Hello ! J'ai réussi à terminer ce chapitre hier soir après quelques semaines à m'arracher les cheveux. J'espère qu'il vous plaira néanmoins. Bonne lecture !


Harry ne perdit pas de temps après son arrivée en Angleterre pour se rendre à Poudlard. Il trouvait préférable de ne pas faire trop patienter la directrice maintenant qu'elle était au courant de son retour.

Il déjeuna avec Ron le matin et une fois celui-ci parti pour le Ministère et Molly prévenue de son départ imminent, Harry transplana devant les grilles du domaine.

Il profita de la marche jusqu'aux portes du château pour se repasser en tête ce qu'il allait pouvoir dire à la directrice. Cela faisait longtemps qu'il ne l'avait pas vue et elle le connaissait depuis son tout premier jour à l'école. Elle avait de plus l'habitude de s'occuper d'enfants et d'adolescents qui cherchaient leur place dans le monde. Elle ne l'avait jamais traité différemment des autres, même s'il savait que ses parents avaient laissé une impression durable derrière eux – elle pour son sérieux et son engagement et lui pour ses frasques et son jeu au Quidditch, eux deux pour leur disparition prématurée et l'enfant qu'ils avaient laissé derrière.

Il savait que la directrice n'avait pas d'attente particulière venant de lui, pas plus que les autres, mais il ne voulait quand même pas arriver devant elle au bout de plusieurs mois sans rien avoir de concret à lui annoncer. Il voulait en quelque sorte prouver aux adultes de son entourage, ceux qui l'avaient vu grandir, qu'il était parfaitement capable de s'occuper de lui-même et de s'en sortir dans la vie même maintenant que plus personne ne lui dictait sa conduite – un directeur comme un mage noir, pour n'en citer que deux.

La guerre était terminée et Harry Potter allait devenir dragonnier, hauts les cœurs.

Il ne croisa personne jusqu'au bureau de la directrice, ni élève, ni professeur, ni fantôme. Il avait choisi son créneau dans ce but mais devait avouer qu'il ne s'attendait pas complètement à ce que cela fonctionne. C'est donc surpris mais soulagé qu'il pénétra dans la pièce circulaire où Minerva McGonagall l'attendait, campée derrière son bureau parfaitement rangé, vêtue d'une longue robe gris foncé.

« Professeur, » la salua Harry en s'approchant d'elle.

Sur un geste de sa part, il pris place dans un fauteuil. Elle suivit son mouvement peu après.

« Monsieur Potter, » répondit-elle, presque aimablement. « Vous êtes donc de retour parmi nous. »

La remarque était tellement dépourvue de sentiment négatif qu'il se permis de sourire poliment.

« C'est exact. Tout semble possible en Roumanie, sauf les études supérieures pour les dragonniers, » plaisanta-t-il.

Elle aussi s'autorisa un mince sourire.

« Nous ferons en sorte de vous permettre de passer vos examens à la prochaine session. J'imagine que vous comptez repartir là-bas dès qu'il vous sera possible ? »

Il hocha la tête pour confirmer.

« Oui, j'ai une place à la réserve qui m'attend. »

Elle acquiesça légèrement.

« Et comment se porte Monsieur Weasley ? »

Harry compris tout de suite qu'elle ne parlait pas de Ron.

« Bien, je pense ? Il occupe un poste à responsabilités et apprécie sa vie là-bas. »

« Je n'aurai pas imaginé que vous deux choisiriez la même carrière, mais je suis bien aise de vous voir vous épanouir. »

« Merci, professeur. »

Sur ces mots, Harry la vit sortir de nulle part une liasse de parchemins.

« Passons aux choses sérieuses, si vous le voulez bien. »

Il s'empêcha de soupirer, il n'avait plus quatorze ans.

« Vous trouverez ici toutes les modalités des différents examens que vous aurez à passer au mois de juin. Contrairement aux élèves de Poudlard, vous les passerez au Ministère, avec des professeurs agréés. Vous ne dépendez pas des professeurs de l'école, mais vous êtes autorisé à les contacter si besoin pour répondre à des questions éventuelles sur les programmes ou les cours. Il en va de même pour moi, bien entendu. »

Il attrapa la pile de papier qu'elle lui tendait.

« J'imagine que Miss Granger ne vous laissera pas vous en sortir sans en discuter avec elle. »

Harry ne put s'empêcher un sourire. McGonagall était très perspicace. Il ne répondit rien mais elle continua.

