Hello ! Deux semaines pour écrire un nouveau chapitre, je crois qu'on s'approche de mon record personnel... Je suis contente de ce chapitre, j'espère qu'il vous plaira. Bonne lecture!


Quelle ne fut pas sa surprise de découvrir dans le couloir une personne qu'il avait rencontrée pour la première fois deux ans plus tôt, lorsque l'Ordre l'avait évacué de Privet Drive en secret. Cette fois, il ne fit pas l'erreur de la prendre pour sa sœur aînée.

Il baissa sa baguette et resta les bras ballants, attendant qu'elle fasse un mouvement. Ses longs cheveux brun clair étaient soigneusement coiffés sur ses épaules et elle portait une longue robe de deuil noire. Elle avait les traits aristocratiques et l'élégance des femmes de sa famille, sans en partager ni l'expression hautaine ni la folie.

« Je suis désolée de m'introduire chez toi de la sorte, Harry. Je comptais rester à l'extérieur, mais je crois que la maison m'a reconnue, » annonça-t-elle. « Mieux vaut tard que jamais, » soupira-t-elle en aparté.

« J'ai eu peur, » avoua Harry tout de go. « Même si je ne devrais pas douter des protections. »

Elle esquissa un sourire.

« La paranoïa ou la mort, il n'y a que deux choix. »

Souhaitant changer le sujet car il ne souhaitait pas évoquer avec elle dans ce couloir sombre les proches qu'ils avaient perdus l'année précédente, Harry fit un geste en direction de la cuisine.

« Je n'ai pas grand chose à vous proposer, mais je peux faire du thé. »

« Ce sera parfait. »

Elle pris place à la table, sans faire aucun commentaire sur la tasse renversée, le feu presque éteint, la couverture drapée sur le fauteuil et l'attitude négligée de son hôte, qui profita de ce répit pour raviver le feu et ranger ses affaires de quelques coups de baguette. Pour ses vêtements, c'était trop tard, et il ne voyait pas ce qu'il pourrait mettre de plus habillé. Puis il s'occupa du thé et s'offrit même le luxe de l'amener à table sur un plateau.

Il posa devant chacun d'eux une tasse fumante et fut ensuite bien obligé de s'asseoir. Il remarqua à ce moment-là qu'il était dix heures passées ; évidemment elle avait attendu un moment convenable.

« J'ai tellement hésité avant de venir te voir l'été dernier que tu étais déjà parti. Je pensais récemment à t'envoyer une lettre, et j'ai appris que tu étais de retour. »

« Comment avez-vous su que j'étais là ? » demanda-t-il, vraiment surpris. Il n'était de retour à Londres que depuis deux jours !

« Je suis passée chez les Weasley hier, » révéla-t-elle. « Je voulais m'entretenir avec toi à propos de deux sujets. Tout d'abord, je voudrais te remercier d'avoir répondu au courrier de ma sœur. »

S'il y avait bien une chose à laquelle il ne s'était pas attendue...

« Votre sœur ? » répéta-t-il faute de trouver autre chose à dire.

« Ma sœur, Narcissa. Je sais que tu penses que nous étions en froid, mais le Manoir Malefoy a été saisi par le Ministère après la bataille finale, elle n'avait nulle part où aller en sortant de prison. Alors je l'ai accueillie chez moi dans un premier temps. »

« Vous vous êtes réconciliées ? »

Elle porta sa tasse à ses lèves et la reposa sur sa soucoupe dans un doux tintement.

« Nous n'avons jamais cessé de correspondre, » avoua-t-elle. « Personne n'était au courant. Tu comprends, elle a beau être restée dans la famille, elle ne partageait pas forcément tous leurs idéaux. De la même manière que je les ai quittés par amour pour Ted, Merlin ait son âme, Narcissa est restée pour Lucius, dont elle était amoureuse avant même que leur mariage ne soit une possibilité pour leurs parents respectifs. Alors quelques mois à peine après mon propre mariage, nous avons commencé à nous envoyer des lettres chaque semaine. Il a parfois été difficile de garder le secret, surtout pour elle, surtout ces dernières années, mais nous avons juré que rien ne nous séparerai. » Elle poussa un long soupir. « Il n'y a malheureusement plus de place pour elle dans le monde sorcier, alors elle s'est installée dans un quartier moldu, pas très loin d'ici. Je crois qu'elle s'est liée d'amitié avec son avocate, que tu as dû rencontrer. Une femme charmante, qui l'aide énormément en cette période difficile. Alors en son nom, je te remercie de l'aider à faire sortir Drago. Elle ne fera jamais vraiment son deuil de Lucius, mais au moins, son fils sera près d'elle. »

Bouleversé par ce qu'il venait d'apprendre, Harry n'avait même pas touché à son thé, mais il pensa à la resservir quand il se rendit compte que sa tasse était presque vide.

