous les yeux des Moldus, ça c'était autre chose ! »

Charlie montra son amusement.

« Bram t'a attiré dans un plan un peu foireux. Il n'y a que quand on ne sait pas à quoi s'attendre qu'on y va de son plein grès, » remarqua-t-il, avec un sourire en coin. « Et en ville, comment ça s'est passé ? »

« Bien, on a fait le tour de tous les commerces pour récupérer les provisions et Bram a discuté avec les commerçants sur le marché avant de repartir. »

« Forcément, il ne sort pas beaucoup de la réserve. Ses parents aiment bien quand il essaye un peu de sociabiliser avec les gens de l'extérieur, même si ce sont des Moldus. »

Harry fronça les sourcils.

« Est-ce qu'il y a ici des gens qui... considèrent que les Moldus nous sont inférieurs ? »

« Je ne pense pas, en tout cas ce n'est pas le genre de choses dont on discute. Pendant que la guerre faisait rage au Royaume-Uni, les gens étaient relativement calmes dans la réserve, sans prendre vraiment parti, même s'ils étaient inquiets lorsqu'ils étaient sans nouvelle de leurs proches pendant un moment. »

« D'accord, alors j'ai dû mal comprendre ce que tu as dit juste avant. »

« Oh, oh. » Grimaça Charlie. « Effectivement, ce n'était vraiment pas ce que je voulais dire. C'est juste que si d'aventure Bram s'était fait un ami moldu, il n'aurait jamais pu le faire monter ici, ni même dans la réserve à cause des champs de protection. De ce point de vue là, c'est sûr que ses parents auraient préféré qu'il rencontre des jeunes sorciers. Pour son propre intérêt. »

« Mais visiblement Bram n'a pas spécialement apprécié son temps passé à Bucarest, » remarqua Harry.

« C'est exact. Tu t'en rendras compte par toi-même, si ce n'est pas déjà le cas. On s'attache vite à la réserve, et une fois que c'est fait, c'est irréversible. »

« Et je suis bien parti pour rester, on dirait,» ajouta Harry, regardant Charlie dans les yeux.

Charlie se contenta de sourire et ils terminèrent de dîner dans un silence confortable.

[…]

Le lendemain matin, Charlie et Harry montèrent au col ensemble, en même temps que le soleil se levait sur le flanc de la montagne. Charlie portait un sac à dos de randonnée contenant des affaires de rechange, des provisions et un sac de couchage puisqu'il partait faire le recensement avec Freja et Evelien. Harry, écoutant le conseil donné par Charlie avec un clin d'œil, avait enfilé les vêtements auxquels il tenait le moins.

« Anan peut paraître un peu froide par moment, mais ne te fie pas à son apparence. C'est simplement pour se faire respecter. Une fois que tu commenceras à la connaître mieux, tu te rendras compte qu'elle a un cœur d'or. »

« Quel est son rôle dans la réserve ? » préféra demander Harry, plutôt que de rebondir sur ce que Charlie venait de lui confier.

« Elle a occupé la plupart des postes possibles et maintenant elle se concentre sur la recherche. Elle a un diplôme de Magizoologiste à l'origine. Mais comme c'est elle qui a formé le plus de dragonniers, Sven continue de lui demander régulièrement de s'en charger. »

Harry se fit la réflexion que Charlie était une mine d'informations sans pareille sur la réserve. Il releva la tête et constata que le col n'était plus très loin. Comme s'il lisait dans ses pensées, Charlie ajouta :

« Tant que tu seras apprenti, tu devras te contenter de tes pieds pour rejoindre la réserve. Pour ta forme physique, » expliqua-t-il, le sourire aux lèvres, comme s'il se rappelait sa propre période d'essai. « Tu pourras gagner du temps en balais à la fin des deux mois. »

Charlie en parlait comme s'il n'avait aucun doute sur le fait qu'Harry s'en sortirait pendant cette durée.

« Il y a pire que de commencer sa journée par un tel exercice, » réagit Harry en désignant le paysage derrière eux d'un mouvement de bras.

« Je suis bien d'accord, » renchérit Charlie, deux pas devant Harry.

Ils parvinrent au col quelques minutes plus tard et Harry aperçut une silhouette qui ne lui était pas familière devant le bâtiment principal. Charlie et lui se rapprochèrent d'elle.

Elle était plus petite que Charlie et solidement bâtie. Elle portait des vêtements kaki, qui contrastaient sur sa peau sombre, et une paire de chaussures de randonnée, comme Harry. Ses cheveux noirs et bouclés avaient été attachés à la hâte. Elle devait avoir une cinquantaine d'années.

