Hello tout le monde ! Je me suis remise à la lecture et ai un peu négligé l'écriture... J'espère que ce chapitre vous plaira néanmoins. Bonne lecture !
Harry rentra effectivement en balais au village. La fierté d'avoir gagné cette distinction se mêlait à la peur soudaine de devoir quitter ce qui était rapidement devenu son refuge.
Le salon était vide. Il allait devoir attendre le retour de Charlie pour lui en parler, mais peut-être que ce n'était pas une si mauvaise chose. Harry pourrait sûrement faire un peu de tri dans sa tête avant d'énoncer ses problèmes à voix haute.
Il pris une douche rapidement, se fit une tasse de thé et s'installa dans le canapé avec la liste d'établissements confiée par Sven.
Cinq noms y figuraient, et Harry n'en connaissait aucun.
- Office des créatures magiques, Londres
- Centre de Magizoologie, Paris
- Ministère sorcier, Pékin
- Ministère des affaires magiques, Washington
- École de Magizoologie, Mexico
Il ne savait d'ailleurs pas non plus quelles étaient les modalités d'études après Poudlard. Il n'avait jamais pris la peine de se renseigner, ni n'en avait entendu parler. Mais à en croire cette liste fournie, les possibilités rien que pour travailler dans une réserve étaient multiples.
A la suite de la liste, la même plume avait ajouté :
« Les notes minimales aux examens supérieur de sorcellerie pour accéder à ces formations sont :
- Sortilèges, Effort Exceptionnel
- Soins aux créatures magiques, Effort Exceptionnel
- Potions, Effort Exceptionnel
- Botanique, Acceptable
- Métamorphose, Acceptable »
Examens supérieurs ? Ce qui désignait donc les ASPIC... qu'Harry n'avait jamais passés. Sven devait l'ignorer, après tout ce n'était pas écrit sur son front.
Les notes étaient inférieures à celles qu'Harry avait obtenues à ses BUSE, mais ce n'était pas le même niveau et il n'avait pas spécialement envie de retourner à Poudlard juste pour passer ces examens.
Harry poussa la liste à côté de lui et soupira. Il n'y voyait pas tellement plus clair qu'avant de rentrer et même si faisait confiance à Charlie il ne savait pas s'il serait capable de l'aider.
Mais qui d'autre en avait les moyens ? Harry pensa brièvement à Hermione, mais il ne voulait pas l'embêter avec ça, et honnêtement, il craignait de lui donner de faux espoirs en mentionnant ses interrogations. Par contre, se rappela-t-il, il pouvait toujours contacter Minerva McGonagall. Elle serait sans doute de bon conseil, étant maintenant directrice d'un établissement sorcier d'envergure.
Il fila à l'étage chercher dans ses affaires de quoi écrire et redescendit sur le canapé.
« Cher Professeur McGonagall,
J'espère que vous vous portez bien et que la vie à Poudlard est tranquille. Pour ma part, je suis toujours dans les montagnes roumaines en compagnie de Charlie Weasley. Je viens de terminer ma période d'essai avec un membre expérimenté de la réserve de dragons. L'idée de continuer là-bas est tentante, malheureusement il me manque une formation théorique. Et visiblement, je ne pourrais suivre cette formation qu'en ayant passé mes « examens supérieurs de sorcellerie ». Ce sont les ASPIC, n'est-ce pas ?
Savez-vous s'il existe une probabilité pour que je puisse les passer sans revenir à Poudlard ? Sauf votre respect, l'expérience de début d'année m'a convaincu que je ne voulais plus y vivre.
De plus, je commence à me faire ma place ici, ce qui est positif. Je n'ai pas envie de revenir à zéro (autant que ce sera possible). J'en appelle alors à votre connaissance des procédés d'éducation.
Dans l'attente de votre réponse,
Harry Potter »
Il roula la lettre sans la relire, certain qu'il ne l'enverrait pas s'il se rendait compte à quel point son comportement était déplacé. Il souhaitait revenir en arrière maintenant qu'il savait qu'il ne pouvait pas démarrer réellement dans la vie sans une formation.