« Ce qui m'amène à la raison principale de ma venue. »

Elle se tourna légèrement pour lui faire face.

« Tu n'es pas sans savoir que c'est moi qui ai pris la responsabilité de Teddy. »

Effectivement, il le savait, mais n'y avait jusque-là pas accordé grande attention, trop concentré qu'il était sur sa propre santé mentale. Une vague de culpabilité l'envahit.

« Je ne compte bien évidemment pas te demander de t'occuper de lui, j'ai conscience que ce serait une position tout à fait inconfortable pour toi. Je pense juste que ce serait profitable pour lui d'avoir une figure paternelle dans sa vie. »

« Comme Sirius l'a été pour moi, » Harry remarqua sans y penser.

Elle cligna lentement des yeux comme pour retenir une émotion trop forte.

« Tu es le parrain de Teddy, et en cette qualité, tu as le droit de le voir quand tu le souhaites. »

« Comment est-il ? » parvint-il à dire sans que sa voix tremble.

Elle esquissa un sourire fier.

« Il va avoir un an en avril et il est déjà grand pour son âge. Il ne parle pas encore, se déplace très vite à quatre pattes, et dort beaucoup. Ses traits changent très peu, mais la couleur de ses cheveux exprime de façon très claire ses émotions. Heureusement, il est rarement en colère, » remarqua-t-elle avec une pointe d'humour. « Ce n'est ni Remus, ni ma fille. Mais il est incroyablement attachant et il mérite d'avoir la meilleure vie possible. »

Une larme perla alors au coin de son œil et elle la laissa rouler sur sa joue.

« Je ne garantis pas que je passerai beaucoup de temps ici une fois que j'aurais passé mes examens, mais je vous le promet, je reviendrai le voir. » Harry s'entendit-il dire.

« Merci pour lui. »

Ils restèrent un moment en silence, le temps de se remettre de tout ce passé proche qu'ils venaient d'effleurer et qui leur pesait.

« Je ne t'ai même pas posé la question, Harry. Comment vas-tu ? »

La question était tellement soudaine et inattendue qu'Harry n'eut pas le temps de préparer une réponse.

« C'est pas terrible, » lâcha-t-il honnêtement.

« N'importe qui deviendrait fou dans cette maison, Harry, » remarqua-t-elle, sans être perturbée par sa sincérité. Alors il continua sur sa lancée.

« Tant que j'ai été loin d'ici, c'était plus facile. Je pouvais me dire que la guerre n'avait pas eu lieu. Mais depuis que je suis rentré, tout me le rappelle. Et pourtant les gens semblent s'en sortir bien mieux que moi. »

« As-tu trouvé ce qui était important pour toi, en partant ? Ou n'était-ce qu'une fuite ? »

« J'ai trouvé un endroit dans lequel je veux rester et une personne que je veux revoir, ça répond à votre question ? »

« Tout à fait. La guerre a eu lieu, et maintenant chacun doit faire son propre deuil pour réussir à profiter à nouveau de la vie qui nous est offerte. C'est à toi de décider où et avec qui tu te sens bien, ne laisse pas les autres te dicter ta conduite. »

Il acquiesça.

« Chaque problème a sa solution. La première, tu l'as trouvée toi-même en partant. Maintenant, puisque tu es revenu, il va falloir que tu prennes le mal à la source et que tu comprennes pourquoi tu te sens mal ici. Dans cette maison, c'est évident. Pourquoi la gardes-tu en l'état si elle ne te rappelle que de mauvais souvenirs ? »

Il allait protester, mais elle haussa un sourcil.

« En as-tu de bons ? »

Il fut bien obligé de se plier à son raisonnement.

« C'est mieux qu'avant, mais ce n'est pas suffisant pour s'y sentir bien, qu'on y ai vécu avant ou pas. Et puis, ça t'occupera jusqu'à l'été. »

Cela semblait si simple, proposé de cette manière.

« Je peux t'aider, si tu le souhaites. Je m'y connais un peu en rénovation magique, » proposa-t-elle.

« Ce ne serait pas de refus, si vraiment ça ne vous embête pas... »

« Crois-moi, je pense que Sirius aurais souhaité que cette maison en soit vraiment une. »

Elle termina sa tasse de thé lentement.

« Je vais te laisser mon adresse. Veux-tu réfléchir à propos des travaux avant de me donner ta réponse, ou es-tu prêt à t'en occuper ? »

Une heure plus tôt, il n'aurait pas imaginé répondre par l'affirmative, mais elle avait touché juste. Cette endroit avait besoin de changements et lui ne devait pas rester seul à ruminer.