« Tiens, mais qui voilà donc ! » s'exclama l'inconnue, une main sur la hanche, en les regardant tout à tour. « Charlie Weasley en personne. »

« De qui est-ce la faute si on ne se croise plus ? »

Elle tapa légèrement l'épaule de Charlie du dos de sa main.

« Il faut bien que certaines personnes s'occupent du travail sérieux pendant que d'autres prennent du bon temps sur un balais. »

« Je me sens blessé par ton incompréhension, » s'offusqua Charlie avec emphase.

« Et qui est ce jeune homme ? » demanda-t-elle, dardant son regard perçant sur Harry.

« Harry Potter, » se présenta-t-il en tendant la main vers elle.

Elle la serra et hocha la tête.

« Le fameux. Tu peux m'appeler Anan. Et maintenant, on va pouvoir y aller. » lança-t-elle du ton de la personne qui n'aime pas perdre son temps. « Weasley, tu comptes rester planté là ou aller travailler ? »

Charlie ne se laissa pas prendre au dépourvu et ajusta la bretelle de son sac à dos sur son épaule en souriant de toutes ses dents.

« J'y vais. Sur ce, je vous laisse. A dans quelques jours Harry ! » lança-t-il. « Anan, c'était un plaisir de te revoir. »

« Vil flatteur. »

Il leur adressa un signe de main et entra dans le bâtiment principal.

« Bon, à nous maintenant. Sven t'a expliqué en quoi consisterait ton apprentissage ? » demanda Anan.

« Pas vraiment. »

Elle soupira.

« Heureusement qu'on peut compter sur les autres dans cette réserve de malheur, » soupira-t-elle. « Allez, c'est parti. J'espère que tu as bien dormi cette nuit. »

Là-dessus, elle entraîna Harry en direction du seul bâtiment qu'il n'avait pas encore visité.

[…]

Le lendemain matin, quand Harry se réveilla, il put sentir les courbatures avant même de se lever. Anan ne l'avait pas ménagé pour sa première journée de travail et il s'était écroulé dans son lit aussitôt rentré. Maintenant, son estomac criait famine et il avait intérêt de se dépêcher s'il ne voulait pas arriver en retard.

Tout en remuant distraitement sa casserole de porridge, il essaya de détendre les muscles de ses jambes. Il n'avait pas imaginé que ce serait aussi physique, mais il supposait que c'était un passage obligé afin que les apprentis prouvent leur valeur. A coup sûr, les journées de Charlie ne ressemblaient plus à ça. C'était d'ailleurs ce qu'Anan avait sous-entendu devant le dragonnier confirmé.

En tout cas, s'il devait retenir un aspect positif, c'était que l'ennui avait d'un seul coup complètement disparu de sa vie. Il n'avait plus le temps pour ça.

Il versa le porridge chaud dans un bol et s'installa à table pour manger tranquillement. Il ne savait pas encore bien s'il appréciait Anan ou non. Elle était très compétente dans ce qu'elle faisait, c'était certain. Elle était plus expérimentée que Sven, Charlie, ou tout autre personne qu'Harry avait rencontrée depuis son arrivée au village. Et elle avait cette sorte d'autorité innée, qui faisait qu'on se sentait obligé de la respecter, même lorsqu'elle avait des attentes impossibles à satisfaire.

Par exemple, Harry n'avait pas été capable de soulever la moitié du poids qu'elle lui avait demandé, lorsqu'ils étaient allés nettoyer la litière de paille de l'infirmerie. Il l'avait donc fait en deux fois et elle avait passé le reste de l'après-midi à lui dire qu'ils devaient rattraper le temps perdu sur le programme.

A plusieurs reprises, Anan s'était mise à marmonner dans une langue inconnue – et vu le ton sur lequel elle prononçait ses mots, Harry veillait à filer droit dans ces moments-là.

Revenant à la réalité, Harry arrêta le feu sous la casserole et versa le porridge dans une assiette creuse, puis ajouta trois généreuses cuillères de sucre roux sur la bouillie fumante. Il avait l'étrange impression d'être à sa place, de manière globale dans la réserve, et plus précisément dans la cuisine de Charlie.

En y réfléchissant, ce n'était pas difficile de trouver pourquoi. En effet, Harry avait véritablement l'impression d'être le bienvenu ici. Chez les Dursley, évidemment, ça avait été l'extrême inverse, pour des raisons évidentes. A Poudlard, c'était la présence de ses amis et la magie qui comptaient plus que le château en lui-même ; lorsqu'il y était retourné seul pour les réparation il lui avait semblé qu'il était maintenant trop grand pour se trouver là. Et puis même chez Elia, où il ne pouvait nier avoir été bien accueilli, il y avait tout de même eu un rapport commercial entre eux, avant qu'ils deviennent amis. C'était différent de ce qu'il vivait maintenant en Roumanie.

