Bonsoir à tous !
Je suis assez perplexe, il me semblait avoir posté un chapitre il y a une semaine, mais visiblement j'ai enregistré le même que publié en juin et ça n'a donc servi à rien. Me voilà donc faisant amende honorable (ça fait loin, le mois de juin...). J'espère que ce chapitre vous plaira !
Vers quinze heures, il faisait déjà si sombre à l'extérieur, à cause du brouillard, qu'on se serait cru en début de soirée. Sentant l'ennui poindre, Charlie et Harry décidèrent de jouer aux cartes, après s'être moqués réciproquement de leur incapacité à rester enfermés ne serait-ce que vingt-quatre heures.
Il jouèrent d'abord à la bataille explosive, jeu qu'ils connaissaient pour l'avoir pratiqué entre amis durant toute leur scolarité. C'était sans aucun doute l'activité d'intérieure la plus populaire parmi les sorciers, devant les échecs.
Puis ils s'enseignèrent mutuellement les autres manières de jouer qu'ils étaient seuls à connaître. Grâce à ces découvertes et parties plus ou moins sérieuses – ils commençaient à se lancer des gages sur la fin – l'après-midi passa bien plus vite que s'ils étaient restés chacun de leur côté.
Ils se firent un thé et Charlie annonça qu'il allait essayer de rappeler le Terrier pour parler à sa famille. Harry se tordit un instant sur son bout de canapé, vaguement mal à l'aise. La dernière fois qu'ils avaient parlé de Molly, Harry avait embrassé Charlie juste après.
D'une, il ne voulait pas reproduire cette expérience. De deux, encore moins devant sa famille. De trois, toute cette histoire était bien trop compliquée.
Charlie se rendit compte de son trouble et essaya de l'apaiser, même s'il ne connaissait pas toutes les raisons derrière ce comportement. Harry resta sur le canapé pendant que le dragonnier allait s'accroupir près de la cheminée. Il lança une poignée de poudre étincelante dans l'âtre et des flammes magiques en prirent possession. « Le Terrier ! » s'exclama-t-il d'une voix claire.
Harry savait que les cheminées de la réserve, hormis celle de la gare, n'étaient pas aptes au transport par Cheminette. Il ne s'était donc pas douté que les habitants pouvaient quand même les utiliser pour communiquer avec leurs proches, à la manière d'un téléphone moldu.
Quelques secondes plus tard, des visages flous apparurent dans le feu et Harry se redressa un peu pour mieux voir. Les visages arrêtèrent de bouger et se stabilisèrent. Le jeune homme reconnut Molly, Ron et Ginny. Ron avait son petit sourire en coin, Molly semblait froncer les sourcils, et Ginny semblait aussi mal à l'aise qu'Harry.
« Joyeux Noël ! » s'exclama Charlie.
« Joyeux Noël, » répondirent les Weasley dans un ensemble discordant.
Le son n'était pas la qualité principale de ce mode de communication, mais c'était mieux que rien.
« Et où est Harry ? » s'inquiéta Molly.
Charlie tourna la tête vers lui et leva les yeux au ciel.
« Oui, je vais bien maman, merci ! » ironisa-t-il.
Harry se rapprocha et vint s'asseoir en tailleur en face des flammes. Les visages lui apparurent plus clairement.
« Harry, mon chéri ! Je suis si soulagée de te voir ! »
Harry s'efforça de sourire et de réagir le plus normalement possible.
« Joyeux Noël Molly ! »
Ginny et Ron commencèrent à parler en même temps et aucune voix ne fut plus discernable qu'une autre.
« Vous avez passé une bonne journée ? » demanda Charlie à sa mère, voyant que ses deux cadets partaient pour se chamailler.
« Très bien, oui, » répondit Molly, heureusement sans mentionner leur absence à tous les deux de manière négative.
« On a fait du pain perdu avec Harry, puis on a joué aux cartes, » continua Charlie, et son ton était si affectueux qu'Harry sentit un frisson le parcourir.
« Au moins vous vous nourrissez bien, » remarqua Molly. « Quand rentrez-vous pour les vacances ? »
« En avril, sans doute. Comme tous les ans, maman ! »
« Je sais, je sais, mais je préfère être sûre ! »
« Comment se passe ton stage, Harry ? » demanda Ron, silencieux depuis sa tentative ratée de prise de parole.
« Bien ! » répondit Harry avec enthousiasme. « J'apprends un tas de truc, et finalement on n'a pas besoin d'être au contact des dragons adultes toute la journée. »
« Tu as rencontré une fille qui te plaisait pendant ton voyage? » demanda Ginny, ou était-ce Molly ? Harry n'aurait pas su le dire, il s'était mis à rougir d'abord imperceptiblement, puis plus franchement à mesure qu'il se perdait dans ses pensées.
Charlie lui jeta un regard curieux et finit par lui mettre un coup de coude dans les côtes pour le faire réagir.
« Non, pas exactement, » parvint-il à répondre au bout d'un moment. Il perdit le fil de la conversation et ne s'y raccrocha vraiment que lorsque tout le monde se perdit en effusions pour se dire au revoir. Il agita la main en direction du feu qui redevint calme une poignée de secondes plus tard.
Charlie se tourna vers lui et le fixa de son regard intense.
« Tu n'as rien écouté de la fin de la conversation, n'est-ce pas ? »
Quelle perspicacité...
