Bon dimanche ensoleillé à vous! J'espère que vous vous portez bien! Bien que j'adorerais vous voir lire tout de suite ce chapitre, je vous encourage à sortir. C'est si rare qu'on ait du soleil à cette période de l'année. Et encore plus rare qu'il fasse à peu près doux.
Chapitre 4 : N'oublie jamais
Le mois d'Octobre était déjà bien entamé, comme en témoignait la couleur, proche du soleil couchant, des feuilles encore restantes sur les arbres. Toutefois, c'était un Octobre anormalement doux, sans une seule goutte de pluie durant les deux premières semaines, et la troisième semaine qui s'amorçait, s'annonçait tout aussi ensoleillée que les précédentes. Les plus jeunes étudiants de l'école en profitaient donc pour se prélasser au bord du lac, pendant que leurs aînés hantaient la bibliothèque, et ce, à leur grand désespoir.
En effet, à la grande surprise des Directeurs de Maison, pratiquement tous les étudiants de dernière année avaient souhaité participé au concours, malgré la surcharge de travail qui allait en résulter. Harry, Ron et bien entendu Hermione étaient de ceux-là, mais aussi Élisabeth, Peter et Neville. Les trois amis se trouvaient d'ailleurs à la Bibliothèque, devenue leur lieu de rendez-vous de prédilection. Ils y passaient toutes leurs heures de libre à essayer de trouver, parmi les innombrables livres poussiéreux dont elle regorgeait, une inspiration pour réussir l'examen que le professeur Flitwick leur avait donné lors de la première semaine de septembre.
- Heureusement qu'il est sympa le vieux Flitwick, dit Peter à moitié allongé sur la table, sa tête reposant sur un énorme livre, il ne nous a pas donné de sorts trop compliqués à apprendre à côté du concours.
- Flitwick est toujours sympa, marmonna Élisabeth, le nez plongé dans un livre encore plus volumineux que celui emprunté par son frère, mais je doute que les autres professeurs fassent preuve de la même mansuétude.
- Mais je ne comprends pas pourquoi nous passons notre temps à chercher des idées dans les livres, soupira Neville. Ne sommes-nous pas censés inventer ce sortilège ?
- Si, répondit Elisabeth, mais il faut bien vérifier que le sortilège en question n'ait pas déjà été inventé.
- Mais ça fait des semaines que nous vérifions, et encore nous n'avons pas fait la moitié des ouvrages présents dans cette fichue Bibliothèque ! s'exclama Peter. À ce rythme-là nous ne seront jamais prêts à temps.
- Et puis, même si par miracle nous trouvions le temps d'inventer un sortilège, il faudrait renouveler l'exploit par deux fois. C'est impossible !
- Haut les cœurs les garçons, utilisons le peu de temps qu'il nous reste pour trouver ce fichu sortilège, au lieu de le perdre à râler !
Lesdits garçons poussèrent un énorme soupir à fendre le cœur, mais, sous le regard noir de la jeune fille, replongèrent instamment dans leurs livres. Mais il était dit qu'aujourd'hui, aucun des trois Gryffondors n'allaient travailler, car ils furent de nouveau interrompus par deux autres membres de leur groupe de travail
- Salut vous deux ! les interpella Peter. Alors, ce cours de Divination ?
- Une véritable horreur, je ne sais vraiment pas pourquoi j'ai choisi de garder cette matière, répondit Sam en s'installant à côté d'Élisabeth
- Parce que tu adores inventer des prédictions qui font tourner le professeur Trelawney en bourrique, répondit Alicia en prenant place à côté de Neville.
Sam, à l'instar de Nick et Laura, avait rapidement fraternisé avec les jumeaux et Neville depuis le jour de la rentrée. Sa bonne humeur perpétuelle et son air malicieux en avaient fait un allié de choix pour les garçons, et il avait acquis Élisabeth à sa cause le jour où il avait avoué la raison principale qui le poussait à participer au concours : embêter la forte tête de Poufsouffle, Zéphyr Smith, le frère aîné de Zachary Smith, aussi détestable et imbu de sa personne que ce dernier. Élisabeth, forte de son expérience avec Hermione Granger, n'avait pas pu résister, et il n'était pas rare de les voir s'échanger des conseils pour mener la vie dure à leur Némésis.