« Je peux d'ailleurs vous dire que ses cours se terminent à quinze heures aujourd'hui. » Elle leva ensuite les yeux au ciel comme si elle s'étonnait de son propre comportement. « Vous êtes libre d'utiliser la bibliothèque aujourd'hui. Si vous avez besoin d'ouvrages s'y trouvant par la suite, n'hésitez pas à me contacter directement, ou à passer par Miss Granger. »

« C'est très aimable à vous, professeur. »

Les parchemins dans la main, Harry se redressa et quitta son siège.

« Merci pour votre aide. J'apprécie sincèrement. »

« Faîtes-moi plaisir, monsieur Potter. Décrochez ces examens et retournez faire votre vie en Roumanie, si c'est ce que vous voulez. »

« Je vais faire de mon mieux. »

[…]

Même s'il avait désormais pris de bonnes résolutions quant à ses études, Harry n'était pas tout à fait prêt à s'enfermer dans la bibliothèque dès dix heures du matin, sachant qu'il avait cinq heures à patienter avant de retrouver Hermione.

Il décida pour le moment de sortir du château et de se promener dans le parc, même si la température ne semblait pas propice à cette activité. Quelques mois d'entraînement dans les montagnes roumaines l'avaient habitué aux températures variables.

Il était en train de descendre vers le lac lorsqu'il remarqua que de la fumée sortait de la cheminée de la masure en bordure de la Forêt interdite. Un sourire s'épanouit sur ses lèvres.

Quelques minutes plus tard, il frappait à la lourde porte en bois, qui s'ouvrit bientôt sur Hagrid, immense dans l'embrasure.

« Par Merlin ! Harry ! » s'exclama-t-il en reconnaissant le visiteur inattendu.

« Bonjour, Hagrid ! »

Hagrid regarda derrière lui comme pour vérifier qu'Harry était seul et que tout allait bien.

« Reste pas dehors, entre vite ! Y gèle à pierre fendre depuis c'matin. »

Il s'écarta pour laisser entrer le jeune homme qui ne se fit pas prier. Une fois la porte refermée, il sentit mieux la chaleur émanant du feu de cheminée. Crockdur ouvrit paresseusement un œil quand il prit place dans le fauteuil le plus prêt de l'âtre.

« Je n'y croyais pas, quand Hermione est rev'nue seule en début d'année, » lâcha Hagrid en remplissant son immense bouilloire avant de la poser sur une grille au dessus du feu.

Harry se retint de hausser les épaules sachant que son interlocuteur ne pouvait pas le voir et que ce n'était probablement pas la réponse qu'il attendait.

Il attendit qu'Hagrid leur ait servi une tasse de thé à tous les deux avant de commencer à répondre à ses questions.

« C'était trop difficile de décider de revenir, » avoua-t-il simplement. « Le cadre scolaire, l'année spéciale, l'abstraction des examens... J'avais besoin d'autre chose. »

Hagrid l'écouta sans rien dire. Harry continua.

« J'étouffais aussi, au Terrier, » lâcha-t-il après, sachant que même s'il connaissait les Weasley, Hagrid était probablement la seule personne à qui il pouvait confier cette remarque particulière.

« Je n'aurai pas pu m'entraîner tout seul sur le chemin de la guérison avec autant de personnes souffrant du même mal autour de moi, » finit-il par ajouter, prenant conscience du poids de cette vérité une fois qu'elle eut passé ses lèvres. « Très égoïstement, j'ai réglé mes affaires ici, aidant la directrice quand elle me l'a demandé, et puis je suis parti. »

Hagrid vida sa chope de thé d'une longue traite et la reposa sur l'accoudoir de son imposant fauteuil.

« Ces sacrés journaux ont parlé d'toi dès le lend'main. Ils étaient fin fous, » remarqua-t-il. « Tu peux t'féliciter d'avoir fait ce que personne n'attendait. Mais au bout d'un moment y z'avaient plus rien à dire sur toi. »

Harry sourit sincèrement.

« Je ne l'ai pas fait pour ça, mais c'est bon à entendre. Je suis quand même content de ne pas être resté là où j'aurai pu tomber sur ces journaux. »

« Paris, hein ? »

« Paris, » confirma-t-il. Hagrid avait sans aucun doute été tenu au courant par Hermione. « La communauté magique est géniale et je me suis fait des amis. J'ai aussi adopté une nouvelle chouette, » avoua-t-il, presque timidement. Hedwige lui avait après tout été offerte par Hagrid.

Les yeux de ce dernier s'illuminèrent d'un mélange de tristesse et de joie.

« C'est une bonne nouvelle ! Comment est-elle ? »

« Elle a un caractère très différent mais fait bien son travail. »

« C'est le principal, » confirma-t-il.