Il n'était plus complètement en vacances : il était concrètement en train de se trouver une place, d'œuvrer pour son avenir, même si un jour il découvrirait que le travail avec les dragons n'était pas fait pour lui.

Harry termina de manger et lava sa vaisselle avant de se préparer pour partir. Une longue journée l'attendait.

[…]

Au bout du quatrième jour d'absence de Charlie, Harry commença à s'impatienter. Anan s'en rendit compte et le rassura en levant les yeux au ciel, disant qu'il ne servait à rien de s'inquiéter pour si peu. Harry se défendit mollement et vit que son mentor n'était pas convaincue par ses piètres talents d'acteur.

Le cinquième jour, Harry rentra comme d'habitude alors que la nuit commençait à tomber. Après avoir pris une douche, il songea à préparer le repas. C'est alors qu'il entendit la porte d'entrée s'ouvrir brusquement et claquer contre le mur. Il sursauta. En une fraction de seconde, sans réfléchir, il attrapa sa baguette.

Puis il reconnut Charlie et Freja, se tenant par la taille. Harry fronça les sourcils ; quelque chose n'allait pas. Il se rendit alors compte que le visage de Charlie était bien pâle comparé à celui de la jeune femme à ses côtés.

Freja referma la porte d'un coup de talon et s'avança vers le canapé en supportant le poids de Charlie afin de l'y laisser tomber, pendant que Harry restait planté au milieu de la pièce, essayant vainement d'analyser la situation, sans savoir quoi faire.

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » demanda-t-il alors.

Freja se redressa et regarda Harry dans les yeux. Elle aussi avait l'air fatiguée, s'il ne la comparait pas à Charlie.

« On s'est fait rattraper par une tempête sur le chemin du retour ce matin, et Charlie a fait une chute de son balai, » déclara-t-elle.

Harry grimaça. Qu'on soit un sorcier ou un Moldu, une chute n'était jamais une bonne chose. Il ne sut par quoi commencer, que demander à Freja, aussi fut-il soulagé qu'elle reprenne ses explications d'elle-même.

« On l'a rafistolé là-haut en arrivant, mais je crois qu'il va avoir besoin de se reposer maintenant. »

En effet, Charlie avait déjà fermé les yeux et glissait doucement sur le canapé. Un mince sourire apparu sur les lèvres de Freja.

« Je te le confie. Empêche-le de bouger demain même s'il dit qu'il se sent mieux. »

Harry s'abstint de lui faire remarquer qu'il ne serait pas présent dans la journée et se contenta d'acquiescer.

« Pas de problème, » affirma-t-il.

Peut-être que Freja ne savait pas encore qu'il était entré en apprentissage à la réserve, quand bien même elle venait de passer cinq jours avec Charlie.

Harry se demanda s'il devait être vexé que Charlie n'ait pas parlé de lui, ou s'il devait être content que Charlie ne divulgue pas sa vie privée.

Il secoua la tête pour chasser ces pensées.

« Je m'occupe de lui, rentre te reposer, » assura-t-il pour donner congé à Freja qui hocha brièvement la tête avant de retourner d'où elle était venue.

Harry se retrouva seul avec un Charlie somnolent et mal en point. L'ascension des escaliers lui semblant un obstacle difficilement franchissable, il décida de laisser le dragonnier dormir là, au moins pour ce soir.

Il songea que la descente du col jusqu'au village avait dû être compliquée. Harry attira à lui une paire de couvertures à l'aide d'un simple Accio et les déposa à l'extrémité du canapé. Puis il entreprit de retirer à Charlie ses chaussures de marche et son pantalon en mauvais état. Charlie protesta faiblement et n'aida pas beaucoup Harry, mais celui-ci parvint finalement à l'étendre plus confortablement et à le recouvrir des couvertures.

Quelques minutes plus tard, ses respirations s'étaient espacées et Harry retourna dans la cuisine préparer son repas en essayant de faire le moins de bruit possible.

Il dîna dans le silence, seulement bercé par le son régulier que faisait Charlie en dormant. Pour le nombre de fois où Harry s'était retrouvé à l'infirmerie pour diverses raisons – notamment le Quidditch – c'était la première fois qu'il veillait sur quelqu'un d'autre. C'était étrange que les rôles soient ainsi inversés.

