chapitre 13

Base Haven-Planète Arbra :

-Il est sur Tatooine.

Leia dévisagea la pilleuse d'épaves avec stupéfaction. Allongée dans son lit, la générale avait encore les traits tirés. Mirzin avait expressément ordonné de ne surtout pas la déranger pourtant Rey s'était empressée de venir lui apprendre ce qu'elle avait découvert.

La voix tremblante d'émotion, la chef des rebelles questionna la jeune femme.

-Le lien s'est à nouveau ouvert ? Comment peux-tu être certaine qu'il est là-bas ?

Rey lui raconta alors comment elle avait compris qu'il se trouvait sur la planète désertique, probablement dans une ferme hydroponique. Il ne pouvait donc pas être en train de parcourir la galaxie pour exécuter à tour de bras les opposants du Premier Ordre. Son intuition était bonne et bien que le visage de Leia affiche encore une certaine réticence à accorder du crédit à toutes ces affirmations, Rey retrouva la lueur d'espoir qu'elle avait perçue la veille dans le regard fatigué de son amie. Malgré tout ce qu'avait fait son fils, elle n'en restait pas moins une mère. Une mère meurtrie et croulant sous le poids de la culpabilité mais Rey pouvait sentir l'amour enraciné au plus profond du cœur de Leia. La jeune femme en fut bouleversée. Elle déglutit péniblement en repensant à ses propres parents la vendant à Plutt contre un peu d'argent alors qu'elle n'avait que cinq ans. Avant que l'émotion ne la submerge, elle chassa de son esprit l'image du grand vaisseau gris s'éloignant dans le ciel de Jakku.

-Je savais que quelque chose n'allait pas. Ce n'était pas Ben dans ces vidéos mais sûrement un des autres chevaliers de Ren. Je ne sais pas ce qui s'est passé au sein du Premier Ordre, mais votre fils n'est plus parmi eux.

Leia releva la tête. Un changement soudain venait de s'opérer chez elle. Différents scénarios se mettaient en place dans son esprit de tacticienne émérite. L'hypothèse d'un putsch fomenté par cette vermine de Hux n'était plus si insensée. Il avait dû en effet s'allier avec ces chevaliers Sith que commandait Ben pour prendre le pouvoir. Mais son fils avait réussi à s'enfuir.

-Si Hux veut sa mort et que ses disciples se sont retournés contre lui, il n'a pas d'autres choix que se cacher quelque part pour leur échapper, supposa Rey. Ils doivent le rechercher activement depuis tout ce temps pour finir ce qu'ils ont commencé.

Leia afficha un sourire aussi triste que cynique.

-Drôle de choix de planète, murmura-t-elle avant de laisser planer un nouveau silence.

Alors que Rey demeurait suspendue à ses lèvres, la générale reprit sur un ton plus solennel.

-Il y a aussi de fortes chances que ce soit un piège.

Bien sûr Rey y avait pensé. Elle n'avait d'ailleurs pensé qu'à cela depuis qu'elle avait revu Ben. Les deux femmes pesèrent encore le pour et le contre durant de longues minutes.

-Et depuis quatre mois Hux tairait sa défection et ferait croire en diffusant ces vidéos qu'il est encore à la tête du Premier Ordre ?

Rey hocha la tête pour signifier qu'elle croyait vraiment à cette version des faits. Elle sentait que Leia avait vraiment envie d'y croire elle aussi mais que la générale devait avant tout raisonner en militaire.

-Qu'allons-nous faire ? demanda timidement Rey, un peu anxieuse.

Si Leia décidait d'en informer les autres, le sort de Ben était scellé. Poe allait proposer de se rendre sur Tatooine avec des hommes et l'artillerie lourde pour tenter de capturer un Kylo Ren affaibli et isolé. L'occasion était trop belle. Finn se rangerait évidemment à l'avis du pilote et un vote tournerait définitivement en faveur de la neutralisation du supposé ex-Suprême Leader. Elle ne souhaitait pas cela pour Ben Solo. Elle replongeait inexorablement dans ses travers avec son fichu désir de vouloir toujours croire qu'il y avait un espoir, de vouloir toujours tenter de tout réparer, de vouloir encore raviver la lumière…

La jeune femme fixa ses pieds en soupirant.

-Rey, personne ne souhaiterait plus que moi croire qu'il peut revenir du bon côté, mais je ne peux ignorer la petite voix dans ma tête qui me crie que c'est probablement un guet-apens : Ben patientant gentiment sur Tatooine, votre connexion qui se réveille justement maintenant alors que nous venons d'infliger un coup sévère au Premier Ordre sur Diyu…

Leia posa deux doigts sous le menton de Rey et l'obligea à relever la tête. Les deux femmes se regardèrent en silence durant quelques secondes et la générale lui adressa à nouveau un sourire triste.