« Je suis prêt. »

« Parfait. Je vais contacter une entreprise sorcière qui sera là dans les meilleurs délais. Tu verras, elle fait des merveilles pour restaurer et réhabiliter les vieilles maisons. »

Un bref éclair et Harry revit la maison détruite de Godrick's Hollow. Celle de ses parents. Celle dans laquelle il était né. Il se força à contempler aussi cette possibilité et fut rassuré de ne pas se sentir mal. Il allait s'occuper du Square Grimmaurd, car c'était bien là qu'il souhaitait vivre lorsqu'il était à Londres.

« Merci d'être venue aujourd'hui, » Harry annonça sincèrement en la raccompagnant à la porte, après qu'elle ai inscrit son adresse sur le carnet qu'Harry emportait partout.

« Tout le plaisir était pour moi, Harry. On se revoit très vite. »

Elle resserra les pans de son manteau autour d'elle et s'en alla dans la rue maussade de cette matinée d'hiver. Harry referma la porte derrière elle et soupira. Il allait avoir du travail.

[…]

Après sa semaine de réclusion à Londres, Harry fut heureux de retrouver l'ambiance chaleureuse du Terrier, ne serait-ce que pour une soirée.

L'audience avait eu lieu le jour même et Molly avait envoyé Ron le chercher au Ministère après les cours pour qu'il rentre dîner avec eux.

Ils étaient maintenant tous autour de la table, discutant avec animation de la matinée qu'Harry venait de passer.

« Vous l'auriez vue, » racontait-il. « Elle a retourné les trois juges et les a mis dans sa poche en un rien de temps. C'était presque comme si elle n'avait pas besoin d'eux, en fait. »

« Ça ne me surprend pas, » remarqua Arthur. « Ce n'est pas la première fois que j'entends parler d'elle au Ministère. Visiblement, il y a très peu de juges qui veulent officier quand elle est à la défense. »

« Mais du coup, quel était ton rôle, exactement? Je veux dire, pourquoi Narcissa t'a-t-elle fait venir? » demanda George.

Effectivement, comme le courrier était arrivé lorsqu'il était chez les Scamander, Harry n'avait pas mentionné les détails avec les Weasleys, juste le minimum. Et évidemment, il avait jeté la Gazette qui avait titré sur la rumeur de l'audience avant même de l'avoir lue.

« En y réfléchissant, je pense que c'est Jeremiah qui a convaincu Narcissa que je pourrais leur être utile. Le fait que j'accepte de me présenter comme témoin a permis d'avancer considérablement la date de l'audience, sans quoi la sentence de Drago aurait pris fin avant même que quelque chose puisse être fait. Mais dans quel état serait-il sorti, c'était une question à laquelle elles ne voulaient pas de réponse. »

« Tu crois que le Ministère s'est senti obligé de te faire une faveur? »

Harry haussa les épaules.

« Il ne voulait probablement pas de mauvaise publicité? Jeremiah m'a dit qu'elle aurait recours aux menaces si nécessaire, mais sans me préciser lesquelles. C'était peut-être mieux comme ça, d'ailleurs. »

« Il n'y a que ça pour les faire bouger, » confirma Arthur. « Les menaces ou l'argent. Encore aujourd'hui, et même avec Kingsley, il faudra des mois voire des années pour débarrasser ce nid de vipères de la corruption. »

« L'audience a super mal commencé, ça se sentait que les juges n'avaient pas envie d'être là et que leur avis sur la question ne changerait pas. Et puis Jeremiah leur a fait la liste de tous les jeunes de moins de vingt ans emprisonnés à Azkaban dans l'histoire, c'est-à-dire une quinzaine. La moitié y sont morts, d'autres ont mal tourné, et seulement trois ont pu être réintégrés dans la société à la fin de leur peine - pour certains, ne dépassant pas celle de Drago. Les juges ne s'attendaient pas à ça, mais elle n'avait pas terminé. Elle m'a ensuite demandé de témoigner sur le besoin de main d'œuvre pour la reconstruction puisqu'elle savait que j'avais aidé à Poudlard et de parler des dommages de la guerre. Ensuite Narcissa a annoncé combien elle trouvait préoccupant l'état de santé de son fils en prison, vu qu'elle a pu le voir brièvement lorsqu'elle est sortie il y a deux mois. On n'a pas du tout cherché à parler des actes qui ont été commis, puisque c'est ce qui lui a valu sa peine d'un an au départ, et on ne peut les nier. Il fallait plutôt convaincre les juges qu'une telle peine ferait plus de mal que de bien à présent. »

« C'est quand même impressionnant, » ajouta Arthur.

« Et donc, le verdict? »

« Drago doit être libéré sous conditions la semaine prochaine. Il sera mobilisé pour le reste de sa peine au bureau de reconstruction magique. Il sera probablement surveillé par des Aurors pendant un moment, mais c'était le cas pour Narcissa jusqu'à ce qu'elle s'installe dans un quartier moldu. »

La conversation retomba comme un soufflé et tout le monde se regarda, gêné. Le spectre de la guerre n'était pas très loin et malgré leur envie, tous n'étaient pas encore prêts à accepter ce qu'il s'était passé.