Après tout, il ne pouvait pas tout avoir : s'il laissait tomber son statut de héros, il devait assumer le poids des responsabilités.
Il confia la lettre à Aderyn qui s'en alla peu après, le laissant réellement seul dans la maison. Harry alluma une lampe de plus dans le salon et décida de s'occuper en préparant le dîner pour quand Charlie rentrerait. Il commençait d'ailleurs à être tard, quelque chose avait dû arriver dans la réserve.
Moins attentif que d'habitude, Harry se brûla en faisant rôtir des légumes et jura, lâchant la spatule qu'il avait à la main.
Tenant sa main serrée avec l'autre, il se retourna par réflexe vers l'évier sans penser à l'aide que sa baguette magique aurait pu lui apporter dans ce genre de situation.
Évidemment, Charlie arriva sur ces entrefaites et s'étonna de voir Harry, la main sous l'eau et les traits tirés, au lieu du jeune homme détendu qui l'accueillait d'habitude.
« Eh, ça va ? » s'exclama-t-il après avoir fermé la porte et lancé son sac sur le canapé.
Harry fit un pauvre sourire.
« Je me suis brûlé. »
Charlie leva les yeux au ciel, essayant de cacher son inquiétude derrière de la fatigue.
« Je peux ? » demanda-t-il en montrant la main.
« Vas-y. »
Charlie sortit sa baguette et lança un sort sur la blessure. Harry sentit la brûlure s'estomper lentement.
« Merci, » murmura-t-il, gêné par la soudaine proximité avec Charlie et le fait qu'il tienne toujours sa main.
« Tu apprendras rapidement à soigner tout type de brûlure, » expliqua Charlie pour changer de sujet, comme s'il avait senti le malaise.
Ils s'écartèrent et Harry ramassa la spatule oubliée par terre.
« A ce propos... » annonça Harry. « Sven m'a dit que ma période d'essai était terminée.
« Et alors ? » demanda Charlie, curieux.
« Alors il voudrait bien me garder, mais je n'ai pas les diplômes qu'il faut. »
Charlie fit la grimace.
« C'était à prévoir. Mais la dernière fois qu'on en a parlé tu n'étais pas encore trop sûr de vouloir rester ici. Tu y vois plus clair maintenant ? »
Pendant qu'ils parlaient, Harry fit léviter le plat de légumes sur la table, ainsi que de la vaisselle. Ils s'installèrent et Harry attendit d'avoir commencé à manger pour reprendre la conversation.
« Je n'ai pas spécialement envie de rentrer, et je suis bien ici, j'ai découvert un monde qui m'accueille comme je suis. »
Charlie acquiesça.
« Sven avait l'air content de moi », remarqua-t-il comme pour se rassurer.
« Bien sûr qu'il est content de toi, tu as fait du bon travail ! »
Étrangement, même si Sven était plus haut gradé que Charlie, ce fut ce dernier compliment qui toucha le plus Harry.
« C'est maintenant que je suis certain de vouloir rester qu'on me demande de partir, » souffla-t-il ensuite, se rappelant des raisons de la conversation.
« Qu'est-ce que Sven t'as dit à ce propos ? »
« Il m'a donné une liste d'endroits qui proposent la formation nécessaire pour travailler ici, avec les notes minimales obtenues aux examens supérieurs. »
Charlie fronça les sourcils, puis compris.
« Tu n'étais pas à Poudlard l'année dernière, » remarqua-t-il.
Harry hocha la tête.
« J'ai envoyé un hibou à McGonagall pour lui demander quelles étaient mes options. »
« C'est un bon point de départ, » approuva Charlie. « Je ne pense pas que tu seras obligé d'attendre la rentrée prochaine et de refaire une année pour passer tes examens, mais ce sera bien de savoir ce que tu peux faire précisément. Les notes à avoir te semblent atteignables? »
« J'ai eu de meilleures notes aux BUSE, mais je ne sais pas quel est l'écart de niveau entre les deux. Et je crains un peu pour les Potions. C'est vraiment important comme matière ? »
Charlie sourit.