-Tu as envie d'aller le retrouver, n'est-ce pas ?

Rey fut prise au dépourvu. Leia devait vraiment pouvoir lire dans les pensées, tout comme son fils.

-Non, je…

Leia plissa les lèvres et fronça les sourcils. Rey comprit alors qu'il était inutile de nier.

-Très bien, capitula-t-elle. Effectivement, il faut que j'aille sur Tatooine. Et il faut que j'y aille seule. Impossible de mettre les autres au courant. Ils ne comprendraient pas. Je me rends là-bas avec une navette et je tire toute cette histoire au clair. Il suffit de trouver une excuse pour justifier mon départ : une mission délicate et secrète, une entrevue avec de nouveaux alliés potentiels, enfin bref, je vous fais confiance.

-Rey…protesta Leia.

-Si c'est un piège, tant pis. Vous savez que je mourrai plutôt que de vous trahir tous. Nous devons avoir confirmation que le Premier Ordre est à présent dirigé par Hux et cette bande de chevaliers du Côté Obscur. Et si Ben est là-bas, moi seule suis capable de l'atteindre et vous le savez.

-Et si tu attendais de voir si la Force vous connecte à nouveau ? Tu pourrais l'interroger tout en restant en sécurité ici ?

-Je ne maîtrise pas plus les connexions maintenant que je le faisais il y a de cela quatre mois. Qui sait si le lien va se rouvrir et si oui, quand ?

Leia, était en pleine réflexion. Rey sentait que la générale était sur le point de céder.

-Il ne t'accueillera pas les bras ouverts, déclara-t-elle. Il essaiera peut-être même de te tuer.

-Je lui ai tenu tête plus d'une fois, rétorqua Rey avec aplomb. Je suis aussi forte que lui. Et, j'ai vraiment besoin de savoir…

Rey remarqua que les yeux de Leia étaient devenus de plus en plus luisants.

-…et je crois que vous aussi, ajouta la pilleuse d'épaves.

Quand la générale ferma les paupières en soupirant, Rey sut qu'elle avait gagné. La vieille femme prit une profonde inspiration avant d'annoncer :

-Tu prends le Faucon Millénium, pas une navette. Il faut que tu puisses mettre toutes les chances de ton côté si tu dois te défendre ou t'échapper et Rose y a installé cet après-midi un brouilleur qui permet de neutraliser les traqueurs hyper-espace du Premier Ordre. Je vais demander à ce qu'on prépare le vaisseau rapidement et je vais m'arranger pour que Chewie se tienne loin du hangar pendant ce temps. Seras-tu capable de le piloter seule ?

-Oui j'en suis sûre.

-Bien. Tu prends aussi R2-D2 et C-3PO avec toi. Si Ben se trouve bien dans une ferme hydroponique, et comme je soupçonne qu'il n'a pas décidé de se rendre sur Tatooine par hasard, il a peut-être pensé à se rendre là où Luke a passé toute son enfance.

-J'ai pensé à cela moi aussi.

-Les droïdes connaissent bien la planète. Ils te seront d'une aide précieuse. Pars cette nuit. Je trouverai quoi dire aux autres.

Rey se leva tout en gardant serrée la main de Leia dans la sienne. Puis, d'un geste naturel, elle se pencha pour lui embrasser la joue. La générale était inquiète. Rey le voyait bien.

-Soit prudente mon enfant. Que la Force soit avec toi.

-Que la Force soit avec vous aussi, Leia.

OoooooO

Planète Tatooine- Bordure extérieure :

Rey arrêta son speeder devant le petit dôme blanc qui sortait du sol au milieu du champ de vaporateurs. Elle enleva ses lunettes, dénoua son turban et descendit de son engin pour se diriger vers les quelques marches menant à la petite porte d'entrée tout en resserrant ses doigts autour du manche de son bâton.

La chaleur était étouffante. Parcourir les étendues arides de Tatooine lui avait rappelé à quel point elle détestait le désert. Si Jakku était essentiellement recouverte de dunes, ici, les reliefs rocailleux alternaient avec les collines de sable sculptées et zébrées par la caresse continuelle du vent. D'ailleurs, depuis qu'elle avait quitté le Faucon stationné à deux kilomètres, ce dernier semblait s'être renforcé. Elle essuya d'un revers de la main la sueur recouvrant son front puis la poussière collée à ses joues et posa sa paume sur le boitier près de la porte. Un bip lui indiqua que sa présence venait d'être signalée aux occupants de la ferme.

Au bout d'un petit moment, le visage d'un homme blond aux cheveux bouclés apparut sur le petit écran près du boitier.

-Qui êtes-vous et qu'est-ce que vous voulez ? demanda-t-il sur un ton peu avenant.

