Précédemment dans TA: Harry a reçu la visite de Charlie le lendemain de son retour en Angleterre. Ils sont allés se promener le long de la Tamise et Charlie a promis qu'il accompagnerait Harry pour rencontrer Teddy cette même semaine, après le dîner au Terrier.
Lorsque Harry Transplana devant le jardin du Terrier vers dix-sept heures le jour du dîner de famille, il fut accueilli par une ovation venant du pré. Ron, Ginny et Charlie, vêtus de vieilles tenues de Quidditch et juchés sur des balais tout aussi datés, s'arrêtèrent en plein vol pour lui faire de grands signes.
« Harry ! » s'écria Ron, ravi de voir son meilleur ami arriver au moment opportun.
« Tu vas pouvoir équilibrer le match, » ajouta Ginny, ses yeux brillants de malice.
Charlie se contenta d'un sourire, mais c'était plus que parlant.
« Euh, d'accord, » céda Harry, sans trop y réfléchir. « Laissez-moi aller dire bonjour à votre mère d'abord. »
Les trois Weasley considèrent que c'était en effet raisonnable et Harry continua son chemin vers la maison. Le temps qu'il lui fallut pour saluer Molly, enfiler une tenue convenable et prendre le dernier balais disponible dans la réserve, quelqu'un avait matérialisé un anneau de Quidditch de chaque côté du jardin, et Ginny jonglait d'une main avec le Souaffle.
« Harry, tu te mets avec Charlie. On l'a ménagé jusque-là, mais maintenant on va pouvoir vous écraser sans remord. »
Harry connaissait suffisamment Ginny pour prendre cette menace très à cœur, ce qui ne l'empêcha pas de sourire.
« On va voir ça, » répliqua-t-il.
Il ne s'était pas entraîné à la réserve pour rien, après tout. Et il savait comment jouait Charlie – même s'il était présentement occupé à faire des pirouettes ridicules à une extrémité du terrain sous le regard hilare de son plus jeune frère. Sans attendre, Harry décolla et le rejoignit. L'espace disponible était bien moindre qu'à Poudlard, mais après tout, ils n'étaient que quatre, et ils n'utilisaient qu'une seule balle.
Les deux équipes se retrouvèrent au milieu.
« Jusqu'à ce que mort s'ensuive ? » proposa Ginny, et Charlie fit un sourire suffisant.
« Ce ne serait pas juste pour vous deux, petite sœur, » remarqua-il, à la visible contrariété de celle-ci.
« Vingt buts, » annonça Ron à la place. « Si on est en retard pour dîner, c'est maman qui va nous tuer. »
Tout le monde acquiesça ; encore une fois, c'était une remarque sensible.
« Prêts ? » cria Ginny, et Harry sentit les premiers frissons d'anticipation dans ses cuisses. « Jeu ! »
Elle lança la balle en l'air, et les joueurs se précipitèrent sur elle dans un violent tourbillon rouge et or. Harry se prit l'épaule de Ginny dans le menton, ce qui les ralentit tous les deux et permit à Charlie d'attraper la balle avant qu'elle touche le sol et de s'enfuir vers les buts adverses, Ron essayant de le battre de vitesse pour y arriver avant lui. Sachant que Charlie n'aurait pas besoin de son aide pour marquer malgré l'adresse de Ron au poste de gardien, Harry fonça vers son propre anneau, une poignée de secondes avant que Ginny rejoigne l'autre extrémité du terrain pour prêter main forte à Ron. Heureusement, Charlie marqua avant qu'elle puisse l'attaquer et Harry lança un « Bravo ! » retentissant de là où il était.
Ce premier point en moins de cinq minutes ne fit que renforcer la détermination générale – si c'était possible. Le match devint, après deux buts supplémentaires de chaque côté, un simple prétexte pour faire monter le compte le plus vite possible, sans aucun respect des règles habituelles du Quidditch. Harry n'eut le temps de s'en amuser qu'un instant, puis fut rattrapé par l'adrénaline et Ron qui fonçait sur lui comme un Cognard. Il aurait dû s'en douter ; c'était un match entre frères et sœurs, et entre Weasley a fortiori.
Il se prit au jeu plus que jamais, analysant les situations en quelques secondes grâce à sa connaissance des techniques de vol des trois autres, même si Ginny avait énormément progressé depuis la dernière fois qu'il avait joué avec elle. S'il n'avait jamais hésité à faire des manœuvres périlleuses, Ginny était démente. Il ne put s'empêcher d'admirer ses figures de haute-voltige, même lorsqu'il en était la victime directe.