« On croirait entendre Ron. Quoique je pense que des générations d'élèves de Poudlard se sont un jour demandé l'utilité de cette matière. »
La remarque indirecte permis à Harry de sourire sans se sentir trop mal à cause des implications.
« Tu as eu combien à ta BUSE de Potions ? »
« Effort Exceptionnel »
« Il te faudra juste avoir la même note à ton ASPIC alors. »
« Plus facile à dire qu'à faire, » soupira Harry.
« Je pourrais toujours t'aider à réviser, » proposa Charlie. « Je n'étais pas trop mauvais. »
« Tu as eu combien, toi ? »
« Optimal. »
Charlie tenta de cacher sa fierté, mais son sourire était là.
« Arf, » remarqua Harry. Il ne s'était pas imaginé que Charlie pouvait être une tête dans d'autres matières que les Soins aux créatures magiques ou les Sortilèges. « Bravo. »
« Tu apprendras beaucoup de choses inutiles en révisant, mais tu verras qu'ici on se sert toujours des mêmes bases. Surtout que tu es bon en cuisine, je ne vois pas pourquoi tu serais si mauvais en Potions. »
« Je n'avais jamais vu les choses sous cet angle. »
Un chaudron de Polynectar ne dégageait pas du tout la même odeur qu'un chaudron de soupe au potiron, mais il est vrai que dans les deux cas il y avait une marche à suivre précise.
Charlie, qui avait terminé son assiette, profita de la courte pause pour se resservir, faisant un clin d'œil à Harry avant de reprendre plus sérieusement.
« On va déjà attendre la réponse de McGonagall avant de prendre une décision. Il sera toujours temps de voir qu'elle est la meilleure solution pour toi ensuite. »
Un peu soulagé par la facilité avec laquelle Charlie abordait le problème, Harry put se concentrer sur autre chose et ils passèrent le reste de la soirée à discuter de sujets plus légers.
[…]
La réponse de la Directrice de Poudlard arriva deux jours plus tard. Harry revenait d'une matinée à aider Bram à faire l'inventaire du stock pour le prochain ravitaillement. Ce n'était pas parce qu'il ne travaillait plus directement dans la réserve qu'il ne pouvait pas se rendre utile.
« Monsieur Potter,
L'année scolaire se poursuit pour une fois sans accroc. J'avais eu vent de votre escapade roumaine. Le paysage ne doit pas trop vous changer, contrairement à la population.
Si vous ne désirez pas revenir à Poudlard, je peux vous proposer un système de cours par correspondance. Mais je dois être claire avec vous : il faudra être deux fois plus rigoureux et motivé que si vous assistiez aux cours. De plus, il vous manquera la partie pratique, à moins que vous puissiez trouver un endroit dans lequel vous entraîner aux potions et sortilèges.
Si vous acceptez cette proposition, venez me voir à Poudlard le plus rapidement possible pour régler ensemble les détails. Les examens auront lieu dans six mois.
Sincèrement vôtre,
Minerva McGonagall, Directrice de Poudlard, École de sorcellerie »
Harry ne savait pas s'il devait être inquiet ou soulagé du contenu de la lettre. Soulagé, sans doute, puisque la Directrice lui offrait une solution qui convenait à ses plus grosses exigences.
Il était juste démoralisé à l'idée de devoir se remettre au travail scolaire. Mais après tout, ce n'était que pour six mois. Et ensuite, s'il devait faire l'une des formations indiquées par Sven, ce serait probablement plus intéressant, plus spécialisé. Ron avait l'air d'apprécier la formation d'Auror.
Il se fit la réflexion qu'il ne savait pas du tout ce qu'Hermione prévoyait de faire l'année suivante. Elle était brillante dans toutes les matières – sauf la Divination – mais Harry ne lui connaissait pas de centre d'intérêt particulier parmi tout ce qu'elle aimait étudier.
En attendant, il allait donc devoir rentrer au moins pour un temps en Angleterre. Quitter la réserve. Les grands espaces. Les habitants.
Charlie.