« Puis ensuite on a eu l'opportunité, mon amie et moi, d'aller à la réserve en Roumanie, là où travaille Charlie. Tu connais un Newt Scamander ? »

Les yeux d'Hagrid s'écarquillèrent.

« Scamander ? LE Scamander ? Des créatures magiques ? »

« Oui ? »

« Il a changé la manière dont les sorciers voient les créatures. Il en a recensé tellement dans ses livres... C'est un sorcier incroyable. C'est lui qui a rédigé votre manuel de cours. »

« Il est très gentil et est effectivement passionné par ce qu'il fait. »

« Si un jour tu le revois, dis-lui à quel point son travail est important. »

« Promis. »

« Tu restes jusqu'à quand ? »

« Au moins jusqu'en juin, ensuite c'est à voir. Tout dépendra des examens complémentaires que je dois passer pour pouvoir obtenir un vrai poste à la réserve. »

« Tu vas vraiment t'installer là-bas, alors ? »

« C'est bien parti pour, oui. Personne n'a d'attente particulière pour moi, j'ai juste à bien faire mon boulot. »

« Et Charlie, comment va-t-il ? »

Harry manqua de s'étouffer avec une gorgée de thé. Il n'avait pas vu arriver la question et les récents développements entre eux lui revinrent en mémoire lorsqu'il tenta de formuler une réponse cohérente. Heureusement, Hagrid n'était sans doute pas en mesure d'imaginer ce qu'il taisait sciemment.

« Bien, bien. Il me prête sa chambre d'ami pour que je n'ai pas à vivre seul. C'est un peu comme une colocation. De toute manière on est rarement à la maison à cause du travail. »

« C'est un bon gars, Charlie. Et travailleur ! Il m'a bien aidé, plus d'une fois. Lui non plus, on n'lui sortira pas les dragons d'la tête. »

Harry préféra ne rien ajouter sur Charlie. Il termina sa tasse de thé maintenant tiède.

Ils restèrent silencieux un moment.

« Tu as bien grandis, Harry, » marmonna Hagrid, la voix soudainement hachée par l'émotion. « Tes parents seraient fiers de toi. De ce que tu as construit. »

« Même si je ne suis pas devenu Auror ? Même si j'ai préféré fuir plutôt que de me battre comme ils l'ont fait, jusqu'au bout ? »

Hagrid le regarda avec de grands yeux, comme s'il ne comprenait pas qu'Harry puisse poser une telle question.

« Harry, » déclara-t-il très sérieusement. « Ils t'auraient aimé quoiqu'il arrive, Auror ou pas. Y z'auraient été fiers de toi. Et tu n'as pas fui, tu m'entends ? Chacun est libre de sa vie, nom d'un Scrout à Pétard. »

Ces quelques phrases firent remonter de nombreuses émotions à la surface et le silence retomba le temps qu'ils fassent le tri et retrouvent leur calme.

« Tu veux aller faire un tour ? » proposa Hagrid au bout d'un moment.

« Bonne idée, » répondit Harry spontanément.

Ils sortirent de la maison et d'un commun accord prirent la direction de la Forêt plutôt que celle du lac. Ils marchèrent à la lisière et finirent par se retrouver dans la clairière où Hagrid avait donné son cours sur les Hippogriffes durant la troisième année d'Harry. Le même sourire leur revint en même temps et ils échangèrent un regard mi-nostalgique, mi-soulagé qu'au final les choses se soient arrangées.

Sans se concerter, ils retournèrent à la cabane et Harry songea qu'il était temps de prendre congés.

« Je vais y aller, Hagrid, » annonça-t-il en se passant la main dans les cheveux.

« Bien sûr ! Tu as sans doute plein d'choses à faire. Je suis bien content de t'avoir vu. »

« Moi aussi, Hagrid. »

Ils échangèrent un sourire.

« On se reverra sûrement, je reste un moment. »

« J'espère bien ! »

Sur ces mots, ils échangèrent un signe de main et Harry repartit vers le château. Le temps qu'il y parvienne, il était midi passé et les couloirs étaient plein d'élèves, qu'il n'était pas certain de vouloir croiser.

Utilisant ses anciennes techniques d'invisibilité sans la cape – beaucoup plus faciles à mettre en application maintenant que Rogue ne suivait plus son ombre – il progressa lentement à travers le château, faisant des détours inutiles et se fustigeant de son incapacité à passer par la grande porte et en assumer les conséquences.

Il se retrouva finalement dans le couloir du septième étage, devant Barnabas le Follet. Il passa le plat de sa main sur la tapisserie qui ne portait pas de marques de la bataille. D'après Hermione, le Feudeymon incontrôlable qui les en avait chassés n'avait probablement rien laissé de la pièce d'origine, mais il était tout de même curieux. Si sa magie était capable d'isoler autant de choses dans différentes pièces, elle devait être capable d'isoler un mauvais sort pour éviter qu'il ne ravage tout, non ?