Après plus d'une heure trente d'efforts, le score monta à dix-neuf partout et ne décolla plus, tant la férocité des équipes rendait les anneaux inaccessibles.
Dans un éclair de génie, Harry fit une feinte particulièrement risquée qui lui permit d'éviter Ginny et de récupérer la balle que lui lança Charlie. Il leva le bras pour tirer dans la dernière ligne droite, Ron absent de son champ de vision, quand Ginny, qui stationnait à quelques mètres au-dessus de sa tête, lâcha son balais avec un cri de guerre, tomba à pic, arracha la balle à Harry et fut rattrapée par Ron qui l'attendait en-dessous, laissant Harry partir en vrille, déséquilibré par sa vitesse. Charlie lâcha une flopée d'injures en roumain, ce qui n'empêcha pas Ron et Ginny de marquer leur dernier point sur le même balais en hurlant leur victoire.
Il y avait quelque chose de terriblement ironique à les entendre crier « Weasley est notre reine » à qui voulait l'entendre.
Des applaudissements et une pluie d'étincelles accueillirent leur victoire et les quatre joueurs redescendirent sur la terre ferme pour découvrir Bill et Fleur assis sur le muret du jardin.
« Magnifique diversion, petite sœur, » annonça l'aîné en guise d'introduction, et il était clair dans son regard qu'il était impressionné.
« Bill ! Tu ne m'embrasses pas ? » demanda innocemment Ginny, et Bill leva les yeux au ciel, quand bien même la tenue de sa sœur était sans doute la moins boueuse des quatre joueurs.
« Vous êtes là depuis longtemps ? » S'enquit Charlie après avoir échangé une curieuse poignée de main avec son frère et un sourire poli avec sa belle-sœur.
« Oh, depuis que vous êtes à égalité, » répondit Bill, ce qui pouvait signifier n'importe quelle partie du match. « J'ai eu le temps de te voir suspendu à cet anneau, » ajouta-t-il pour le bénéfice d'Harry, et Ron éclata de rire.
Quand une main s'assure qu'on ne tombe pas et que l'autre retient le balais, il est difficile d'arrêter la balle.
« C'était énorme. Heureusement que tu étais l'attrapeur à Poudlard, mon vieux. »
Harry reprit une des injures préférées de Charlie, ce qui ne manqua pas de provoquer l'hilarité générale, et un éclair de compréhension dans le regard de Bill.
« On devrait rentrer avant qu'on vienne nous chercher, » remarqua Charlie, et vu le clin d'œil qu'il lui adressa, Harry comprit que c'était surtout pour le libérer de l'attention générale.
« Première à la salle de bain ! » Cria Ginny, avant de partir en courant vers la maison. Harry ne savait pas comment elle pouvait encore avoir une once d'énergie, mais supposait que la victoire avait dû aider.
Ron et Fleur la suivirent à pas plus mesurés pendant que Bill donnait un coup de main aux deux autres pour ranger les balais et le Souaffle et rendre au jardin son aspect normal. Puis ils rejoignirent la maison à leur tour, le bras de Charlie passé autour des épaules d'Harry, se réconfortant de leur défaite sous le regard amusé de Bill.
Ils traversèrent le salon pour rejoindre l'étage et découvrirent Fleur et Hermione en grande conversation avec Victoire. Hermione releva la tête à leur arrivée et l'expression attentive qu'elle avait adoptée pour écouter babiller la petite-fille de onze mois se mua en un savant mélange d'amusement et d'exaspération à la vue de leur tenue. Harry avait saigné du nez après une collision avec Ron et s'était frotté le visage, Charlie avait les bras recouverts de boue et de l'herbe dans les cheveux ; mais il avait marqué un point en lançant le Souaffle depuis le sol après une chute, et l'indignation de l'équipe adverse avait été inoubliable.
« Quand j'ai vu que Ron avait son t-shirt en lambeau et que Ginny s'était foulé le poignet, j'ai naïvement cru qu'il n'y aurait pas pire. »
Harry fit un sourire en coin à son amie.
« Salut, Mione. »
Hermione fit semblant de soupirer et Fleur lui tapota l'épaule avec affectation. Bill annonça qu'il allait voir si Molly avait besoin d'aide, et Harry suivit Charlie à l'étage sans se faire voir par la matriarche.