C'était grâce à Sam que les trois Gryffondor avaient fait la connaissance d'Alicia Johnson, la petite sœur d'Angelina, l'ancienne capitaine de Quidditch des Gryffondor. Alicia était très différente de sa sœur : d'une part, elle appartenait à la maison des Serdaigle, et d'autre part, elle était aussi discrète et réservée qu'Angelina était extravertie et exubérante. Sam avait sympathisé avec elle dès la première année, en cours de Potions, et au fil du temps, ils sont devenus les meilleurs amis du monde. C'est ainsi que tout naturellement, le jour où Élisabeth avait proposé aux Poufsouffle de travailler en commun, Sam leur avait présenté Alicia, qu'il considérait comme la meilleure élève de l'école.
- Et où se trouve Laura ?
- Le cours de Divination ne lui réussit jamais, répondit Sam. Nick l'a emmené faire une petite balade, aussi, je ne pense pas que nous les reverrons de sitôt.
- Vous avancez dans vos recherches ? demanda Neville aux nouveaux arrivants
- Oui, c'est justement pour cela que nous sommes venus, dit Alicia. Je viens de terminer le classement de tous les sortilèges existants au monde…
- Quoi, déjà ? s'étonna Elisabeth. Mais comment tu as fait ?
- Et bien comme vous, j'ai compulsé tous les ouvrages existants, et comme j'ai une excellente mémoire, cela a été relativement rapide, répondit Alicia. J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?
- Non Alicia, ne t'inquiète pas, dit Peter. C'est juste…Cela fait des semaines que nous faisons cette liste, et toi, avec ton génie, tu as été plus rapide que nous…Encore.
- Je suis sincèrement désolée…Je pensais bien faire. Je m'étais dit que si je faisais cette liste, le travail serait plus facile pour nous tous.
- Comment ça plus facile ? demanda Neville.
- Eh bien, nous gagnerions du temps pour inventer un sortilège.
- Attends, tu veux dire que cette liste est aussi pour nous ?
- Evidemment Peter, répondit Alicia d'un air surpris. Tu pensais qu'elle était pour qui ?
Élisabeth n'en revenait pas de la générosité de la jeune fille. Puisqu'elle participait au concours, elle aurait très bien pu garder le résultat de son labeur pour elle. Au lieu de cela, elle le partageait avec eux.
- Sacré Ali, dit Sam en souriant, toujours aussi pleine de surprises ! Allez, fais nous voir ça.
- Par le caleçon de Merlin ! s'exclama Peter, il y en au moins plusieurs centaines !
- Sept cent-soixante-dix-sept précisément, dit Alicia. Je vous ai fait des copies pour chacun d'entre vous, ajouta-t-elle en tendant d'autres feuillets.
Élisabeth contempla avec désarroi le paquet que son amie lui tendait et pensa avec regret à son petit lit bien douillet qu'elle n'allait pas revoir avant très, très longtemps. Poussant le même soupir que celui de ses amis quelques minutes plus tôt, elle commença à lire la première page.
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La nuit était tombée depuis longtemps quand Élisabeth eût enfin achevé de lire la liste. Elle regarda sa montre et constata qu'il était plus de trois heures du matin. Eh merde, pensa-t-elle, faut que je me dépêche où sinon je vais me faire tuer par Rusard. Elle fit craquer ses vertèbres en s'étirant, puis après avoir glissé la feuille dans son sac, se leva et sortit, avec la plus grande prudence, de la Bibliothèque.
Élisabeth scruta le couloir vide et silencieux. Elle se demandait si cela valait la peine de risquer une punition encore plus importante seulement pour assouvir son désir, ou s'il valait mieux retourner sagement se coucher. Le grognement de son ventre trancha son dilemme. A pas de loups, elle se dirigea vers l'endroit dont elle avait si souvent rêvé pendant ses révisions : les Cuisines. Arrivée devant le tableau qui en masquait l'entrée, elle en chatouilla la poire familière qui y était représentée. La porte camouflée s'ouvrit, laissant place à une immense pièce, où s'affairaient quelques elfes de maison, dont Gipsy, l'ancienne elfe de la famille Larry, qui avait été libérée il y a trois ans de cela par Cathy, à la demande d'Élisabeth. Le petit être couina de bonheur en apercevant la meilleure amie de la fille de ses anciens maîtres.
- Miss Elisabeth, c'est une joie de vous voir!
- Merci Gipsy, je suis heureuse de te voir également. Comment vas-tu ?