Il passa trois fois devant la tapisserie en pensant très fort à un endroit protégé de la magie noire – et des autres élèves, mais c'était moins important.

Il allait abandonner quand une porte un peu noircie s'ouvrit à sa gauche. Il regarda autour de lui par principe et s'engouffra à l'intérieur.

« Lumos, » chuchota-t-il, car il y faisait noir comme dans un four. La faible lueur l'aida à se repérer dans ce nouvel endroit. C'était une pièce circulaire, aux murs salis par la suie, comme l'était la porte. Elle était en piteux état, mais elle avait le mérite d'être là. Sa magie devait être affaiblie si elle se battait contre le sortilège depuis le mois d'avril dernier. Harry espéra qu'il ne s'agissait que des stigmates et qu'il avait été stoppé.

Il lança le sort de boule de feu d'Hermione pour pouvoir y voir plus clair et baisser sa baguette. La pièce s'éclaira et il décida que ça ferait l'affaire pour l'instant. Il s'installa sur un vieux canapé et s'apprêta à découvrir les parchemins confiés par la Directrice.

[…]

Le lendemain matin, Harry se leva sans savoir que sa journée allait mal continuer. Tout était calme dans la maison, il avait plutôt bien dormi et le soleil brillait. Il descendit dans la cuisine et se servit une tasse de thé.

Il eut le temps de s'installer à table avant qu'un hibou ne dépose le courrier. Même s'il fut surpris que la famille le lise encore – son affiliation totale à Voldemort pendant la guerre n'étant pas facile à effacer – il essaya de se convaincre que ça faisait parti de la reconstruction. Il avait un train de retard sur les autres.

Il changea complètement d'avis en dépliant la liasse. Comme un retour en arrière particulièrement malvenu, son visage s'étalait en gros plan sur la première page. Il eut la tentation de jeter l'objet dans la cheminée depuis l'endroit où il se trouvait mais résista. Il n'était même pas là depuis deux jours, mais il était sorti au grand-jour. Il aurait dû se douter que son retour figurerait dans la presse à un moment donné.

Il ne l'espérait pas si tôt, à vrai dire. Après ces mois passés à l'abri des feux des projecteurs, c'était périlleux de s'y confronter à nouveau, de voir que rien ne semblait avoir changé.

Il chassa à l'arrière de sa tête les souvenirs traîtres et se concentra sur le texte qui accompagnait l'image.

On ne peut pas dire qu'il fut rassuré. « Potter : le retour inespéré » titrait l'article – le torchon. Du spectaculaire sans aucune recherche, c'était véritablement du bas niveau. Il soupira et entrepris néanmoins de lire le reste, même s'il savait maintenant que ce serait du même acabit.

« Le très célèbre et mystérieux Harry Potter (pour un rappel de ses faits d'armes, voir p.2), que personne n'avait vu depuis des mois, a été aperçu par votre journaliste hier après-midi à Pré-au-lard, en compagnie de la non moins connue Hermione Granger (voir p. 3), son amie d'enfance et partenaire de combat durant la guerre.

La dernière fois que quiconque avait vu le Sauveur, c'était d'après témoins à Poudlard, au mois d'août dernier. Mais qu'a-t-il bien pu faire depuis si longtemps ? Comment est-il possible qu'il ait simplement disparu ?

Certaines de nos sources pencheraient pour une malédiction qui l'aurait obligé à se retrancher dans un endroit protégé, raison pour laquelle il serait venu voir Hermione Granger hier. Miss Granger étant d'après ses anciens camarades de classe « très douée en maléfices ».

Mais certains voient aussi en la présence de Miss Granger bien plus qu'une simple demande amicale. En effet, Ginny Weasley, que tout le monde pensait être la petite-amie attitrée de Mr Potter, n'aurait pas été contactée par lui ces derniers jours, et n'était pas présente à Pré-au-lard lors de la rencontre. Le cœur du Sauveur aurait-il changé d'allégeance ? Nous le saurons dans les jours à venir. »

L'article était seulement signé par des initiales et Harry n'avait même pas le courage de se creuser la tête pour deviner de qui il pouvait s'agir. Il avait perdu le peu de confiance que son retour lui avait inspiré. Charlie l'avait rassuré avant son départ, mais il ne savait pas à quel point les médias pouvaient se montrer envahissants et inconsidérés avec la vie de ceux qu'ils prenaient pour des personnalités publiques en Angleterre.