Une fois dans l'escalier, ils éclatèrent de rire comme des adolescents et échangèrent un regard complice. Harry avait mal absolument partout, mais qu'est-ce qu'il s'était amusé !
Sur le palier du premier étage, ils croisèrent Ron, assis par terre devant la porte de la salle de bain. En voyant arriver les deux autres, il tapa du poing sur le battant.
« Gin, grouille! Y'a du monde qui attend. »
« Le monde attendra ! »
« Je vais juste me changer, je crois, » déclara Charlie, et Ron siffla.
« Et descendre voir maman comme ça ? »
« C'est quoi le pire, ça, ou ne plus avoir d'eau chaude et être quand même à la bourre ? »
Ron fronça les sourcils ; visiblement il n'avait pas admis l'éventualité. Harry était du même avis que Charlie, pour changer, et ils poursuivirent leur ascension jusqu'au troisième étage. L'ancienne chambre que partageaient Bill et Charlie lorsqu'ils étaient enfants avait été séparée en deux pour loger plus de monde, et en l'occurrence, Harry. Même si celle de Percy était libre au deuxième, l'idée de l'occuper ne serait venue à personne.
Avant qu'ils partent chacun de leur côté, Charlie arrêta Harry d'un geste.
« Ça va, ton nez ? »
Harry se passa machinalement la main sur le visage, et comme l'action ne lui procura pas de douleur immédiate, secoua la tête.
« Rien de cassé. »
Charlie sourit.
« Tant mieux. »
Et il planta Harry dans le couloir. Harry entra dans la chambre et ferma la porte derrière lui, prenant seulement conscience de la difficulté qu'allait représenter la soirée pour lui : Charlie, tout proche, mais inaccessible. A la fois parce qu'Harry n'était pas fichu de faire un pas en avant sans en faire deux en arrière, et parce que toute la famille serait là, et qu'il n'avait pas encore réfléchi à ce problème particulier. Dans son souvenir, la famille, et notamment Molly, n'avait pas été particulièrement réjouie quand Charlie avait annoncé son orientation.
Harry se déshabilla et se servit d'un mouchoir presque propre pour essuyer le sang sur son menton avant de se lancer un sort nettoyant. Même si l'effet n'en était pas particulièrement agréable, ce genre de connaissance s'était avérée essentielle dès le début de son apprentissage avec Anan, lorsqu'il était trop fatigué pour ne serait-ce qu'aller prendre une douche en fin de journée. Il enfila les vêtements qu'il avait posés sur le lit en arrivant plus tôt dans l'après-midi et quitta la chambre.
Lorsqu'il redescendit au premier, la porte de la salle de bain s'ouvrit et laissa voir Ginny, pimpante comme il n'était pas permis après un tel après-midi. Avant que Ron n'ait eu le temps de se relever, Harry bondit dans la salle de bain, laissant la porte ouverte derrière lui.
« Hé, » cria Ron depuis le couloir.
Sentant que son occupation était comptée, Harry se dépêcha d'attraper un peigne. Ses cheveux n'étaient plus aussi caractériels maintenant qu'ils avaient un peu poussé, mais on était quand même pas très loin du nid de corneille.
« Tu espères devenir Auror avec des réflexes pareil ? » Se moqua Harry quand Ron entra finalement dans la salle de bain et le regarda se coiffer, les bras croisés.
Le rire de Ginny retentit depuis sa chambre. Harry reposa le peigne en tentant de cacher son amusement, et sursauta quand il fut mit à la porte par un sort aussi soudain qu'efficace. Ça répondait à sa question ; ce que Ron manquait en réflexe, il l'avait en puissance magique.
Harry reprit ses esprits juste à temps pour entendre Ginny l'appeler.
Il s'arrêta sur le pas de la porte, mais elle l'invita à entrer. Lorsqu'il obéit, la porte se ferma doucement derrière lui. Ginny était assise en tailleur sur son lit et tressait ses longs cheveux en couronne. Harry s'adossa nonchalamment contre l'armoire.
« Tu sais pourquoi on était tous prêt à gagner, tout à l'heure ? » Demanda-t-elle sans préambule, et Harry haussa les épaules.
« Pour la gloire ? »
Elle rit.