Harry devait être honnête. Sa tranquillité d'esprit avait beaucoup à voir avec l'homme qui l'hébergeait gracieusement depuis plus de deux mois.
Perdrait-il ce qu'il avait avec Charlie s'il partait ? Comment seraient les choses lorsqu'il reviendrait ? Est-ce qu'il passerait à autre chose ? Est-ce qu'il profitait d'Harry juste parce qu'il était là ?
Les questions tournaient à toute vitesse dans sa vitesse, malgré l'improbabilité de certaines. Il n'était même pas certain de pouvoir qualifier ce quelque chose entre eux.
De l'attirance ? De l'amour ? De la dépendance ?
Il ne savait pas comment aborder les choses avec lui. Il ne savait même pas ce qu'il pourrait lui dire. Il savait que Charlie n'était pas une mauvaise personne – Harry avait passé dix-sept ans avec la pire des personnes dans sa tête et il savait juger les autres. Mais ce n'était pas suffisant pour déterminer ce que Charlie ressentait pour lui. Au moins un peu d'attirance, puisqu'il n'avait pas repoussé Harry. Et qu'il n'était pas le dernier à faire des sous-entendus de temps à autre.
Il savait que s'il envoyait une lettre à Elia, elle lui enverrait la liste des raisons qu'il avait négligées de prendre en considération, à commencer par le fait que Charlie l'avait invité chez lui et était prêt à tout faire pour qu'Harry reste à la réserve. Elia était persuadée depuis le départ qu'Harry devrait se laisser un peu plus aller, mais ça n'avait rien d'évident ! Il ne pouvait comparer ce qu'il vivait à aucune de ses expériences passées. Il n'irait pas jusqu'à dire qu'il était plus difficile de mettre des mots sur ce qu'il ressentait pour Charlie que de faire face à un Mangemort, mais quand même.
Au moins, face à un Mangemort, il savait quoi faire.
Dans tous les cas, d'ici une semaine, il serait très probablement en Angleterre, sans Charlie. Peut-être que son absence l'aiderait à tirer des conclusions.
[...]
Charlie fut distant les quatre derniers jours d'Harry à la réserve, ce qui était déroutant vu son avis sur la nécessité de son départ. Après avoir aidé le jeune homme à réserver un Portoloin international, il ne lui parla quasiment plus que tôt le matin et tard le soir en rentrant. Harry compris bien qu'il l'évitait et se posa encore plus de questions.
L'avant-dernier soir, Charlie rentra après une heure du matin. Harry, qui ne dormait pas, l'entendit trébucher dans l'escalier et marmonner des phrases incohérentes avant d'aller s'affaler dans sa chambre. Harry n'osa pas bouger, mais quand il se leva le lendemain matin il se rendit compte que Charlie n'avait même pas pris la peine de fermer sa porte.
Harry avait profité de ces quelques jours pour rendre les livres empruntés à la bibliothèque, envoyer des lettres à Ron et Hermione pour les prévenir de son retour imminent, remettre de l'ordre dans la maison et dire au revoir aux habitants de la réserve, mais l'absence remarquée de Charlie lui donnait l'impression qu'il quittait la réserve pour toujours.
Le dernier soir, alors qu'Harry se demandait sans grande motivation ce qu'il pourrait cuisiner, Charlie rentra en trombe et sourit pour la première fois en ce qui semblait des semaines.
« Je vais me doucher et on y va ! »
Harry fronça les sourcils.
« On va où ? »
Charlie avait réussi à dénouer ses bottes et à les abandonner au milieu du salon.
« Au bar ! » lança-t-il avant de disparaître dans l'escalier.
Harry était toujours perplexe lorsqu'il redescendit quelques minutes plus tard avec des vêtements propres dans les bras. Il ne portait plus que son pantalon et Harry détourna les yeux avec peine. Là où son propre corps subissait encore le poids des années de malnutrition, celui de Charlie affichait clairement ses efforts sportifs.
Et donc il ne lui avait à peine adressé la parole en quatre jours et voilà qu'il débarquait de nulle part – à moitié nu - pour l'inviter au bar ? C'était à rien n'y comprendre.