Comme pour sauver le plus jeune, quelqu'un toqua à leur porte et Charlie se leva pour aller ouvrir. Harry se leva lui aussi et découvrit Evelien et Bram, chaudement vêtus et avec de la neige dans les cheveux, sur le pas de la porte. Charlie les fit entrer précipitamment à l'intérieur et Evelien lança un sort qui les débarrassa de la poudreuse.
« Bonsoir vous deux, joyeux Noël ! »
Evelien avait de courts cheveux blonds, des yeux bleus plus clairs que ceux de son fils et malgré sa petite taille – même par rapport à Harry – elle avait une énergie communicative.
« Joyeux Noël, » répondirent-ils en même temps.
Elle tendit à Charlie le plat qu'elle avait dans les bras, puis elle fit un clin d'œil à Harry.
« Il y avait beaucoup trop à manger chez nous, et je voulais t'éviter la corvée ce soir. »
« Merci beaucoup, c'est très gentil ! »
Charlie souleva un coin du torchon qui couvrait le plat et s'exclama :
« Du gratin de pomme de terre ! »
« Vu ta réaction, on dirait que je ne fais pas assez à manger, » rétorqua Harry, et Charlie leva les yeux au ciel.
Evelien posa sur eux son regard amusé.
« L'épicerie rouvre demain, si tu as besoin, » lança Bram à Harry qui hocha la tête.
« Pas de souci, je serai là avec mon panier. »
Ils échangèrent un regard complice, puis Evelien et lui prirent congé de Charlie et Harry pour rentrer chez eux.
Harry récupéra le plat des mains de son colocataire et le posa dans la cuisine.
« Tu as faim ? »
« Pas encore, on verra plus tard ? »
« Pas de problème. »
Le silence retomba et Harry se rendit compte que la distraction bienvenue provoquée par l'arrivée des voisins n'était plus efficace.
« Tu veux quelque chose à boire ? »
« Oui, merci. »
Harry s'attendit à ce que Charlie lui demande de choisir, mais le plus âgé se contenta d'ouvrir un placard de la cuisine et d'en sortir deux verres comme s'il avait déjà une idée précise derrière la tête. Harry haussa les épaules et retourna s'affaler dans le canapé. Il se perdit dans la contemplation des flammes, les bruits discrets de la cuisine en fond sonore.
Puis Charlie revint près de lui avec deux verres pleins entre les mains. Harry accepta le sien avec curiosité.
Ils trinquèrent en silence, et Harry goûta le mystérieux breuvage. L'alcool qu'il contenait assurément lui brûla la gorge et il ne sut distinguer d'autre saveur.
Il lança un regard interloqué à Charlie qui se contenta de sourire.
« On en avait besoin, non ? »
Harry haussa les épaules pour lui donner raison sans le dire de vive voix.
« Ça aurait pu être pire. »
« Mais j'ai bien vu que tu n'écoutais plus, à la fin, » remarqua Charlie.
Harry soupira. Il devait d'abord faire le tri dans sa propre tête avant de pouvoir en discuter avec Charlie.
« Désolé, j'ai repensé à quelque chose, » avoua-t-il sans être explicite. « Même quand j'essaye de profiter, il y a toujours ces pensées parasites qui reviennent, tu vois ? »
Charlie acquiesça.
« C'était devenu plus rare en journée, mais ces derniers jours, je ne sais pas, on dirait qu'elles rattrapent le temps perdu. »
La conversation avait beau être abstraite d'un point de vue extérieur, Harry devina à l'air sérieux de Charlie qu'il comprenait ses vagues allusions, sans qu'il ait besoin de mettre des mots plus précis dessus.
Harry pris une autre gorgée. La brûlure de l'alcool devenait agréable à ce stade.
« Rentreras-tu avec moi en Angleterre ? »
Harry eut l'impression que cette question sortait de nulle part.
« En avril, » précisa Charlie.
« Oh, » fit Harry. « Je suppose ? Ce serait bizarre de rester ici sans toi. Mais est-ce que je pourrais obtenir des congés aussi? »
Charlie haussa les épaules.
« Je poserai la question à Sven. Il y a toujours moyen de s'arranger, de toute manière nous sommes bien assez nombreux pour entretenir cette réserve. »
Harry acquiesça, songeur.
« En les voyant ce soir, je me suis dis que je n'étais pas encore prêt à rentrer, mais d'ici avril, qui sait... »
Il ne faisait plus autant de cauchemar et profitait vraiment de sa vie à la réserve, sans être entouré de gens qui lui rappelaient qu'il était leur sauveur, l'élu, ou d'autres atrocités du genre.
« Parfois j'essaye de me convaincre que je ne suis pas parti pour fuir, mais de mon plein gré. La plupart du temps je sais très bien que c'est n'importe quoi. Le seul choix que j'ai fait, et encore, car c'est McGonagall qui m'y a encouragé, c'est la ville dans laquelle je me suis rendu en premier. »
Charlie écouta attentivement Harry partager sa réflexion. Il sentait que les vannes étaient en train de s'ouvrir. Peut être était-ce enfin le moment de se décharger de tout ce poids mental?
« En tout les cas, c'était courageux de ta part de partir, » remarqua Charlie.
Harry le regarda de travers, perturbé par cette réaction.