« La gloire c'est bien, mais pour reprendre les mots de Ron, ça ne se mange pas. » Elle lui fit un clin d'œil, comme s'il était censé deviner avec juste cet indice. « Tu vois, à chaque fois qu'on jouait ensemble, et surtout avec Fred et George, celui qui gagnait avait le droit de donner un gage aux autres. » La voix de Ginny ne trembla pas, et même s'il sentait qu'un piège était en train de se refermer sur lui, Harry fut fier d'elle.
Elle était la seule à qui George acceptait de parler régulièrement, car elle ne le prenait pas en pitié, ni n'aggravait sa peine avec la sienne.
« Donc tu es en train de me dire que... »
« Charlie. »
« Quoi, Charlie ? » Se força à répondre Harry, aussi naturellement que possible.
Ginny le regarda comme s'il venait de dire qu'il allait dégnommer le jardin avant le dîner, et planta une paire d'épingles pour maintenir sa tresse contre son crâne.
« Tu as vu ce qu'il a fait à Ron quand il t'a cogné le nez ? »
Harry secoua la tête ; il avait probablement été trop occupé à se barbouiller le visage de sang en essayant d'arrêter l'écoulement.
« Il lui a lancé un Maléfice Cuisant. Je ne sais pas si Ron a compris de qui ça venait, mais moi j'étais là, et crois-moi, ça valait le détour. »
« Et donc ? »
Ginny conjura un miroir pour s'assurer que ses cheveux se comportaient correctement et Harry attendit la suite. Elle fit disparaître l'objet et se leva du lit, puis le regarda à nouveau dans les yeux.
« Et c'est pourtant clair, Harry. Il ne t'a pas quitté des yeux de tout le match, et il a même jeté un sort à son propre frère pour te venger. Venant de n'importe qui d'autre, ça aurait été tout à fait normal, mais Charlie a toujours été le plus intègre d'entre nous. »
Les yeux de Ginny brillaient et elle semblait s'amuser follement. Harry, nettement moins.
« Ça n'a fait que confirmer mes soupçons, de toute manière. Charlie a plus parlé de toi que de dragons dans sa dernière lettre, et en plus, Luna m'a écrit. »
Harry se passa la main sur le visage d'un air excessivement las. Ginny s'approcha et lui prit gentiment le poignet.
« Parle-lui, d'accord ? Ne refais pas les même erreurs en refusant de voir l'évidence. Tu as plus que le droit d'être heureux. » Comme pour se venger d'avoir été si brutalement sentimentale, elle ajouta : « En plus, je veux voir la tête des autres quand ils sauront que c'est au bras de mon frère que tu entreras dans la famille. » Ses épaules s'agitèrent de soubresauts et Harry ne put faire autrement que de laisser tomber tout faux-semblant. Il passa un bras autour de ses épaules et posa sa tête contre la sienne tandis qu'ils riaient toutes les larmes de leurs corps.
Ils commençaient tout juste à pouvoir respirer normalement quand on tambourina à la porte de la chambre.
« On se dépêche ! » Cria la voix de Charlie avant que les marches de l'escalier craquent.
Ginny s'écarta doucement d'Harry et lui jeta un regard entendu.
« Je vais lui parler, » Harry promit.
« Gagner un match est toujours un bonne chose, mais pouvoir obtenir ce qu'on veut d'une tête de mule comme toi, c'est quand même un sacré bonus. »
Harry accepta la critique avec détachement, encore secoué par tout ce qu'il s'était passé en l'espace de deux heures, et prit une grande inspiration.
« On descend ? »
« On descend. »
Ils furent les derniers à arriver, et Harry s'arrêta un instant sur la dernière marche de l'escalier en regardant ce qu'était devenu le rez-de-chaussée. Les canapés du salon avaient sûrement été rétrécis car Harry ne les voyait plus nulle part, et la table de la cuisine avait été élargie pour s'étirer jusqu'au salon, et ainsi permettre d'asseoir les dix convives. Ginny se retourna pour faire un clin d'œil à Harry et s'installa à la place restante en bout de table, en face de George, laissant Harry s'asseoir en face de Charlie, entre Hermione et Bill. Hermione jeta un regard appréciatif à sa tenue, mais Charlie était en train de discuter avec Fleur et, s'il le vit arriver, ne le montra pas.
Comme si elle avait attendu que tout le monde soit présent, Molly commença à apporter les plats à table et les convives les firent circuler jusqu'au bout. Il était fort probable qu'elle se soit levée à l'aube pour préparer une telle fête, ayant en plus refusé toute aide extérieure.