Ce fut Ron qui relança la discussion sur les ASPIC et les examens de la formation d'Auror quand le silence fut trop difficile à supporter.

Le reste de la soirée fut plus calme, le gâteau aux pêches au sirop de Molly adoucissant les humeurs. Harry, George et Ron jouèrent aux cartes en discutant à bâtons rompus pendant que Molly tricotait un gilet pour Victoire, sa première petite fille, qui allait avoir un an en mai. Arthur, quant à lui, monta se coucher tôt.

Harry ne resta pas dormir ce soir-là, Andromeda lui avait donné rendez-vous le lendemain matin pour le début des travaux.

[…]

Les travaux durèrent presque trois semaines, mais se déroulèrent sans encombre car Andromeda Black-Tonks veillait au grain. Même si sans son idée de départ, rien de cela ne serait arrivé, Harry la remerciait chaque jour d'être à ses côtés pour la plus grosse révolution que la vénérable maison Black ait connue. Des odeurs de cire, de peinture, de plâtre, d'humidité et de sueur se mêlaient avec celles du thé fumé et des pâtisseries que les ouvriers sorciers consommaient à toute heure du jour. La maison était en effervescence de la cave au grenier. Harry n'avait jamais vu une telle ruche et attendit de voir le résultat final avec une grande impatience.

L'émotion atteignit son apogée lorsque, le dernier jour, Andromeda offrit à Harry un portrait de Sirius à son âge, afin qu'il puisse l'afficher dans le salon du premier étage, devenu une belle et lumineuse pièce meublée avec goût. Sous le regard amusé et fier de son parrain, Harry se sentit chez lui.

Lorsqu'il se retrouva seul et que la vie repris son court tranquille, Harry se rendit compte que sa dernière lettre à Charlie datait du lendemain de l'audience de Drago, alors il s'installa au bureau pour y remédier.

« Cher Charlie,

J'espère que tu vas bien. Désolé de ne pas avoir donné de nouvelles depuis la dernière fois. Normalement, lorsque cette lettre te parviendra, il restera moins d'un mois avant ton départ. Si j'en crois la météo moldue, les températures ont un peu remonté à la réserve. Même s'il y a toujours de la neige, le travail doit être moins pénible ?

Ici à Londres, il pleut beaucoup, mais comme j'ai largement de quoi me garder occupé à l'intérieur, ce n'est pas très grave. Je vais à Poudlard, enfin à Pré-au-lard, une fois par semaine pour réviser avec Hermione. Elle est évidemment très en avance sur son programme même si elle répète à qui veut l'entendre que ce n'est pas le cas (et que c'est une catastrophe). Tu imagines si j'étais à sa place ! Je suis au contraire relativement confiant, à ce stade, bien plus que je ne l'étais en cinquième année lors des BUSE. Les potions me posent encore problème, surtout que je me suis contenté de la théorie jusque-là, vu qu'il y a moyen que je sois dispensé de pratique, sous conditions... (Je sais, je sais, j'en aurais besoin à la réserve ; mais honnêtement Charlie, si tu m'avais déjà vu à côté d'un chaudron tu serais le premier à me dire de renoncer!)

C'est vrai qu'avant, je n'avais que cette formation d'Auror en tête (d'ailleurs, Ron semble s'y épanouir, et c'est génial pour lui!) mais c'était presque par dépit ? Je ne sais pas vraiment, sans doute parce que c'est ce que mon père et mon parrain avaient fait, et parce que je ne savais pas à quelle autre profession je pouvais prétendre. Aujourd'hui, le fait de savoir que je vais pouvoir revenir à la réserve me motive à me dépasser et à décrocher ces examens une bonne fois pour toute !

Dans un autre registre, j'ai revu Narcissa la semaine dernière, et c'était un peu moins difficile que la fois précédente de parler avec elle (Hermione dit que ça s'appelle le processus de guérison). Andromeda m'avait demandé la permission de lui montrer le résultat des travaux, puisque même s'il ne s'agissait pas de la maison de leur enfance, contrairement à Sirius et Regulus, elles y avaient toutes les deux passé du temps (j'ai cru comprendre que Narcissa avait été relativement proche de Walburga).

Bref, c'était encore une fois une scène sortie de nulle part, elles deux et puis moi, dans cette maison, à parler de la meilleure manière de restaurer des meubles anciens et le besoin de nouveauté pour passer à autre chose. J'avais l'impression de jouer mon propre rôle.