Charlie ne remua pas lorsque Harry fit la vaisselle, pas plus lorsqu'il éteignit toutes les lampes et monta se coucher après avoir vérifié que tout allait bien.

[…]

Le lendemain matin, lorsqu'Harry descendit déjeuner, Charlie était réveillé et assis sur le canapé.

« Bonjour, »

« Bonjour Harry. »

Ils échangèrent un sourire, lourd de ce qu'ils avaient à se raconter, des événements des derniers jours.

« Comment tu te sens ? » demanda Harry en se dirigeant vers la cuisine, afin de ne pas perdre de temps dans sa routine, même s'il était debout un peu plus tôt que d'habitude. Il avait mal dormi, inconsciemment inquiet pour l'homme qui dormait au rez-de-chaussée. Il s'était aussi levé deux fois dans la nuit pour s'assurer qu'il n'y avait pas de problème.

Mais ça, il ne le lui dirait pas.

Charlie se passa lentement la main dans les cheveux et se tourna pour observer Harry.

« J'ai connu mieux, avoua-t-il. »

« Freja t'a ramené ici hier soir, tu n'avais pas l'air bien, » raconta Harry.

Charlie grimaça.

« Entre le moment où j'ai senti que je perdais le contrôle de mon balai dans la tempête et le moment où je me suis réveillé ce matin, je n'ai pas beaucoup de souvenirs. »

« C'est peut-être mieux pour toi. »

« Il n'empêche que je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé. »

« Freja a dit que la tempête avait démarré hier matin, que tu étais tombé de ton balais et qu'ils t'avaient ramené au col pour s'occuper de toi avant de te ramener ici hier soir. »

Charlie hocha la tête, écoutant attentivement ce que disait Harry.

« Tu as faim ? » demanda ce dernier.

« Je ne sais pas trop. »

« Ce serait bien si tu mangeais quelque chose, » l'incita Harry.

Charlie haussa un sourcil.

« Depuis quand c'est toi qui veille sur moi ? » remarqua-t-il sans méchanceté.

Harry aurait voulu répondre par un sous-entendu, pour détendre l'atmosphère, mais ne trouva rien à dire.

« Freja m'a laissé des instructions, » déclara-t-il à la place.

A sa grande joie, Charlie esquissa tout de même un sourire en coin.

« Et quelles sont ces instructions, s'il te plaît? »

« M'assurer que tu ailles mieux et que tu ne bouges pas ce canapé pour l'instant. »

Cette fois, Charlie rit franchement.

« Évidemment, elle veut s'attirer toute la gloire de la réussite de notre mission pendant que je suis coincé chez moi. »

Harry esquissa un sourire en levant les yeux au ciel. Puis il retira sa poêle du feu et déposa les œufs au plat dans les deux assiettes qui contenaient déjà le reste de haricots à la tomate de la veille. Puis il en amena une à Charlie avec des couverts.

Le dragonnier le remercia et s'empara de l'assiette fumante.

« Maintenant tu sais pourquoi je t'ai invité à venir habiter avec moi, » avoua-t-il sur un ton dramatique.

« Pour que je t'empêche de quitter le canapé ? » renchérit Harry, sans sous-entendu aucun.

A ces mots, le sourire de Charlie s'élargit.

« Il faudrait que tu me rejoignes pour que ça fonctionne. »

Harry écarquilla brièvement les yeux.

« Compte là-dessus, » répondit-il du tac au tac, ne sachant franchement plus comment se comporter maintenant que Charlie reprenait ce ton désinvolte avec lui.

Le silence tomba entre eux et Charlie baissa les yeux sur son assiette. Harry, perplexe, retourna dans la cuisine et s'installa à table.

Lorsqu'ils eurent terminé de manger, Charlie remercia Harry pour le repas et lui demanda si ça se passait bien avec Anan.

Harry haussa les épaules, n'ayant pas de recul sur ce qu'il vivait en ce moment, et promis à Charlie qu'il lui en parlerait en rentrant le soir-même.

Il quitta la maison après avoir souhaité une bonne journée à Charlie.

[…]

Comme si elle se doutait que la nuit n'avait pas été de tout repos, Anan fut légèrement plus tolérante avec Harry qu'elle ne l'était habituellement. Il la remercia silencieusement pour ça.

En début d'après-midi, après qu'il ait déjeuné dans la salle commune avec Anan et quelques autres personnes, il fut appelé par Sven dans son bureau. Ils firent ensemble le bilan de cette première semaine de travail.