La conversation tourna d'abord sur le fameux match de Quidditch de l'après-midi, à laquelle participa même George, qui déclara en avoir vu un morceau lorsqu'il était allé courir autour du pré avant qu'il fasse sombre. Bill raconta la brillante stratégie finale de l'équipe gagnante, au grand dam de Molly qui regarda ses deux cadets d'un air si menaçant que personne n'osa rapporter le poignet foulé, et George évoqua l'échange de sort musclé entre les dixième et treizième points, au grand plaisir d'Hermione qui admit qu'elle aurait peut-être trouvé plus d'intérêt au Quidditch s'il avait fallu se montrer créatif en plein vol. Ron la regarda alors comme s'il la découvrait pour la première fois et lui prit la main sur la table, sous une ovation générale.
Harry jeta un regard à son voisin d'en face par-dessus son assiette, mais Charlie se leva alors pour aider sa mère à ramasser les plats vides. Un peu perplexe, Harry termina ses pommes de terre sautées en écoutant Ron promettre à Hermione qu'il ne se vanterait pas de sa victoire pendant plus d'une semaine ; rien de bien surprenant venant de ses amis.
Un pleur d'enfant magiquement amplifié vit Bill s'excuser de table pour monter voir sa fille, et Hermione se pencha sur la table pour pouvoir entamer avec Fleur une conversation sur l'industrie du mariage et des dégâts sur le libre arbitre des femmes, laissant Harry et Ron se regarder comme deux âmes en peine au-dessus de leurs assiettes vides. Au bout de la table, Ginny faisait tout son possible pour distraire George et la place vide à ses côtés. Ils commencèrent à chanter en gaélique, et à l'autre extrémité de la table, Arthur fit son possible pour ne pas montrer son amusement – et sa probable compréhension des paroles, si on en croyait la rougeur de ses oreilles.
Après avoir débarrassé toutes les assiettes, Molly et Charlie apportèrent le dessert : une énorme tarte à la mélasse (elle fit un clin d'œil à Harry), du sabayon et des biscuits à la confiture de groseille. Molly rejoignit la conversation de Fleur et Hermione qui avait viré, sans surprise, sur l'éducation des enfants, Bill revint à table et écouta avec un intérêt non dissimulé la chanson grivoise du bout de la table avant d'embarquer son père et Charlie dans un débat sur les régulations des ingrédients pour potions en Europe. Le sujet était intéressant et Harry était juste à côté du groupe, mais il commençait à sentir la fatigue monter, et Charlie l'ignorait, ce qui le laissait complètement confus, et aussi un peu blessé.
Il s'efforça de ne plus y penser ; peut-être que c'était la couverture que Charlie avait choisie pour ne pas se faire remarquer par un membre de la famille quand Harry n'était pas prêt à officialiser leur relation ? Mais ça n'avait pas de sens ; il lui avait passé un bras autour des épaules dans le jardin, devant Bill, Fleur et même Hermione. Ginny était aussi au courant, d'après la discussion qu'ils avaient eue avant de descendre dîner.
Harry ne voyait pas bien ce qui avait pu se passer entre le moment où ils étaient allés se changer, et le début de la soirée, mais il ne tarderait sans doute pas à le découvrir.
Après le dessert vint le thé, et sous la pression de ses deux aînés, Arthur alla en plus chercher la bouteille de whisky Pur Feu qu'il gardait pour les grandes occasions. Hermione et lui passèrent leur tour, mais Ginny fit mine d'ignorer les regards sur sa personne et en versa une généreuse rasade dans sa tasse avant de faire de même pour celle de George. Ils trinquèrent, et le reste de la tablée les imita gravement, conscient du tournant que venait de prendre la célébration. George s'excusa de table peu après, et les conversations reprirent doucement, chacun essayant de se distraire du deuil en profitant de la présence des autres.
Bill, Fleur et Victoire furent les premiers à rentrer chez eux, un peu avant minuit, par la Cheminette. Hermione et Ginny, qui devait repartir tôt le lendemain matin à Poudlard, montèrent se coucher, rapidement suivies par Ron. Harry aida Arthur à rendre au rez-de-chaussée son aspect normal pendant que Charlie assistait sa mère avec la vaisselle dans la cuisine, et ne put s'empêcher de se dire que dans d'autres circonstances, cette situation aurait été agréable ; mais pour le moment, il ressentait juste un poids sur sa cage thoracique.