Tu as vu comme je garde le suspense à propos du résultat ? Je vais t'épargner parce que je suis sympa: on a cassé la plupart des murs du rez-de-chaussée pour en faire une grande salle à manger, au lieu de ce couloir lugubre donnant sur des petites pièces difficiles à utiliser. La cuisine est restée au même endroit, mais avec une fenêtre magique qui donne l'impression d'avoir un jardin, comme chez tes parents. La plupart des meubles ont été restaurés ou changés, les murs ont été repeints en blanc ou en couleurs chaudes, c'est beaucoup plus lumineux maintenant.

La partie la plus difficile, émotionnellement parlant, a été de se décider, pour les chambres. Heureusement qu'Andromeda était là pour m'aider. Il y a finalement assez de chambres sur tous les étages pour ne pas avoir à toucher à celle de Regulus. On a juste redonné un coup de frais aux murs et pareil pour celle de Sirius. Je m'y sens bien, je n'ai pas éprouvé le besoin de tout refaire comme au rez-de-chaussée et au premier. Le résultat est tout de même bluffant rien qu'en montant aux étages. L'escalier ne grince plus, le parquet a été ciré, bref, c'est presque une nouvelle maison. Kreattur est un tout petit moins enthousiaste, mais c'est juste au niveau des couleurs, qu'on le croit ou non. Il ne devait pas plus aimer l'ambiance lugubre que nous.

Ta mère est également mitigée sur le bénéfice des rénovations car je ne rentre plus dormir au Terrier.

Je vais terminer là cette (longue) lettre.

Prends bien soin de toi,

PS : On se voit dans un mois !

Harry »

[…]

Le mois d'avril ramena le soleil mais pas la chaleur. Pour Harry, plus qu'un confort passager, c'était surtout l'assurance que le temps passait et que son exil forcé en Angleterre prendrait bientôt fin.

Il venait de passer deux jours à réviser la Défense ; seule matière sur laquelle il parvenait à se concentrer lorsque toutes ses pensées étaient focalisées sur l'arrivée imminente de Charlie. De la même manière qu'il s'était rendu compte de son attachement en quittant la réserve, Harry était maintenant envahi par le soulagement de le retrouver, après plus de deux mois sans se voir.

Et enfin, le jour des retrouvailles avait sonné ! Harry tourna en rond dans la maison, sortit faire une marches qui ne dura pas très longtemps, se retint d'appeler le Terrier pour prendre des nouvelles. Ron lui avait dit la veille que le Portoloin arriverait en début d'après-midi. Mais Harry n'était même pas certain de pouvoir le voir le jour même, car il ne voulait pas s'imposer lors de la première soirée de Charlie avec sa famille – et comme il n'avait pas été très présent chez les Weasley ces derniers temps, il ne voulait pas qu'ils pensent qu'il ne venait que pour voir Charlie.

Il se contenterait de s'y rendre le soir où tout le monde avait été invité, quelques jours plus tard, lorsque Hermione et Ginny seraient en vacances et de retour à la maison. Jusque-là, il lui fallait encore brider son impatience.

Le reste de la journée fut pire, sachant que son entêtement était maintenant le seul obstacle à leurs retrouvailles. Il ressortit marcher dans le quartier moldu jusqu'à ce que la nuit soit tombée depuis bien longtemps,

Si la journée avait duré des jours, la nuit dura des semaines. Harry somnola jusqu'à cinq heures du matin, se réveillant la tête pleine d'images indésirables. Après s'être levé, faute d'avoir une meilleure idée, il récura la cuisine de fond en comble, ce qui l'amena à faire la lessive, puis les poussières. Il se maudissait de son humeur morose, ce qui ne fit rien pour l'améliorer.

Il en était là lorsqu'une fois de plus, les protections magiques de la maison l'informèrent de l'arrivée d'un visiteur. Harry soupira, se passa machinalement la main dans les cheveux et se prépara à éconduire poliment quiconque s'étant aventuré jusqu'ici un jour pareil – il se félicita de ne pas avoir réagit par l'attaque, comme lors de la première visite d'Andromeda.

Lorsqu'il ouvrit la porte pour découvrir Charlie sur le porche, il ne pensa plus du tout à lui dire de s'en retourner.

« Salut, Harry. »

Il n'avait pas changé d'un iota et attendait maintenant qu'Harry ait suffisamment repris ses esprits pour le laisser entrer.

« Tu me montres ces travaux dont tu m'as tant vanté les mérites, alors ? »

Le ton léger, comme s'ils s'étaient vu la veille et qu'il n'y avait pas deux mois de manque entre eux.

« Oui, oui ! Entre, vas-y. »

Heureux d'avoir une distraction pour le moment, Harry lui fit la visite guidée. Finalement, sa frénésie de nettoyage n'était pas perdue !