Harry referma le journal et y mis le feu d'un geste fluide de baguette, puis décida de se concentrer sur son petit-déjeuner et de penser à ce qu'il allait faire dans la journée.

Il balaya les cendres avec un soulagement évident avant de partir.

[…]

La réalité lui revint en plein visage ce week-end là, quand Molly lui annonça que Ginny allait rentrer pour le voir. Il n'y avait pas de reproche, même voilé, dans la voix de la matriarche, mais Harry se sentit tout de même mal à l'aise. Il n'avait pas lui-même prévenu Ginny et il ne savait pas par qui elle avait appris qu'il était de retour. Le pire serait peut-être qu'elle l'ait lu dans le journal sous les yeux de ses camarades. Ce ne serait pas la première fois qu'une telle chose arriverait...

Harry préféra garder sa gêne pour lui, sachant que Molly était rayonnante de pouvoir rassembler plusieurs de ses enfants durant quelques jours. Harry l'aida donc dans la journée à préparer les plats préférés de tout le monde pour l'occasion.

C'était différent de cuisiner en ces lieux qu'en compagnie de Charlie, car Harry suivait les conseils de Molly plus qu'il ne prenait d'initiatives. Ce n'était pas désagréable pour autant, et c'était très efficace.

Ginny arriva en compagnie de Ron et Arthur vers huit heures du soir. Tout était prêt dans la maison rutilante et Molly se jeta sur sa plus jeune fille comme une lionne. Harry s'écarta un instant des effusions, acceptant le poing tendu de Ron et le sourire d'Arthur avant de se tourner vers la jeune fille.

« Salut Ginny, » souffla-t-il, assez maladroitement.

Elle esquissa un sourire, comme si elle avait du mal à croire qu'il était bien en face d'elle.

« Salut Harry. » répondit-elle sur le même ton.

Il s'écarta ensuite légèrement pour la laisser entrer dans la cuisine et rejoindre le reste de la famille qui les avait laissés seuls, pensant sans doute bien faire.

Le dîner fut animé, chacun partageant des anecdotes entendues ou vécues dans la semaine. Ginny parla surtout de Poudlard, et Harry fut intéressé par les nombreux changements mis en places par la nouvelle directrice afin de moderniser et protéger l'endroit pour les générations futures.

Elle avait notamment permis l'accès à plus de technologies moldues à la fois pour les enfants qui en avaient l'habitude mais aussi pour que les sangs-purs s'y familiarisent dès le plus jeune âge. Ce n'était qu'en poussant les enfants à partager plus qu'une classe et un dortoir qu'on parviendrait à éloigner le spectre d'une guerre d'idéologie, prêchait-elle.

Elle envisageait aussi de mettre en place une année supplémentaire grâce au succès que remportait la huitième année, afin de permettre à ceux qui ne sauraient pas encore où se diriger après l'école ou qui souhaiteraient éventuellement devenir enseignants, de passer plus de temps à étudier avant d'avoir à quitter les lieux. Elle avait déjà plusieurs personnes intéressées permis les jeunes de l'âge de Ginny, toutes maisons confondues.

Tout le monde donna ensuite son avis sur les différentes mesures et ce que impliquerait pour le futur de l'école, tout le monde étant bien sûr rassuré que ce soit Minerva McGonagall à sa tête.

Après avoir poursuivi encore un moment la discussion au salon autour d'une tasse de thé, la famille décida qu'il était temps d'aller se coucher. Harry et Ginny restèrent les seuls au rez-de-chaussée, une fois que Ron eut gravi l'escalier après leur avoir lancé un regard porteur d'un sens qu'Harry préférait ne pas interpréter.

Harry était adossé au fond du canapé, ses pieds au sol. Dans le fauteuil à sa gauche, Ginny était assise avec ses jambes repliées.

« Tu as changé, Harry, » remarqua-t-elle doucement.

Gêné, il se gratta l'arrière du crâne.

« C'est vrai. »

« Tu avais déjà changé après... Tu sais. » Elle fit une grimace d'excuse, celle qu'ils avaient tous quand ils mentionnaient la guerre au détour d'une conversation. « Mais tu as quelque chose en plus. »

« Il était temps, non ? » plaisanta-t-il sans pouvoir s'en empêcher. « Toi aussi, Gin. Tu es différente. »

Elle fit glisser ses longs cheveux sur ses épaules.

« Il fallait bien. L'époque a changé, on doit suivre le mouvement. »

« C'est vrai... »

« Tu vas retourner en Roumanie, n'est-ce pas ? »

« Oui, » répondit-il simplement. Il ne servait à rien d'enrober la vérité.