« Je vais rentrer, » déclara-t-il ensuite à Arthur.
« Merci d'être venu ce soir, Harry. Ça nous a fait très plaisir. »
La sincérité du père de famille lui redonna un peu de baume au cœur.
« Tu pourrais dormir ici, » protesta faiblement Molly quand Harry vint dans la cuisine lui annoncer son départ. Mais comme elle savait que ça rimait à nager à contre-courant, elle le serra contre elle sans plus insister, puis s'écarta en gardant ses mains sur ses épaules, et le regarda.
« Tu seras toujours le bienvenu ici, quoiqu'il arrive. »
Il se força à sourire ; ce n'était pas de la faute de Molly s'il se sentait mal.
« On se voit bientôt, Molly. Bonne nuit. »
« Bonne nuit, Harry. Fais attention en rentrant. »
Harry se tourna alors vers Charlie, qui surveillait le lavage magique de la vaisselle.
« Bonne nuit, Charlie, » dit-il, hésitant sur la conduite à suivre.
Charlie regarda brièvement par-dessus son épaule.
« Bonne nuit, Harry. »
Et il se concentra à nouveau sur sa tâche, laissant Harry plus perplexe que jamais. Il balaya la pièce du regard et sortit dans le jardin pour Transplaner et rentrer au Square Grimmaurd, des questions plein la tête.
[…]
Harry se réveilla aux aurores le lendemain matin quand la magie de la maison l'avertit qu'un message était arrivé via la Cheminette. Sachant qu'il était trop tard pour espérer se rendormir, il descendit dans son pyjama orange les quatre étages jusqu'à la pièce à vivre du rez-de-chaussée.
« Cher Harry,
C'est avec plaisir que je vous convie ce jour, Charlie Weasley et toi.
Je vous attend à midi. La Cheminette sera ouverte au 2, Arundel Terrace, à Brighton.
Amicalement,
Andromeda Black-Tonks »
Une fois que Harry eut découvert le contenu du message, il combattit la tentation de retourner se coucher et de faire le mort toute la journée. S'il y avait encore quelques jours, l'idée de se rendre seul à ce déjeuner était angoissante, il n'était maintenant plus très sûr de vouloir y emmener Charlie.
Ni que Charlie avait la moindre envie de l'accompagner.
Il se laissa le temps de boire une tasse d'Earl Grey dans la cuisine pour se réveiller avant de prendre la moindre décision. Il était attendu dans cinq heures et une part de lui se disait que, si Charlie ne voyait pas son message à temps, Harry n'aurait ni à souffrir d'un éventuel refus, ni à mentir pour justifier son absence auprès de leur hôte.
Avant qu'il ne s'en rende compte, il avait vidé la théière et perdu quarante minutes à ressasser les mêmes idées et Kreattur faisait des cercles autour de la table, comme un rapace surveillant sa proie, attendant que Harry débarrasse le plancher.
Sous la double pression du regard de l'elfe et de la promesse faite à Ginny, Harry se résolut alors à écrire à Charlie. En plus, s'il avait fait quelque chose de mal, il voulait au moins le savoir. Il remonta au quatrième en courant, se pencha sur le bureau pour écrire sans réfléchir, sans quoi il hésiterait, et redescendit, toujours à pleine vitesse – il n'avait pas oublié le conseil d'Anan d'utiliser n'importe quelle occasion pour faire de l'exercice. Kreattur ayant déjà terminé de débarrasser la table du petit-déjeuner, Harry lui confia le parchemin et lui demanda de le déposer au Terrier dès qu'il pourrait.
Harry avait maintenant à peine plus de quatre heures pour se préparer à passer un moment en compagnie de son filleul, de la grand-mère dudit filleul, et de son colocataire - à défaut d'un mot plus adapté – qui l'ignorait.
Rogue avait raison ; il se mettait toujours dans les pires situations possibles.
En attendant une réponse ou l'heure du départ, la première option qui se présenterait, Harry prit un bain et s'habilla, puis sortit avec un profond soupir son livre de Potions. La semaine de vacances de Charlie ne serait certainement pas une excuse recevable pour Hermione s'il prenait du retard dans son programme.
Dans le chapitre sur les soins, il sauta les baumes contre les brûlures avec un sourire en coin et passa directement à la Potion de Régénération sanguine, ce qui était tout de suite beaucoup moins drôle, pour des raisons qu'il préférait garder au fin fond de sa mémoire, merci bien.