Harry haussa les épaules et monta dans sa chambre pour changer de t-shirt et enfiler un pull.
[…]
Il s'avéra que Charlie avait en secret réuni toutes les personnes avec qui Harry s'était lié depuis son arrivée dans la réserve : Freja, Bram et ses parents et Anan. Cette dernière avait son habituel air renfrogné, mais son regard se fit approbateur lorsqu'ils trinquèrent à la réussite d'Harry, et après quelques verres, elle attaqua une conversation animée dans une langue inconnue – le swahili, lui appris Bram - avec une femme qu'Harry ne connaissait que de loin.
Charlie ne parla pas beaucoup, contrairement à son habitude, mais Harry sentit son regard sur lui toute la soirée. C'était beaucoup d'attention d'un coup, mais il en était étrangement rassuré. Charlie ne l'avait pas oublié. Il avait peut-être simplement eu une mauvaise semaine, ou alors il avait passé du temps à organiser ça pour Harry et n'avait pas voulu se trahir en discutant avec lui.
La voix d'Elia suggéra sa propre idée : Peut-être qu'il ne veut pas que tu partes...
Mihaela lui adressa ses félicitation, en roumain, évidemment, et ajouta quelque chose comme « Dacă îl iubești, spune-i. » [Si tu l'aimes, dis-le] à l'adresse de Charlie, ce qui fit tousser ce dernier dans son verre. Encore une fois, Harry n'en compris pas le sens, bien qu'il ait su décomposer les mots – il y avait du progrès.
Il n'osa de toute façon pas demander d'explication vue l'expression de Bram qui faisait semblant de ne pas avoir entendu avec un sourire en coin.
Evelien lui fit promettre de revenir quand il aurait son diplôme, car elle était bien contente de ne plus avoir à accompagner son fils faire le ravitaillement. Derrière l'apparente pique, Harry sentit qu'il allait sans doute manquer à ces personnes, et que rien ne changerait vraiment jusqu'à son retour. Il partait, mais le monde allait continuer de tourner ici. Il s'y était fait sa place et la retrouverait sans souci quelques mois plus tard.
Ils rentrèrent sur le coup de minuit. Harry avait l'esprit léger, mais sans aucun doute moins alcoolisé que Charlie la veille. Il s'arrêta devant le canapé, ne sachant pas trop s'il devait dire bonsoir et monter directement se coucher, ou si la soirée allait se prolonger dans le salon comme ils en avaient l'habitude.
Il allait remercier Charlie pour la soirée lorsque ce dernier le rejoignit en deux grandes enjambées, et fut soudainement très proche, si proche qu'Harry crut entendre sa respiration avant que Charlie l'embrasse avec ferveur, les mains agrippant son pull. Harry fut submergé par la bouffée de désir, la chaleur du corps de Charlie contre lui et le maelstrom de ses sentiments qu'il ne savait pas comment maîtriser.
Harry passa ses bras autour de Charlie, caressa son dos, son corps solide et attirant. Il frôla sa peau nue de sa taille, sous le bord de son pull, et frissonna, puis enroula un bras autour de ses épaules et se pencha en avant, entouré de tous les côtés par Charlie, Charlie et son souffle brûlant, Charlie et ses muscles saillants.
Harry avait la tête qui tournait. Il ferma les yeux un instant, et lorsqu'il les rouvrit, le monde avait cessé de tanguer. Charlie s'était un peu écarté, mais le tenait toujours fermement pour l'empêcher de tomber. Ils échangèrent un long regard, tentant de calmer leur respiration erratique.
« Tu m'écriras? » demanda Charlie.
Harry murmura, ne faisant pas confiance à sa voix :
« Bien sûr... »
Charlie sembla rassuré. Il hocha la tête, comme pour lui-même, et desserra doucement ses doigts de leur emprise sur le pull d'Harry.
Ils étaient encore très proches, mais Harry sentit que le moment était passé. Le fossé avait repris sa place entre eux, et si la distance était un indicateur, il ne ferait que grossir dans les mois à venir.