Charlie n'était venu qu'une poignée de fois au Square, mais il fut tout de même impressionné par les changements opérés. « Pour le mieux, » confirma-t-il, quand Harry reparla de son doute initial et des décisions qu'ils avaient prises avec Andromeda. « On a vraiment envie d'y vivre maintenant, » ajouta-t-il.

Au dernier moment, Harry se retint de dire « Ce n'est pas ici que j'ai envie de rester, pourtant. »

« Tu as l'air fatigué, » nota Charlie à sa place.

Harry haussa les épaules nonchalamment. Il ne pouvait pas lui avouer, pas comme ça, qu'il n'avait pas dormi à cause de lui.

« Je pensais que je te verrai en arrivant, je ne peux pas te cacher que j'ai été un peu déçu, donc j'ai décidé de venir te voir aujourd'hui. Tu bosses tant que ça ? »

« Je ne veux pas abuser de l'hospitalité de tes parents, je comptais venir pour le dîner demain, » se contenta-t-il de répondre.

« J'ai bien fait de venir alors, si j'avais attendu on aurait déjà perdu deux jours, » plaisanta Charlie, mais Harry sentit qu'il était sincère et son cœur s'accéléra. « Tu avais quelque chose de prévu aujourd'hui ? »

« Pas spécialement, tu proposes quoi ? »

Un grand sourire lui répondit.

« Il fait pas trop mauvais, on pourrait aller se promener le long de la Tamise, sauf si tu as une meilleure idée ? »

« Une journée de repos et tu as déjà besoin de marcher des kilomètres ? » ironisa Harry.

« Très drôle ! Alors ? »

« Pas de meilleure idée, allons-y. »

Alors Harry remarqua qu'il était toujours en pyjama et se frotta le crâne d'un air embarrassé avant de monter se changer.

Une fois prêts, ils transplanèrent à Tower Bridge, l'un des endroits les plus touristiques de la ville, mais Charlie assura que leur itinéraire en vaudrait la peine, alors Harry se laissa guider, simplement heureux de le retrouver. Il admirèrent un instant l'inventivité de la machinerie moldue qui permettait à la fois aux piétons et aux bateaux de circuler librement, sans magie.

En restant sur la rive sud, ils longèrent le fleuve et Harry constata qu'il n'y avait pas tant de passage. On était en fin de matinée et si effectivement le soleil brillait haut dans le ciel, il ne faisait pas encore très chaud.

« Comment s'est passée ta première soirée avec ta famille ? » demanda Harry, mains dans les poches, épaule contre épaule avec Charlie ; adoptant cette position sans même s'en rendre compte.

« Bien, ça s'est bien passé, » commença-t-il. « Je ne devrais pas l'être, mais je suis toujours un peu nerveux avant de rentrer. Dans une famille nombreuse comme la notre, l'humeur peut être terriblement changeante, et ça m'est déjà arrivé de revenir alors qu'ils étaient en pleine guerre froide. Ce n'était pas très agréable de devoir prendre parti à la seconde même où j'arrivais. Mais cette fois-ci, rien de négatif. Maman s'est à peine plainte de ne plus te voir, je pense qu'elle savait que ce n'était pas face à moi qu'elle pouvait se le permettre. »

Harry hocha la tête pour montrer qu'il écoutait. Charlie tournait la tête de temps à autre pour le regarder en parlant.

« J'ai aussi été soulagé de voir comment allait George. Je ne m'attendais à rien en particulier, ayant reçu peu de nouvelles de lui depuis ma dernière visite l'année dernière, mais je crois qu'il remonte doucement la pente, si je peux dire ça comme ça. Personne ne le regarde avec des yeux ronds lorsqu'il fait une blague ; c'est que ce n'est pas une nouveauté. »

Harry songea que ce sentiment que Charlie avait par rapport à sa famille, de ne pas toujours se sentir en phase avec eux, était peut-être aussi un des facteurs qui leur avait permis de bien se comprendre.

« On a beaucoup discuté du magasin, de la nécessité de continuer à inventer de nouveaux produits sans cesse pour que l'effet de surprise des clients soit toujours renouvelé, encore plus pour les réguliers. Il a beaucoup d'idées et contrairement à ce qu'on pourrait penser, Fred lui manque moins lorsqu'il pense à ses créations, comme s'il était encore là pour l'aider.

La voix de Charlie ne trembla pas, mais l'émotion était tout de même palpable. Ils passèrent au pied de l'impressionnante tour The Shard, rebaptisée ainsi par ses détracteurs à cause de son profil effilé. Lever les yeux jusqu'à son sommet culminant à quelques trois cent mètres de haut – soit le plus haut gratte-ciel d'Europe, précisa Charlie en aparté - donna des frissons à Harry, qui pourtant n'était pas sujet au vertige.