« Tu trouves ? J'ai abandonné ceux qui comptaient sur moi, et j'ai laissé tout ce que je connaissais derrière parce que je ne voulais pas avoir à subir leur deuil et leur douleur en même temps que les miens. »
« En toute honnêteté, Harry, ça faisait déjà des années que tu souffrais pour les autres en plus de souffrir pour toi. Je n'ai pas eu accès aux rapports de l'Ordre l'année dernière, et même, rien qu'avec le Tournoi des Trois Sorciers, tu as dû endurer plus que ce qu'un garçon de ton âge devrait avoir à subir. »
Cette remarque aurait pu creuser d'autant plus le fossé des années entre eux, si Harry en déduisait qu'il le voyait comme un enfant. Au contraire, elle obtint le résultat souhaité : Harry compris au moins en partie son point de vue.
Il se sentait trop responsable d'un monde qui aurait dû le laisser vivre son enfance et son adolescence. Sauf qu'il était difficile de leur reprocher complètement leurs actions en période de crise. Ils avaient tous fait de leur mieux.
« Je trouve que c'était courageux de ta part de ne pas te laisser plus longtemps mener par ceux qui pensaient agir pour ton bien et qui ne voyaient pas à quel point tu allais mal. »
La voix calme de Charlie contrebalança la rudesse de ses paroles. Harry fut tout de même surpris qu'il aille si loin pour le défendre lui, contre les personnes qu'ils connaissaient tous les deux sans les nommer.
Les mots se perdirent un instant dans la gorge d'Harry.
« En plus, il me semble que tu n'es pas parti tout de suite. »
Un point pour lui.
« Oui... Je suis resté pour les procès parce qu'il fallait que je témoigne. Puis j'ai aidé aux projets de reconstruction, et je suis aussi allé à Poudlard pour renforcer les protections magiques. »
Charlie écarta un peu les bras comme pour dire « Tu vois ? ».
« Mais je suis parti quand Hermione avait besoin d'aide pour ses parents, et Ron a commencé la formation d'Auror sans moi alors qu'on s'était dis qu'on le ferait ensemble... »
«Eh, Harry, » l'interrompit Charlie en posant sa main sur son épaule. « Tu ne peux pas faire plaisir ou aider tout le monde, d'accord ? Et je suis certain qu'ils ne t'en veulent pas d'être parti. Maintenant il faut que tu continues à penser à toi et à la meilleure manière d'aller mieux. Tu ne peux pas faire ça pour quelqu'un d'autre. Chacun gère les souvenirs, les cauchemars, la culpabilité à sa manière. »
Harry sentit dans sa voix que tout cela était vrai pour Charlie, qu'il n'était pas juste en train de baratiner pour lui remonter le moral. Après tout, c'était Charlie, l'homme qui avait été complètement franc avec lui depuis son arrivée. Cela n'avait finalement rien de surprenant.
« Tu es libre de faire tes propres choix sans prendre pour des obligations les besoins de tout le monde. Ce n'est pas toujours évident, je te l'accorde. Mais à quoi bon vivre sa vie pour les désirs des autres? »
« Fuir n'était pas une option l'année dernière, » soupira Harry. « Mais si je n'avais pas été là, si nous n'avions pas été là, pour chasser ces maudits Horcruxes, qui l'aurait fait? Si je ferme les yeux, je me retrouve dans la forêt. Cette masse opaque de végétation, l'humidité et le froid, la paranoïa, aussi. La peur de se faire attraper, de ne pas réussir, que trop de gens meurent avant qu'on ait terminé. On a bien failli perdre Ron, parce que l'Horcruxe qu'on portait à tour de rôle alimentait notre colère et notre frustration. On a eu la bêtise de se faire capturer, aussi... On s'en est sortis mais on a enterré notre premier mort. Et à chaque objet détruit, on sentait que la chasse approchait de son terme mais que l'affrontement final se profilait au loin. Et c'était terrifiant. Toutes mes rencontres avec lui, tous nos échanges défilaient dans ma tête et me laissaient penser que cette fois, je ne m'en sortirai pas aussi bien. »
Bien que le discours d'Harry fut assez décousu, Charlie ne l'interrompit pas, se contentant se serrer un peu plus fort l'épaule sur laquelle il avait laissé sa main.
« Là encore, je n'avais pas d'autre choix que de continuer. Les choses se sont accélérées. Le retour à Poudlard pour chercher l'un des derniers Horcruxes, les retrouvailles avec ceux qui faisaient de la résistance... La situation là-bas... J'imagine que tu en as eu quelques échos par Ginny, mais c'était pire que ce que nous avions envisagé. Comme nous étions perdus dans la nature, l'école ne pouvait pas avoir tant changé, tu vois? On n'avait pas conscience de la vitesse à laquelle le monde continuait de tourner. »
Les deux hommes échangèrent un regard lourd de sens.
« La suite est vraiment brouillée dans ma tête. Je n'ai plus que des bribes. Et tout mène à l'affrontement. Aux corps qui tombent, aux sorts qui fusent au-dessus de ma tête. »
La voix du jeune homme s'éteignit dans sa gorge. Il regarda Charlie, puis son verre, qu'il vida d'un trait. Il grimaça sous la brûlure de l'alcool. Bien. Il lui faudrait au moins ça pour terminer son histoire.