Ils se séparèrent lentement, et Harry tourna le dos le premier pour monter dans sa chambre. Parvenu à la moitié de l'escalier, il se retourna pour voir Charlie qui le suivait des yeux.
« Bonne nuit, Charlie. »
« Bonne nuit, Harry. Fais de beaux rêves. »
[…]
Le lendemain matin, Harry attendit le dernier moment pour se lever. Il était plus de neuf heures passées lorsqu'il balaya une dernière fois la chambre du regard et sortit avec son sac sur le dos.
Il ne savait pas s'il avait tenté d'éviter Charlie, mais il fut à la fois soulagé et effrayé de le trouver dans la cuisine malgré l'heure tardive.
« Bien dormi ? » demanda le plus âgé une fois qu'Harry se fut installé en face de lui avec un mug de thé noir.
« Mm, » murmura Harry. « Cette chambre va me manquer. »
Il essaya de prendre un ton léger, mais il était certain que Charlie pouvait déceler sa sincérité.
« Tu sais que tu es le bienvenue ici dès que tu pourras rentrer. »
Harry savait. Il acquiesça, une boule en travers de la gorge. Charlie avait un bras par-dessus le dossier de sa chaise et se balançait d'avant en arrière, sa tasse vide devant lui.
« Ça va aller, jusqu'à Bucarest ? »
Harry haussa les épaules. Charlie posait la question car c'était ce qu'il était supposé dire.
« Je vais me débrouiller, » assura-t-il.
Charlie fit un mince sourire. Harry termina de déjeuner en silence. Lorsqu'il se leva pour faire la vaisselle, Charlie lui barra la route.
« Laisse, je vais m'en occuper. Ne sois pas en retard. »
Harry voulut protester mais il leva les yeux vers Charlie, trop proche, et eut toutes les peines du monde à ne pas franchir le dernier pas entre eux pour l'embrasser. Il secoua la tête et recula. Ce n'était pas le moment. Il ne pouvait pas se le permettre juste avant de partir pour plusieurs mois, quand bien même il en avait terriblement envie.
Il récupéra son sac, puis se tourna vers Charlie, resté debout dans la cuisine, entre la table et l'évier.
« Merci pour tout, Charlie. On se revoit en avril, chez tes parents ? » Sa voix trembla sur la fin. Charlie acquiesça. Harry se força à sourire.
« Prends soin de toi. »
Ils échangèrent un dernier regard, et Harry quitta la maison. Durant le court trajet jusqu'à la gare du village, il essaya de se convaincre que chaque pas était moins difficile que le précédent, même si en réalité c'était plutôt l'inverse.
Il se retrouva à la gare sorcière de Bucarest, la tête retournée par la Cheminette. Il n'avait qu'une demie-heure d'attente avant son Portoloin, aussi alla-t-il directement au bureau pour se faire enregistrer. Il attendit ensuite dans une petite salle qui se remplissait au fur et à mesure.
La journée allait être longue, mais heureusement pour lui il n'avait cette fois que deux escales avant Londres. Ne sachant pas quoi faire pour tromper l'attente, il sortit de son sac la dernière lettre de Ron, arrivée juste avant son départ.
« Cher Harry,
Tu ne peux pas savoir comme tout le monde est content ici d'apprendre que tu reviens. Maman est dans la cuisine depuis deux jours, j'espère que tu as faim. Les protections magiques ont changé, donc utilise le réseau de Cheminette quand tu arriveras. Ils ont rouvert des accès directement au Ministère de la Magie. A plus tard !
Ron »
Hermione n'avait pas répondu à sa lettre, mais elle était probablement très occupée, et de toute manière Harry allait la voir bientôt.
Il rangea la lettre et passa les vingt minutes suivantes à consigner les faits marquants de ces derniers jours dans le carnet. Il avait laissé filer les semaines, perdant peu à peu l'habitude de se servir de l'objet, mais il serait sans doute content d'avoir des souvenirs plus tard.