- Bien Miss, merci beaucoup. Que puis-je faire pour vous aider ?
- J'aimerais bien manger un petit quelque chose s'il te plait. Une petite tarte aux pommes par exemple, ajouta la jeune sorcière après un instant de réflexion, ne pouvant jamais résister à son dessert préféré.
- Bien sûr Miss, installez-vous, je vous apporte cela tout de suite !
Élisabeth sourit en voyant l'elfe de maison se précipiter en couinant vers ses camarades pour leur donner des instructions. À peine moins d'une minute plus tard, elle vit Gipsy revenir vers elle portant un plateau comportant, non seulement le dessert tant souhaité mais également une assiette remplie à ras bord de poulet rôti et de frites – très certainement le repas qu'elle avait raté, ainsi qu'un pichet de citrouille
- Et voilà, bon appétit Miss ! N'hésitez pas à demander à Gipsy s'il vous faut autre chose !
- Merci Gipsy, répondit Elisabeth en souriant.
Sans faire plus de manière, elle s'attaqua goulûment à son plat.
- Il n'y a pas à dire, cette vieille Gipsy est toujours aussi efficace.
La Gryffondor toussa violemment, ayant avalé son jus de citrouille de travers, à l'entente de cette voix douloureusement familière. Bon sang, j'ai des hallucinations ! C'est la dernière fois que je révise sans manger.
- Cathy…Mais qu'est-ce que tu fais là ? demanda-t-elle bêtement.
- Quoi, je n'ai pas le droit de venir rendre visite à ma meilleure amie ? A moins que tu ne m'ais déjà oublié.
- C'est impossible…Tu es…enfin…
- Morte ? Décédée ? En train de manger les pissenlits par la racine ? répondit nonchalamment Cathy en s'installant en face d'Elisabeth. Oh par pitié, ferme la bouche, tu ressemble à cette idiote de Pansy bavant devant son cher Drago.
Elisabeth obéit mais elle continua à dévisager sa meilleure amie avec stupeur. Elle était exactement telle qu'elle était la dernière fois qu'elle l'avait vu. Elle ferma les yeux à ce souvenir, crispant ses mains sur ses couverts en entendant le rire cristallin de sa meilleure amie.
- Tu n'es pas une hallucination, murmura-t-elle en soulignant l'évidence. Es-tu un fantôme ?
- J'ai l'air d'un fantôme selon toi ? répondit Cathy en posant sa main sur la sienne.
Elisabeth poussa une exclamation de surprise à ce contact. La main de sa meilleure amie était tout ce qu'il y a de plus tangible, comme le reste de sa personne. Des fantômes, Elisabeth en avaient déjà vu. Mais ils étaient translucides. Ils traversaient les murs, quand ce n'était pas les malheureux élèves qui se trouvaient sur leur passage. Tout le contraire de Cathy, qui semblait tellement réelle.
- Tu es vraiment là ? demanda-t-elle avec émerveillement, en prenant la main de Cathy dans la sienne.
Cathy esquissa un bref sourire, d'une tristesse à faire pleurer une pierre tombale, avant de retirer sa main.
- Mange, finit-elle par lui ordonner. Tu as besoin de reprendre des forces.
Elisabeth obéit, machinalement.
- Je n'arrive pas à croire que tu sois vraiment là ! Comment est-ce possible ? Je suis en train de rêver, c'est ça ?
- Et si tel était vraiment le cas, qu'en déduirais-tu ?
- Que tu me manques, répondit Elisabeth sans une once d'hésitation. Revenir à Poudlard, tout en sachant que je ne te verrais plus jamais, a été la chose la plus dure que j'ai jamais faite.
- Non, ce n'est pas le cas, répondit Cathy.
- Que veux-tu dire ? demanda Elisabeth en reposant ses couverts.
Cathy resta silencieuse, observant le ballet des elfes de maison, qui s'affairaient tout autour d'eux, sans s'étonner de l'apparition d'une élève censée être morte dans leur cuisine.
- Ce n'est pas réel, murmura-t-elle, n'est-ce-pas ? Je me suis endormie à la Bibliothèque et…
- Et tu ne trouves rien de mieux que de rêver d'un en-cas nocturne en ma compagnie, termina Cathy. Il y a mieux comme rêve, tu ne crois pas ?