Harry le rassura sur ses intentions et sur sa capacité à suivre le rythme de folie imposé par Anan. Comme il s'en était douté – Sven lui avoua au moins cela – les dragonniers confirmés se partageaient le travail, mais c'était bon de savoir qu'ils étaient capable de gérer une bonne partie par eux-même si le besoin s'en faisait sentir.

Avant qu'Harry ne retourne à ses tâches, Sven lui demanda comment allait Charlie. Le jeune homme répondit qu'il avait l'air d'aller bien mieux que la veille au soir. Sven remercia Harry, à la fois pour les informations et pour l'aide apportée.

Harry sortit du bureau l'esprit calme, un peu plus persuadé qu'il était à sa place parmi les dragonniers et les habitants de la réserve.

[…]

Le soir, quand Harry rentra, la maison embaumait. Il fronça les sourcils, se rappelant que Charlie avait avoué ne pas savoir cuisiner.

« Bonsoir Harry ! » lança Charlie, depuis le canapé.

Il était enroulé dans une des couvertures qu'Harry avait apporté la veille, et un livre fermé reposait sur ses cuisses.

« Bonsoir ! » répondit Harry. « Tu as fait à manger ? » ne put-il s'empêcher de demander.

Charlie sourit.

« Je te rappelle que je ne suis pas autorisé à me lever, » expliqua-t-il. « Freja est passée tout à l'heure, amenant avec elle des recommandations et le dîner. »

« Je vois. J'espère que ça ne la dérangeait pas. »

Charlie haussa les épaules.

« Elle nous demandera sûrement une faveur un jour, quand on aura oublié. »

Harry, curieux, alla dans la cuisine et ouvrit la casserole qui mijotait sur feu doux. Une odeur sucrée d'agrume monta jusqu'à ses narines.

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il en se tournant vers Charlie après avoir refermé le récipient.

« Du poulet à l'orange. »

« C'est pas chinois, comme recette ? »

« Tu me demandes ça à moi ? » se moqua Charlie. « De toute manière il y a tellement de cultures qui se mêlent dans le village qu'il ne faut pas chercher les origines. Sauf de Mihaela, puisque son origine roumaine est sa plus grande fierté. »

Charlie n'avait pas tort, et Harry se demanda pourquoi il ne s'était pas fait la réflexion avant. Les habitants du village venaient de tous les endroits du monde et cohabitaient sans heurts, unis par leur intérêt commun pour les dragons et la beauté des montagnes de Transylvanie.

« Tu as faim ? » demanda Harry.

« Pas encore, Freja m'a forcé à manger quand elle est passée tout à l'heure. »

« Je vais aller prendre une douche alors. »

« Reviens vite, j'ai passé la journée à m'ennuyer. J'ai besoin de distraction, » se plaignit Charlie avec une moue d'enfant qui fit sourire Harry.

« D'accord, » accepta-t-il de bon cœur.

[…]

Vingt minutes plus tard, Harry était de retour dans la pièce principale. Charlie lui fit de la place sur le canapé et ils se retrouvèrent l'un à côté de l'autre, plus proches que jamais.

« Alors, comment se sont passés ces premiers jours avec Anan ? » s'enquit Charlie, visiblement intéressé.

« Plutôt bien, j'imagine ? »

« Est-ce une question ? De ce que je vois, tu dois bien t'en sortir. Tu ne sembles pas épuisé ou complètement à bout de nerfs. »

Harry haussa les sourcils.

« Tu parles d'expérience ? »

« D'expérience ou de connaissance, » répondit Charlie, énigmatique, avant de s'expliquer. « Avec moi, il n'y a pas eu de problème. J'étais tellement heureux d'être là que j'aurais fait à peu près n'importe quoi pour rester ici et réussir mon apprentissage. Et c'est ce qui a plu à Anan, je crois. Ce sont les valeurs qu'elle prône : la discipline et le respect pour les supérieurs. C'est ce qui permet à la réserve de se maintenir, d'après elle. »

Harry acquiesça.

« Là où j'ai de la chance, c'est que je n'ai pas passé ma dernière année à Poudlard derrière un bureau à écouter des professeurs parler de leur expérience du monde ; je l'ai vécue. »

Harry se demanda pourquoi il était en train de confier cela à Charlie dès que les mots passèrent ses lèvres. Si Charlie fronça les sourcils devant ce déconcertant rappel de la guerre, il ne fit pas de commentaire pour autant.

« Je veux dire que je suis déjà habitué, dans une certaine mesure, à un rythme de travail. »

« C'est bien de savoir qu'il n'y a pas eu que du négatif, » remarqua Charlie, et Harry sentit que s'ils continuaient sur cette voie ils allaient en oublier le sujet de départ.