« C'est une bonne chose. Tu sembles plus heureux. Et Charlie aussi. »

Les joues d'Harry se colorèrent légèrement.

« Je le suis, je crois. C'est un monde à part, on n'y trouve que l'essentiel, le reste est vu comme une perte de temps. Le travail est trop contraignant pour se préoccuper de choses insignifiantes, comme les rumeurs, ou... »

« Tu as lu l'article, hein ? » Demanda-t-elle comme si elle venait d'avoir une illumination.

« Oui, et j'aurais préféré ne pas avoir la curiosité de l'ouvrir, même si maintenant je me rend compte que ce n'est pas parce que moi j'ai changé que tout le monde est à la même page. »

« Hermione s'est levée de table au petit-déjeuner, tu sais comme elle est, à lire le journal en premier, pour voir, et ensuite elle a ensorcelé les journaux de tout le monde pour que personne ne puisse lire ces âneries. »

Harry sourit franchement. C'était bien Hermione.

« D'ailleurs, en parlant de ça... » continua Ginny.

Malgré le ton léger de la conversation jusqu'ici, Harry sentit une sueur froide couler le long de sa colonne vertébrale. Dès qu'il fallait aborder ce genre de sujet, le courage n'était plus sa principale qualité.

« J'ai un petit-ami, » lâcha-t-elle après quelques secondes de suspense.

Il en resta un instant sans rien dire.

« C'est super, Gin ! »

« Il a un an de moins, et il a aussi perdu quelqu'un l'année dernière. On a commencé à discuter dans la salle commune après la rentrée, et de plus en plus. Et là, c'est très récent, mais il m'a dit que je l'intéressais vraiment beaucoup. »

« Je suis content pour toi, » déclara-t-il sincèrement. « Et je suis désolé de ne pas avoir été très clair avec toi. »

Il fut soulagé de la voir hausser les épaules. Le sujet n'était plus aussi douloureux qu'avant pour elle.

« Je t'en ai voulu de ne pas vouloir communiquer avec moi, pour être honnête. Mais j'ai beaucoup réfléchi, entre temps, tu étais loin, et la vie a continué ici... »

« Ce n'était pas dans mes intentions de te tenir volontairement hors de portée, mais j'ai mis tout le monde dans le même panier. J'avais besoin de partir, c'était viscéral. »

« Je comprends, et je te pardonne, si tu promets de prévenir la prochaine fois. Tu avais peur et c'est acceptable, mais nous aussi, nous avons eu peur. »

Il acquiesça.

« Et alors, as-tu rencontré quelqu'un ? Tu peux me le dire maintenant ! »

Harry piqua un fard. Ce n'était pas le moment rêvé pour parler de ce qu'il avait sur le cœur. Pas à son ex petite-amie, accessoirement petite sœur de son potentiel futur petit-ami...

« J'ai rencontré quelqu'un, mais on n'est pas encore fixés... Enfin, c'est assez flou. »

« Demande toi si tu pourrais te passer de cette personne, et selon ta réponse, fais ce qu'il faut pour sortir du flou. Sinon tu regretteras. »

Harry médita ce conseil.

« Depuis quand es-tu devenue si sage? »

Elle étouffa un rire derrière sa main.

« Tu n'as pas été un super petit-ami, Harry, il a bien fallu que je me débrouille à un moment donné. »

Loin de blesser son ego, la répartie de Ginny acheva de lui faire prendre conscience de la nécessité d'avoir une conversation avec Charlie... bientôt.

« Tu as raison, » lâcha-t-il. « Je vais réfléchir. »

« Au fait ! Luna m'as écrit ! »

« Sérieux? »

« Oui, on s'écrit pas mal depuis la rentrée, vu qu'on ne se voit plus. Et elle m'a dis que vous vous étiez rencontrés en France ! »

« C'était fou, j'étais dans une auberge depuis un moment, en train de sympathiser avec une fille de notre âge, et puis j'ai découvert d'un coup que c'était la copine de Luna ! Tu savais, toi ? »

« Depuis un moment, oui, Luna était tellement heureuse qu'elle en parlait régulièrement. »

« Je suis le dernier au courant à chaque fois, » soupira-t-il comme pour se faire plaindre.

Elle se moqua de lui.

« Donc c'est avec Luna que tu es allé en Roumanie, voir Charlie ? »

« C'est Newt – tu connais Newt ? – qui l'a invitée, et du coup on y est allés avec elle. Et j'y suis resté quand Luna est repartie en Angleterre, parce que ton frère me l'a proposé et que je me sentais bien là-dedans. »

« Donc la personne qui t'intéresse est forcément de la réserve, » remarqua-t-elle, au grand dam d'Harry qui n'avait pas pensé qu'elle continuerait à chercher de ce côté-là. Elle était très persistante.