Avant de le refermer, il écrivit : « Qu'est-ce que je cherche ? Qu'est-ce qu'il cherche ? ». Il ferma les yeux un instant et les rouvrit en attendant l'appel de rassemblement pour le départ imminent.
[…]
Harry mit pied à Londres à 12h30, heure locale, ce qui donnait l'impression qu'il était encore tôt alors qu'il avait quitté la réserve depuis plus de quatre heures. Il avait déjeuné durant la seconde escale, à Francfort, en Allemagne. Il s'était alors observé dans le miroir et posé la question de sa couverture. Devait-il faire comme à l'aller quatre mois plus tard et se cacher, ou pouvait-il assumer d'être reconnu ? La manière dont les choses s'étaient passées dans la réserve l'encouragea à ne pas modifier ses traits. Il s'assura tout de même par réflexe que sa cicatrice était couverte par ses cheveux qui avaient bien poussé.
Il regarda d'un œil curieux autour de lui en traversant le Ministère. Il espérait ne pas tomber sur Kingsley tout de suite, ça aurait été un sacré coup de malchance. Il aurait tout le temps du monde de le voir plus tard, une fois habitué au changement de vie.
La plupart des travaux en cours l'année précédente étaient maintenant achevés et les couloirs resplendissaient. Les gens étaient toujours aussi pressés, mais plus détendus.
Harry entra dans la cheminée, un peu soulagé.
[…]
Quelques minutes et une quinte de toux plus tard, il était dans le salon du Terrier. Molly se leva prestement du canapé et le prit dans ses bras.
« Oh Harry ! Tu nous as fait une de ces peurs ! »
Il lui tapota maladroitement le dos, ne sachant pas comment réagir autrement. Elle ne parlait évidemment pas de son arrivée, mais plutôt de son départ des mois plus tôt.
Molly le prit par les épaules et s'écarta de lui pour le regarder attentivement.
« Tu n'as pas trop maigri, c'est déjà ça ! Dieu seul sait ce qu'ils mangent, ces Roumains ! »
« Je suis content de vous voir, Molly, » intervint Harry pour couper court à ses remarques.
Elle fit un sourire rayonnant, puis fronça les sourcils.
« Tu as faim ? Je ne t'attendais pas si tôt, mais Ron n'a pas su me dire quand tu serais là. »
« J'ai déjeuné en route, mais je veux bien une tasse de thé. »
Moins de deux minutes plus tard, Harry se retrouva assis à la table de la cuisine avec une tasse fumante devant lui et une assiette de gâteaux à la confiture.
« Ron va rentrer pour le dîner ce soir. Ginny est à Poudlard, avec Hermione, et George dort au magasin ces derniers temps, » dit-elle en montrant clairement sa déception à savoir autant de ses enfants loin de la maison familiale. « Ron vit encore ici, mais il parlait de prendre un appartement à Londres avant que tu partes, » remarqua-t-elle.
Harry sentit venir les questions. Il était trop tôt à son goût, mais après tout...
« Si vous partagez le loyer, ce sera sans doute possible. »
Il fit une légère grimace.
« Je ne suis pas certain d'être de retour pour de bon, » avoua-t-il doucement, rompant un biscuit entre ses doigts pour se donner quelque chose à faire.
Il grignota ensuite les miettes collantes tandis que Molly le regardait fixement, figée entre plusieurs réactions.
« Ron avait négligé de mentionner cette partie, » lâcha-t-elle comme un ballon de baudruche qui se dégonfle.
« J'ai besoin d'obtenir mes ASPIC pour continuer dans la voie qui me plaît, » expliqua-t-il, mal à l'aise, mais ferme dans ses propos. « J'ai envoyé un hibou au professeur McGonagall et elle m'a dit qu'on pouvait envisager des cours par correspondance, vu l'avancée de l'année. »
« Donc tu comptes repartir dès que tu les auras ? »
« Peut-être un peu plus tard, on verra à ce moment-là. »
Molly soupira.