-Bonjour…

Rey n'avait pas vraiment réfléchi à la tactique à adopter. Jouer la carte de l'honnêteté et révéler qu'elle faisait partie de la Résistance était plutôt risqué. Elle opta donc pour une réponse simple et évasive.

-Je m'appelle Rey. Je suis à la recherche de quelqu'un. Il s'appelle K..., Ben. D'après les informations que j'ai, il se trouverait dans une ferme hydroponique ici sur Tatooine. Il est très grand, brun, avec une cicatrice sur la joue droite et il...

La jeune femme eut juste le temps de voir le visage de l'homme se rembrunir avant que l'écran ne s'éteigne et qu'elle ne se retrouve seule devant la porte close de la ferme. Elle appuya à nouveau sur le boitier mais cette fois il n'y eut aucune réponse. Bon sang, elle avait été vraiment stupide de croire qu'il suffisait de toquer à la porte et de balancer son laïus pour qu'on la conduise directement jusqu'à Kylo Ren ! Peut-être ces gens n'avaient-ils aucune idée de qui elle parlait ? Peut-être était-il là mais retenait-il ces gens en otage ? Elle l'imaginait bien se moquer d'elle, caché derrière ces murs blancs…

Elle était encore en train de tergiverser au pied des marches quand soudain la porte noire s'ouvrit et qu'elle se retrouva avec le canon d'un blaster sous le nez.

-Vous allez me dire la vérité, menaça l'homme blond qui semblait beaucoup plus maigre et chétif en chair et en os.

Rey leva les mains après avoir déposé lentement son bâton au sol.

-Ok, écoutez, je cherche juste mon…ami. La dernière fois que je l'ai vu, il était blessé. C'était il y a quatre mois, déclara-t-elle calmement. Je vous avoue que je n'ai aucune idée de comment il a atterri ici, mais je suis là pour le ramener chez nous. Je veux juste savoir s'il est passé par là ou si vous l'avez vu quelque part, à Mos Eisley ou Mos Espa peut-être ? Bestine ? S'il vous plait j'ai vraiment besoin que vous m'aidiez, conclut-elle sur le ton le plus suppliant qu'elle put prendre.

Le blaster s'abaissa et l'homme déglutit avant de demander :

-Vous êtes de la Résistance ?

Rey hésita. C'était peut-être le moment ou jamais de faire usage de la Force. Mais quelque chose dans le regard de ce pauvre fermier apeuré la dissuada et elle décida de jouer franc jeu avec lui.

-Oui, je suis de la Résistance.

-Prouvez-le, rétorqua-t-il.

Rey prit une grande inspiration et se mit à fouiller dans son sac de cuir accroché à sa ceinture. Elle en tira une petite bague dorée. Elle actionna le mécanisme sur le côté qui fit apparaître le symbole rebelle caché au centre du bijou. Tout le corps de l'homme se détendit immédiatement et Rey remercia silencieusement Leia de lui avoir confié le bijou avant de partir.

-Je me doutais bien qu'il ne s'appelait pas Aedan. C'est le nom qu'il a donné à Sovan quand elle l'a recueilli chez elle après qu'il se soit écrasé dans les Jundlands avec sa navette. Elle possède une autre ferme à dix kilomètres au Nord d'ici. Votre ami habite maintenant dans une petite cabane pas loin de chez elle.

-Aedan ? répéta Rey qui n'était pas sûre d'avoir tout suivi.

-Au départ, j'ai dit à Sovan que c'était de la folie d'héberger un inconnu sorti de nulle part mais depuis qu'il est là, il aide bien aux travaux de la ferme et il y a une semaine de cela, il a sauvé la vie de Sovan et celle de son fils lors d'une attaque de Tuskens.

Rey n'en croyait pas ses oreilles.

Kylo Ren aidait aux travaux de la ferme ? Il avait sauvé la vie de ces gens ? Il devait y avoir une erreur. Tous les deux ne parlaient pas de la même personne.

-Au fait, je m'appelle Zed. Désolé de vous avoir menacé avec ça, soupira-t-il en agitant son blaster. Venez à l'intérieur, je vais vous expliquer comment vous rendre chez Sovan. Mais vous devez vous dépêcher, il semble qu'une tempête de sable approche.

OooooO

Son départ d'Arbra s'était déroulé selon le plan. Leia avait tout prévu. Elle avait fait charger des vivres dans le Faucon, les réservoirs avaient été remplis, Chewie avait été assigné à la réparation d'un chasseur X-wing dans le hangar sud, et Poe, Finn et Rose ne s'étaient pas doutés un seul instant qu'elle s'apprêtait à fuir comme une voleuse pour aller retrouver leur ennemi juré. Elle savait très bien que la générale allait devoir subir les foudres de ses amis quand ils apprendraient la nouvelle.