Il fit comme Hermione lui avait expliqué lors d'une de leurs cessions à Pré-au-lard, et s'intéressa d'abord aux ingrédients principaux et à leur propriétés. Dans le cas présent, du sang de salamandre pour la reconstitution sanguine et des œufs de Serpencendre contre la fièvre. Et parmi les ingrédients secondaires les plus fréquemment utilisés, du chardon séché pour éviter l'hémorragie, et des racines de moly si la blessure avait été causée par un sortilège.
Hermione prétendait qu'on ne pouvait faire d'erreur grave quand on connaissait les ingrédients, et que Rogue avait dit ça la première année – Harry n'en doutait pas, mais il n'en avait aucun souvenir. Peut-être leur professeur avait-il alors eu ses raisons d'être aussi désespéré par les échecs successifs d'Harry et ses camarades dans sa matière.
La méthode d'Hermione aidait, en tous cas, et permettait au moins de faire des liens entre les potions dont il n'apprenait pour l'instant que la théorie. Le moly, pour ne citer que lui, entrait dans la composition de nombreuses potions utilisées suite à des maléfices, notamment celle qui rendait sa forme initiale à un être humain changé en animal. Harry ricana en repensant à l'accident avec Dudley et la queue de cochon.
Kreattur choisit ce moment pour réapparaître dans la cuisine et prétendit ne pas voir qu'Harry avait sursauté.
« Kreattur a délivré la lettre, Maître Harry. »
« Pas de réponse ? »
Mais l'elfe avait déjà disparu et Harry se retrouva seul avec sa question. Il se tapa la tête contre son manuel et grogna. Quel idiot il faisait. Ginny avait raison, au fond. Il était incapable de maintenir la moindre relation romantique avec quiconque. Il avait été naïf de penser que Charlie voudrait de lui sans condition, et qu'il l'attendrait éternellement.
Harry se demanda si ça changerait quelque chose à son emménagement en Roumanie à la rentrée, et cette simple pensée fut si douloureuse à digérer qu'il préféra se replonger dans la description détaillée de la potion de Régénération.
La matinée passa sur le même plan, et à midi moins le quart, Harry referma son livre avec un bruit satisfaisant et un début de mal de tête. Il considéra brièvement prendre une potion contre la douleur - il en avait trouvé dans l'armoire de la salle de bain et été quasiment certain que c'était Andromeda qui les avait placées là - mais décida de se complaire dans sa misère.
Il quitta la cuisine, laissant ses livres derrière lui, et tomba nez à nez avec nul autre que Charlie Weasley dans l'étroit couloir menant à la porte d'entrée. Harry écarquilla les yeux, son cœur battant un peu plus vite, et Charlie fit un sourire en coin, comme si le dîner de la veille n'avait jamais eu lieu. Harry ne savait plus s'il devait être fâché ou soulagé que Charlie apparaisse ainsi devant lui alors qu'il ne s'y attendait plus.
« Je suis désolé pour le retard, » s'excusa-t-il. « Maman a fait une drôle de tête quand j'ai dit que j'allais déjeuner avec toi. »
Harry leva les yeux au ciel.
« Évidemment, je lui vole son fils même quand il est chez elle, » ajouta-t-il d'un ton narquois qui amena plusieurs expressions intéressantes sur le visage du principal concerné.
« Tu es prêt ? »
Harry s'abstint de répondre qu'il était prêt depuis sept heures du matin et hocha la tête. Puis il prit une expression horrifiée.
« Je n'ai rien à offrir à Andromeda, » réalisa-t-il, et Charlie le rassura d'un clin d'œil.
« T'inquiète, j'assure, » promit-il.
Cela fit marginalement pencher la balance en sa faveur, mais Harry était toujours fâché.
« Oh, d'accord. »
Il récupéra son pull à capuche sur le portant de l'entrée et l'enfila, ne souhaitant pas braver les fraîches températures du mois d'avril en t-shirt. Charlie lui-même portait une veste en cuir bleu foncé, et Harry refusa de penser à quel point elle lui allait.
« Andromeda a laissé sa Cheminette ouverte, » résuma Harry en emmenant son visiteur vers le grand salon du rez-de-chaussée, maintenant peint du même vert que la chambre d'Harry à l'Auberge du Chat Noir. Le portrait silencieux de Sirius au-dessus du manteau de la cheminée, l'absence d'artefacts dangereux et le parquet ciré contribuaient eux aussi à donner à la pièce une atmosphère respirable sinon chaleureuse.