« Nous savions qu'il fallait encore tuer Nagini. Le serpent. Le dernier Horcruxe, le plus difficile à éliminer. Sauf qu'en le suivant, on s'est retrouvé à la cabane hurlante, où Rogue s'est fait mordre. Volontairement, bien sûr. Voldy ne voulait sans doute pas vérifier ce soir là de quel côté de la guerre il était réellement. »
On pouvait penser ce qu'on voulait de l'homme, de sa méchanceté chronique à l'égard d'Harry durant toute sa scolarité, il avait passé presque la moitié de sa vie en tant qu'espion pour deux des plus grands sorciers de son temps. Ça forgeait le respect.
« Juste avant de mourir, Rogue m'a donné une partie de ses souvenirs. Le temps de rentrer au château en traversant le champ de bataille, j'ai pu me demander en quoi il était essentiel que je visualise ses souvenirs à ce moment. »
Charlie n'avait pas l'air de s'attendre à ce qu'Harry s'apprêtait à dire, il était seulement concentré.
« Lorsque je suis ressorti de la Pensine... » Un rire sans humour sortit de sa gorge. « Je savais plus que jamais que je ne pouvais pas fuir. Et même pire que ça, que j'allais devoir mourir pour la cause, et que Dumbledore le savait depuis longtemps sinon le début. »
Charlie haussa les sourcils, pas pour douter de la bienveillance légendaire de l'ancien directeur, mais parce qu'il se rendit compte de ce qu'Harry avait traversé à ce moment-là, comme si le reste n'était déjà pas suffisant.
« Voldemort a créé un Horcruxe sans le savoir, le jour où il a essayé de me tuer. »
Le verre dans la main de Charlie trembla un peu. Il le délesta de son contenu et le posa au pied du canapé. Sa main revint sur l'épaule d'Harry.
« Son sort a ricoché, lui a arraché une partie de l'âme, le peu qu'il en restait. Comme il n'était plus assez conscient pour choisir le réceptacle, l'Horcruxe s'est attaché à moi, un être vivant avec un fort résidu magique. Lorsque j'ai appris ça, qu'il faudrait que Voldemort me tue pour de bon, afin que quelqu'un d'autre l'achève derrière moi, j'ai cru que tout ce qui avait été fait jusque là n'avait servi à rien. Tout aurait pu être terminé depuis des années. Mais nous étions tous ce soir là à Poudlard, et plus j'attendais, plus le bilan serait lourd. »
Harry soupira longuement, comme pour relâcher de ses poumons toute la noirceur qu'il revivait en ce moment.
« J'ai utilisé ma cape d'invisibilité pour traverser la bataille, jusqu'à la forêt interdite, où attendaient Voldemort et ses minions. Ils se doutaient que je finirai par me rendre, mais je ne l'aurais pas fait sans avoir vu les souvenirs de Rogue. »
Même sans fermer les yeux, des flashs lui revinrent en tête et il agrippa par réflexe la jambe de Charlie qui se laissa faire.
« Peut-être qu'il envisageait une ruse de ma part, ou alors il était trop sûr de sa supériorité. En tout cas, il n'a pas perdu de temps. Il m'a lancé le sort directement. »
Charlie ferma les yeux un instant. Harry se sentit brièvement coupable de lui faire vivre la bataille dans laquelle il avait perdu un frère et des amis, mais Charlie, semblant comprendre son indécision, l'enjoignit à poursuivre d'un regard.
« Je me suis retrouvé dans un endroit bizarre. Tout blanc, sans douleur, juste le poids des souvenirs. Loin de l'idée qu'on se fait d'un enfer ou d'un paradis. Plutôt un entre deux, avant que tu décides où aller. Et j'ai eu le choix. De partir, ou de revenir. »
L'autre main de Charlie enlaça la sienne crispée sur le tissu de son pantalon. Harry se détendit un peu grâce à ce contact bienvenu.
« J'aurais pu fuir, une fois encore. J'ai failli. J'avais fait ce que je pouvais, Voldemort était normalement mortel, et moi j'étais libéré de tout ce poids. Mais je suis revenu. »
Sa dernière phrase ayant un côté abrupt, Charlie ne s'attendit pas à ce qu'il continue.
« Le reste de la bataille, tu l'as vécu comme moi. »
Charlie acquiesça gravement. Il avait recruté des personnes pour l'Ordre en Roumanie et ils étaient arrivés en renfort à un moment critique de la bataille. Charlie n'avait pas eu le temps d'entendre parler de la mort d'Harry sur le terrain.
Harry soupira une fois de plus et pris conscience de la présence réconfortante de Charlie près de lui.
« La surprise sur son visage quand il a vu que j'étais vivant valait son pesant de galions. Et puis nous avons levés nos baguettes une dernière fois, et tout s'est arrêté. »
Cela semblait si simple. « Arrêté ». Pour ne pas dire « Je l'ai tué » ou « J'ai pris une vie », pour se distancier de celui qui en a pris des centaines. Mais ce n'est pas une question de proportion. Une vie reste une vie. Et même si Voldemort devait être stoppé pour de bon, Harry aurait souhaité que ça ne passe pas par lui. Il était conscient de l'égoïsme de la chose, car cela voulait dire qu'il souhaitait à quelqu'un d'autre de ressentir la culpabilité d'un meurtre.
« Harry. » L'appela doucement mais fermement Charlie, pour le sortir de la spirale toxique de pensées dans laquelle il s'était plongé.
Harry leva les yeux vers Charlie, qui n'ouvrit pas la bouche pour dire ce que tout le monde disait, « Tu t'en remettras » ou « Ça devait être fait ».