« J'ai aussi cru comprendre qu'il commençait à voir quelqu'un, même si je n'ai pas posé trop de questions, sachant que nos parents étaient là et qu'ils ne semblaient pas plus au courant que moi. »

« C'est la saison, on dirait, » remarqua Harry sans y penser.

Charlie lui lança un regard lourd de sous-entendu mais prétendit qu'Harry ne venait pas de parler d'eux.

« Maintenant que tu le dis, c'est vrai que Ron n'a que deux sujets de conversation : la formation d'Auror, et Hermione. »

Harry sourit à la mention de ses deux meilleurs amis.

« Hermione ne parle pas tant de lui, elle est vraiment concentrée sur la fin d'année, mais de temps en temps elle lâche une remarque tout d'un coup et c'est à la fois drôle et génial de la voir comme ça, de savoir qu'ils se sont enfin trouvés tous les deux. »

« N'importe qui d'autre se serait senti piégé entre eux, sachant que vous avez passé sept ans ensemble, mais pas toi ? »

« Je ne dis pas que ça a été facile tous les jours, mais jusqu'à l'année dernière il n'y avait pas de problème particulier. Et puis notre cohabitation forcée dans les bois a pris un tournant assez désastreux à cause de plein de facteurs, le principal étant notre fatigue morale, et c'est Ron qui n'a pas supporté ma proximité avec Hermione, alors qu'il n'y avait rien de plus à notre relation qu'une sincère amitié. Même si nous étions plus frères et sœurs d'arme qu'amis à ce moment-là, guerre oblige. »

« Laisse-moi deviner ; il a causé une scène ? »

« Il s'est énervé et il est parti, laissant un trio amputé, un duo que nous avons tenté de garder hors de l'eau tout le temps qu'il lui a fallut pour revenir, au moment le plus critique pour moi. Il m'a sauvé la vie, et à partir de ce moment là, je crois qu'il a à la fois compris que je ne m'interposerai pas dans sa relation potentielle avec Hermione, que je n'étais pas un obstacle, et que de toute manière, notre amitié était plus forte que ça. Ça a été un réel soulagement de ne pas le perdre ; je ne sais pas si on s'en serait relevé avec Hermione. »

« Et après ça il s'est finalement décidé à lui avouer qu'il l'aimait, ou c'est elle qui à fait le pas ? »

« Ils se sont jetés dans les bras l'un de l'autre, je pense ? Ils ont réalisé qu'ils étaient amoureux depuis si longtemps que ça ne servait plus à rien de prétendre, et que ça ne changerait finalement pas grand chose à leur relation, d'officialiser ça. »

Charlie ne répondit rien, cette fois, et Harry se sentit obligé de continuer.

« Ça ne me surprendrait pas qu'ils cherchent un appartement ensemble quand Hermione sera sortie de Poudlard. »

Suite au silence qui suivit et à l'absence de contact visuel avec Charlie, Harry compris l'impact de la situation qu'il venait de décrire : la leur en était très proche.

Eux avaient commencé par vivre ensemble, puis s'étaient embrassés – deux fois – et ne s'étaient jamais rien avoué, malgré les nombreuses fois où le sujet était remonté à la surface. Malgré les sentiments. Malgré le manque. Malgré les sous-entendus.

Ils continuèrent à marcher en silence le long de la Tamise, accompagnés par les passants pressés, les cris des mouettes et le bruit du vent dans leurs cheveux. Ils passèrent devant un bâtiment rond que Charlie, sortant de son mutisme, présenta comme le théâtre le plus célèbre de la ville. Visiblement, Charlie avait profité de ses années d'étude pour découvrir le monde moldu, alors il raconta Shakespeare, les comédiens, l'histoire du Globe, les pièces comiques et les pièces dramatiques. Il raconta la passion, la vengeance, le jeu, l'ambiance. Harry écouta religieusement, tout en étant conscient qu'il allait devoir faire un pas vers Charlie puisque c'était lui qui l'avait repoussé à chaque fois en ne répondant pas à ses invitations.

Ils passèrent devant là où se trouvait quelques années plus tôt le Millennium Bridge, détruit par Voldemort à la suite du refus de Fudge de coopérer à ses ambitions. Seule une plaque moldue, dénonçant un acte de terrorisme, se trouvait là, entourée de fleurs fanées et de mots rendus illisibles par la pluie. Charlie et Harry s'y arrêtèrent un instant, et Harry sortit sa main de sa poche pour entourer celle de Charlie. Si celui-ci fut surpris, il ne le montra pas. Son expression se fit cependant moins sombre.

Sans se lâcher la main et toujours en silence, ils marchèrent encore le long de la rive jusqu'à atteindre le pont de Blackfriars, ce qui leur pris une dizaine de minutes supplémentaires. A partir de ce moment, Harry cessa de regarder autour de lui pour se repasser en mémoire tous les moments qu'il avait partagé avec Charlie depuis qu'il était arrivé chez lui.