C-3PO et R2-D2 l'avaient questionnée un bon million de fois durant le trajet sur le but de la mission d'importance capitale à laquelle Leia leur avait demandé de prendre part mais le terme « top-secret » était devenu l'expression fétiche de la pilleuse d'épaves à chaque demande d'explications des droïdes. D'ailleurs, elle-même ne savait pas vraiment à quoi s'attendre sur Tatooine. Elle avait donc pris un blaster, son bâton et des vêtements légers. Sans trop savoir pourquoi, elle avait emballé les pièces détachées du sabre de Luke dans une étoffe et les avaient rangées dans sa sacoche. Elle avait également pris la broche de son père et sa petite poupée de chiffon, comme si elle avait eu besoin d'emporter avec elle tout ce qu'elle possédait en ce bas-monde. Elle avait placé le tout dans un des coffres du cargo corellien.

Après avoir discuté avec Zed, elle était retournée jusqu'au Faucon et avait interrogé R2-D2. Elle soupçonnait la cabane dont avait parlé le fermier d'être l'ancien refuge d'Obi-Wan Kenobi. Le petit droïde lui avait raconté l'histoire de la rencontre entre Luke et le célèbre maître Jedi au cours de ses recherches sur la famille Skywalker.

C-3PO se mit à gesticuler, comme à son habitude, en apprenant que Rey comptait se rendre sur place.

-Mademoiselle Rey ! Cette partie de la planète est très dangereuse ! D'après les données stockées dans le vaisseau, la zone des Jundlands est le repère des hommes des sables !

R2-D2 émit une série de stridulations agacées.

-Comment ça, nous sommes déjà au courant ? se renfrogna le droïde doré. R2, serais-tu en train de dire que nous avons déjà eu à faire à ces brigands ?

-Bidbupbigbiiibipp, rétorqua le petit robot.

-Par le créateur, si je retrouve ceux qui ont ordonné l'effacement de ma mémoire, je…. Grrrrr ! Je suis outré ! C'est inadmissible !

-R2-D2, rentre dans le vaisseau les coordonnées de la cabane, demanda Rey et l'astromech s'exécuta.

Le Faucon survola à basse altitude l'extrémité sud-ouest de la Mer de Dunes. Comme prévu, au point Alpha-1733-Mu-9033, Rey aperçut la petite hutte plantée en haut d'un pic rocheux. Apparemment il fallait passer par le canyon pour y accéder. Il était impossible de se poser à proximité avec le cargo. Elle décida d'atterrir alors au pied d'une paroi escarpée près de l'entrée des gorges.

-Mademoiselle Rey, êtes-vous sûre de trouver cette personne là-bas ? La visibilité a fortement diminué dehors ! Je crains que cette tempête ne se renforce et qu'il ne soit pas vraiment prudent de sortir là, tout de suite !

Effectivement, le temps s'était fortement dégradé en moins d'une heure. Mais au cours des quinze années qu'elle avait passées sur Jakku, Rey avait connu pire. Ce n'était pas une petite tempête de sable qui allait l'arrêter. Par contre, sur le premier point, C-3PO avait raison. Elle n'était même pas certaine que Ben soit là. Il était peut-être tout simplement dans la ferme de cette femme, Sovan. Mais l'occasion était trop belle. Soit elle tombait nez-à-nez avec lui dans la hutte, comme elle le souhaitait, sans personne d'autre pour perturber leurs retrouvailles (avec la possibilité de se faire découper en morceau, mais ça s'était un risque qu'elle était prête à prendre), soit il était absent, et cela lui donnerait tout le loisir de fouiller dans ses affaires. Si elle arrivait à mettre la main sur son sabre laser, elle diminuerait fortement les chances de se faire tailler en pièces. Il ne devait pas pouvoir se balader avec ce genre d'arme à la ceinture si, comme le lui avait dit Zed, il voulait se faire passer pour un membre de la Résistance.

Contre l'avis de C-3PO, elle décida finalement de se rendre à la cabane. Elle emporta avec elle un comlink pour pouvoir rester en contact avec les droïdes à tout moment et leur ordonna de rester prêts à décoller.

En pénétrant dans le canyon, Rey sentit la fébrilité l'envahir. Se doutait-il qu'elle allait venir le retrouver ici ? Et s'il était là, comment allait-il réagir ? Rey avait cru comprendre qu'il se faisait appeler Aedan et qu'il avait menti en racontant qu'il était pilote. Apparemment ces gens avaient gobé son histoire. Après réflexion, elle réalisa que peu de monde, à part les soldats au service du Premier Ordre, devait vraiment savoir à quoi ressemblait le Suprême Leader Kylo Ren. La façade de son masque noir avait été, jusqu'à très récemment, le seul visage que ses victimes et ses ennemis avaient pu voir.