Il fit un vague mouvement des épaules.

« J'attendrai que tu me le dises, » nuança-t-elle son comportement.

Il haussa les sourcils, l'air de dire qu'elle pourrait attendre longtemps, et laissa finalement un sourire adoucir son expression. Il appréciait tout de même la retenue relative de Ginny.

Ils échangèrent un regard et la jeune fille bailla.

« Longue semaine ? »

« La septième année n'est pas une partie de plaisir, » avoua-t-elle.

« Je vais bientôt le savoir, » plaisanta-t-il. « Au moins c'est le week-end. »

Ils se levèrent, éteignirent les lampes et couvrirent le feu avant de rejoindre leur chambre respective. Sur le palier, ils se souhaitèrent une bonne nuit, heureusement sans le côté très maladroit qui caractérisait leurs échanges il n'y a pas si longtemps.

Harry referma la porte derrière lui, heureux de la tournure qu'avaient pris les événements.

[...]

Le lendemain matin, une fois que tout le monde eut quitté la maison après le petit-déjeuner, il décida de rédiger une lettre avant de se mettre à travailler. Elia attendait sans doute de ses nouvelles depuis un moment, même si elle était sans doute très occupée à l'auberge depuis son retour.

« Chère Elia,

J'espère que tu vas bien depuis ta dernière lettre. As-tu passé un bon nouvel an? A l'auberge, ce doit être quelque chose à voir ! A la réserve, c'était plus simple qu'à Noël, mais on a passé un bon moment.

Suite à la proposition de Sven de m'embaucher à la réserve, dès que j'aurais mon diplôme de fin d'études, je suis revenu en Angleterre. La décision a été finalement assez facile puisque je voulais vraiment rester en Roumanie sur le long terme. Je suis revenu il y a quelques jours et pour l'instant tout se passe bien. L'idée de devoir réviser pendant des mois ne m'enchante pas trop, mais si ça veut dire qu'ensuite je serai tranquille pour longtemps.

J'ai sans doute gagné en maturité pendant le voyage car la lecture d'un article idiot sur mon retour ne m'a pas autant affecté qu'avant, enfin, je suis encore capable de sortir en plein jour après. Pas que j'ai beaucoup l'occasion de sortir, mais bon. Je n'ai même pas l'impression d'être vraiment revenu chez moi, au final, parce que je n'ai jamais vraiment habité ici. C'est assez étrange. J'y suis bien, mais j'étais mieux... J'ai quand même l'impression d'être un peu ingrat, mais dans le fonds je suis surtout soulagé d'avoir enfin trouvé ma place quelque part.

Et avant que tu ne dises quoi que ce soit, je vais te devancer, ça a sans doute autant à voir avec la réserve en elle-même qu'avec Charlie. Tu as vu, je l'ai dis! Je n'irai pas plus loin pour cette fois, tu devras attendre la prochaine lettre pour en savoir plus... (Mais ne lui dis rien, je n'en suis pas encore là)

Embrasse ta famille pour moi, et à bientôt !

Harry »

Il plia aussitôt la lettre et la confia à Aderyn, ravie d'avoir enfin une activité. Il lui caressa la tête, lui souhaita une bonne route, et ouvrit la fenêtre pour qu'elle puisse s'envoler.

Il alla ensuite récupérer ses affaires dans la chambre et s'installa à la table de la cuisine baignée par la lumière du soleil pour étudier. Sur les conseils d'Hermione, il commença par les matières les moins évidentes pour lui, car tout le reste lui paraîtrait ainsi encore plus simple par la suite. Il sélectionna par conséquent l'épaisse liasse de notes de potions et attrapa sans enthousiasme un vieux manuel trouvé à la bibliothèque de Poudlard avant de partir.

Il n'avait travaillé que deux potions quand Molly rentra pour déjeuner. Il l'aida à faire la vaisselle et débarrasser, puis repris le manuel avec un soupir tandis qu'elle allait profiter de la lumière naturelle pour tricoter dans le salon.

Il passa ainsi, à peu de choses près, les trois semaines suivantes. Il étudiait toute la journée, malgré les migraines inévitables, malgré le découragement, malgré une progression qui lui semblait beaucoup trop lente. Il s'entraînait à la pratique de la Métamorphose, des Sortilèges et de la Défense avec Ron, un arrangement qui leur convenait à tous les deux. Il sortait de manière occasionnelle pour aller se promener dans les quartiers moldus, afin de ne pas avoir à se soucier de rencontrer quelqu'un qui le reconnaîtrait.