« Tu as le droit de ressentir toutes ces émotions. »
Harry se sentit justement pris d'une bouffée de soulagement à l'entente de ces mots. Charlie n'essayait pas de le consoler, il lui disait simplement qu'il était légitime.
Ils se regardèrent tous les deux, leur corps liés par leurs mains enlacées.
« Tu apprendras à faire la paix avec elles. Mais chaque chose en son temps. Laisse-leur libre cours pour l'instant. Avec un peu de chance, certaines s'en trouveront déjà libérées. »
Charlie avait la confiance de la personne qui connaît son sujet, moins l'arrogance.
« Comment fais-tu, Charlie? »
Il haussa un sourcil.
« Comment je fais quoi? »
Harry haussa les épaules et fit un vague geste de sa main libre.
« Comme ça, tes réactions, comment tu fais ? »
« Oh, » répondit-il, surpris par la question. « Ce recul que j'essaye d'avoir, tu veux dire? »
Harry acquiesça.
« Ce n'est pas inné chez moi. Mais nous sommes une fratrie nombreuse. Il fallait bien que quelqu'un ait la tête sur les épaules. Et bien plus tard, pour travailler avec des dragons, et avec des dragonniers aux compétences sociales pas toujours développées, j'ai aussi essayé de continuer dans cette veine. »
Harry sembla rassuré de savoir que Charlie n'était pas né comme ça, mais qu'il avait œuvré dans ce but. Ce serait sans doute difficile, mais pas impossible.
« C'est souvent, que tu dois jouer au psy pour tes amis ? «
Le mot « ami » dérangea Harry lorsqu'il sortit de sa bouche. Mais que pouvait-il dire d'autre?
Heureusement, Charlie s'amusa de sa remarque.
« C'est rare ici. À Poudlard, ça arrivait un peu plus. »
« C'est vrai ? »
L'ambiance glissait doucement vers la légèreté, et c'était tant mieux maintenant qu'ils avaient abordé ce qui devait l'être.
Le rire grave de Charlie résonna entre eux.
« En cinquième année, je me suis affiché après un match de Quidditch avec un type de Serdaigle. On ne sortait même pas ensemble, mais il me tournait autour depuis un moment, et bon, il me plaisait bien. Donc après notre victoire, j'ai volé jusqu'aux gradins où il était, et je l'ai embrassé. Le speaker s'en est même arrêté de parler ! »
La fierté et l'amusement étaient clairs dans sa voix. Harry se surpris à sourire légèrement.
« On n'est pas restés très longtemps ensemble après ça, mais ça a marqué les esprits, et pendant le reste de ma scolarité j'ai eu droit aux questions d'élèves que je connaissais à peine sur leur sexualité ou si je connaissais éventuellement quelqu'un qui serait intéressé par une relation avec eux. C'était sympa, dans la mesure où la majorité des gens qui venaient me voir étaient complètement à l'aise avec le fait que j'ai embrassé un mec devant toute l'école. »
Le « mais » resta dans leur imagination et mémoire uniquement.
« Plus occasionnellement, des filles de Gryffondor venaient me demander si tel mec valait sa réputation ou non. Étonnamment, certaines sont devenues des amies. »
Charlie redevint plus sérieux.
« Mais que j'ai fait ça à l'école ou non, rien ne t'empêche de venir me parler quand tu en as besoin, d'accord ? »
« Je sais. Merci, Charlie. »
Le dragonnier lui serra l'épaule avec un mince sourire et lâcha sa main pour s'étirer.
« Il commence à faire faim, non? »
Harry ne put qu'acquiescer, son estomac s'étant dénoué grâce au changement récent de sujet. Il refusa de se dire que le contact physique lui manquait déjà.
Charlie se leva et Harry le rejoignit bientôt dans la cuisine. Ils dînèrent dans un silence confortable, louant Evelien pour le plat si gentiment offert.
Ils firent la vaisselle puis se rendirent compte qu'il était déjà l'heure d'aller se coucher, ils avaient discuté pendant plus de deux heures, et devaient se lever tôt tous les deux pour aller travailler.
Leurs mains s'effleurèrent, en haut de l'escalier, lorsqu'ils se séparèrent pour partir chacun dans leur chambre.
Harry s'endormit avec un poids en moins sur la poitrine.
[…]
La semaine les séparant du nouvel an passa à toute vitesse. Charlie fut affecté de nuit à l'infirmerie trois jours de suite pour remplacer Kate, et Harry garda ses horaires habituels, en plus d'effectuer un nouveau ravitaillement avec Evelien et Bram à Brasov. Les deux colocataires ne se virent donc pas beaucoup de la semaine. Quand Harry se levait, il y avait des pancakes ou des gaufres sur la table, et avant d'aller se coucher il laissait à Charlie de quoi déjeuner à son tour. Même si l'arrangement fonctionnait, ils furent soulagés de reprendre leur rythme habituel, surtout Charlie qui n'avait pas réussi à rattraper son sommeil.
Certains habitants de la réserve voulaient passer la soirée du 31 à Bucarest pour faire la fête. Harry et Charlie se mirent d'accord par message interposé de rester au village.
Vers dix-huit heures, Harry rentra et se débarrassa aussitôt de ses vêtements trempés malgré les sorts de protection. Avec l'hiver rude dans les montagnes, il avait renouvelé et étendu sa mince garde robe de touriste, grâce à des achats par catalogue sorcier et des dons d'autres habitants. Notamment Charlie.