Rapidement, elle eut du mal à maîtriser son speeder, secoué de toutes parts par les rafales de plus en plus violentes. Alors qu'elle arrivait au bas du chemin conduisant au sommet de la colline, Rey sentit l'enfer se déchaîner tout autour d'elle et elle regretta aussitôt de ne pas avoir écouté le droïde de protocole. Des cailloux venaient désormais se mêler à la quantité impressionnante de sable soulevé par le vent et les petits projectiles s'écrasaient sans pitié sur sa tête, ses bras et ses jambes. Une bourrasque d'une force inouïe projeta le speeder sur le côté et la désarçonna par la même occasion. La mini-tornade propulsa l'engin contre la paroi rocheuse tandis que Rey se plaqua au sol pour tenter d'échapper au même sort que son bolide. Elle n'y voyait presque plus rien. Ses lunettes étaient maculées de poussière. Le tissu du turban qui enveloppait son visage n'arrivait même plus à empêcher le sable de s'infiltrer dans ses narines et dans sa bouche. Elle fit pivoter sa tête sur le côté, essuya comme elle put le verre devant ses yeux pour constater que son speeder était à présent inutilisable. Elle résista quelques minutes contre les assauts de la tempête quand une légère accalmie lui permit de se relever pour progresser sur quelques centaines de mètres à pied.

Nom d'un bantha, pourquoi n'avait-elle pas gentiment patienté dans le Faucon !

Un nouveau projectile la frappa violemment à la tempe. Le choc la fit tomber à genou. Elle sentit quelque chose de chaud couler le long de son oreille. Tout d'un coup, sa tête se mit à tourner. La silice incandescente envahissait sa gorge et ses narines.

Saleté de planète désertique ! Elle n'allait quand même pas mourir ici, lapidée et ensevelie sous le sable !

Elle essaya de se concentrer et de rassembler ses forces pour se remettre debout. Quand elle voulut pousser sur ses jambes, ses muscles ne répondirent pas. La pluie de cailloux acérés ne faiblissait pas. Par réflexe, elle se roula en boule pour limiter l'exposition de son corps et sentit le sable la recouvrir peu à peu tel un linceul. Elle était sonnée, elle n'arrivait plus à bouger.

Mais alors qu'elle était en train de concentrer tous ses efforts pour remplir ses poumons d'oxygène, elle sentit une présence, une entité dont la puissance rivalisait avec celle du chaos qui régnait autour d'elle et qui se rapprochait de plus en plus.

Sa gorge était en feu. Le verre de ses lunettes était à nouveau recouvert d'une pellicule opaque et elle n'y voyait plus rien.

Une main d'acier l'empoigna par le bras et la souleva comme si elle ne pesait rien. Encore étourdie, elle se laissa faire et se retrouva plaquée contre ce qui lui parut être un mur de briques, soutenue solidement par la taille. Le fracas du vent hurlait à ses oreilles. Elle avait l'impression d'avancer, trainée par cette chose sortie de nulle part et ses pieds touchaient à peine le sol. Leur progression à travers la terrible tornade dura une ou deux minutes puis l'enfer cessa tout à coup.

Elle fut propulsée sur un sol dur et une porte claqua.

Le bruit de la tempête était à présent étouffé et l'air à nouveau respirable. Malgré la brume brouillant son esprit, elle comprit qu'elle avait été conduite à l'intérieur… Mais à l'intérieur de quoi ?

Encore un peu étourdie, elle se débarrassa tant bien que mal de ses lunettes et de son turban. Sa tête lui faisait mal mais tous ses sens s'étaient remis en alerte. Une toux violente secoua sa poitrine. Et lorsqu'elle leva les yeux, elle aperçut une gigantesque silhouette, drapée de la tête aux pieds dans un long manteau, en train de calfeutrer le bas d'une porte.

Quand il eut terminé, le géant se retourna vers elle et, comme par magie, elle retrouva instantanément l'usage de ses jambes. Elle se remit debout à la vitesse de l'éclair en ignorant la sensation de tournis qui s'empara d'elle quand elle recula jusque dans ce qu'elle identifia comme un petit salon circulaire.

Le grand manteau marron tomba au sol et le visage de l'inconnu se dévoila enfin.

C'était lui.

Ben.

Il était là, bien réel devant elle et la fixait avec intensité. Elle eut à nouveau l'impression que ses muscles ne voulaient plus répondre aux injonctions de son cerveau. Elle ne pouvait rien faire d'autre que de le dévisager en retour avec appréhension.

Il serrait le pommeau de son sabre laser dans sa main droite. Elle, n'avait plus aucune arme sur elle. Son fidèle bâton devait surement se trouver à présent avec les restes de son speeder éparpillés dans le canyon. Instinctivement, elle chercha du regard quelque chose à attraper, n'importe quoi, de préférence pointu et robuste. Mais à part le mobilier sommaire et un peu de vaisselle posée sur la petite table basse derrière elle, rien n'était susceptible de faire l'affaire.