« Je pensais que le Royaume-Uni était assez grand pour vous offrir à tous des opportunités, mais visiblement ce n'était pas suffisant. Bill, Charlie, toi... Dieu sait ce que fera Ginny l'année prochaine. »
Harry remarqua qu'elle l'avait placé dans le même sac que ses propres enfants, mais plus que de l'irritation cette fois, il ressentit de la tendresse pour cette femme qui pouvait certes se montrer envahissante mais qui aimait sincèrement et sans concessions.
« Charlie va venir vous voir en avril, et moi je suis là encore quelques mois, » ajouta-t-il en léchant discrètement ses doigts plein de confiture.
Elle acquiesça plusieurs fois et se força à sourire.
« Tu as raison, Harry. On devrait plutôt fêter ton retour, au lieu de penser déjà à ton départ. »
Elle paraissait si raisonnable tout d'un coup qu'Harry se demanda s'il n'avait pas un peu exagéré son angoisse à l'idée qu'on le retienne en Angleterre. La panique fait faire des choses stupides parfois.
Il alla poser ses affaires dans sa chambre et passa le reste de l'après-midi à aider Molly à diverses tâches, dont déneiger une partie du toit et de l'appentis, après l'avoir assurée qu'il préférait s'occuper ainsi plutôt que de rester oisif.
Molly était donc de bien meilleure humeur lorsque Arthur et Ron rentrèrent à une minute d'intervalle.
« Harry ! » s'exclama Ron. « Tu es rentré ! »
Il portait des robes de sorciers à sa taille et avait pris en carrure.
« Bonsoir, Harry. Comment vas-tu ? » le salua Arthur en lui serrant la main.
« Bien, Mr Weasley, » répondit Harry pendant que Ron échangeait une messe basse avec sa mère, sans doute liée à la transmission des détails concernant son arrivée.
« Tu as fait bon voyage ? Je n'ai pas gardé un terrible souvenir de notre dernier trajet sur les circuits internationaux. »
Harry sourit.
« Le voyage de Paris à Bucarest a duré près d'une demi-journée, celui d'aujourd'hui était plus court. Mais je ne suis pas sûr de préférer les Portoloins à la Cheminette ! »
Arthur lui donna une accolade amicale et continua sur le ton de la confidence.
« Il faudrait proposer un moyen de faire de longs voyages dans les airs, comme les Moldus, dans les ovions, c'est ça ? »
« Les avions, oui. Ça pourrait marcher. »
Ils échangèrent un regard de connivence, puis Ron revint vers eux pour récupérer son meilleur ami monopolisé par le père de famille.
« Alors, comment c'est la Roumanie ? » lança-t-il.
« Comme l'Écosse, mais avec moins de gens et plus de dragons, » répondit tout de go Harry. « Et qu'est-ce que ça fait de devenir l'élite de la société sorcière ? »
« C'est la classe, mon pote. C'est la grande classe. Mais c'est du boulot. »
Molly les appela à table juste après, et Harry en fut soulagé. Malgré sa joie de revoir Ron, il ne savait plus de quoi lui parler maintenant qu'ils ne passaient plus toutes leurs journées ensemble et n'avaient plus tellement de sujets communs sur lesquels plaisanter.
Le dîner à quatre se passa pourtant très bien et Harry se détendit. Il écouta longuement les dernières nouvelles et tout ce qu'il avait manqué pendant son absence prolongée, puis pris congés des parents et monta avec Ron. Ils discutèrent à bâtons rompus un bon moment – notamment des cours de Ron et de ce que devenaient les anciens élèves de Poudlard - avant qu'Harry rejoigne sa propre chambre pour laisser son ami dormir.
Pour lui, le sommeil fut plus long à venir. Pour la première fois en deux mois, Charlie n'était plus de l'autre côté du mur.
Leurs sentiments sont clairs pour tout le monde sauf pour eux, n'est-ce pas? Je ne me souvenais pas que je les avais fait aller aussi loin, mais il était quand même temps ! Qui sait ce que la distance va créer entre eux...
Merci d'avoir lu, merci de votre soutien, présence, commentaires, etc. J'espère que vous allez passer de bonnes fêtes, en famille ou avec des amis. Prenez soin de vous. On se revoit en janvier !
Yoi