« Tu as faim? » demanda Charlie tout d'un coup.

Harry ne voulait pas que leur moment se termine alors il acquiesça, bien qu'il ne sache pas s'il était réellement affamé.

« Ils vendent des sandwiches et des boissons ici, ça te tente ? » demanda-t-il en désignant une enseigne à côté d'eux.

« Ça me va, » confirma Harry.

Jusqu'ici, les découvertes de la matinée étaient positives, il n'y avait pas de raison que ça s'arrête là.

Ils se lâchèrent la main en entrant dans le Prêt et Charlie montra à Harry les différents types de produits : sandwiches chauds ou froids, soupes, salades, plats chauds, chips, fruits, desserts et boissons. Après mûre réflexion, Harry se décida pour le sandwich froid au thon et concombres, un choix très britannique qui amusa beaucoup Charlie, qui lui préféra un wrap chaud aux falafels et halloumi. Ils se décidèrent par contre sur la même boisson, un latte au curcuma, sur le conseil de leur serveuse qui leur assura qu'ils n'avaient jamais rien bu de meilleur pour se réchauffer.

Leur déjeuner dans un sac en kraft, ils quittèrent la tiédeur du Prêt pour affronter l'activité du quartier d'affaires de Blackfriars.

Charlie les conduisit jusqu'aux jardins entourant la cathédrale Saint Paul où ils purent s'installer pour déjeuner.

« Tu as revu Andromeda depuis la dernière fois ? » demanda Charlie au bout d'un moment.

Harry avala sa gorgée de latte avant de répondre.

« Non, pas depuis qu'elle est venue avec Narcissa pour lui montrer les rénovations. Mais on s'est écrit une fois. »

« Tu comptes lui rendre visite à un moment donné ? »

« Je pense que oui ? Je ne suis pas surpris qu'elle me demande d'être une figure dans la vie de Teddy ; je ne sais pas comment j'aurais fait sans Sirius, même si Teddy a la chance d'avoir une grand-mère pour l'élever. Je ne sais juste pas comment je vais m'y prendre car jusque-là je n'avais pas à me poser la question. Tu t'es déjà occupé d'un enfant, toi ? »

« C'est arrivé, d'abord parce que je te rappelle que j'ai eu de nombreux frères et sœur, et ensuite de façon plus occasionnelle pour rendre service dans la réserve. Je ne me prétendrais pas expert sur le sujet mais je ne panique pas à l'idée de devoir surveiller un enfant pendant deux heures. »

Harry fit la grimace, puis sourit.

« Tu viendras avec moi, alors, » lança-t-il comme si c'était la meilleure solution du monde. « Pas que je veuille que tu viennes juste pour ça, mais ça me ferait plaisir que tu m'accompagnes, » se rattrapa Harry, ayant pour une fois le courage d'aller jusqu'au bout de ses idées et de les expliciter à haute voix.

Charlie fit un sourire énigmatique.

« Elle habite où ? »

« A Brighton, sur le front de mer. C'était leur maison secondaire, mais elle se sent mieux loin de Londres maintenant, et en plus c'est largement assez grand pour deux personnes. »

« Ce n'est pas très loin, on pourra effectivement y aller avant la fin de la semaine. »

« Après-demain, ça irait ? » proposa Harry, ne souhaitant pas perdre l'opportunité de passer un moment ensemble.

« Parfait. Maman ne pourra rien dire une fois qu'on aura assisté au dîner de famille demain soir, et comme ça il me restera du temps à passer avec eux. »

« Tu leur as dit que tu venais me voir aujourd'hui ? »

« Un peu, oui ! J'étais tellement surpris de ne pas te voir hier que j'ai posé la question, et j'ai décidé de venir te voir directement. »

Harry sentit son cœur s'accélérer malgré lui. S'imaginer qu'il avait manqué à Charlie était une chose, mais en entendre la confirmation était un sentiment bien supérieur.

« Merci d'être venu, » lui répondit-il doucement.

Ils terminèrent de déjeuner tranquillement, leurs mains se frôlant de temps à autres, leurs yeux ne restant jamais bien longtemps sans se retrouver.

Il restait cinq jours à Harry pour avouer ses sentiments à Charlie, et ça ne serait pas de trop.


Oui, j'ai réussi à ne pas écrire "Andromeda" dans toute la première partie, je suis assez contente de moi. Et les choses progressent enfin, Harry a compris!

Que pensez-vous des choix? Andy et Narcissa qui s'écrivent, la rénovation, la balade dans le Londres moldu (quoi, on sent que j'y suis allée cette année? haha)...

Je pense qu'il reste encore deux ou trois chapitres, à voir comment je vais pouvoir organiser ce qu'il reste.

Merci d'être toujours là.

A la prochaine!