-Je n'ai aucune intention de te tuer, déclara-t-il.

Venait-il de lire ses pensées ? Pourquoi ne pas profiter de la situation pour se débarrasser d'elle ici et maintenant ?

Ses questions demeurèrent sans réponses et elle crut même halluciner quand elle le vit poser calmement son sabre laser sur le petit comptoir près de lui.

Attention, reste sur tes gardes…

Son cœur continuait à battre la chamade. Elle déglutit péniblement et un frisson la parcourut de la tête aux pieds quand elle réalisa que l'arme était dorénavant à portée de main. Elle n'avait qu'à tendre les doigts et la faire venir jusqu'à elle en utilisant la Force.

-Et je pense que toi non plus tu n'as pas l'intention de me tuer… ajouta-t-il comme pour étouffer dans l'œuf son projet d'assassinat.

-Et qu'est-ce qui te fait croire ça ? rétorqua-t-elle.

-Tu as eu tout le loisir de le faire sur le Supremacy avant de fuir pour retrouver tes amis de la Résistance, or je suis toujours en vie.

-J'ai peut-être changé d'avis en quatre mois.

-Je ne crois pas, non…

Rey baissa les yeux et Ben savoura sa victoire. Le revoir enfin après tout ce temps était bouleversant et elle se demandait si lui aussi ressentait la même chose.

-Comment m'as-tu trouvée ? le questionna-t-elle en peinant à maîtriser le tremblement de sa voix.

-J'ai senti ta présence.

Sa voix grave et posée contrastait avec le tumulte qui régnait dans son regard. Elle avait presque oublié à quel point Ben était massif. Ses cheveux étaient toujours aussi épais et sauvages. Mais le voir ainsi, les joues couvertes de poussière et en simple tenue de coton clair, la désarçonnait un peu.

-Et toi ? Comment as-tu découvert que j'étais ici ? enchaîna-t-il.

-Quand la Force nous a connecté hier, tu as parlé jawa, répondit-elle.

Un nouveau silence s'installa entre eux. Rey se demanda s'ils allaient jouer encore longtemps à ce jeu de questions-réponses.

-Où sont tes amis rebelles ?

-Je suis venue seule.

Parfait… Elle venait juste de lui révéler que personne n'était là pour couvrir ses arrières.

-Je pense effectivement que tu es assez impulsive et inconsciente pour avoir débarqué ici sans renforts, rétorqua-t-il.

A l'extérieur, la tempête faisait toujours rage. Les débris charriés par le vent venaient se fracasser contre les murs et les vitres de la hutte. Lorsqu'un impact, plus fort que les autres, la fit sursauter, elle tourna instinctivement la tête vers la petite fenêtre pourtant intacte (le verre devait être du syrex, utilisé dans les vaisseaux spatiaux).

Elle sentait le poids du regard de Ben toujours braqué sur elle. S'il continuait à la fixer ainsi, elle allait finir par s'embraser. Son visage anguleux, comme taillé à la serpe, son nez un peu trop grand, ses lèvres terriblement sensuelles la troublaient toujours autant. C'était viscéral. Elle le trouvait sublime et captivant, et cela depuis qu'il avait ôté son masque sur Starkiller. C'était incompréhensible. Tout cela n'avait aucun sens. Elle aurait dû le haïr de toute son âme après ce qu'il avait fait.

La température dans la pièce avait grimpé de plusieurs degrés pourtant la nuit au dehors était en train de tomber. Elle ressentit soudain un petit picotement au bout de ses doigts et l'air se fit plus lourd. L'atmosphère était en train de changer. Le fluide immatériel qui leur était à présent si familier faisait vibrer chaque atome entre leurs deux corps tendus comme des arcs. La Force semblait satisfaite de leurs retrouvailles et le faisait savoir. Le ressentait-il aussi ?

-Cette tempête risque de durer, ajouta-t-il, brisant quelque peu le charme. J'ai comme l'impression que nous allons être coincés ici tous les deux un petit moment, alors tâchons au moins de rester cordiaux.

Rey lâcha un hoquet de surprise.

-Cordiaux ? Je n'aurai jamais cru t'entendre utiliser ce mot un jour…

User de sarcasme semblait fonctionner assez bien pour masquer le tourbillon d'émotions qu'il éveillait en elle. Et lui, se faisait visiblement un plaisir de rentrer dans son jeu.

-Je suppose que tu as débarqué sur cette planète à bord du tas de ferraille corellien ?

-On ne peut rien te cacher.

Ben commença à décrire un petit cercle autour d'elle tel un prédateur jaugeant sa future proie. Rey pivota au fur et à mesure pour ne pas perdre de vue le moindre de ses mouvements.