« En tout cas, c'est agréable de travailler avec quelqu'un qui connaît son job. »

« Je pense que c'est pour cette raison que Sven laisse Anan s'occuper des nouvelles recrues. Elle est le plus à même de juger de leur valeur. »

Une question traversa la tête de Harry et il hésita à la poser.

« Tu crois que j'ai ma place ici ? »

Charlie le regarda comme si une deuxième tête venait de pousser sur son cou.

« Tu rigoles ? Tu es toujours là après une semaine passée avec Anan, dans une réserve de dragon, et tu me demandes si tu as ta place ici ? »

Charlie semblait vraiment déconcerté par ce manque de confiance en soi.

« Vraiment Harry, » continua-t-il lorsqu'il fut certain que le plus jeune ne savait pas quoi dire. « Je suis tout à fait convaincu que tu as ta place ici. »

Le regard sérieux de Charlie, le ton sur lequel il affirma cela... Harry crut qu'il allait se noyer dans les sentiments de chaleur et de confiance qui l'envahirent.

Il était à sa place, alors ? Il n'était pas le seul à le penser.

« Alors s'il te plaît, tiens bon pendant la période d'essai, et ensuite tu seras libre de choisir quel poste occuper dans la réserve. »

Pour Charlie, Harry allait réussir et rester.

Est-ce que ça voulait que Charlie souhaitait qu'il reste ?

Dans la réserve, avec lui, chez lui ?

Les possibilités lui faisaient tourner la tête, sans qu'il puisse mettre le doigt sur la raison. Peut-être était-ce simplement son besoin de reconnaissance, une conséquence de sa vie passée sans figure parentale digne de ce nom.

« Je vais faire ça, » promis Harry, relâchant la respiration qu'il n'avait pas eu conscience de retenir.

Charlie fit alors un grand sourire.

« Et si tu me racontais maintenant ce que tu as préféré ces premiers jours ? »

Harry ne se fit pas prier, et narra à Charlie des anecdotes de la semaine écoulée.

Une bonne heure plus tard, la faim se faisant sentir, Harry se releva du canapé dans lequel il était décidément à l'aise, et alla dans la cuisine leur servir deux bols du poulet à l'orange offert par Freja. Harry irait d'ailleurs la remercier dès qu'il en aurait l'occasion ; le plat sentait vraiment très bon.

Ils mangèrent en discutant de Quidditch et des jeux organisés dans la réserve plusieurs fois par an pour ceux qui s'intéressaient à ce sport. Sachant que le balai était l'un des moyens de transport des dragonniers dans la réserve, Harry estimait que le niveau de jeu devait être autrement supérieur à celui de Poudlard.

Après le dîner, ils restèrent assis dans le salon quelques minutes dans un silence confortable, jusqu'à ce que Charlie déclare qu'il allait prendre une douche. Harry vérifia du coin de l'œil que l'homme tenait bien sur ses jambes, n'ayant pas oublié l'avertissement de Freja la veille. Une fois rassuré sur son équilibre, Harry ramassa leur vaisselle et prit quelques instants pour nettoyer et ranger la cuisine, puis il monta dans sa chambre.

Aderyn somnolait sous le lit, Harry entendit ses serres griffer le parquet lorsqu'il entra. Il lui chuchota quelques mots et la petite chouette sortit de sa cachette, les plumes ébouriffées. Harry évita de la toucher, elle ne semblait pas encore bien réveillée.

Puis il s'aperçut qu'une lettre avait été déposée sur la commode, à côté de la vasque. Ça ne venait pas d'Aderyn, mais il avait laissé la fenêtre de la chambre ouverte pendant la journée ; ce n'était pas impossible qu'un autre oiseau soit passé en son absence.

Il ouvrit l'enveloppe et sortit une feuille de papier un peu froissée, couverte d'une écriture en pattes de mouches qu'il reconnut aussitôt. Un sourire s'épanouit sur son visage.

« Cher Harry,

Comment ça va mon vieux ? Mione est passée le week-end dernier et m'a dit que tu lui avais envoyé une lettre récemment. (Comme tu peux t'en douter elle m'a aussi fait remarquer que ça ne me dispensait pas de communiquer directement avec toi... Bref.) Les cours pour la formation d'Aurors sont plus difficiles que ceux de Poudlard, mais plus intéressants. Ça compense. Et les examens sont plus souvent pratiques que théorique, alors on sait pourquoi on travaille. Sans mentir, je pense que ça te plairait autant que moi. Pas décidé à revenir, hein ?