Il sentait sa confiance grandir avec le temps passé sur sa terre natale, mais n'avait pas encore envie de faire l'effort d'aller seul sur le Chemin de Traverse, sans déguisement. Il savait qu'il ne craignait plus rien, et justement, c'était cette absence de but, si on pouvait parler ainsi, qui le déroutait. Il n'avait pas le sentiment d'être complètement libre ici, comme il l'était en Roumanie ou à Paris. C'était assez paradoxal, et le fait de penser à tout ça ne l'aidait pas à faire le point, alors il se contenait de faire ce qui lui convenait – sauf réviser, parce qu'il n'avait pas le choix.

Durant ces trois semaines, il vit Hermione tous les vendredi après-midi, dans différents endroits de Pré-au-lard, selon leurs envies. Ils se racontaient d'abord leur semaine, puis passaient aux choses sérieuses, souvent assez rapidement, car on ne pouvait pas dire qu'ils faisaient beaucoup de choses en dehors de leur révisions. Harry était d'ailleurs le premier surpris de découvrir qu'il partageait le plan d'études de son amie, qui y avait toujours consacré beaucoup plus de temps et d'énergie que lui.

Il reçut aussi une lettre de réponse de la part d'Elia.

« Harry !

Merci pour ta lettre, il était temps ! A croire que tu es vraiment occupé... (je rigole)

Le Nouvel An s'est très bien passé, l'auberge était complète et on a même invité les commerçants de la rue à fêter le réveillon avec nous. Il y avait beaucoup de monde, de nourriture et de discussions intéressantes. On est allées se coucher avec ma mère vers six heures du matin, après avoir tout rangé, soit presque une nuit normale pour moi, sauf que c'était plus sportif. Dan est reparti la semaine dernière, et Céleste semblait triste, j'ai l'impression que ces deux-là vont rapprocher leurs visites à partir de maintenant. Ils s'aiment, ça crève les yeux, et même s'ils apprécient aussi leur indépendance, il leur faut plus qu'une semaine ensemble tous les six mois. Je vais peut-être me retrouver bientôt à la maison avec deux parents ! Si c'est le cas et que ça devient insupportable, je peux venir m'abriter chez toi au village ? Vu que tu as maintenant dissipé mon dernier doute sur ton potentiel retour là-bas.

Tu n'imagines pas comme je suis fière de toi d'avoir enfin franchi ce pas, même s'il reste encore beaucoup de travail avant que Charlie et toi puissiez partir vers un avenir radieux tous les deux. J'espère que tu as profité du temps que j'ai mis à répondre à ta lettre pour lui en envoyer une, mais dans le fonds je n'y crois pas trop. Si c'est effectivement le cas, ne me dis rien, ne me donne que les bonnes nouvelles.

Maintenant que tu sais que tu veux retourner là-bas aussi pour lui, sais-tu ce que tu veux lui dire ? Et quand tu vas lui dire ? Je sais que tu penses que tu as le temps, mais il me semble qu'il vient te voir en avril ! Ce sera le moment de saisir ta chance. Je suis à 100% sûre qu'il s'intéresse à toi (franchement, il n'y a que toi qui pense que le fait de te proposer de venir habiter chez lui était complètement innocent – il aurait pu le faire mais pas s'investir autant avec toi) et maintenant que tu sais que c'est réciproque, je ne vois pas ce qui pourrait te retenir, à part ta peur de tout faire foirer, mais c'est normal d'avoir peur au début, il faut que tu apprennes à te rassurer. Et autant j'aimerai aller le secouer de son côté, je pense que c'est à toi de le faire, et je pense aussi qu'il ne tentera rien tant que tu n'auras pas fait un pas (de plus) vers lui.

Et à propos de cet article, je ne sais pas ce qu'il y avait dedans, mais tu sais aussi bien que moi que les gens ont quand même un esprit critique et qu'ils recoupent les informations ? Tout le monde n'est pas assez stupide pour croire tout ce que les journaux racontent sur les gens. Fais ta vie, de toute manière tu vas bientôt repartir, alors quoi ? C'est déjà super que tu parviennes à prendre un peu de recul avec la situation.

Je transmet tes sentiments à Céleste, Marthe et Louis ! Embrasse Luna si tu la vois avant moi. Et donne moi vite des nouvelles ! Je veux la suite du feuilleton !

A bientôt,

Elia »


On dépasse cette semaine les 100 000 mots et les 30 000 vues ! o/ C'est énorme, un grand grand merci à vous tou-s-tes. L'histoire approche de sa conclusion, et les éléments prennent doucement place dans ma tête.

J'espère que l'année a bien commencé pour vous. A bientôt pour la suite !

Yoi