Les yeux du fils de Leia dérivèrent vers la tempe droite de Rey et elle se rappela enfin avoir été blessée lors de la tempête. Elle porta le bout de ses doigts jusqu'au point douloureux au-dessus de son oreille et se rendit compte qu'elle saignait. Ben la regarda essuyer la plaie avec sa manche.

-Peu importe, lâcha-t-il soudain avant de faire demi-tour pour se diriger vers la cuisine.

Sur le chemin, il ramassa son manteau et l'accrocha à la patère près de la porte.

A présent rassurée de ne pas avoir à craindre pour sa vie, Rey prit enfin le temps de regarder plus attentivement autour d'elle. L'intérieur de la hutte était sommaire mais fonctionnel. C'était à vrai dire plutôt luxueux par rapport à ce qu'elle avait connu sur Jakku. Derrière elle, une table basse ronde côtoyait une banquette semi-circulaire qui devait faire office de lit. Sur la droite, un espace dînatoire se composait d'une autre petite table et d'une unique chaise. Le coin cuisine se trouvait près de la porte par laquelle ils étaient entrés. Il y avait une autre porte au fond peut-être une salle de bain. Un escalier dans le salon conduisait vers ce qu'elle devina être un sous-sol. La décoration était inexistante et le mobilier réduit.

Elle vit Ben s'affairer en haut des marches et quand il revint dans le salon, il lui tendit un verre d'eau. Elle demeura immobile, affichant un air à la fois méfiant et étonné.

-Ce n'est que de l'eau, affirma-t-il le bras toujours tendu vers elle.

La jeune femme hésita un instant avant de se saisir du gobelet et d'en boire avidement le contenu. Elle ferma les yeux et soupira d'aise avant de reposer le verre sur la table.

Une extrême fatigue l'envahit soudain et elle recula de quelques pas pour se laisser tomber sur la banquette derrière elle. Ce coup à la tête avait été vraiment violent. Elle avait l'impression que son cerveau pesait des tonnes, aussi, se mit elle à masser doucement la bosse qui était apparue sur sa tempe endolorie. Elle entendit un placard s'ouvrir et se refermer et quand elle ouvrit à nouveau les paupières, elle vit Ben approcher pour appliquer sur sa blessure un morceau de tissu blanc. Il le garda appuyé tandis que Rey osait à peine respirer.

De l'eau et à présent une compresse ? Mais qui était cet homme ?

Elle sentit la pression des doigts chauds de Ben à travers l'étoffe et une décharge électrique courut le long de sa colonne vertébrale, de haut en bas. Elle perdit soudain toute volonté, et, anesthésiée par cette sensation étrange, elle ne comprit pas tout de suite qu'il attendait en fait qu'elle le relaye. Quand elle réalisa enfin, elle s'empressa de lever la main pour maintenir le tissu en place.

C'est alors que leurs peaux se frôlèrent et que le temps se figea.

Le cerveau de la jeune femme fut soudain assailli par un raz de marée d'images.

Elle était sur le Finalizer, dans une pièce sombre et froide, seule et haletante sur le sol. Et la seconde suivante, elle atterrit dans une immense salle ressemblant étrangement à celle dans laquelle elle avait combattu les gardes prétoriens aux côtés de Ben. Armitage Hux affichait un rictus carnassier et était entouré de quatre inconnus vêtus de tuniques noires. Elle était acculée. Ils se jetèrent sur elle et le feu de leurs lames déchira sa peau. La Force pulsa en elle, sauvage et violente et elle reconnut avec horreur la férocité du Côté Obscur… Ses mains crépitaient et elle avait du mal à canaliser le flux d'énergie qui voulait s'extirper de ses paumes en fusion.

Elle fut ensuite aspirée dans un tourbillon.

« Croyais-tu vraiment être le seul apprenti de Snoke ? » susurra un grand blond aux yeux bleu glacier qui la contemplait de toute sa hauteur. Puis la douleur envahit tout, insoutenable, et lui fit presque perdre connaissance alors que la navette s'éloignait du destroyer pour passer en hyper-espace.

Changement de décor.

Un froid polaire la transperça jusqu'à l'os. Ses mains tremblaient et elle avait du mal à déchirer l'emballage du bacta-patch qu'elle devait appliquer sur la plaie de son abdomen qui n'arrêtait pas de saigner.

Comme si elle regardait dans un miroir, elle se vit debout dans la pièce glacée, paralysée de stupeur aux côtés de Finn.

Elle eut à nouveau l'impression d'être engloutie par un trou noir.

Ses yeux se mirent à brûler de fièvre. Elle entendit une voix de femme. Elle était douce et apaisante. Puis un visage fin auréolé d'une chevelure auburn se dessina plus nettement dans le brouillard tandis que la souffrance s'atténuait lentement. La femme souriait. Un parfum épicé et boisé flottait dans l'air chaud et humide. Elle était dans une serre. La voix cristalline d'un enfant la fit sursauter : « Rey… Est-ce que c'est ton amoureuse ? ».