Je vis toujours au Terrier, mais si tu rentrais on pourrait prendre un appartement ensemble à Londres ! Imagine, ce serait super !

Papa a eu une promotion au Ministère, mais il a refusé car il aimait son travail. Maman était dans une rage folle, elle a caché (ou détruit?) une partie de sa collection secrète d'objets moldus en retour.

Georges a recommencé à travailler à la boutique et il a embauché deux personnes pour s'occuper des clients.

Ginny dit que c'est bizarre à Poudlard, et je veux bien la croire. Mione a du courage d'y être retournée.

Et alors comme ça tu es en Roumanie ? Tu sais quand même que c'est là-bas que Charlie vit dans sa réserve de dragons ? Va le voir de notre part (et dis lui que Maman voudrait bien de ses nouvelles).

Bon, il faut que j'y aille. A plus tard !

Ron »

Harry souriait toujours lorsqu'il termina le message. C'était bon de voir que Ron ne changeait pas, qu'il était toujours son meilleur ami malgré les kilomètres qui les séparaient.

N'ayant rien de mieux à faire pour le moment, il décida de commencer à répondre à la lettre. Il sortit du papier et un stylo de son sac et se lança.

« Cher Ron,

Je vais bien, et je suis content de voir que ça a l'air d'aller pour toi aussi ! Tes parents doivent être fiers de te voir réussir dans la formation. Et honnêtement, en Défense, tu es déjà au niveau, non ? Bon, en Potions, peut-être pas (sans offense, mon pote).

Pour être honnête, je n'avais déjà pas trop envie de revenir pour le moment, et j'ai trouvé une opportunité ici, en Roumanie. Luna, son ami et sa copine sont rentrés chez eux et je suis resté, à la réserve, chez ton frère. »

Harry leva les yeux en relisant sa dernière phrase. Plus maladroit, tu meurs.

« Il nous a accueillit dans la réserve et nous a invité à rester aussi longtemps qu'on le souhaitait. Et d'ailleurs depuis une semaine je travaille aussi. J'ai commencé mon apprentissage avec Anan. Charlie t'a peut-être parlé d'elle ? C'était son mentor à lui aussi.

Ça ne fait pas très longtemps mais je suis vraiment bien ici, un peu comme à Poudlard, mais sans la menace d'un mage noir complètement barge derrière nous. La période d'essai dans la réserve est de deux mois, je verrais bien à ce moment-là si je reste ou si je rentre.

Je transmettrai en tout cas le message à Charlie. Embrasse toute ta famille pour moi, j'espère pour vous tous que ta mère va se calmer.

Bon courage pour les cours,

Harry »

Harry relut entièrement la lettre et se rendit compte qu'il était beaucoup moins précis avec Ron qu'avec Hermione. Cela voulait-il dire quelque chose sur lui et sur sa relation avec ses deux meilleurs amis ?

Mais dans tous les cas, il ne se voyait pas confier à Ron ce qu'il pensait de son frère aîné.

Il soupira, reboucha son stylo et plia la lettre, qu'il laissa sur la commode pour l'instant. Il la donnerait à Aderyn plus tard.

C'est alors qu'on frappa à la porte.

« Harry, je peux entrer ? » vint la voix de Charlie, étouffée par la cloison entre eux.

« Vas-y, » invita Harry.

La porte s'ouvrit et Charlie entra. Ses cheveux encore humides tombaient sur ses épaules et il portait des vêtements propres, un tee-shirt et un pantalon de survêtement.

« Tu te sens mieux ? » interrogea Harry.

« Oui, merci ! La douche a achevé de me rendre forme humaine. »

Ils restèrent sans rien dire pendant un moment.

« Tu veux aller te coucher? »

Harry soupesa un instant ses possibilités de réponse.

« Pas encore, » finit-il par dire.

Un sourire étira les lèvres de Charlie.

« Tant mieux, » murmura-t-il. « Je peux ? » demanda-t-il en désignant l'intérieur de la pièce d'un geste large.

« Vas-y, » l'invita Harry.

Il s'installa sur la chaise qu'Harry venait de déserter. Harry referma la porte et alla s'asseoir en tailleur sur son lit.

« Tu sais, malgré tout le bien que j'en dis, la vie peut être solitaire dans la réserve, » lâcha Charlie au bout de quelques minutes de silence.

Harry hocha la tête pour l'inciter à continuer, curieux de savoir où le plus âgé voulait en venir avec cette remarque qui semblait sortir de nulle part.