D'ailleurs, en parlant du loup...
À moitié déshabillé, Harry se préparait à sortir prendre une douche quand il remarqua que Charlie, affalé sur le canapé, le suivait du regard. Il n'était pas rentré, les jours précédents à cette heure-ci.
« On ne dirait pas que tu viens de te lever, » le taquina Harry pour masquer sa gêne d'être surpris ainsi.
Charlie leva les yeux au ciel, et l'effet fut moindre à cause de ses paupières tombantes.
En revenant de la douche, Harry constata qu'il s'était au moins levé du canapé. Il était même en train de boire un café. Qu'elle que fut l'heure, Charlie semblait en avoir besoin au réveil.
« On sort pour quelle heure? » Demanda Harry.
« Un peu quand on veut, » fut la réponse laconique. « Il ne devrait pas y avoir de monde avant vingt heures, de toute manière. »
Harry hocha la tête et remonta s'habiller correctement.
Charlie avait l'habitude de passer la soirée du 31 au bar de Mihaela avec certains amis et collègues, et Harry n'était pas contre. Il commençait à connaître plus de gens et à se sentir à l'aise au milieu de cette foule de tous horizons.
Charlie semblait être parti à la douche à son tour quand Harry redescendit. Il grignota un morceau de pain qui restait du petit déjeuner et s'installa dans le canapé avec son journal, profitant d'un moment de calme pour y consigner les récents événements. Cela devenait de plus en plus difficile tant la vie devenait quotidienne, et non plus exceptionnelle, et Harry n'avait jamais pris l'habitude de tenir un journal de cette manière.
Il leva le nez du carnet en entendant un bruit de pas. Charlie, aussi peu habillé qu'Harry précédemment, les cheveux humides lâchés sur ses épaules, et un sourire en coin.
Il aurait dû être à Serpentard.
Il ne faisait jamais ça d'habitude, la température extérieure étant trop basse pour aller jusqu'à la salle d'eau découvert. Harry l'avait fait se croyant seul et voulant se réchauffer le plus vite possible. Charlie faisait ça en réaction à son propre exhibitionnisme, sans aucun doute possible.
Harry s'efforça de détourner les yeux et entendit les escaliers grincer sous les pas de Charlie. Il s'efforça de se concentrer sur ce qu'il écrivait et non sur ce qu'il se passait à l'étage.
Charlie redescendit, vêtu d'un jean délavé et d'un t-shirt à manches longues vert foncé. Il avait l'air un peu plus réveillé que quand Harry était rentré.
Charlie s'affala plus qu'il ne s'assit à côté d'Harry.
« Comment s'est passé cette dernière nuit de garde? » Demanda-t-il, plus concerné que moqueur.
Charlie se frotta les yeux avant de répondre.
« Trois fausses alertes, dont une d'incendie, et j'aurais dû m'en douter pour celle-là, nos bâtiments sont ignifugés et la végétation est sous la neige. Mais quand le stress nous tient, on en oublie un peu les règles élémentaires. »
« Gorgon allait mieux ? »
Il s'agissait de l'un des plus anciens dragons de la réserve, né bien avant Mihaela, pourtant la plus ancienne habitante de la réserve. Gorgon s'était éloigné de son territoire habituel et un jeune dragon tout juste recensé par l'équipe de Charlie en avait profité pour s'en prendre à lui.
Le jeune avait été éloigné et Gorgon ramené à l'infirmerie en attendant de soigner son aile, ce qui lui permettrait de retourner sur son propre territoire.
« Il n'a pas bougé de la nuit. C'est même étonnant qu'il ait été aussi calme. Je pense qu'il doit manquer de compagnie dans son coin de réserve. Ça m'étonnerait qu'il soit juste parti chasser ailleurs. Il doit y avoir une autre raison. »
Harry acquiesça. Anan avait juste commencé à lui parler des territoires, zones d'influences et autres comportements géographiques des dragons.
« Et toi, ta journée ? » Demanda Charlie.
« Mes sorts d'imperméabilisation ne sont pas au top, » avoua Harry, ce qui fit sourire son colocataire. « À part ça, on a volé jusqu'à un pic à l'extrémité nord de la réserve, et Anan m'a fait observer un couple de dragons pendant plus de trois heures avant de m'expliquer quelques trucs sur leur manière d'agir en groupe.
« Anan a ses méthodes, mais c'est elle qui forme les dragonniers les plus attentifs aux détails, » remarqua Charlie. « Pour les sorts, ne t'inquiète pas, ça viendra. »
« Ouais, quand il n'y aura plus de neige dehors, » grommela Harry.
« Effectivement, c'est un principe de physique, » se moqua gentiment le plus âgé.
Son regard tomba sur le carnet qu'Harry avait sur les genoux. Il haussa un sourcil, mais son respect pour la vie privée l'empêcha de faire un commentaire, ce dont le jeune homme fut silencieusement reconnaissant.
Charlie attrapa finalement un livre de la bibliothèque qu'Harry avait laissé traîner sur la table basse et se plongea dans la lecture. Harry l'observa du coin de l'œil quelques minutes, puis, rassuré, rouvrit le carnet et recommença à écrire.
Ils s'abîmèrent tous deux dans leur activité, jusqu'à ce que Charlie le premier repousse le livre sur le canapé en poussant un long soupir.