Son pouls s'accéléra. La rage l'envahit à nouveau.

Elle regarda ses mains et vit qu'elles étaient couvertes de sang. A ses pieds les corps de créatures masquées gisaient inanimées.

« Aide-nous » supplia la voix familière du petit garçon et une puissante odeur d'antiseptique la saisit à la gorge.

Le corps de la femme était étendu sur un brancard tandis que des droïdes médicaux étaient en train de la soigner.

Puis soudain le calme revint, lui laissant enfin un peu de répit. Elle n'en pouvait plus. Elle était exténuée. Son esprit venait d'être ballotté brutalement dans un maelstrom de souvenirs… Les souvenirs de Ben. Elle avait revécu tout ce qui lui était arrivé depuis ces derniers mois : la peur, la fureur, la frustration et la souffrance mais aussi le doute, la culpabilité, l'apaisement… Elle venait de voyager au plus profond de son âme et elle avait ses réponses.

Sa bouche s'ouvrit pour aspirer une grande goulée d'air tandis que son cœur continuait à tambouriner contre son sternum. Son visage était couvert de sueur et sa vision se réajusta assez pour voir que Ben, appuyé contre le mur à quelques mètres d'elle, était dans le même état.

Il la fixait avec effarement, sous le choc tout comme elle.

Dehors, aucune étoile ne brillait dans le ciel tourmenté et le vent tumultueux continuait à soulever la terre et à lécher les murs de chaux blanche de la cabane de son souffle rageur.

OooooO

Planète Kintan- Espace Hutt- Bordure extérieure :

Sylla observait les prisonniers, pieds et poings entravés par de fines chaînes de duracier. Ils avançaient en file indienne au milieu de deux rangées parallèles de stormtroopers jusqu'à la rampe du cargo qui les conduirait jusqu'aux mines de Sato. La plupart avait été capturés dans le système Arkanis et n'était qu'un ramassis de vermines et de voleurs.

L'amazone s'apprêtait à rejoindre son vaisseau personnel quand des éclats de voix attirèrent son attention.

Un grand balaise au corps tatoué avait arrêté de marcher et s'était mis à taper sur ses camarades d'infortune à coups de poings.

-Occupez-vous de ça ! vociféra Sylla en s'adressant au chef d'escadron.

Le trooper se dirigea vers le type récalcitrant et avant qu'il ait pu lui intimer l'ordre de se calmer en le visant avec son blaster, il se retrouva à moitié assommé sur le sol, tandis que le colosse s'acharnait à présent à coups de pieds sur le prisonnier devant lui.

Les autres soldats hésitèrent à tirer pour ne pas « abîmer » la marchandise mais Sylla revint sur ses pas en soupirant pour régler le problème. Elle activa son sabre laser et décapita le trublion d'un geste net et précis. Puis, elle pivota vers le pauvre bougre allongé au sol qui venait de se faire salement amocher. Voyant le sabre jaune pointé sur lui, le bonhomme se mit aussitôt à gesticuler et à pleurer. Sa crête à l'origine blanche n'était plus qu'un dégradé de rouge. Deux de ses dents de devant avaient sauté et il tendit ses bras devant lui pour parer un éventuel coup de la part de la chevalière.

-Pitié, s'il ne vous plaît ! Pas encore, non ! Ne me frappez pas avec ça encore une fois !

Ses yeux étaient braqués sur le sabre laser et Sylla se figea en l'entendant geindre et l'implorer.

Elle se pencha vers lui alors qu'il tentait à nouveau de reculer et l'attrapa par le col.

-De quoi tu parles ? Tu as déjà été blessé par ce genre d'arme auparavant ? demanda-t-elle à présent plus qu'intriguée.

L'homme à la crête, réalisant qu'il pourrait peut-être s'en sortir s'il répondait à ses questions, désigna son dos d'un geste de la main. Le pauvre bougre tremblait à présent comme une feuille.

Sylla le retourna sans ménagement et déchira sa tunique pour révéler une entaille calcinée partant de sa nuque jusqu'au bas de sa colonne vertébrale c'était indéniablement la marque d'un sabre laser.

-Qui t'as fait ça ? le questionna-t-elle en le forçant à pivoter à nouveau d'un coup de pied.

Le prisonnier couina avant de répondre, à bout de souffle.

-Un fou furieux ! Il avait un sabre comme le vôtre mais la lame était rouge avec une garde en forme de croix. Et il avait aussi une grande cicatrice en travers du visage.

Le sang de Sylla ne fit qu'un tour. Elle n'en croyait pas ses oreilles.

-Où ça ? ajouta-t-elle bénissant les étoiles et tous les maîtres Sith de sa bonne fortune.

-Tatooine… balbutia A'Shek. Ça s'est passé sur Tatooine.