- Non ! s'exclama Elisabeth avec véhémence. Je préfère rêver de toi ici que…
Elle ne put finir sa phrase mais cela n'était pas nécessaire. Cathy et elle se comprenaient toujours à demi-mot.
- Je suis désolée.
- Désolée de quoi ? De ne pas m'avoir écoutée ? De t'être obstinée ? De nous avoir abandonnés, Lucas et moi ? D'être la raison pour laquelle il refuse obstinément de m'adresser la parole depuis ton enterrement ? Tu n'as qu'à faire ton choix.
- Je suis désolée pour les épreuves que tu vas bientôt affronter.
Elisabeth en resta sans voix.
- Je suis une Serpentard, reprit Cathy. C'est une bien piètre excuse pour ce que je t'ai fait subir mais c'est tout ce que je peux dire. Tu as raison sur toute la ligne. J'aurais pu m'enfuir mais je ne l'ai pas fait. Pas par courage mais par orgueil. Mon plus grand défaut, sans le moindre doute.
- C'est faux ! Tu m'as sauvé la vie !
Cathy éclata d'un rire sans joie.
- Merci de me rappeler cette erreur. J'aurais dû te tuer quand j'en avais l'occasion.
L'amertume dans la voix de Cathy fit trembler Elisabeth des pieds à la tête. Elle voulut se lever mais elle se trouva incapable de bouger.
- Arrête, tu me fais peur !
- Je suis une Serpentard. Je suis cruelle, sans pitié, égoïste et orgueilleuse. Mais j'ai failli à ma Maison. J'ai eu un instant de faiblesse et j'ai aggravé les choses. Mais toi, tu es une Gryffondor. Une véritable Gryffondor. N'en doute pas une seule seconde, peu importe ce que tout le monde pense de toi.
- Je vais me réveiller, je vais me réveiller, murmura Elisabeth en fermant les yeux. Aïe, tu me fais mal !
- Promet-le moi ! dit Cathy d'une voix presque suppliante en agrippant avec force le bras d'Elisabeth. N'oublie jamais que tu es une Gryffondor !
- D'accord, d'accord ! hurla Elisabeth. Je te le promets ! Arrête de me secouer le bras comme un prunier !
- J'arrêterais quand tu te seras réveillée
De mieux en mieux. D'abord je rêve de Cathy puis celle-ci se transforme en véritable harpie et maintenant elle parle avec la voix de Parvati.
- Allez bouge-toi ou Rogue va te tuer…et moi aussi par la même occasion.
Élisabeth ouvrit brusquement les yeux. Elle se trouvait dans son lit, ce même lit sur lequel Parvati était assise, en train de lui secouer le bras.
- Ce n'est pas trop tôt ! Toi quand tu dors, tu ne fais pas semblant !
- Il est quelle heure ? demanda Elisabeth d'une voix pâteuse.
Huit heures cinquante, répondit Parvati, habillée de sa robe de sorcière
Huit heures cinquante ! Cette révélation eut le mérite de la réveiller totalement.
- Eh merde !
Elle jaillit de son lit et s'empara de sa robe posée sur sa chaise. Evidemment, il faut que je sois en retard le jour du cours de Potions. Qui se déroule dans les cachots du château soit le lieu le plus éloigné du dortoir. Merde ! Merde ! Merde !
- Je vais préparer ton sac pendant que tu te prépares, fit Parvati.
- Merci, tu es géniale !
Tout en fonçant vers la salle-de-bain, Elisabeth remercia Merlin d'être aussi chanceuse d'avoir des amis sur lesquels elle pouvait compter. Parvati était l'une des rares Gryffondor à ne l'avoir jamais traité comme une pestiférée. C'est sûr, ce n'est pas Lavande ou Granger qui aurait eu la présence d'esprit de me réveiller.
Tout en faisant une toilette rapide, Elisabeth repensa à son cauchemar. Car il s'agissait forcément d'un cauchemar. De son vivant, jamais Cathy ne lui avait parlé de la sorte. Arrête d'y penser et dépêche-toi, se morigéna-t-elle. Si elle arrivait en retard, Rogue n'hésiterait pas à retirer des points à Gryffondor – son hobby préféré mais qui ne l'avait jamais concerné jusqu'à présent – ce qui serait catastrophique pour la Coupe.
Mais malgré ses bonnes résolutions, la voix de Cathy continua de la hanter alors qu'avec Parvati elle dévalait les escaliers. N'oublie jamais.