Harry lança une poignée de poudre dans l'âtre, annonça d'une voix audible « 2, Arundel Terrace » et se laissa attraper par la magie du réseau avec bien peu d'enthousiasme. Il se félicita de ne pas trébucher et tomber le nez dans le tapis à l'arrivée, mais le trajet n'avait vraiment rien fait pour améliorer son mal de tête.
Harry jeta un coup d'œil curieux autour de lui. Il était arrivé directement dans le salon, une pièce claire et accueillante. Une grande fenêtre sur le mur à sa gauche donnait sur la rue et le sol était recouvert d'une épaisse moquette crème, et par endroits, de jouets d'enfant.
Alors que Charlie surgissait à son tour de la Cheminette, Andromeda apparut à l'entrée de la pièce. Ses longs cheveux bruns reposaient sur ses épaules, et elle portait un chemisier et un pantalon de tailleur noir. Elle s'avança pour saluer ses visiteurs, et du coin de l'œil, Harry vit Charlie sortir un objet de sa poche et lui lancer un sort pour qu'il retrouve sa taille normale.
« Bonjour, Harry. Bienvenue chez nous, » l'accueillit-elle. Même si elle ne souriait pas, son regard ne manquait pas de chaleur, et Harry se détendit un peu. Il se faisait sans doute du souci pour rien, et cette journée allait très bien se passer.
« Bonjour, Andromeda. Merci de nous avoir invités, » répondit-il poliment avant de faire un pas sur le côté pour laisser passer Charlie, qui tendit un bouquet blanc et jaune à leur hôtesse.
« Charlie, c'est bon de te revoir. Et ces fleurs sont ravissantes, en plus d'être parfaitement adaptées. » Elle inclina la tête et se perdit un instant dans la contemplation des fleurs.
Harry pouvait reconnaître des marguerites, mais pas les deux autres variétés, bien qu'elles aient presque la même forme de corolle. Il nota de demander à Charlie plus tard. Si Charlie ne recommençait pas à l'ignorer dès leur départ de la maison, évidemment.
« Tout le plaisir est pour moi, Andromeda. »
« Vous pouvez déposer vos affaires sur la patère, je vais chercher un vase pour les fleurs. »
Harry hésita à garder son pull puisqu'il portait en-dessous un t-shirt à l'effigie des Beatles, mais il faisait bon dans la maison. Charlie quant à lui, ôta sa veste en cuir et Harry découvrit qu'il portait une chemise, chose qu'il n'avait faite qu'à deux occasions, à savoir le mariage de son frère aîné, et la fête de Noël à la réserve. Harry se sentit brièvement pas assez habillé mais Andromeda ne fit aucun commentaire lorsqu'elle revint dans la pièce et posa le vase sur une table basse, puis lança une variante du Protego autour de la table. Au regard perplexe d'Harry, elle expliqua son geste.
« Teddy commence tout juste à marcher, et je n'aimerai pas retrouver ces belles anémones sur la moquette. Ni mon petit-fils sur la table, d'ailleurs. »
A la mention de son filleul, Harry sentit sa nervosité revenir en force.
« Il s'est réveillé très tôt ce matin et il a déjà mangé alors je l'ai laissé dans sa chambre, » ajouta-t-elle. « Tu veux monter le voir, Harry ? »
Harry apprécia doublement qu'Andromeda ne prenne pas de pincettes avec lui, et qu'elle lui offre la possibilité de rencontrer Teddy seul à seul.
Il acquiesça.
« Oui, » confirma-t-il d'une voix aussi déterminée que possible, ce qui lui valut un hochement de tête approbateur d'Andromeda. Elle lui désigna ensuite l'escalier dans le couloir sur leur droite, qui devait aussi mener à l'entrée.
« Sa chambre est la première sur la gauche à l'étage. Prends ton temps avec lui. Charlie et moi allons discuter en attendant. »
« Merci, Andromeda. »
Le cœur battant la chamade, Harry gravit l'escalier.
Ginny mérite bien plus que son triste sort dans les livres.
Un énorme merci pour votre soutien. Prochain chapitre le 24 mai !
(Je suis en train de réécrire certaines parties de l'histoire, notamment les premiers chapitres, donc ne vous étonnez pas si ça a changé!)