« Il serait temps d'y aller, non ? »
Harry marmonna un « Mm » qui pouvait vouloir dire n'importe quoi. « Je termine ma phrase. » Ajouta-t-il.
« Je ne te savais pas si studieux, » remarqua Charlie, le ton léger, sans malice, pour éviter de blesser.
Harry leva brièvement les yeux au ciel en fixant le dragonnier. Puis il referma le carnet, le glissa sous un des coussins du canapé et se leva.
[…]
Comme Harry s'y était attendu, la soirée fut bruyante. La fête battait son plein lorsque Charlie et lui arrivèrent. Ils allèrent se chercher un verre au bar et saluer Mihaela avant de rejoindre un groupe qui parlait fort autour de deux tables rapprochées l'une de l'autre.
Les gens racontaient des histoires diverses pour se faire rire ou se faire plaindre, et Harry laissa l'alcool lui monter doucement à la tête, effaçant dans son sillage les angles pointus de ses souvenirs.
Mihaela leur apporta des choses à grignoter, des spécialités roumaines. Tout le monde entonna un chant plus ou moins juste en son honneur, et elle cacha son plaisir en distribuant des coups de torchons à ceux qui se tenaient dans le passage.
Ils firent aussi un tournoi de bataille sorcière, avec des paris en argent – sinon ce n'était pas intéressant, s'était exclamé quelqu'un, recueillant les suffrages de la majorité.
Harry parvint de justesse à récupérer ce qu'il avait misé au début. Charlie rafla la mise au dernier tour, faisant plus que doubler ses gains grâce à cette victoire. Personne ne put le persuader de remettre l'argent en jeu pour une « dernière » partie.
Tout le monde entonna à nouveau le chant d'honneur lorsqu'il échangea l'argent pour une bouteille d'eau de vie locale, cuvée de Mihaela.
Harry n'échangea guère plus que quelques mots avec les autres habitants attablés, mais il passa une bonne soirée, se sentant à sa place dans ce groupe disparate qui se fichait de lui parce qu'il était « juste » Harry, pas un grand dragonnier.
Le respect et la célébrité n'étaient pas basés sur du vent ici.
Harry et Charlie se retrouvèrent à se frôler la main plusieurs fois durant la soirée, ce qu'il mettrait tous deux le lendemain, sur le compte de l'alcool, de la foule, d'un simple accident, si jamais ils y repensaient. Pour ne pas avoir à se poser la question de la conscience de l'acte.
Ils terminèrent la soirée en chantant pour accueillir le Nouvel An, puis se pressèrent en une gigantesque embrassade collective et embrumée. Harry tâcha de ne pas prêter attention à la main de Charlie s'attardant un peu trop dans son dos. Charlie feignit de ne pas voir qu'Harry le regardait même en saluant d'autres personnes.
Ils aidèrent Mihaela à ranger les tables et les chaises, puis la soirée s'éteignit, et chacun affronta le froid pour rentrer chez soi.
[…]
Deux semaines plus tard, bien qu'une nouvelle année pleine de bons présages ait commencé, Harry ne maîtrisait toujours pas ses sorts d'Imperméabilisation. Il était persuadé qu'Anan trouvait cela drôle, même si elle le cachait derrière ses manières bourrues.
A la fin d'une journée particulièrement longue, alors qu'il s'apprêtait à rentrer au village, Anan l'interpella et lui apprit que Sven désirait le voir.
Elle dû voir l'inquiétude sur son visage, car elle le rassura à demi-mot.
« Il veut juste discuter, va. »
Harry respira un grand coup, salua Anan et rejoignit la salle commune. Il était près de dix-neuf heures, la plupart des gens étaient rentrés ou sur le point de l'être. Il ne furent donc pas nombreux à lever la tête quand Harry se débarrassa de sa veste chaude et lança un sort de Séchage avant de l'accrocher à une patère.
Il fit un signe de main à une habitante qu'il connaissait et alla frapper à la porte du bureau de Sven.
La porte s'ouvrit et ce dernier apparut.
« Bonjour Harry. Je t'en prie, entre. »
Sven referma et s'installa derrière son bureau, invita Harry à prendre place. Le bureau étant placé contre le mur, la disposition ne donnait pas une impression de domination, pas comme un élève convoqué devant un professeur.
« Je suis désolé de te faire venir à cette heure alors que tu as eu une longue journée. »
Harry ne sut pas quoi répondre, il se contenta d'un léger haussement d'épaule. Sven ne se laissa pas décourager par son absence d'oralité et poursuivit.
« Je dois en fait te parler de l'avenir. »
« Ça semble sérieux, » remarqua le jeune homme.
« Tu a dépassé les deux mois de formation avec Anan la semaine dernière, mais j'avais beaucoup de travail et ne pouvait malheureusement pas te recevoir à ce moment-là. »
C'était donc ça !
« Je voudrais avoir ton avis sur cette période écoulée, tes ressentis, peut-être tes envies pour l'avenir, » l'invita Sven.
« J'ai appris énormément de choses pendant ces deux mois. Je n'étais pas du tout confiant au départ, mais Anan a une telle manière de procéder qu'on réalise bien après les raisons de tel ou tel exercice. »
Sven hocha la tête en souriant largement.