« Alors je suis vraiment content que tu sois là, même si on ne se connaît pas trop, que tu es le meilleur ami de mon petit frère... »

Harry esquissa un mince sourire. C'était inhabituel de voir Charlie chercher ses mots de la sorte.

« Je me sens bien ici, merci à toi de m'accueillir, » réagit-il.

Ils se retrouvèrent tous les deux à sourire comme des idiots, du point de vue d'Harry. Mais ça n'avait aucune espèce d'importance. Après tout, ils n'étaient que tous les deux.

« Oh, d'ailleurs. J'ai dis à Ron que j'étais chez toi en ce moment. Il te conseille de donner de tes nouvelles à ta mère. » Se souvint Harry, mettant fin à l'atmosphère presque intime entre eux.

Charlie fit une grimace exagérée.

« Pour qu'elle me réponde de rentrer et de me couper les cheveux ? Tu sais qu'elle a trouvé le moyen de me le dire la dernière fois que je suis venu, en début d'année ? Pour le fait de rester, j'aurais pu comprendre, mais pour les cheveux ? C'était le dernier de mes soucis à ce moment-là ! »

Harry haussa les épaules dans un geste qui se voulait compatissant.

« Tu verras, dès qu'elle saura que tu es ici avec moi, tu auras aussi droit à ta lettre. Ou elle m'accusera de te retenir contre ton gré, » ajouta-t-il, faussement songeur.

« Je suis suffisamment grand pour savoir ce que je veux faire de ma vie, » affirma Harry, puisant du courage dans ses propres mots.

« Bien parlé ! »

Ils échangèrent un sourire de complicité, sachant en leur for intérieur qu'ils avaient vécu des choses similaires.

Plus tard dans la soirée, quand Charlie se leva et lui souhaita une bonne nuit, Harry ne put s'empêcher d'y repenser. C'était étonnamment facile de parler avec lui, même si Charlie connaissait le pan de vie qu'Harry s'était efforcé de cacher à ceux qu'il avait rencontrés depuis son départ d'Angleterre. Il ne savait pas pourquoi, mais il se sentait à l'aise avec lui, en confiance.

Était-ce uniquement à cause de Charlie qu'il souhaitait rester à la réserve ? La question méritait d'être posée. Bien sûr, l'endroit aurait toujours de l'attrait... Seulement Harry ne pouvait nier que la présence du dragonnier rendait la chose encore plus agréable.

Cette nuit-là, Harry fit moins de cauchemars qu'habituellement.

[…]

Une semaine s'écoula. Charlie reprit le travail, Harry continua à suivre Anan et à faire de son mieux. Ils prenaient leur dîner ensemble, discutaient invariablement jusqu'à dix heures du soir et partaient se coucher le cœur léger, et certains soirs les joues tendues d'avoir trop ris.

Un jour en fin d'après-midi, alors qu'il rentrait de l'épicerie où il avait raconté ses dernières aventures à Bram, Harry vit que les graines de Neville, plantées depuis maintenant deux semaines, étaient sur le point d'éclore. Un sentiment mêlé l'envahit : la fierté d'avoir réussi à faire pousser quelque chose par ses propres moyens et la peur de voir apparaître une plante agressive.

On apprenait vite à se méfier des graines magiques dans le monde sorcier.

Harry s'approcha de la jardinière et observa, oubliant momentanément son sac à provision sur son épaule.

Les bourgeons vert pâle juchés en haut des frêles tiges d'une vingtaine de centimètres de haut se balançaient doucement, comme portés par le vent. Soudain, un des bourgeon s'ouvrit, laissant apparaître une curieuse fleur à la place. Rassuré par l'aspect inoffensif de la fleur en question, Harry se baissa pour l'observer plus en détails.

Ses pétales étaient striés comme ceux des chardons, et d'une couleur assez terne, proche des pierres qui composaient le chemin de montagne. Un des pétales, et c'était assez étrange, était d'une teinte rouge vif qui contrastait fortement avec le reste.

Dès que la fleur fut en contact avec la lumière du jour, elle se tendit sur sa tige et pointa dans la direction de l'amont. Harry se gratta le sommet du crâne. Il n'était pas expert et n'avait jamais vu une telle fleur avant. Il demanderait à Charlie plus tard, et puis sinon, il y aurait bien un expert en botanique dans la réserve.


Une idée sur la nature des plantes données par Neville ? J'ai eu une idée soudaine les concernant, en me réveillant ce matin, et j'ai écrit plus de 3000 mots aujourd'hui sur le chapitre suivant.

J'espère que ça vous a plu, à bientôt pour la suite !