« Donc ce n'était jamais ennuyant, ou inutile. Je savais, grâce à l'expérience de Charlie notamment, que tout avait un but. »
« C'est déjà la preuve d'une belle maturité. Comment tu t'es senti avec les dragons ? »
« Pas hyper bien au départ, mais c'est une question d'habitude je pense. Et de confiance, aussi ? »
« C'est exactement ça. De confiance en tes capacités, en eux, en tes collègues. La réserve ne fonctionnerait pas sans cela et sans la forte communauté. La question est maintenant de savoir si ce stage t'a suffit, ou s'il t'a donné envie de rester plus longtemps. »
Sven regarda alors Harry de son regard perçant. Le jeune homme se força à respirer. Il n'y avait pas vraiment réfléchi, se disant qu'il serait bien temps d'y penser à la fin de sa période d'essai. Et c'était... maintenant.
« Je n'ai pas envie de retourner définitivement en Angleterre et d'abandonner la réserve, » admit-il, et fut soulagé de trouver cela juste lorsque les mots quittèrent sa bouche.
« C'est une bonne base de départ. Partant de là, il y a plusieurs possibilités. Tu peux choisir de rester vivre au village et d'y exercer une activité qui profiterait à la communauté. Il y a de quoi faire. Ou tu peux aussi décider que c'est le travail dans la réserve, ce que tu as découvert avec Anan depuis novembre, qui t'intéresse. »
« Je crois que j'ai envie de continuer. »
« C'est aussi ce que je pense, » avoua Sven. « Anan s'est montrée assez... élogieuse, ce qu'elle tend à éviter d'habitude. »
Sven se moqua de l'air effaré d'Harry face à cette révélation.
« Ne t'inquiète pas, elle ne te le dira pas en face. »
Il reprit son sérieux.
« Je vais être franc avec toi. Je serai ravi de t'avoir comme nouvelle recrue. Mais le fait est que tous les gens qui travaillent ici ont eu une formation théorique en plus de la pratique. Et je n'ai personne de disponible ici pour t'enseigner la théorie. »
Harry perdit un peu de son optimisme. Cet aveu n'augurait rien de bon pour lui.
« Dans le meilleur des cas, si c'est possible, il faudra que tu ailles passer un diplôme au choix parmi une liste que j'ai là, » expliqua-t-il, désignant une pile de parchemins sur son bureau, « et ta place t'attendra ici. »
Harry fit la grimace.
« Je sais que tu n'as pas envie de rentrer. »
« C'est si visible que ça ? »
Sven fit un léger haussement d'épaule.
« Charlie a dû te le dire, Harry. Une fois que les gens ont vécu un peu ici, ils ne veulent plus entendre parler d'autre chose. Tu es loin d'être le premier à redouter un départ, même s'il ne sera que temporaire. »
« J'ai peur qu'ils cherchent à me retenir en Angleterre, qu'ils ne me laissent pas revenir ici, » lâcha Harry, sans vraiment le vouloir.
Sven ne sembla pas surpris outre mesure.
« Fixe-toi des objectifs précis. Ne laisse pas de place au doute. Sois franc avec eux, et une fois ton diplôme en poche, si tel est ton désir, tu reviendras. »
Cela sembla si simple, venant de Sven. Le charisme et la confiance émanant de lui parvinrent tout de même à convaincre un tant soi peu Harry de la véracité de ses propos. Harry était maître de son destin, et s'il voulait revenir, il reviendrait.
Sven lui tendit la liste de formations et diplômes mentionnée plus tôt. Les trois quart d'entre eux n'étaient pas en Angleterre, et Harry se trouva stupide d'avoir cru que c'était la seule possibilité.
« Prend le temps d'y réfléchir ce soir, seul ou avec Charlie. Tu peux lui demander des conseils sur les formations qu'il connaît, ça t'aidera à faire le tri. Ta formation avec Anan est terminée, alors dès que tu auras pris une décision, vient me voir, et on envisagera la suite ensemble. »
Le cadre apporté par Sven aida Harry à se sentir en contrôle de la situation. Il n'avait pas à tout gérer, et ne se sentait pas non plus traité comme un enfant, de la manière dont l'Ordre les avait considéré les années passées, leur refusant l'accès aux réunions, quand bien même ils étaient autant enlisés dans la guerre que les autres, et capables de se battre.
« Merci Sven, je vais voir ça avec lui ce soir. »
« Parfait. Passe une bonne soirée ! »
« Toi aussi ! »
Harry allait sortir lorsque Sven l'interpella une dernière fois.
« Oh, et, Harry ? »
Il se retourna, la curiosité peinte sur son visage.
« Oui ? »
« Ton apprentissage est officiellement terminé. Tu peux donc rentrer au village en balai. »
Le sourire d'Harry exprima son soulagement le plus clairement du monde.
Et oui ! Ils ont finalement discuté. On progresse ! Qu'en avez-vous pensé?
On est maintenant à 100 000 mots, yeah ! Et presque 23 000 vues, c'est énorme, merci à vous tous. Un merci particulier à la personne qui a commenté le 1er octobre, ça m'a donné l'électrochoc nécessaire pour revenir vers l'ordinateur délaissé depuis trop longtemps.
Je me débats en ce moment avec le chapitre 16 mais je fais de mon mieux. La fiction ne tardera pas à toucher à sa fin (il reste moins de 5 chapitres, à moins qu'une idée foudroyante survienne avant) et je suis un peu perdue face aux choix possibles.
Prenez soin de vous et à bientôt !
